‹ Voyage aux îles Gambier (archipel de Mangarèva)Chapitre 6 sur 13 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

La salve de deuil. — Le capitaine se rend à terre. -* Visite à la reine. — L'inslruotion à Tafti. — - La mission de Mangarèva. — Le jeone roi, r- Véàm de Mangacé^. rr- La prison. ?rr Le TîUage. — Les siloi^à Pofioî. — V^géta^ioB. -7 Cult^ff^. — M r^ce 4^8 Qayqfkbler, -T M. Pigaop.. ^ petaur à bord.

Dès (jue notre corvette apparut à rentrée du lagon, trois navires « déjà mouillés sur la rade de Mangarèva, hissèrent leur pavillon. C'étaient une goélette taïtienne , la Marguerite; un brick-goëlette de Hambourg, dont j'ai oublié le nom ; un brick chilien, le Tubalcain. Cette rencontre, ainsi que le gracieux panorama cpii s'offrait à nos regards charmés, nous firent oublier les pénibles ennuis de notre longiue traversée. Dès que Tancre du Maputeo toucha le fond, les voiles furent carguées, et M. Yver se rendit à terre dans la baleinière de Petero.

Muni des six gargousae.^ que te lieuteoantlui avail fait confectionner pendant Ift traversée, le maitre d'équipage chargea les canon$. Le oapits^ine nous dit qu'il allait faire tirer une salvQ de deuil, e^ VboiSineur du défunt roi Maputeo I". Les pi^s ét^nt cbargéeis, on mit les vergues en croix, les enseignes iiH^t à moitié descendues» on fixa le pavillon français en berne. Un intervalle de dix minutes fut strictement observé entre oba^ue^ coup de earoqade. Notre salut produisit à terre uq e^^ceUent efTet , mais je dois ajouter qu'à bord , personne ne prit au sérieux cette démonstration , dont le but meroautiUe était des plus accusés. Le brusque déport de M. Tver n'avait eu, comme nous l'apprtmes, d'autre but que d'aller informer la mission de notre pré-^ sence à bord, et de lui communiquer le programme funéraire.

Au^i , vtmes-nous bientôt le gardien du mdle accourir, muni du pavillon francais>, qu'il bissa à mi^mât, dès que nous eâmes tiré te premier eo;up de canon. Notre salve étant aobevée , te gardien fit mooter et descendre trois fois de sm\et son pavillon pour nous remercier. Nous répondîmes à ce salut de la même façon, et, prenant ensuite son rôle d'équipage^ le capitaine me proposa de raccompagner à terre. Nous partîmes.

Dans tous les pays du monde, l'arrivée ou le départ d'un navire est cbose curieuse , nous pûmes le constater une fois de plus , en voyant accourir vers la plage une foule d'insulaires.

Nous mimes pied à terre sur l'escalier d'une longue jetée bâtie en blocs de corail blanc artistement taillés , formant l'un des côtés d'un vaste bassin carré , dans lequel on avait parqué les plus beaux poissons de la rade , ainsi que les plus gro^es tortues péchées dans l'Archipel. De larges marches y facilitent l'abordage et constituent un débarcadère commode. L'eau se renouvelle ^ chaque marée dans

ce vivier dont les hôtes, retenus captifs, sont spécialement réservés pour la table du roi et pour celle des missionnaires. Le poisson est très-abondant dans le lagon, surtout dans le voisinage des ilôts ; aussi les naturels s'y rendentils , dans la saison de chômage , quand ils désirent faire un copieux repas ; ils restent même parfois plusieurs jours sur ces ilôts.

Nous avions à peine fait une cinquantaine de pas qu'une troupe d'enfants , les pieds nus et seulement vêtus d'une chemise ou d'un pantalon troué, vint en sautillant à notre rencontre. Se poussant les uns les autres , ils couraient en riant et en criant; quelques-uns, plus hardis que les autres, s'emparaient de nos mains que nous leur abandonnions volontiers. — Les gamins sont les mêmes partout!

