‹ Voyage aux îles Gambier (archipel de Mangarèva)Chapitre 13 sur 13 · POST-SCRIPTUM · texte numérisé non relu

POST-SCRIPTUM

MM. Caillot» Jacoliot. dô la Ronciôre, de Kôratry, BigauU de

Génouilly. — M. Jean Paul Chopard.

Les pages précédentes ne sont que des notes de mon journal de bord. Quatorze ans s'étant écoulés depuis le voyage dont je viens de retracer les incidents, je dois faire connaître aux personnes qui ont bien voulu me lire» les événements qui , depuis cette époque , qnt le plus marqué dans l'histoire de cet Archipel. Je les énumérerai sans commentaires , laissant à chacun le soin de les juger et d*en apprécier Timportance.

Dans le rapport qu*il adressa le 4 Avril 1869» à M. le Commandant-Commissaire impérial à Taïti, M. le lieutenant de vaisseau Caillot, s'exprime ainsi :

« Maria Eutokia s'est retirée au couvent. Akakio ex- » président du conseil de régence, est chargé du pouvoir » exécutif sous la direction immédiate du provicaire.

» Il reste peu de traces des efforts tentés par les résidents » pour améliorer les institutions du pays. Cependant l'hu- » manité doit au contrôle du gouvernement protecteur, la • suppression des châtiments, tels que la flagellation des 9 hommes et la mutilation de la chevelure des femmes.

» On doit aussi à ce contrôle Tintroduction de lits de camp » dans les prisons

» La population de tout ce groupe, évaluée en 1866 à ^ tout au plus un millier de personnes, enfants compris, » est frappée sans merci par une maladie terrible dont les » symptômes sont ceux de la consomption. On a compté » 160 décès Tannée dernière, et 50 dans le premier tri- » mestre de cette année.

» Au nombre des victimes se trouve le jeune roi, sa » femme, et presque tous les membres du conseil de ré- » gence, presque tous les indigènes revenus de Taïti et la » famille entière de Harion

» Malgré ce voile funèbre tristement étendu sur ces tles, » les cachots, contre lesquels j'ai protesté en 1866, conti- « nuent à être occupés par les condamnés des deux sexes. » Encore quelques années de ce régime et notre drapeau » flottera sur les tombes de.s derniers de la race autoch- » tone r! (1)

M. JacoUiot, Juge impérial à Taïti, a publié une brochure en 1869, dans laquelle il reproduit plusieurs passages d'un rapport de M. le Gouverneur de la Roncière , au Ministre de la marine, dans lequel il expose au Ministre l'état d'abrutissement des habitants des îles Gambier.

« 1*" Tout récalcitrant au joug de fer de la mission, » dit M. de la Roncière, finissait par disparaître ;

» 2"* Le chef Eerikorio était mort huit jours après avoir >> réclamé de la mission différentes sommes qui lui étaient » dues ;

» S'» L'héritier du chef, qui avait conservé son lambeau » d'autorité sur les iles, autorité dont les missionnaires » savaient habilement se servir, ayant montré quelque

(1) Rapport de M. Caillet, lieutenant de vaisseau, à M. le comte E. de la Roncière, Gouverneur de Taïti, 4 Avril 1869.

i> velléité dlndépendances, le Seigneur le ra{>pelt à

lui ;

» 4* En chaire, le P. Laval menaçait d'une mort prompte ceux qui n'obéissaient pas à ses ordres ; » 5"" Les deux mille habitants de Tile, ne sont (pje des coolis, des esclaves occupés à la pèche qui engraisse la mission ;

» B"* Toutes les jeunes filles non mariées sont enfermées le soir dans des bâtiments gardés par dés agents de police, afin, dit le code draconien du P. Laval, qu'elles ne puissent se livrer au péché impudique ; » 7° La veille de certaines grandes fêtes, on parque également les femmes mariées pour empêcher toute accointance avec leur mari ; » 8° Une centaine de prisons sont employées pour cela ; » 9" Tout individu soupçonné de propositions déshon- » nétes, est condamné de trois à six mois de prison.

» Au moment où M. de la Roncière arriva aux Gambier, )» Dupuy, le neveu de M. Pignon, subissait trois mois de » prison pour soupçon d'adultère, bien que, dit lejun gement rendu par le P. Laval, il soit à peu prés certain • que V adultère n'ait pas été commis. » (i)

Montant à la tribune, le 11 Mars 1870, M. de Eératry, député du Finistère, s'exprima encore de la manière suivante, au sujet des îles Gambier.

