CHAPITRE V
Le P. Armand. — M. le comte de la Tour répare une perle avariée.
— La messe. — Le couvent du Hont-Duff. — Visite au couvent.
— Le roi à bord. •— Son départ. — Le salut royal.
Bien que la mer fut moins houleuse, le vent moins violent, le capitaine ne voulut pas mettre sa baleinière à l'eau; nous dûmes rester à bord. Le brick - goélette de Hambourg appareilla et prit le large ce jour^ 17 Juin.
Le lendemain, la pluie torrentielle recommença. De nombreuses cascades ravinant les flancs du Mont-Duff, venaient de ces hauteurs se perdre dans la mer. Les grains fréquents et les rafales nous consignèrent encore à bord.
Le 19, le temps se remit au beau. Le P. Armand nous fit prévenir qu'il viendrait déjeuner à bord, et qu'il nous conduirait ensuite à Âokéna. Mais, vers midi, nous l'aperçûmes dans sa baleinière , la tête enveloppée d'un foulard
rouge, faisant voile pour Akuaaru. Ito comptant {dus sur la visite du missionnaire , que Prat et moi avions attendu jusqu'alors, nous résolûmes d'aller passer la journée à terre. Nous rencontrâmes le P. Laval, qui nous apprit qu'une affaire pressée avait été la cause du départ immédiat du P. Armand pour Akamaru. Prat étant allé voir des malades, je me rendis seul chez M. Florit de la Tour.
Assis devant sa porte, M. le comte de la Tour était occupé d'un objet qu'il semblait considérer avec la plus grande attention. Son élève et un indigène de haute stature étaient près de lui.
*- Que faites-vous donc là, Monsieur, lui demandai-je ?
Me montrant une perle, et le canif qu'il tenait de la main :
— Vous le voyez, me répondit-il , je suis en train de réparer la maladresse de ce grand gaillard-là, qui en ouvrant une huître , a rayé d'un coup de couteau la perle que voici.
— C'est malheureux, dis-je , et voilà une perle désormais sans valeur.
— n n'en est pas ainsi, m'objecta M. de la Tour. Je suis au contraire certain de réparer le dégât, j'en ai l'habitude, et ce minutieux travail n'exige qu'une bonne vue , et surtout de la patience. J'aurais déjà terminé ma besogne, si je possédais encore mes yeux d'autrefois. Il ne s'agit, en effet, que d'enlever adroitement la couche superficielle , et je vous assure qu'ensuite il sera difficile de s'apercevoir de raccident ; les plus fins y seront pris.
-- Mais c'est tromper ce que vous Haltes là, M. le comte, lui dis-je ?
— Heu ! heu! fit-il en all<mgeant la moue
Ovoïde et asses grosse, cette perle était déjà en partie
réparée.
Peu après, je rencontrai le P. Laval qui me dit que le
P. Armand venait àè lui écrire, qu'on avait recueilli les débris d'un petit navire âur les récifs d'Akamaru. C'était , ajoutâ-t-il , pour ^'assurer de ce fait qu'il s'était rendu dans cette lie. Le P. Laval me pria ensuite de dire à Prat que, le lendemain, il nous conduirait au'Mont'-Duff pour nous faire visiter la communauté, et que nous ne partirions qu'après la grand'messe, à laquelle il nous invitait à assister tous.
Le lendemain, dimanche, 20 Juin, le capitaine pavoisa son navire dès le lever du soleil.
Ayant aperçu le P. Laval dans sa baleinière et revenant de dire sa première messe à Aokéna, nous quittâmes tous le bord vers dix heures, nous hâtant d'arriver à terre avant lui. Nous nous rendîmes directement à l'église, déjà remplie de fidèles.
Assises sur des bancs parallèlement disposés, les femmes se tenaient à droite de l'autel ; les hommes étaient groupés à gauche. Agenouillée à l'extérieur et près de la grille du maître-autel, la reine, toujours vêtue de sa robe de percaline noire , était au premier rang des femmes. Ses cheveux flottaient brouillés sur ses épaules couvertes d'un cbàie en laine noire , brodé de fleurs voyantes. Elle avait les pieds nus.
Après la reine, venaient une quarantaine déjeunes flUes, uniformément costumées d'une robe de laine blanche, serrée à la taille au moyen d'une cordelière de môme nature. Une longue pèlerine semblable à l'étoffe de leur robe, un chapelet à leur cehiture, les cheveux épars sur leurs épaules , les pieds nus , tel était l'ensemble de ces religieuses indigènes au nombre desquelles, religieuse elle-même, était la flUe ainée de la reine.