Le capitaine me désigna alors le jeune roi et son frère , l'un et l'autre confondus dans la foule. Le premier était âgé de dix ans , l'autre n'en avait que sept. Ayant reconnu M. Guézenec, ils vinrent nous saluer et nous serrer la main. Ces enfants , d'une figure régulière et peu foncée en couleur, avaient l'air intelligent. Bientôt familiarisée, cette bruyante jeunesse nous parla en mauvais français. Elle nous posait des questions auxquelles elle se chargeait aussi de faire à Tinstant les réponses.

Encouragés par le bienveillant accueil que nous faisions à ces enfants , les hommes, jusqu'alors restés à l'écart et accroupis, se levèrent, et avec un respect mêlé de crainte

me demandèrent : « Vous Catholica, Mosiè? » Sur ma

réponse affirmative, et plus confiants, leurs yeux s'illuminèrent de plaisir. Faisant tous des signes de croix, ils entr'ouvraient aussitôt leur chemise pour nous montrer leurs scapulaires. Puis ils semblaient attendre que nous fissions de même.

Devenus désormais nos amis , ces braves gens nous pre-

naient les mains qu'ils baisaient en les pressant avec effusion I Tout à coup l'un d'eux, d'une voix fortement émue, me désignant à ses compagnons, s'écria : « Aue ! Taoté ou Tahiti! — Tiens! c*est un médecin de Taîtil » —Je reconnus, en effet, cet homme. Quelques mois auparavant, il faisait partie des ouvriers maçons et tailleurs de pierres , qu'avait été chercher à Mangarèva l'évêque de Tàïti, . H«' d'Àxieri (TepanthJaussen), pour établir les premières fondations de sa cathédrale.

Tout le personnel militaire européen , le commandant particulier, M. Roy en tête, assista en 1856, à la pose de la première pierre de cette église. A mon départ on en voyait les premières assises s'élever sur la droite de la principale route de Papeiti, alors appelée Broom road (grand chemin) parles missionnaires anglais, dénomination qu'on lui a supprimée en 1862 , pour lui donner celle plus prétentieuse, de me de Rivoli. Un crédit annuel de 23,000 francs fut, à cette époque, inscrit pour sept ans au budget local de la colonie pour l'achèvement de cet édifice. H a dû permettre de terminer cette église, dont la dépense totale , y compris la valeur du terrain , devait s'élever à 370,000 francs. D'après le Messager de Tahiti, jour* nal ofQciel, du 27 Mars 1862, la mission de Vile s'est engagée à supporter le reste de la dépense.

Les femmes de Mangarèva, qui d'ordinaire , sur Tordre des missionnaires, s'en vont à l'autre extrémité de Ttle toutes les fois qu'un navire a franchi le récif, surtout si c'est un navire de guerre , se tenaient à l'écart. S'enfuyant à notre approche , elles jetaient de temps à autre des regards inquiets du côté du village, mesurant de l'œil la distance qui pouvait, à chaque pas que nous faisions, nous séparer d'elles. Ce fut donc en compagnie d'une escorte toute masculine que nous parcourûmes la longueur de la jetée. Nous nous trouvâmes alors sur une place plantée

nou9 apparut la dç^^^a fçysi^e.

Ce n'était plus cq y^te jb^ar d^çç^t, pifs^^ôe loi« wr trente pieds de large , àîffoX ps^rj^ tH. Ifioêr^nl^Pint dam son

Quvrage sur lesJliQ^j4uÇtieM>d Oçé^n. Q'^it me m^isûn de cbétivç s^ppareoç e^ b)#ppi^e |^ }^ 0^«u;x et .QQiapoaée d'un rez-de-chaus^éi^ fi^\i(l€|)n^t.

