‹ Voyage aux iles fortunees: lettres des CanariesChapitre 28 sur 36 · LANZAROTE · texte numérisé non relu

LANZAROTE

sécheresse absolue, chaque maison est pourvue d'une citerne où l'on emmagasine l'eau transportée à grands frais des îles voisines.

J'ai proposé à mes compagnons une promenade à dos de chameau. Nous sommes montés ensemble sur la même bête. La selle est disposée pour recevoir trois voyageurs : un sur la bosse, et deux autres sur les sièges ménagés de chaque côté; une quatrième personne peut prendre place snr cette partie de l'animal qui s'étend de la bosse à la queue. Des familles entières voyagent ainsi à dos de chameau dans l'intérieur de l'île. A Lanzarole, on prend un chameau comme nous prendrions un fiacre. 11 n'y a pas une voiture dans l'Ile, bien qu'il y ait des routes parfaitement carrossables.

On ne monte pas à chameau comme on monterait à cheval; on ne peut se hisser sur le siège que lorsque l'anima! est accroupi sur ses genoux ; il reçoit son fardeau d'assez mauvaise grâce, et il brame fortement en guise de protestation. Le moment critique est celui où il se redresse brusquement sur ses jambes; on éprouve alors une vive secousse, et il faut se cramponner solidement à la selle pour ne pas êlre précipité sur le sol de toute la hauteur de l'animal; si notre guide ne nous avait prévenus, nous serions tous tombés comme des capucins de cartes. Une fois hissés à bord du vaisseau du désert^ aucun de nous n'a éprouvé ce

SM TOTiei AUX ILES rOBTCKÉES.

mal de mer dont parlent quelques voyageurs, mâs il faut avouer que le mouvement du chameau est beaucoup plus incommode que celui du cheval. Nous avons parcouru ainsi pendant une heure la campagne euvironnaote, où végétaient de misérables nopals à cochenille ; c'est le désert d'Afrique, dans toute son aridité et sa tristesse. Voici comment nous sommes descendus du haut de notre monture : à un signe du chamelier, l'animal s'est courbé sur ses genoux de devant eu jetant son cri plaintif, pendant que nous nous calions de toutes DOS forces à la selle ; puis il a ployé les jambes de derrière, et nous avons quitté nos sièges de plain-pied.

Les chameaux sont, ma foi, ta seule curiosité d'Arrecife; c'est peut-être le plus triste séjour que j'aie rencoutré depuis que je cours le monde, et je l'ai quitté sans regret. Aceus qui s'ennuient, je conseille vingt-quatre heures de séjour à Arrecife; ils pourront ensuite, chaque fois qu'ils seront tentés de s'ennuyer, remercier le ciel de ce qu'ils ne sont pas à Arrecife.

A onze heures du matin nous levons l'ancre. An large nous trouvons la houle et le vent debout. Les passagers, en proie au mal de mer, disparaissaient un à un. Parmi les victimes est un jeune mousse de seize ans, qui fait son troisième voyage maritime j mais il lutte bravement, et je ie trouve

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admirable à voir quand, dans l'intervalle entre deux accès, il passe et repasse son pinceau sur les bastingages. Celui-là a l'héroïsme de son métier. C'est le fils d'un notaire de Marseille, me dit le capitaine; il s'est mis en tète d'âLrc marin, et son père a voulu le dégoûter du métier en l'engageant comme mousse; mais loin de se rebuter, ce pauvre gargon s'est épris tout à fait de ce genre de vie, et le voilà qui deviendra un jour un marin d'élite.

Le ciel est brumeux, le vent fait rage, et bien que le Sahara ne soit pas à di^L lieues, tout me ferait croire que je navigue sur ma bonne vieille Ber du Nord que j'ai souvent vue plus belle et ooème plus ensoleillée. Il y a plus de vingt-quatre heures que nous avons perdu de vue la dernière iestles Canaries.

Quelle est cette côte basse qui commence à se iessiner vaguement dans la brume ? C'est leMaroc. ^id novi feri Africa?

Ce soir nous mouillerons devant Mogador, la lystérieuse cité arabe de l'extrême Occident'.

' Le Toyage an Maroc fait l'objet d'un autre ooTrage : De Moga- ■ d Biskra, Maroc et Algvrie.

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