A notre entrée, la joie se peignit sur tous les vidaged. L'air franc, le regard asi^uré, les religieuses nous saluèrent toutes de la tête.
Madame Prat et ses enflants, Mesdames Pignon et de Kerbernhartt allèrent se placer derrière la reine et occuper les chaises cpii leur avaient été réservées. Les filles de Marion, celle du pilote Guilloux, très-proprement mises , venaient ensuite. Après étaient les religieuses, et un peu plus loin, toute la population féminime de nie. Quant à nous, placés au premier rang des hommes, à gauche et du côté de la chaire, nous n'avions devant nous que Joseph et son frère, autrement dit le roi et le prince royal. Ensuite venaient les ouvriers de la mission, les tisserands, les charpentiers, les maçons et les tailleurs de pierre; plus loin , les autres indigènes du sexe masculin. Les frères Gilbert et Fabien occupaient des stalles dans le chœur, et soutenu par ses béquilles, M. de la Tour arriva, se dirigeant vers les marches de Vautel de gauche sur lesquelles il s'agenouilla.
Le P. Laval fit son entrée, procédant à V Asperges. S'habillant ensuite à l'autel, assisté du frère Gilbert qui remplissait l'office d'enfant de chœur, la messe commença. Les voûtes de l'église retentirent aussitôt ; les religieuses entonnèrent, d'un ton nazillard, un chant latin auquel les hommes donnèrent la réplique de toute la vigueur de leurs poumons.
Étant monté en chaire à l'instant du prône, et ayant près de lui le frère Gilbert agenouillé, le P. Laval fit, dans la langue du pays, une instruction très-longue. S'apercevant de la fatigue de l'auditoire, le frère Gilbert présenta au missionnaire le livre des Évangiles , et, à cette manœuvre convenue, le P. Laval termina aussitôt son sermon.
Beaucoup d'insulaires des deux sexes s'approchèrent de la sainte table; la reine donna l'exemple. Ses deux fils ne sachant pas lire, reçurent à ce moment un chapelet des mains de leur mère, qui se dérangea pour venir à eux.
Après la messe, la foule nous attendit. Les femmes en-
tourèrent les dames et les en&nts. Le petit Prat, à peine âgé de six ans, faisait des yeux furibonds et menaçait de sa canne les gamins qui le bousculaient. Attirés par l'éclat de nos galons d'or, les bommes se ruèrent sur nous et ce ne fut cpi'avec beaucoup de peine, que nous parvînmes à nous frayer un passage. Rianfrde cette affluence de curieux, Prat et moi comparions notre situation à celle des grands personnages qui visitent officiellement nos ports ou nos grandes villes ; et c'est ainsi que nous arrivâmes cbez M. Pignon.
Nous allâmes faire une visite à la famille de Marion. Située non loin de l'embarcadère Pignon, la maison du pilote était un modèle d'ordre et de propreté. Nous fûmes ensuite cbez Daniel Guilloux , le fils d'un pilote breton d'Audieme (Finistère), qui, ayant épousé une femme de Hangarèva, se fixa dans le pays.
A deux beures, le P. Laval vi)it nous rejoindre cbez M. Pignon, et ayant invité les dames 1i nous accompagner, nous partîmes tous, gravissant le plus lentement possible le rapide cbemin du Mont-Duff.
yoici comment l'évoque de Nilopolis raconte l'origine du couvent du Mont-Duff (1).
« Dans le principe, M. Cyprien Liausu avait cbargé une quinzaine de jeunes filles pieuses et laborieuses de défricher un coin de terre envahi par les roseaiùc. Elles proposèrent de se construire une cabane qui put les mettre à l'abri de la pluie. On le leur permit, croyant ne satisfaire qu'un désir puéril ; puis elles conçurent une telle affection pour cette vie commune que bientôt elles élevèrent une autre cabane auprès de l'église. Une fois établies dans celle-ci, elles ne voulurent plus se quitter, et leur nombre
(1 ) knnaUê de la Propagation de la Foi, Janvier i840. N* LXVIII , page 60.