Plus q^e mpdest^ , l!iQJtér\9\ur >^ oe P^lttU Kwaf ^Or tique, était meublé de vieilles ç^^ses foi^Q^a A-^m UtQ^dB li^te avec les fibres ^31 p^r^rpç 4^ j^t m)^ 4^ PQOOtler, 4'uQ ipn; buffet ^ d'ij(p^. tai^)e. Dçs kmS9^ f^mmmfi% ^iuminéea, r^péseutfu[4 i^ » ^^ Yî^fe ♦ te P^BÇ Sr/ir 0^e XVI Bjitron dç ^e,u Çiç^goftrç MaRW^WP , W *^W«Bit ^9 muraiUçs Uapp^jes à 1^ çla^flf^.

8. M. la reine Marip^j^ii^x^e i^J^rU^f^v^ig) , yfitm 4e ^oip , s'y .trouvait gn .cQipeaiffiij^ (?ies pP. J^ay/*^ AWftBdi«t ,de W. Yver. Tpujte ^îi^p^^pjpuft;^^ çoofi^^^i^^^u^s ç»p #!»c TO^^sionnpires, dçntitftp^le.P.i^yaJl., appejé p^^v^^^re jip0fttolique, çn était leJSU|^ri^\]^'.

Nous ^aluàme9 d'aj^^çà ^ r/?i%B /^lpt>^ ^ QPntu^s» ^

pays , c'e?t.i-dire.^,lui tj^p^^t 1? WW-. Av^H.^e ij^j^r dre à po^r^polite9^,4îe^^eç^^vre f^fffiii^j^J^ufl.^^^^

^nterroj;ateur s^r }fi P. Lay,t^l^n\;ffff^}^ ^^W^ Im^à sa seule inspiration, Sa Ifshjesté ^ déeid^, npasaç^ b^>te?» à alloRser timiâen|i€)|[4 Ij^j^f s^et À nq^a jread|r9 jp^çttre iî^ut; nous nous asaiipes.^uîjte,.

Placée en face ,à^ ï/xqU S. Jf. M(a]fifirEi|tQkjia ^rmj&ait trè^-craintive ; <i^ée ,^e tre^n^-îxuit ai^s, elle î^tfii^ replète, de taille jDj^oyj^jinje , sa li^urçi ^i^t r^j^lièr^p et naturellement dpuqi^. J^fi ,t^te nij^eu j^cjs }qpg9 jcbç* veux noirs flottaient en 4^or(ii;'e ^^r ^ 4Pf\^^^^- ^ pise de robe, elle portait une blousa de pereaiîne noire, «erréç à la taille au pptpyen d'upe cravate de ^iç r^ç (Di$n)^ couleur; eUe .avait les pi0d9 ijus. I^a infi^propreté

de sa toilette me frappa d'autant plus, que les tai* tiennes excellent au contraire dans le soin de leur personne. Leur belle chevelure , toujours bien peignée, tressée et parfumée d'essences ou d'huiles odorantes (monoï) , est aussi ornée, soit de fleurs de gardénia pu d'hibiscus , soit de branches de basilic ou de fougèrf^ odoriférantes.

Sa Majesté tenait à la main un crasseux foulard blanc ; elle se grattait de temps à autre la tête à pleines mains, ou bien promenant un regard hébété sur l'assemblée, elle reniflait bruyamment, pliait, dépliait son foulard, retendait sur ses genoux , tout cela pour se donner un maintien. D'une ignorance absolue , elle ne savait pas le firangais. , ne savait, pas plus que ses enfants, ni lire ni écrire. A Taîti toutes les femmes possèdent très-bien toutes ces choses ; elles ont de plus , des connaissances assez étendues on géographie.

Entrant un soir dans une case taïtienne, précisément à l'époque où un concours général devait réunir les élèves de toutes les écoles de Vile, j'y trouvai plusieurs enfants feuilletant un Atlas colorié et traduit en langue taïtienne. Une grande question préoccupait le petit monde ; il s^agissait d'expliquer la cause des éclipses 1 Or, les figures du livre ne suffisant pas pour bien faire saisir ce phénomène, il n'était personne qui ne tremblât de se voir interroge \p lendemain sur ce sujet.

