‹ Voyage aux îles Gambier (archipel de Mangarèva)Chapitre 7 sur 13 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

LUrsenal. — Le magasin de M. Yver. — Rencontre d'un aveugle — M. le comte de la Tour. — La succursale du couvent. — Retour à bord. — Le Monl-Duff. — L'Héritier présomptif de la couronne. — Cérémonie funéraire qui avait lieu au Monl-DufF. — La Reine. — L'élève de M. de La Tour. — Le cimetière. — Portraits de Matua «t de sa femme. — Embaumement des chefs. — Les religieuses.

— Départ de la goélette Marguerite. — Visite des Missionnaires à bord. — Départ de M. Yver pour los districts de Mangaréva. — Arrivée de la nacre , son embarquement , son arrimage dans la cale.

— De l'huîlre perliére, de sa pèche. — Les perles fines, leur classement , leur valeur. — Le P. Laval revient d'Aokena, — Visite de M. de Kerbernarht. — Vue du Mont-Duff et du village de Mangarèva«

Accostant la grande jetée le 9 Juin, le capitaine, le docteur Prat et moi, débarquâmes près d'un ilôt sur lequel nous aperçûmes un mât de signaux et la caronade qui avait salué notre entrée dans la rade. Cette pièce d'artillerie sert à faire des salves les jours de fête, à la sortie de la procession. Non loin s'élève une tourelle construite pour Maputeoa ; pour l'instant elle servait d'arsenal et de poudrière. Nous y trouvâmes^ en effet, au rez-de-chaussée, le baril de poudre et les boulets apportés par notre corvette , et dans la chambre du premier étage, les trente lances de la garde du roi.

Nous entrâmes chez M. Yver, dans le magasin duquel se trouvaient déjà des femmes choisissant des étoffes.

M. Yver vendait aussi des habits et des pantalons de drap noir,descravatesdesatinetdeschemises fines, des chapeaux ^e Panama et des souliers vernis. Pour des sauvages, qu'on dit avoir été anthropophages avant Varrivée des missionnaires, voilà un luxe qui ne le cède en rien à celui de nos plus élégants civilisés d'Europe.

Les indigènes ne s'habillent que le dimanche pour assister aux offices. Dans la semaine, on les voit aller pied$ nus, seulement vêtus d*une chemise et d'un par eu, sorte de jupon formé d'une bande de cotonnade qu'ils s'enroulent autour du corps . U n'est plus ce temps où les Hangarèviens ne connaissaient, en fait de vêtements de luxe, que leurs tatouages. Après le passage du capitaine Beechey(ett 1826), dont ils admirèrent l'uniforme , plusieurs se firent tatouer des épaulettes en souvenir de cet officier.

Abandonnant le capitaine Guézenec, qui resta chez N. Yver, je continuai seul ma promenade. La pluie, qui n*avait cessé de tomber durant la nuit, avait fortement détrempé le sol argileux et rendu la route très-glissante. Chemin faisant. Je rencontrai un vieillard, la figure encadrée d'une barbe blanche et atteint de cécité; souriant, il se faisait conduire vers moi. « Salut à toi ! me dit*il ; je viens pour que tu me guérisses et que tu me rendes la lumière. » Puis, il attendit en silence.

N'étant pas sur les bords du Tibre , ni accompagné de range Raphaël, je ne pouvais, hélas! songer à me procurer le merveilleux poisson dont s'empara Tobie , et dont le fiel appliqué par lui sur les yeux de son père, aveuglé un soir par de la fiente d'hirondelles, lui rendit la vue instantané^ ment. Ne pouvant donc rien pour ce vieillard, je lui glissai dans la main une pièce de monnaie, qui parut le satisfaire.

Un peu plus loin, une jeune mère m'appela, me priant d'examiner son enfant. Mais, saisi de frayeur à mon

approche, te petit drôle, à peine âgé de cinq ans, s'enfuit, poussant des cris de terreur, et disparut malgré mes appels réit^és et bienveillants. L'élève de U. le comte de la Tour étant venu me dire que son mattre l'avait dépéché vers moi pour me prier d'entrer diez lui, je bornai là mon exploration de ce jour, d*autant plus satisfait que le chemin était très-mauvats et difficilement praticable.

H. le comte de la Tour était assis devant sa porte et i rombre des arbres qui bordent la chaussée.

-^ A qui ai-je Tbonneur de parler, me demanda4-il ?

H'étant fait connaitre, il se frappa les mains et s'écria :

— Paildett Monsieur, il y a longtemps que j'ai le désir de faire votre connaissance!

Retirant alors un fragment de journal de sa poché : -— Tenez, ditril, ce numéro du Messager de TahUi^ vous prouve que ce n'est pas la première fois que nous causons ensemble. J'ai lu avec le plus vif intérêt ce que vous y avez publié sur les plantes de nos contrées océaniennes, car je m'occupe aussi de médecine ; c'est moi qui soigne tous les gens du pays, mais non pas avec les médicaments de votre Codex , à l'efficacité desquels je ne crois pas, mais avec du pourpier; oui. Monsieur, répétait-il, avec du pourpier. Qroyez'-moi , les remèdes les plus simples sont toujours les meilleurs.

^ Vous devez, lui dis-je, obtenir des cures merveilleuses.