s'accrut jusquà viagHuatre. Elles ont planté du coton et des patates douces, mais le coton ne leur a pas rapporté beaucoup de profit. *
L'évoque de Nilopolis^ qui écrivait ces détails à M*^ de Viard, supérieure générale des dames du Sacr逜ur, ajoutait :
« Vous trouveriez^ madame» dans la plupart de ces jeunes personnes» assez d'obéissance et de piété pour en faire d'excellentes novices» J'ai menacé un de ces jours le P. fondateurs comme nous l'appelons eu plaisantant, de l'interdire lui et son couvent, s'il ne modérait l'ardeur et l'activité de leur zèle. Elles s'appellent du nom de steurs, et ne font rien sans demander la permission à celle qu'elles ont choisie pour supérieure. Je compte envoyer quelques unes de nos néophytes puiser à Talparaiso la dévotion au divin cœur de Jésus et de Marie, afin de la répandre par ce moyen chez tous les peuples que nous évangélisons. *
Nous f tmes notre première balte à mi-côte, à l'ombre d'un bel Aleurites, considérant le panorama de l'Archipel ; les lames brisaient sur les récifs chaque fois recouverts d'une écume bouillonnante et d'un blanc de neige. Le soleil était ardent, l'air calme, les cocotiers et les pandanus immobiles étalaient leurs spirales élégantes dans subir d'oscillations. Pas un chant d'oiseau , pas un cri ne troublait le majes^ tueux silence de cette nature splendide.
Continuant notre ascension, nous entrâmes dans le cimetière, et après de nouvelles stations, nous arrivâmes à la barrière du sentier qui aboutit au couvent. Les indigènes qui composaient notre escorte s'arrêtèrent là , le chemin que nous allions parcourir leur étant interdit. Enfin, nous arrivâmes à une porte cochère que le P. Laval ouvrit et nous fit franchir.
Au fond et à gauche d'une vaste cour, s'élève la maison principale , c'est-à-dire, le couvent , précédé d'un ^ottoir
spacieux. Nous entrâmes au rez-de-chaussée, dans une grande salle où, recouverte d'une nappe de toile fine, une longue table était dressée , garnie d'assiettes en porcelaine remplies d'oranges , de bananes, de pastèques et de trancbes d'ananas. Des cocos, dépouillés de leur écorce, ouverts et pleins d'une eau limpide, avaient été posés dans autant de verres à pied.
Immobiles, silencieuses et rangées autour de l'appartement, quarante religieuses s'inclinèrent à notre arrivée. Après avoir répondu de notre mieux à leur accueil, nous passâmes devant elles , ainsi que le fait un chef de légion devant ses soldats, leur adressant à chacune des paroles bienveillantes. Cette présentation terminée, et sur un signe du P. Laval, les jeunes filles se précipitèrent vers la table et, folles de joie , elles s'emparèrent aussitôt des assiettes dont elles vinrent nous ofRrir les fruits savoureux.
Ces pauvres recluses embrassaient les enfants Prat et celui que Madame de Kerbernarht tenait dans ses bras. Elles palpaient leurs vêtements dont elles considéraient attentivement les formes , pour se communiquer ensuite leurs mutuelles observations. Examinant la coiffure des dames, elles en étudiaient les tresses, les boucles, et cherchaient à s'en faire de semblables, ou bien baisaient convulsivement leurs robes, leur pressaient les mains qu'elles portaient rapidement à leurs lèvres. Mous mêmes, firmes gratifiéis de ces vives démonstrations.
Riant aux éclats , elles se taisaient tout à coup et devenaient pensives. Mous écoutant parler, elles cherchaient à répéter les mots qui les frappaient le plus, puis nous adressaient dans leur langage une foule de questions que nous traduisaient M'"* ou M. Pignon , et dont ils se chargeaient aussi de leur faire les réponses. Elles sautillaient, se frappaient les mains comme de véritables enfants ; la plus âgée du reste , n'avait guère plus de vingt ans.
Moire présence leur paraissait être cliose si surprenante , que les yeux pleins de larmes, elles ne cessaient de répéter qu'elles se souviendraient de nous durant leur vie entière. C'est que, pour la première fois, le couvent de Bel-Air sortait de sa léthargie.
Ayant accepté des oranges de la main des religieuses, nous crûmes devoir leur présenter de même les assiettes d'ananas et de pastèques. Mais, surprises de cette courtoisie dont elles ne se doutaient guère, les pauvres filles , elles nous regardèrent, muetles et souriantes, n'osant toucher à rien. Ce ne fut qu'après avoir de nouveau consulté du regard le P. Laval , qui les y autorisa, qu'elles s'emparèrent des fruits, et en un instant nos assiettes furent vides. Elles nous offrirent ensuite des cocos, dont nous fimes couler Teau avant de boire, dans les verres en cristal disposés par elles à cet effet.