Touché d'un embarras auquel je pouvais mettre fin. Je me fis donner des cocos et des oranges, et, au moyen de la lampe de la maison , me voilà organisant mon petit univers ! Appelant à mon aide, et le peu de taltien que je possédais , et la langue universelle des signes , j'entrepris hardiment ma démonstration. Tout le monde s'était rap* proche, et, dans le plus grand silence , avec une attention profonde, un vif intérêt, cbaoun suivait mon raisonnementi

^sala manœuvre que je faisais exécuter à mes cocos et à mes oranges. Je n'eus pas plutôt achevé, que mon jeune auditoire fit explosion en une bruyante causerie. Professeur improvisé, chacun s'évertuait à redire à son voisin le sens de mes paroles, sans doute aussi à les commenter. C'était à qui prouverait qu'il avait le mieux compris. Les écoliers ne sontrils pas les mêmes partout ?» ( 1 ].

Le provicaire Laval n'était guère plus soigné dans sa mise que la reine. Il y avait au moins huit jours qu'il ne s'était fait la barbe ; en partie déboutonnée , sa soutane laissait voir une chemise de cotonnade bleue très-malpropre. Agé de cinquante-deux ans , de moyenne taille, le P. Laval était légèrement obèse ; son visage criblé par la variole était arrondi. Son nez aplati supportait des conserves bleues, derrière lesquelles s'abritaient d'excellents petits yeux ronds, noirs, vifs et d'une grande mobilité. Nous adressait-il la parole , il inclinait ses regards vers la terre ; il avait la voix voilée et nazillarde. En parlant, il se frottait lentement les mains l'une dans l'autre. Yenait-on à l'interroger, il fermait un instant les yeux comme pour se recueiL lir, toussait deux ou trois fois avant de répondre.

Assis à la droite de son supérieur, le P. Armand Chosson, son camarade de classes, gardait un respectueux silence. Bien pris dans sa petite taille, le P. Armand accusait quarante-huit ans. Sa physionomie était avenante ; il avait la figure ovale, le regard doux et bienveillant. A l'inverse du P. Laval , le P. Armand pouvait de prime-abord s'attirer des sympathies, même la confiance.

La porte fut bientôt obstruée par la foule. C'était à qui grimperait sur les fenêtres pour mieux nous voir. La sueur {verlant sur nos fronts, la reine chargea des femmes, ses dames d'honneur sans doute, de nous ouvrir des cocos

.• ■ -Il ■!■■■ ■■■ I I W I I I 1^— l.l I . Ill^

(I) 07aW, par G, Cusritt. - Paria , V'Maaaon, 18(0,

dont Veau rafratchtssante nous fit grand plaisir. Appelant ensuite ses enfants, restés au dehors parmi la foule, elte nous présenta SCS fils, Joseph et Jean. Je reconnus en eux nos petits amis du débarcadère.

La reine nous apprit qu'elle avait encore trois fliles, dont deux étaient religieuses et habitaient un couvent situé sur le Mont-Duff. Joseph, Tatné de ses deux flls, devait à sa majorité régner sous le nom de Haputeoa III.

Cette présentation terminée, le capitaine Guézenec remit son rôle d'équipage au P. Laval, qui le reçut d'un air officiel :

— « C'est bien, lui dit-il, je l'examinerai; vous retrouverez ce registre chez moi, la veille de votre départ, quand vous y viendrez pour vous faire expédier

— Oui , mon père, répondit le capitaine en s'inclinant respectueusement. »

Ce ne fut pas sans un grand étonnement que j'assistai à ' cette scène. Je ne m'étais, en effet, jamais trouvé en présence d'un missionnaire à la fois nanti de tant de fonctions. Le P. Laval était ici : Commissaire de l'Inscription maritime, Commissaire aux Revues, Capitaine de Port, Gouverneur, et véritable Roi des lies. S'apercevant de ma surprise, il devint pourpre, toussa, et balbutia précipitamment ces paroles :