— Vous allez en juger, reprit-il.

« II y a trois mois environ, je fus pris, après mon repas, de coiféques atroces; je souffrais tant qu'on me coucha paralysé et perdus. Quelque temps après , mes jambesi enflèrwt , la peau se fendit et une grande quantité de liquide s'en échappa. Mes jambes suintèrent comme cela très-longtemps, et voyez, me diUl, en relevant son pantalon , dans quel état de maigreur elles sont aujourd'hui.

Eh bien, le P. Laval m'a sauvé «n me faisant boire du lart, et de Feau de pourpier. »

— A quoi attribuez-vous ce mal subit lui demandai-je?

— Les PP. prétendent que je m'étais empoisonné, ayant fait cuire mes aliments dans une casseroUe que je venais d*étamer avec del'étain mélangé de plomb

M. le comte de la Tour, était un petit vieillard profondément anémié, nerveux et très-irrascible. Voûté, et trèsmaigre, il avait les jambes couvertes de cicatrices, le teint blême, jaunâtre, les cheveux blancs et rares, Tœil noir, vif et scrutateur. Me parlant de son antique lignée :

— J*appartiens, me dit-il, en se redressant fièrement, à la plus haute noblesse du midi de la France. Je me nomme le comte Urbain Florit de la Tour! — Dieu et mon Roi! — voilà ma devise, celle de mes aïeux! Mon Roi est dans rexil, et moi dans cet Archipel, où je consacre humblement ma vie à apprendre à lire le latin, à écrire et à compter, à tous les pauvres enfants des Gambier.

— Vous leur apprenez aussi le français, ajoutai-je, en lui désignant son messager, et vous avez là un élève qui vous fait honneur.

— Oui, répondit-il, en baissant modestement les yeux. De beaucoup supérieur au P. Laval, homme ignorant et

commun, M. le comte de la Tour était le secrétaire et Véconome de la Mission ; on ne faisait jamais rien sans le consulter. Nous causions encore, lorsque deux enfants arrivèrent, poussant devant eux une petite voiture. . -7 Ah! s'écria M. de la Tour en se levant, voici mes autres élèves qui viennent me prendre pour me conduire à la Mission, où je suis attendu. Voyez cette voiture, c'est le bon frère Gilbert qui me Ta construite à Tépoque où j'étais paralysé, ne voulant pas me priver du bonheur d'assister à la messe, S'appuyant alors lourdement sur sa canne, le petit

vieillard entra dans sa chaise roulante, et après qu'on Ty eût bien assujetti et entouré d'oreillers, il me salua de la main et partit, me laissant sur la route.

La lenteur avec laquelle cheminait H. de la Tour me permit d'arriver avant lui au presbytère , où il descendit. Je fus chez la reine, où je trouvai la famille Prat en visite. Les enfants Prat étaient l'objet des caresses et des attentions de Sa Majesté. Soudain la foule compacte qui obstruait la porte s'écarta pour laisser passer les missionnaires, qui, informés du débarquement de nouveaux étrangers, s'empressaient d'accourir. Prat leur ayant dit qu'il était médecin, le P. Armand lui proposa de le mener voir une malade, sa sœur d'adoption.

Jadis, lorsqu'un étranger venait se fixer dans l'Archipel, une famille l'adoptait. C'est ainsi que le P. Armand, devint le commensal et le frère adoptif de cette malheureuse, que nous trouvâmes couchée à terre sur un tas de feuilles sèches.

Les missionnaires nous conduisirent ensuite à la succursale du couvent établi sur le Mont-Duff, et dans laquelle les jeunes filles de cette communauté descendent passer la journée du dimanche pour ne s'en retourner qu'après les vêpres. Entouré de murs élevés, le terrain de cette succursale est planté d'arbres à pain. La maison principale, composée d'un rez-de-chaussée, est bâtie sur le point culminant de l'enclos, qui en pente douce va jusqu'à la mer. Une dizaine de jeunes filles, les unes vêtues de gaules d'indienne, les autres de la robe de laine blanche adoptée par la communauté, accoururent vers nous : La plus à^ée pouvait avoir dix-huit ans. Dès que le P. Laval les eût autorisé à rompre le silence, elles s'empressèrent auprès de Madame Prat dont les enfants furent par elles comblés de carresse$. Dans une case voisine, accroupies sur une litière humide, nous trouvâmes deux religieuses atteintes

de pbtbisie putanonaire et crachant du pus à pleine bouche. Des moitiés de cocos remplies de popoï, ou d'eau» quel* ques oranges, étaient près de leur couche, seulement composée de feuilles mortes.