Une naïve familiarité , doit-on s'en étonner, ne tarda pas à s'emparer de nos hôtes, qui sans mauvaises intentions, s'appuyaient de tout leur poids sur nos épaules , palpaient nos galons d'or, s'emparaient de nos casquettes que plusieurs même voulurent essayer. Nous demandant nos noms, elles cherchaient en vain à les répéter. Quelquesunes prièrent sournoisement les dames de les coiffer, de leur faire des nattes pareilles aux leurs. Se rendant à leurs désirs, H*"" Prat et de Kerbernarht se mirent à la besogne. Mais à peine terminées, les tresses étaient défaites, et ces pauvres craintives regardaient tremblantes si le P. Laval ne les avaient point aperçues. Niez donc ique la coquetterie ne soit pas innée chez la femme ! Trèsoccupé, dans le moment, le P. Laval causait à l'autre extrémité de l'appartement avec MM. Pignon et de Kerbernarht; aussi, n'eût-il pas connaissance de ces enfantillages.
Un escalier sombre et rapide conduit de ce réfectoire au premier étage, où se trouve un dortoir composé de
trente lits. Formé d'une claie an ro&eaux élevée du sol de soixante centimètres environ, chaque lit se composait d'un mince matelas^ d'un drap de toile fine, d'une couverture de laine blanche, dont la fratcheur des plis indiquait assez qu'on avait dû les sortir de l'armoire le matin même, en l'honneur de la circonstance. Des nattes protégeaient ces couvertures de la poussière. Â la tête des couchettes et piqué dans la toiture en feuilles de pandanus, était un petit crucifix en cuivre, ainsi que des quenouilles garnies de laine d'une blancheur irréprochable. Blanchie et filée par les religieuses^ cette laine sert à confectionner leurs robes , dont l'étoffe est tramée par les tisserands de la mission.
Nous ramenant à l'entrée de la cour, le P. Laval nous fit visiter une chapelle dont l'autel, en blocs de corail taillés, était orné de colonnettes à chapiteaux corinthiens : c'est l'œuvre du frère Gilbert, nous dit-il. Des rideaux en calicot blanc garnissaient les fenêtres, et sur une console placée entre deux croisées, était une pendule moderne.
Nous allâmes dans une maison contiguë, visiter un autre dortoir de dix lits, semblable à celui dont j'ai fait connaître les détails.
Si le P. Laval n'eût consulté que les reli^euses, nous eussions certainement prolongé davantage notre visite au couvent ; mais le missionnaire leur fit observer que l'heure des vêpres était passée, qu'il fallait redescendre au plus tôt à Mangarèva. Devant nous accompagner, elles emportèrent plusieurs paniers d'oranges qu'elles voulurent
absolument nous offiir. Au moment où je franchissais le portail , je me sentis soudain retenu par les pans de mon habit. C'étaient deux de ces jeunes folles qui , chacune munie d'une bouteille devin de Bordeaux, cherchaient à les introduire dans mes poches. Non loin de moi en ce moment, le P. Laval se retourna m'ayant
entendu résister aux instances de ces demoiselles, qui reçurent l'ordre d'aller immédiatement Testituer au celHer le produit de leur larcin.
Les religieuses portèrent à tour de rôle les enfants Prat. Elles donnèrent le bras aux dames pour les soutenir dsms la descente rapide et, à leur grand regret, nous arrivâmes à fégllse. Ce moment fut en effet pénible pour ces pauvres filles qui ne pouvaient se résoudre à abandonner les enfants et encore moins les dames , dont elles embrassaient avec eiltosion les mains. Yivement émues, elles répétaient : « Anakùé! Anakùé! Â^eu i Adieu », retardant le plus qu'il leur était possible l'instant de cette séparation. Elles n'entraient que lentement dans l'église , les yeux pleins de larmes, répétant encore, « adieu I votre souvenir ne nous quittera qu^àlamort! » Jetant un dernier regard vers nous, il fallut qu'un MuteH^ les prenant par le bras , leur ftt de cette façon franchir enfin le seuil du sanctuaire.
Nous allâmes tons dtner à bord : On allait se mettre à table lorsque M. Pignon, qui comptait les couverts, s'ar^réta effrayé , s'écriant : trei%e ! nous sommes treize ! Eh bien, lui dis-je, qisfest-ce que cela peut vous faire? G^ me fait, répondit-il résolument, que je ne dînerai pas ici et que je retourne à terre. -^ N'étant plus que do«ze à table, nous dînâmes joyeusement et en toute sécurité.
Le lendemain, 2i Juin, If. Tver arriva de Taku, informant le ca^taine que le roi voulait visiter sa corvette, et que les missionnaires désiraient aussi qu'il allât lui-même en feire l'invitation à Sa Majesté. Le capitaine m'ayant offert de l'accompagner , nous nous rendîmes chez la reine.