— « Pardon , mon cher capitaine , je me suis mal expliqué. Vous le savez, ajouta-t-il d'un ton doucereux, il n'y a que le roi qui commande ici , c*est lui qui doit examiner et signer vos registres, c'est donc ici , que vous les retrouverez. »

Le capitaine demanda au P. Laval s'il voudrait baptiser son navire qui , à Bordeaux , n'avait été qu'ondoyé. Il lui fut répondu que cela suffisait, et qu'il devait considérer sa corvette comme parfaitement baptisée.

Un long débat s'établit ensuite entre le P. Laval et

Mr» Yvéf , au '8i^èt du prix de la nacre que notre navire était venu prendre. M. Yver prétendait qu'il avait été convenu, Tannée précédente , qu'on* ne devait la lui vendre qu'à raison de 125 piastres le tonneau rendu à bord (soit 625 francs), tandis que le provicaire soutenait que la reine n'avait jamais eu l'intention de la lui livrer à moins de 140 piastres, c'est-à-dire, de 700 francs.

Ma présence gênait la discussion; je le compris bientôt en voyant le P. Laval couper subitement court à l'entretien , se lever prétextant que l'heure de son déjeuner était arrivée :

— « Venez chez moi dans la journée, dit-il à H. Yver, je vous ferai connaître à quel prix la reine peut vous vendre sa nacre. »

C'était pour moi un congé en règle. Nous sortîmes, reconduisant les Pères jusqu'à leur demeure , située sur une petite éminénce et non loin de l'église.

Établie sur un plateau qui domine la place principale , l'église de Mangarèva est construite en blocs madréporiques. La première pierre en fut posée le 7 Janvier 1839 , par M*' ftochouse , évéque de Nilopolis, qui plaça le futur monument sous l'invocation de l'archange saint Michel. Cette église s'élève à la place de l'ancien temple des idoles, formé d'un hangar de vaste dimension , et d'une solide construction. Les Dieux qui Thabitaient ayant disparus, leurs anciens adorateurs ont , à l'instigation des missionnaires, livré aux flammes ceux qui étaient restés, convaincus de leur impuissance.

L'église actuelle possède de hautes fenêtres cintrées à vitraux, deux ptortes latérales , et dans l'est, un portique principal flanqué de chaque côté d'une tour carrée. Dixhuit colonnes en pierre de corail , supportent la voûte en maçonnerie de ce sanctuaire, pavé de larges dalles. Un dhebitn Be'crofix composé d'images enluminées de vives

touleurst des teACsdidiK>sés parallèlement de ohaxpiêodtë» les fonds baptismacrx , un béaitier oiroulaire posé sur une oolonnette d'un mèti« de hauteur» et placé dans Test , en Caoe de la i^wle d'enU^ée prioeiipBle^ tels sont les objets qui frappèFMt mes regai^. Le maitre-autol, le tabernacle, la ebaire, attirèrent surtout mcm attention ; ils méritent en effet, une description partieoiière.

Le maltre-^aatel est rcHiarflMjalalie par la délicatesse et par le fini de ses oraemwts^ «intièreflient formés de nacre de difEérenles nuances. C'est :ua yi^itsible chef-d'œuvre dA %n talent de MM. Gilbert ^et Fa^^ifOf frères laïques tous deux^^ et ouwiers d'un gesM mér^e. €es or^ments figurent de beHes grappes 4e iraisii;^ ne^ii^ et de raisins blancs^ entreliacées de feuiïes de vigne p^faitemeat imitées. Le tabemaele est incrnsté 4e' bouquets de roses d'un travail exquis. Le raisin noir y est ûpn^^vec la nacre prise sur les bords des coquilles perlières, tandis que le raisin jaune estiait avec la nacre |aune^paille 4es Jiuitres de Grescent. Les roses sont imitées avec de la q^Qre de cette nuance^ qu'on rencontre fréquemqient au centre des valves dp certaines huîtres des Gambi^r. De chaque côté du maitreaute], s'élevaient deux colonne^ plates, et découpées dans une simple planche de sapin. Le frère Fabien Coste a collé sur leur face une grande quantité de petites porcelaines blanches et noires, qui forment des losanges.