M. le comte de Kératry. — « Ce n'est ni le roi, ni la ré- » gente qui ont régné ou qui régnent dans cet Archipel ; » c'est le représentant de l'association de Picpus, dont la > maison principale est à Paris. C'est donc à l'association » de Picpus que le protectorat est accordé.

» Le 12 Mars 1861, le Gouverneur écrivait de Papeïti au •''■■'■■■

(\) La vérité sur Tatti. par M. Jacolliot, Juge impérial à Taiti. Paris, librairie internationale, iS69.

Hfinistre, que TaïUorité temporelle est exercée de fait par te chef des missionnaires, et que nombreux actes étaient la violation la plus scandaleuse des principes de civilisation que représente le drapeau français ; il demandait qu'on retirât ce pavillon. Cette lettre s'appliquait à un ordre donné par la régente de fustiger et de châtier tout indigène, tout Européen, tout Français qui cbercherait à s'échapper de Vile, parce que rUe contenant de grandes quantités de perles précieuses, les indigènes ne font qu'exploiter ces richesses au profit de la mission^ ee qui réalise un bénéfice de 60 à 70,000 francs par an. » Dans une autre dépêche, adressée en 1865 au Ministre, le fioTiverneur parle des traitements indignes qui avaient été iafligé3 à des Français, et à la suite desquels des indemxtités avaient été exigées.

» Le Uinistre écrivit au Gouverneur que nous ne pouvions ^tre tenus en échec par la régence des Gambiers, et que dans rintérét même de la régente, le P. Laval ferait bien de travailler à aplanir les difficultés.

9 'On fit une aubre enquête en 1869, et le Gouverneur- (Générai finit par écrire au Ministre de la marine, que rien n'était changé. Que les mots de moralité et de civili* sation n'avaient jamais été interprétés d'une façon pius étrange que par le P. Lâval ; qu'il n'y avait aux Gambier, qne mis^ et détresse* Nulle industrie, pas même d'habitations, saufs des chapelles et des couvents ; que la religion n'était qu'un prétexte, qu'il n'y avait plun >traee dans le pays de l'argent produit par la pédie des naorea, enfin que la civilisatioB n'avait là rien à voir. » Le oommandtot d'un bâtiment écrivit de même, au GoMvienifiur ^ rOoé»iie « que les efforts tentés par ^ résidents avaient échoués , que l'humanité empêchait d'or^ojmer la flagellation et lamutilation de la cbevelnre des temiies auxquelles on rasait la tête ; que rtle

» comptait à peine un millier d'habitants, minés et réduits » chaque jour par une maladie qui présentait tous les » symptômes de la consomption.

» En présence de ces faits, M. le Ministre refusant de * grever le budget en établissant des résidents, je demande » que le protectorat français soit retiré. Un autre supérieur » a remplacé le P. Laval ; la civilisation est étrangère à » tout cela. Qu'on retire le protectorat français. » ( Approbation à gauche. )

S. Exe. M. le Ministre de la marine. - « Le change- » ment du P. Laval ne me parait pas aussi insignifiant que « parait le croire M. de Kératry.

» C'était un esprit absolu, dominateur, et je crois que » dans tout ce qui est arrivé, il y a beaucoup de son fait. » Je crois aussi que le nouveau supérieur fera preuve d'un » esprit de conciliation beaucoup plus grand. Dans tous les » cas, on commencera par faire une nouvelle enquête. Je » compte en charger le contre-amiral qui commande dans » le Pacifique, et savoir par ce moyen, s'il faut en effet » retirer le pavillon français, ou si en envoyant un résident, I* et en employant la conciliation, on pourra créer une p situation meilleure aux Gambier. » (Très-bien, trèsbien. )

La clôture de la discussion est prononcée (1 ).

Enfin, deux brochures ont été publiées en 1871 ; l'une a pour titre les Iles Gambier, l'autre. Quelques personnages officiels de Taîti(^).

Écrites, on le dirait, pour les besoins de la cause, ces brochures sont des plaidoyers en faveur de la mission de Mangarèva. Elles semblent avoir encore eu pour but, de détruire l'efTet produit par les documents ofQciels qui — I I I ■ ■ . I II

(1) Journal officiel de VEmpire finançais, n* du 13 mars 1870.

(2) Imprimerie de J.-B. Lefournier aîné, Brest, Grand'Rue 86, 1871.

précèdent, ainsi que Tenquéte que le Gouverneur de Taïti, alla faire aux Gambier en 1865, accompagné de plusieurs officiers et magistrats de cette colonie.

On regrettera toujours que l'auteur de ces brochures se soit abrité derrièfe le pseudonyme, peu sérieux de Jean Paul Chopard, et je ne saurais pour ce motif, parler plus longuement de ces publications anonymes.

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