A cette occa^on, le docteur Prat supplia le P. Laval de mieux observer les règles de l'hygiène et de demander des médicaments à Yalparaiso, l'engageant à profiter de Toccasion que lui offrait notre passage au Chili. Il lui proposa de lui rédiger un médecin de papier, c'est-à-dire, une sorte de résumé des symptdmes et du traitement des maladies propres au climat de rArcbipel. Le P. Laval ne s'en soucia guère, et malgré l'offre que nous lui fîmes encore la veille de notre départ, de lui expédier une caisse de médicaments de Valparaiso , il persista à attendre que cet achat « lui soit devenu bien nécessaire; car, ajouta- t-il, il n'y a rien à faire contre la consomption, et ces malheureuses meurent toutes comme cela ! »

Après nous avoir conduit chez un indigène atteint d'une affection de la moelle, les missionnaires nous laissèrent pour rejoindre M. de la Tour, resté seul au presbytère. Chez M. Pignon, nous trouvâmes le capitaine qui avait voulu nous reconduire lui-même à bord, la boule étant très-forte. Il était cinq heures, et très-basse en ce moment, la mer laissait à découvert de larges pâtés de coraux, au milieu desquels notre canot ne dut s'aventurer qu'avec lenteur. Constamment debout sur l'avant, un matelot indiquait au capitaine la route à suivre. Malgré cette précaution, l'embarcation s'arrêta souvent, entravée par les récifs. Une fois ces dangereux parages franchis, et n'étant plus abrités des rafales par le Mont-Duff , de fortes lames nous mouillèrent de leurs embruns^ Il faisait nuit close quand nous atteignîmes la corvette.

Les rafales mugirent toute la nuit^ et la mer toujours grosse , nous força de rester à bord le lendemain (10 Juin).

Je profitai de cette journée pour écrire quelques lettres, te goélette Marguerite devant partir pour Taïti.

Le lendemain (11 Juin), nous nous dirigeâmes, Prat et moi, vers le Mont-Doff. S'élevant à Fangte de la partie méridionale de Mangarèva, le Mont^Duff, point culminant de TArcbipel, atteint une banteur de 40Q mètres. On Tapercoit de quarante milles au large. Il se relie à une ûbaine de montagnes peu élevées, dont les sommets sont complètement dépouillés de t^re végétale. Entraînée par les pluies torrenti^es de Thivemage, cette terre s'est accumulée à la base de Tile, où elle forme la seule bande de sol arable. Les deux pitons du Mont-Duff s'élèvent sur un plateau cultivé, à âOO mètres au-dessus du niveau de la mer. Inclinés en pentes douces du côté des montagnes, ils sont, au contraire, presque droits du côté de la mer. Leurs sommets sont aigus et très-difficilement accessiUes.

À Foccâsion de la succession de la couronne, qui toujours se faisait du père au fils , et jamais du roi reconnu au frère qui pouvait suivre, le Mont*Duff devenait un lieu de retraite consacré à l'héritier présomptif. Ce prince y restait jusqu'à l'âge de douze ans ^ loin de tout commerce avec les bommes, sous peine de perdre sa couronne. Habitant une case construite à trente mètres du sommet, il ne pouvait être approcbé que par un petit nombre de serviteurs. (1) Le jour où s'accomplissait sa douzième année , le jeune roi descendait au milieu de son peuple , et son retour au village était le sujet de grandes réjouissances.

(1) MM. Vincendon Dumoulin et le docteur Hombron ont gravi la cime du Mont-Duff. A 50 métrés du sommet ils ont vu, au mois d'Août 1838, les ruines de la demeure où était confiné, dans son enfance, Phéritier présomptif de la couronne. Au-delà . ils ont dû faire le reste du chemin à califoiirehon sur Taréte de ïa montagne, tant elle était devenue étroite et même aigué.

Mais , cette première étape accomplie , ie jeune souverain était conduit à l'extrémité de Tile, où il restait de nouveau isolé pendant six ans. Complètement affranchi après ce second exil, et ayant atteint l'âge dix-huit ans, il revenait à Mangarèva pour commencer son règne.

. Mapuieoa est le dernier souverain qui ait été élevé sur le Mont-Duff.

Quand Beechey vint à Mangarèva, Maputeoa, déjà descendu, était relégué au bout de Tile. Il n'avait donc pas encore atteint sa dix-huitième année, et son père était sur le trône.

. Si le roi mourait, on transportait son corps sur le Mont- Duff, et on le déposait dans la cabane où son enfance s'était écoulée calme et paisible. On hissait le cadavre, à l'aide d'une corde, au sommet même du pic, où l'on envoyait préalablement un Rangatira pour surveiller et diriger cette manœuvre. C'était presque toujours un ami ou un parent du défunt qui était chargé de cette mission. Quelquefois on réservait cet honneur à l'un des frères d'armes du Monarque.

On le laissait plusieurs jours dans la cabane , et on profitait de ce temps pour disposer tout ce qui était nécessaire pour l'ensevelissement. On descendait ensuite le corps avec le même appareil, pour le déposer sur une table de pierre, où l'on procédait à son embaumement. De grands cris et des larmes accompagnaient cette funèbre cérémonie.

Dès que l'embaumement du cadavre était terminée, qu'on lui avait rendu tous les honneurs qui lui revenaient encore sur la terre , on le plaçait sur une pirogue décorée le mieux possible, et on allait le déposer sur l'île Angakawita, dans une caverne réservée. Cette lie n'était pas habitée, elle était Tabu^ c'est-à-dire, qu'il était défendu de rapprocher.

La mort du roi donnnait lieu chaque année à une fête funèbre. Tous les grands du royaume, les parents du défunt , se rendaient en grande cérémonie sur Angakawita , et on ajoutait une enveloppe complète de bandelettes de Tapa , à celle qui déjà entourait le cadavre. Cette opération, se répétant tous les ans, finissait par augmenter singulièrement le volume de Tex-Monarqne; on a vu, en effet, des cadavres royaux avoir une circonférence de un mètre de diamètre.