Déjà revêtu de son unifbrme de gala, le roi portait un habit de drap Meu garni de boutons d'une marine royale quelconque, des épaulettes d'amiral, une épée à poignée de nacre, ofilerte à son père par le roi Louis-Philippe. La
coquille de eette arme était ciselée à jour, elle avait la ganle entourée d'une dragonne en or , terminée par un gland à grosses torsades. Une écharpe tricolore^ qne ternûmûent de gros gfattds d'or sur la tête desqueift était une ai^ impériale ea argent, lui ceignait le corps, de Fépaule droite à la hancbe gaucbe. Un pantaioii de drap Ueu à bandes d'or, une casquette de marine d'odgme anglaise, des souliers vernis, complétaient la tenue officielle du jeune souverain:
J'observai à S. M. Joseph, que ce n^était pas ainsi cpi*en France on pottact l'éebarpe , qu'on s'en ceignait les reins. Sa mère me pria de vouloir bien me charger de ce soin, ce que je fis à l'instant. Donnant un coup d'œil d'ensemble à la tenue de l'eniaDt, je lui descendis encore son épée dont la poignée^ qui lui arrivait sous Taiselle , gênait les mouvements de son bras. UnetcHs cette inspection achevée, le capitaine et moi nous partîmes.
A la jetée» nous trouvâmes le canot du roi déjà prêt. Vingt canotiers, immobiles dans l'embarcation , tous uniformément vêtus , tenaient^ les rames levées et gardaient le silence. Sur le môle^ la escouade était (âisurgée ; une mèehe fomante était plantée auprès du mât, décoré du pavillon tricolore; tout indiquait l'embarquement prochain de Sa najesté.
La mission ayaiti; donné six gargousses au capitaine, nous les emportâmes à bord pour le service des caronades qu'on chargea aussitôt. A deux heures, un coup de esuQon du môle nous fit savoir que le roi quittait la plage. Un coup* de caronade répondit du bcH^d à ce -signal , tandis que les pavcHs s'élevaient en même temps le long de la mâture* Avançant rapidement , la baleinière fut bientôt le hmglda navire.
Joseph se présenta le premier à la coupée, où Tatteadait le capitaine le chapeau à la main. Ensuite apparurent: Elie,
régent et oncle des enfants; Jean, frère du roi; Antony, chef de la police , enfin les PP. Laval et Armand.
N'ayant jamais visité de navire de notre tonnage , le roi regardait ébahi. On le conduisit sur le gaillard d'avant pour lui montrer le buste de son père. Il observa très-judicieusement que son père ne portait pas de moustaches, et qu'il n'y avait de ressemblant dans ce buste que les épaulettes d'or.
Peu après le roi devint maussade et fit la moue ; c'est que ses souliers le gênaient^ que son épée trop longue maintenant et lui battant dans les jambes , avait déjà failli le faire trébucher. Je l'engageai à descendre dans ma chambre pour se débarrasser de sa chaussure et de son arme, ce qu'il ne se fit pas répéter. Là, je lui oftvis une garniture neuve de boutons d'uniforme , et il alla ravi demander au P. Laval la permission de l'accepter.
Le dîner eut lieu à trois heures : On y porta la santé de la reine-régente, celle du roi , de son frère, de tous les chefs des lies , enfin celle des missionnaires , qui répondirent en portant seulement celle du capitaine.
Se promenant avec moi le temps que je mis à fumer mon cigare, Joseph me remercia de nouveau du cadeau que je lui avais fait ; cet aimable enfant ne savait comment me témoigner sa reconnaissance.
Nos visiteurs nous quittèrent à cinq heures. Au moment d'embarquer et déjà parvenu au sommet de l'échelle de la coupée , Jean mesurant de l'cBil la hauteur qui le séparait de son canot, se prit à pleurer, et se cramponnant aux bastingages , il ne voulut plus faire un mouvement. Craignant que cet enfant soit pris de vertige, j'engageai Élie à le descendre dans ses bras, ce qu'il fit, et une fois dans la baleinière Jean se prit à rire , retrouvant là toute sa quiétude.
Avant de commencer la salve , on attendit que l'embar-
cation royale fut parvenue à Tavant du navire, où elle s'arrêta tout le temps que dura le salut. Au cinquième et dernier coup de canon, les pavois furent amenés, et la baleinière regagna rapidement le rivage.
Le brick Ttubalcain, devant mettre à la voile le lendemain , nous passâmes la soirée à faire notre correspondance.