CHAPITRE XXI
LAnZAROTE.
En une nuit le steamer a franchi la distance qui ipare la Grande Canarie de l'Ile Lanzarote. Je m'éveille dans le détroit qui s'étend entre les îles Lanzarote etFuerteventura. Ces deux îles, situées i cinq lieues à peine l'une de l'autre, ont dû être réunies autrefois; elles semblent avoir été détachées de l'Afrique, qui n'est qu'à dix-huit lieues de distance. L'île Fuerteveulura est, après Ténériffe, la plus grande de l'archipel. C'est là que le conquérant Jean de Béthencourt fonda une ville à laquelle il donna son nom; cette ville est aujourd'hui presque dépeuplée. Malgré son étendue, l'île est à peine habitée. La sécheresse rend son sol infertile, et la soude constitue à peu près le seul article d'exportation.
L'île Lanzarote, dont nous côtoyons le littoral ■oriental, n'offre qu'une longue série de cônes vol-
2U VOYAGE AOS ILES PORTONÉES. 1
caniques jaunâtres et arides. C'est un triste paya i s'il en fut. Nous longeons les plages rouges, les Colorados, où vînt camper Béthencourt lorsqu'il j conquit les Jles en liOâ; nous doublons le c3p Papagaijo ou du Perroquet, et après avoir dépassa t'ilot stérile de los Lobos, ou des Loups de mer, nous jetons l'ancre devant Arrecife, l'unique port de nie.
Ici, comme aux Palmes, les eaux sont trèsbasses, et nous mouillons à une demi-lieue de la ville. Je saute dans un canot avec deux compagnons de traversée, afin d'aller reconnaître la localité. La mer est si mauvaise, que nous luttons pendant une heure entière contre les lames qui nous inondent les épaules.
Nous débarquons, ruisselant d'eau salée, au pied du vieux fort de Saint-Gabriel, vénérable débris qui remonte au temps où les Maures venaient ici pratiquer leurs pirateries. Ces murs à demi ruinés sont aussi tristes que la ville elle-même, si l'on peut appeler ville une pauvre bourgade de trois à quatre mille âmes jetée au milieu d'un aiïreus désert qui semble un morceau détaché du Sahara. Ce qui complète la ressemblance, ce sont les chameaux que l'on rencontre à chaque pas, chargés de lourds fardeaux; ce sonteuxqui transportent dans des barriques l'eau qui sert à la consommation des habitants. L'tle étant vouée à une