Les grandes familles rendaient annuellement le même honneur à ceux de leurs membres qui avaient eu une existence brillante et guerrière.

Le Mont-Duff avait encore un triste privilège. Quand le chef de Mangarèva s'opposait à un mariage, les deux fiancés, liés ensemble, se précipitaient du sommet des pitons sur les roches, où ils trouvaient bientôt une mort certaine. Parfois, la jeune fille grimpait seule à la cime du cocotier le plus élevé, et se laissait choir sur le sol. Le jeune homme, dans ce cas, se rendait au Mont-Duff^ et se lançait du sommet dans Tespace.

Suivant un chemin pavé de galets ronds, et d'une inclinaison de 45 degrés au moins, nous gravtmes le Mont-Duff. Arrivés à mi-côte, nous aperçûmes la reine sur le seuil d'une maison que le P. Gyprien occupa jadis. C'était à la fois sa maison et son observatoire, car, de sa chambre, il pouvait distinguer au large les navires cinglant vers l'Archipel. La proximité de cette résidence du couvent, lui permettait de s'y rendre tous les jours sans fatigue.

La reine vint au-devant de nous, le sourire aux lèvres. « Anakoéy nous dit-elle (bonjour), » et nous tendant la main , elle nous invita à prendre quelques instants de repos. « Allez, commanda-t-elle à ses femmes, ouvrir des cocos^ et apportez aussi des oranges pour que ces étrangers, nos amis, se rafraîchissent, » Vêtue de la- même

robe qu'elle portait lordque je la vi» pour ta preniière fois , la reine avait encore les ciievetix brouillés et flottants. Les pieds nus, elle se grattait fré(piemment la téte« et son ensemble malpropre lui donnait Tapparence d'une mendiante: en France on lui eût certainement fait l'aumône.

Nous prenions congé de la reine qusnd nous aperçûmes l'élève de M. de la Tour qui, haletant, gravissait au plus vite la montagne. Informé de notre arrivée à terre , le P. Laval nous avait aussitôt dépêché cet enfant, sous lé prétexte de nous servir de guide. En Tapercevant, la reine changea subitement de physionomie; « Taisez-vûus, ^ mamu ! — exclama-trelle craintive , tout ce que vous me diriez serait répété à LavaL »

L'enfant nous fit visiter le cimetièfe, créé par la mission sur un plateau appelé Karorea. Bordé d'une haie vive, cet enclos est, çà et là, planté de quelques arbres. Ce cimetière contenait des tombes ornées de croix ou de pierres sur lesquelles étaient burinés les noms des indigènes convertis au catholicisme. Une chap^lo, dans laquelle repose Hatua, l'ex-grand sacrificateur des idoles, ainsi que le roi Mapa^ teoa, s'élevait à l'entrée de l'enclos funéraire.

En 1840, Matua était un beau vieillard^ lHomme le plus grand de FArchipel ; il avait deux mètres. La chute de ses dieux ne l'avait pas fait maigrir; il était énorme. Ses jambes grêles fléchissaient sous le poids de son corps, et sa démarche était pénible. Il était vôtu d'un chapeau de paillé, d'un pantalon et d'un gilet de couleur. Ses iambes, ses bras, son corps, étaient couverts d'un tatouage noir, en partie ravagé par une dartre. Son visage, sillonné par les ans, était encadré d'une épaisse barbe grise, et son Altesse avait la gale.

Après ce portrait, peu flatté, voieî celui que M. Boque^ maurel foit encore de l'auguste épouse de eè grand chef, l'oncle du roi Maputeoa.

« Kou8 ctaercbâmes vainement un ruisseau qui pût nous servir d'aiguade- I^ pilote Guilloux nous conduisit vers un minoe filet d'eau qui étiait bien insuffisant pour les deux corvettes VÀstrolabe et la Zélée.

» Une dame de qualité, la tante du roi, était en ce moment occupée à faire ses ablutions, agenouillée sur le bord d'une mare fangeuse» lormée par un barrage fait dans la rigole. Cette Naïade échevelée, qui n'avait ni la taille du paUnier, ni les yeux de la gazelle, se leva brusquement à notre approche, et saisissant les perles de ses cheveux, elle s'éloigna d'un pas lourd, après avoir fixé un instant sur nous un regard stupide. Nous ne tardâmes pas à rencontrer l'heureux possesseur de notre nymphe des eaux. Ge vieillard fut plus gracieux que sa sauvage moitié (1 ). »

Le pilote Guilloux assure qu'en 1829, époque à laquelle il vint pour la première fois aux Gambier, les femmes ne se prostituaient pas aux étrangers ; qu'il avait vu une vieille femme donnant li manger k une foule de rata qui infestaient l'ile, et qui paraissaient être les favoris des habi^ tants. C'étsût pour les engraisser et les manger très*pro< bablement.

Au milieu du cimetière s'élevait un arbre de fer (Casuarina equisetifoHa), et, sous nos regards charmés, s'étendait le gracieux panorama des lies verdoyantes de l'Archipel. Symétriquement rangées autour du lagon, elles nous pro<duisaient l'effet d'autant d'émeraudes éclairées par un ciel d'azur. La couleur brune des roches volcaniques voisines tranchait sur le blanc de neige des vagues se brisant avec fracas sur les éeueils. Au large, le grand récif madréporique étalait au soleil les cimes de ses Pandanus touffus et les innombrables panaches de ses cocotiers entremêlés. Plus loin encore, l'Océan Pacifique et ses horizons sans fin.

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(1 ) Roquemaurel , Voyage au Pôle sud.

Jadis on inhumait les morts dans les anfraotuosités des montagnes, dans des cavernes habilement dissimulées.

D'autrefois on se contentait d^exposer les cadavres sur un petit ilôt, appelé Tea-Kau, situé sur la plage, à trois cents pas de la demeure de Maputeoa et non loin du vivier.

Dans les grandes crues , la mer enlevait les corps, simplement déposés sur le sol, et les ensevelissait dans les profondeurs des eaux , sans que les parents fissent la moindre démarche pour Tempécher. C'est, sur cet ilôt qu'on a inhumé tous les ossements humains recueillis par les missionnaires, dans les excavations de Hangarèva. J'ai cependant encore trouvé d'anciens cadavres dans les montagnes, et non loin de la ville. Aujourd'hui chaque île possède son cimetière.

S'agissait-il de la mort d*un chef, son corps était étendu sur une plate-forme, élevée du sol de deux mètres, et fixée sur quatre pieux, dans le but de le garantir de la voracité des cochons. Cette plate-forme, appelée Faka, Toupapau, (autel des morts), portait aussi le nom de Fata^ mot dérivé sans doute de faite, sommet, toiture. Une toiture en feuilles sèches abritait en effet le cadavre de la pluie et des brumes parfois intenses de la nuit.

Avant de placer le corps sur le faka , on lui enlevait les intestins par l'anus, à l'aide de petites tiges crochues. On enduisait ensuite le cadavre vidé, d'huile de cocos aromatisée des suCs de diverses plantes. La première couche séchée, on renouvelait l'onction jusqu'à ce que le corps ait acquis une dureté et un vernis convenables. Après chaque enduit , on remettait le cadavre sur le faka , où il restait exposé à l'ardeur du soleil pendant au moins six semaines. On ne le recouvrait que le soir, à la tombée de la nuit.

Pendant tout le temps que durait cette préparation , les parents venaient pleurer le mort aux pieds du faka , et y

apportaient chacun une partie de leur repas. Quelquesuns employaient à ces pieuses démonstrations un Haîva ou Tupapau , pleureur de morts de profession , pleureur sacré, qui était nourri tout ce temps aux frais de la famille.

La dessication étant complète, on accroupissait la momie humaine, en lui laissant les bras pendants le long du corps, puis on remmaillottait de tapa (i), ou de nattes solidement liées. Profitant d'une nuit sombre, des hommes choisis par la famille allaient déposer le chef ainsi embaumé, soit dans quelque maraé (2), soit sur Tilot Àngakawita, spécialement réservé à la sépulture des chefs.

Nous arrivâmes à une barrière servant de clôture au sentier qui mène au couvent. Notre jeune guide nous apprit qu'il était défendu de la franchir sans en avoir préalablement demandé Tautorisation au P. Laval. Respectant cette consigne, nous prîmes la gauche du sentier, où, le terrain s'élargissant, nous longeâmes des plantations fort bien entretenues. Il y avait là des bananiers, des arbres à pain, des cotonniers à la fois chargés de fleurs et de capsules desquelles s'échappaient de volumineux flocons d'un blanc de neige. On y cultivait aussi des patates douces. Plus loin, apparurent quelques cases abritées sous les arbres, et à proximité de cocotiers élevés. Surpris de nous rencontrer sur ces hauteurs, les indigènes quittaient leurs logis pour nous faire escorte. Nous ne nous arrêtâmes qu'au pied des pitons.

D'un rouge d'ocre, les flancs de ces pics sont arides, déchirés el parsemés, ça et là, dé touffes d'une graminée

(l) Etoffe faite avec Técorce de VHibiêem » de VArtocarpui, ou du Broutsmetia.

(2) Autel de Tancien culte païen.

(Er^nthus flùriduius), ou de tiges de Dracœna (TU ou Kiijy dont les feuilles servent de nourriture en même temps que d'abri aux nombreuses chèvres qui vivent en liberté sur ces sommets déserts.

Revenant sur nos pas, nous longions les hautes murailles du couvent lorsque de bruyants éclats de rire s'entendirent tout à coup s'échappant des massifs voisms. Bientôt apparurent une quinzaine de jeunes filles que la surprise de nous rencontreri et aussi la crainte, rendirent muettes pendant le temps qu'elles mirent à passer devant nous. Chacune d'elles cependant nous souhaita le bonjour. Mais, dès que nous les eûmes perdu de vue, leur caquetage et leurs rires bruyants recommencèrent. «Ce senties religieuses qui vont cultiver les terres de la communauté, nous dit alors rélève de M. de la Tour. Vous devez les apercevoir chaque jour de votre navire. » Déjà, en effet, nous avions braqué du bord la longue-vue sur ce plateau, et nous avions aperçu des laboureurs, mais nous ignorions encore que ce fussent des jeunes filles qui manœuvrassent la pioche d'une main aussi ferme.

Une lacune dans le feuillage nous permit^ peu après, d'assister au départ de la goélette Marguerite; elle était déjà hors des passes.

La route inclinée se représentant bientôt, nous commençâmes notre descente au village. D'aussi loin qu'elle nous aperçut, la reine fit déposer par ses femmes des paniers d'oranges devant sa demeure. Les hommes, qui n'avaient cessé de nous suivre, s'en saisirent et voulurent les porter jusqu'à notre embarcation.

Chez M. Pignon nous trouvâmes plusieurs malades qui depuis longtemps nous attendaient. Prat les ayant examiné tous, nous regagnâmes la corvette.

Le lendemain, i2 Juin, les missionnaires vinrent à bord nous rendre notre visite. Assis à la barre, le P. Laval diri-

geait sa baleinière et le P. Armand gouvernait la êienne. Âu nombre de sei^e « les rameurs étaient vêtus d'un pantalon de toile blanche fixé à la taille par une ceinture en laine rouge. Une chemise fine , une cravate de satin noir, un chapeau de Panama et des souliers vernis , constituaient leur mise uniforme. Nous complimentâmes HM. Laval e^ Armand, sur la bonne tenue et la soumission des matelots employés à leur service.

Les missionnaires nous quittèrent pour se rendre , le P. Armand à Taravaï et le P. Laval à Aokena^ où ils devaient, le lendemain, dire une première messe à l'issue de laquelle ils étaient dans Tobligation de revenir dans les deux autres îles en dire une seconde. Alternant tous les samedis, le même prêtre n'officiait jamais deux dimanches de suite dans la même église.

Le temps resta couvert toute la journée ; le vent soufflant avec force du S.-O., de violentes rafales se succédèrent et le ciel fut fréquemment obscurci par de forts graine dont les nuages^ qui dévoraient l'espace, étaient déchirés par les pics du Mont'-Dufr. Des avalanches tombaient alors, des tourbillons contournaient la corvette qui frémissait sous la violence des bourrasques^ Les mâts gémissaient , faisaient entendre de terribles craquements, et les manœuvres agitées, produisaient dans l'air des sifflements aigus. Malgré cela , solidement aflburché sur ses ancres de bossoirs ^ le Maputeo , invincible , roulait « tanguait, lentement soulevé par la houle. C'est au bruit de cette perturbation de tous les éléments déchaînés que nous passâmes la nuit, bercés par l'ouragan.

La tempête continuant le 13 Juin, nous restâmes à bord.

Le lendemain , le vent mollit et la mer s'apaisa. Profitant de cette accalmie, M. Tver partit à pied et à travers les montagnes, se rendant dans les districts pour prendre

livraison de la nacre qui lui était destinée. Vers huit heures, le capitaine lui expédia la chaloupe et toutes les embarcations qui, vers midi , revinrent chargées de coquilles.

S'occupant aussitôt de l'embarquement de cette nacre, l'équipage la monta à bord au moyen de demi-barriques qu'on descendait à Taide d'un palan dans les embarcations. Une fois remplies, ces bâilles étaient hissées abord, et par le grand panneau on en vidait le contenu dans la cale, où des marins procédaient à l'arrimage de ces huîtres en mettant leurs valves à plat les unes sur les autres. Hs construisirent ainsi des murailles épaisses entre lesquelles, dans le but d'équilibrer le chargement, ils ménagèrent des couloirs.

L'huître qui fournit la nacre des Gambier est la Pin* tadine {Meleagrina, Meleagris, Pintade). C'est une coquille subéquivalve, arrondie, écailleuse en dehors, surtout pendant le jeune âge , nacrée à l'intérieur, à bord cardinal droit , présentant à son extrémité, sur chaque valve, une échancrure calleuse pour le passage du byssus. Le manteau de l'huître est la partie qui sécrète la nourriture absorbée par l'animal, ainsi que le carbonate de chaux dont il forme sa coquille. Des ligaments élastiques réunissent les deux valves au moyen d'une charnière sans dents , sulistement formée.

Certaines parties du corps, adhérentes aux valves, possèdent une force musculaire telle, qu'il faut toute la vigueur d'un homme et l'aide d'un couteau fait exprès, pour ouvrir la coquille d'une huître seulement grande comme la main, et encore n*y parvienton qu'en la brisant à l'endroit où Ton a appliqué le couteau. Les huttres perlières sont donc tellement difficiles à ouvrir, qu'on ne l'essaie même pas, et qu'on les laisse mourir pour qu'elles s'ouvrent d'ellesmêmes ; c'est alors qu'on en retire les perles. Il y a impoa-

sibilité absolue d'ouvrir POstrea gygas de grande dimension. L'imprudent qui mettrait la main entre ses deux valves entrebâillées , la perdrait à Tinstant même.

Les huîtres perlières forment des bancs sur lesquels les sujets se reproduisent par centaines de mille. On trouve des huîtres isolées sur le fond de sable de la mer ; celles qui sont adhérentes aux roches, y sont solidement fixées par un byssus brun qui les prive de toute locomotion. Dans la baie de Gondatchy, à douze milles de Manaar (île Ceylan), se trouvent des bancs qui occupent en mer un espace de vingt milles.

Les valves de la Meleagrina-Margaritifera sont rondes ou elliptiques, à peu près égales, de 22 centimètres de largeur sur 26 centimètres de longueur en moyenne. Leur face externe est formée de feuillets transversaux imbriqués et brunâtres. Elle est parfois complètement recouverte d'une croûte calcaire blanche, jaunâtre ou grise, sur laquelle se développent des algues et des polypiers.

La face interne est lisse, brillante, d'un éclat chatoyant. Cette nacre est très-blanche, quelquefois jaunâtre, irisée, et bordée à la circonférence d'un liseré verdâtre , brun ou noir, de un à deux centimètres de largeur.

L'épaisseur de la nacre est de quatre à cinq centimètres au voisinage de la charnière , elle va de ce point en diminuant jusqu'au bord inférieur.

La pèche des huîtres perlières se fait aux Gambier, du mois de Janvier au mois d'Avril. Les pêcheurs plongent sans l'aide d'aucun appareil. Ils ne peuvent rester longtemps sous l'eau ; quelques secondes suffisent, et, lorsqu'ils reparaissent , le sang s'échappe par le nez ou par les oreilles même des plus robustes. Ils ont les yeux injectés et parfois atteints d'ulcérations. Les pêcheurs des Gambier plongent jusqu'à vingt-cinq et trente brasses de fond pour chercher cette nacre.

Dans rinde, des devins ou des prêtres de chaque casM se rendent du rivage pendant la pêche des huîtres perlièred, et emploient différents exorcismes pour protéger les plongeurs de la voracité des requins. Ces animaux inspirent une grande frayeur aux pécheurs, mais leur confiance dans les talismans qu^on leur- vend et dans les prières des devins est telle , qu'ils négligent de prendre des précautions plus sûres , autrement, aucun Indien ne consentirait à descendre ; la pèche est interrompue lorsqu'il arrive un accident.

Aux Gambier, les missionnaires vendent aux plongeurs, pour les protéger de la voracité des requins, ded scapulalres et des médailles , moyennant un certain nombre d'huîtres fermées, ce qui leur procure souvent de trèsbeaux bénéfices. Mais là, comme dans l'Inde, ces talismans ne sont pas infaillibles , et ces sortes d'amulettes n'empêchèrent pas le père du roi Maputeoa d'être coupé en deux par un requin dans le lagon même de Hangarèva. La partie supérieure de son corps reparut seulement à la surface de l'eau rougie par son sang.

Pour ne pas épuiser tous les bancs à la fois, on les divise en plusieurs portions distinctes, qu'on exploite successivement , ce qui laisse aux coquilles le temps de grossir et permet d'en faire une récolte à peu près tous les ans. En sept ans elles atteignent la taille convenable. On fait de même aux lies Gambier.

Il y a dans chaque embarcation indienne des cordes liées à des pierres , dont les plongeurs se servent pour descendre plus rapidement au fond de Teau. Quand l'un d'eux s'apprête à plonger, il prend dans les doigts du pied droit une corde à pierre, et à l'autre pied est attaché un filet en forme de sac; il tient une seconde corde de la main droite, se bouche les narines avec la main gauche, et arrive rapidement au fond. Là il remplit son filet avec une grande

adresse^ car il ne peut employer que deux minutes à ce travail, seul temps qu'il puisse rester sous Teau. Il avertit qu'on le remonte en tirant la corde qu'il tient de la main droite. Il y a de rares pêcheurs qui restent quatre et cinq minutes sous Teau.

Il n'y avait autrefois aux Gambier, qu'une douzaine de piroifues , incapables de s'aventurer au dehors du récif, pour se rendre à la pêche soit du poisson soit des huîtres perlières. Les indigènes montaient sur de méchants radeaux composés de trois ou quatre morceaux de bois réunis, longs de cinq à six mètres, qu'ils faisaient mouvoir avec de larges pagaies. Ces radeaux servaient à des exécutions cruelles et sanglantes, quand il arrivait que quelques chefs ambitieux se disputaient la souveraineté du pays et faisaient la guerre chacun à la tête de son parti. Les vaincus devalent quitter l'tle. Après avoir placé sur des radeaux tout ce qui tenait à la famille ou au parti de ceux qu'ils venaient de vaincre » les vainqueurs envoyaient ces radeaux hors des récifs, les abandonnaient à la merci des flots avec défense, sous peine de mort, de chercher à regagner la terre. Aujourd'hui chaque famille possède une belle et 90lide embarcation (baleinière), pour se livrer à la pêche de la nacre.

« A rarrivée des missionnaires, la nacre était tellement abondante, qu'au rivage même un homme pouvait en recueillir trois barils de cent kilogrammes par jour, écrivait, en 1861, la reine Maria*Eutokia au Ministre de la marine. Mais depuis, la pêche ayant continué sans interruption, la nacre est allée en diminuant d'une année à l'autre , et de nos jours elle est complètement épuisée en certains endroits. Dans d'autres il s'm trouve encore, et de bonne qualité, mais ce n'est plus qu'à une profondeur de quinze brasses , où peu de nos plongeurs peuvent deseendre en s'exposant à la mort, et ils ne peuvent en rap-

porter. Ailleurs, ii n-y a plus que de très-jeune nacre, qui n'a ^ère que le quinzième du poids qu'elle acquerrait arrivée à son entier développement » ( 1 ).

S'il en est réellement ainsi, on ne peut qu'approuver la reine et son conseil d'avoir suspendu la pèche en 1861 . C'est une sage mesure , en effet , qui donnera à la jeune nacre le temps de grossir, et à la nouvelle celui de naître. Mais, j'ai souvent entendu dire que la mission exagérait beaucoup cette actuelle pénurie de nacre.

Autrefois, le prix ordinaire des services d'un plongeur était une brasse d'étoffe par semaine. Une pêche heureuse donnait chaque semaine un baril d'huttres par plongeur, ns produisaient, terme moyen, une once de perles petites et moyennes, dont le prix courant était de 60 à 80 francs à Yalparaiso, où la nacre se vendait aussi avantageusement.

Qu'elle provienne du golfe Persique, des côtes de l'Arabie- Heureuse, de celles du Japon, du golfe de Hanaar (Geylan), pêcherie la plus célèbre par sa production, de TAmérique ou de rOcéanie, la perle, Margarita, est une excroissance accidentelle formée de concrétions de carbonate et de phosphate de chaux , et d'une matière mucilagineuse de nature organique. Cette matière, sécrétée isolément par la chair du mollusque (le manteau), dans une anfractuosité, dans une lacune ou dans un crypte du manteau, est analogue à la nacre de certaines coquilles.

La perle a toujours pour origine un corps étranger, soit un grain de sable ou un corps dur quelconque, soit un ovule stérile, autour duquel la nacre se dépose par couches minces- et concentriques. Il est facile de s'en assurer en sciant une perle par moitié.

La nature calcaire des perles explique pourquoi leur

(1) Extrait d'une lettre écrite au nom de la reine, en 1861, au Ministre de la marine.

orient s'altère , se ternit , se corrode à la longue sous l'influence de la sueur, des sécrétions acides du corps humain , d'une respiration acre , et même lorsqu'elles ne sont pas souvent portées.

Un acide un peu fort les dissout promptement avec effervescence. Hais il n'en est pas ainsi du vinaigre , que Gléopâtre employa, disent les historiens du temps, pour dissoudre une des fameuses perles fines qu'elle portait aux oreilles et dont elle but la dissolution, dans l'intention de surpasser Marc-Antoine en munificence.

Il y a des perles d'une eau (orient) irréprochable, d'un blanc pur et nacré. On en trouve d'irisées, de jaunes, de verdâtres, d'un gris de plomb, de brunes, de noires. On attribue la diversité de ces nuances à la nature du sol sur lequel a vécu la coquille, ou à ce que ces perles n'ont été enlevées que longtemps après la mort du mollusque, dont la décomposition en aurait alors altéré la couleur primitive.

Les perles sont rondes, parfaitement sphériques, ou bien irrégulières, applaties sur une face, ovales ou pyriformes ; ces dernières sont très-recherchées dans la bijouterie, qui emploie souvent des perles brunes et plombées, auxquelles la mode donne parfois une préférence marquée.

Il arrive qu'on ne trouve qu'une perle dans le mollusque, d'autres fois elles sont nombreuses; on en compte même plusieurs centaines , alors très-petites. Elles sont libres ou adhérentes au mollusque ou à ses valves. On en opère la classification après la récolte. A Ceylan , cette opération se Eait au moyen de tamis gradués. Aux lies Gambier on les choisit à Tœil et à la main, cette pêcherie n'étant pas aussi productive que celle de Ceylan. Aussi estimées que les diamants chez tous les peuples , le luxe met les perles fines au rang des ornements les plus précieux.

On assure que les perles libres qui deviennent trop

grosses , unissent par incommoder le mollusque qui les rejette de sa coquille. Quand les pôcheurs de Geylan trouvent de ces perles au fond de Teau, ils les avalent pour les dérober à ceux pour le compte desquels ils plongent. Mais cette fraude étant connue, on avise aux moyens de se préserver de cette sorte de soustraction. A Geylan» on perfore les perles et on les enfile avant de les livrer au commerce ; cela n'a pas lieu dans l'Océanie.

La valeur d'une perle est calculée en raison de sa forme, de sa grosseur, de sa parfaite sphéricité, de la pureté de son orient (1),

Mais il faut se méfier de la fraude, car il y a des moyens de rendre son éclat primitif à une perle avariée. J'ai été témoin d'un fait de cette nature à Mangarèva, et j'ajouterai qu'à Ceylan, les pécheurs se servent pour arrondir, nettoyer et donner le poli aux perles adhérentes qui ont été détachées des valves, d*une poudre qu'ils obtiennent en pulvérisant des perles sans valeur.

Les perles fines se trouvent le plus souvent dans les huttres de moyenne taille , m'a plusieurs fois assuré le P. Laval. Les naturels connaissent depuis longtemps les huîtres à grosses perles ; jadis ils les cachaient et les gardaient pour eux. Mais quand Maputeoa en soupçonna la valeur, il les enleva à ses sujets par droit de suzeraineté. Alors on pouvait avoir une belle perle pour un couteau ou pour un hameçon. Il n'en est plus de môme aujourd'hui, ainsi qu'on va en juger.

Les perles se classent en :

1*' CHOIX, ou perles à formes régulières et sans taches. 2* -- ou graines rondes, blanches et d'un bel orient.

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