Un tableau représentant l'adoration perpétuelle du Saint- Sacrement, se voit dans le chœur, garni de stalles. Au premier plan de ce tableau sont des religieuses en prière, vêtues d'une tunique blâmée que recouvre un manteau écarlate. On aperçoit dans le lointain la maison prqfès des Picpus.

Sur les bas-côtés de l'église, à droite et à gauche du maitre-autet^ sont deux chapelles; |un orgue contenu dans W9 â0rte d*tarmpire, mvh\^ celie 4^, gjaucbe. Une balustrade

en bois, dont les panneaux découpes à jour représentent des croix de Malte, et les attributs de Tépiscopat, ceint le grand autel, et les chapelles latérales,

La chaire est d'un style simple ; ses panneaux pleins sont incrustés de bouquets de roses liées par un large nœud de ruban. Ce travail, encore Toeuvre des frères Gilbert et Fabien, est d'un fini et d'une délicatesse remarquables.

Surmontant la porte principale, une toile de grande dimension représente une goélette, la Rosalie, complètement désemparée et luttant contre la tempête. Assise sur un nuage, la Vierge apparaît aux matelots épuisés et privés de vivres. La robe de pourpre de la Vierge tranche d'une façon bizarre sur le gris sombre du ciel, et de la mer en courroux. Ce tableau, exécuté en 1854, avec de la chaux, du noir de fumée et de l'huile iehmcoviifAleuritestnloba), est une œuvre des plus médiocres , due à l'un des passagers de la Rosalie.

Sortant de l'église par le portique de l'est, nous nous trouvâmes sur une roule pratiquée au milieu d'un bois d'arbres à pain. Ce chemin, qui longe la plage, était en ce moment recouvert de sable blanc , à l'occasion du récent parcours de la procession de la Fête-Dieu. Il ressemblait ainsi à une allée de jardin, et ce qui le faisait croire, c'étaient les jeunes orangers et les citronniers qu'on y avait plantés. L'arbre à pain étant la base de la nourriture des indigènes, on en avait laissé subsister le plus possible, et même au milieu de la route, ombragée par leur feuillage.

Voici comment la légende explique l'apparition de l'arbre à pain dans les iles de l'Océanie :

« Dans un moment de disette, un père conduisit sur une montagne ses nombreux enfants et leur dit : Vous allez m'enterrer à cette place et vous reviendrez demain. Les enfants ayant fait ainsi que cela leur avait été ordonné, furent surpris, le lendemain , de trouver le corps de leur

père métamorphose en un grand et bel arbre. Ses pieds formaient les racines; son corps jadis robuste, constituait le tronc; ses bras étendus s'étaient changés en branches, et ses mains en feuilles. »

On peut voir dans cette fable l'origine du nom de Rima, que porte cet arbre à Taïti ( Rima signifie main ).

« La tête chauve du vieillard était devenue un fruit excellent (appelé Jlfaïor^). »

C'est encore par allusion , sans doute , à cette particularité, que les indigènes voulant dire d'une personne qu'elle est chauve, l'appellent Taata maïore f Taata, Homme).

Nous passâmes devant une maison dont les portes étaient vérouillées.

— C'est la prison, me dit le capitaine; celle dans laquelle a été enfermé pendant sept ans le P. Guillemard. Ce missionnaire y est devenu fou, et il est mort en 1856, peu de temps après le départ de Mangarèva, de la corvette de guerre la Sarcelle.

C'est dans cette prison encore, que M. Labbé est resté détenu jusqu'au moment de son départ pour Taïti.

Après avoir vu faire le siège de sa case dont on troua la toiture, après en avoir été extrait de vive force, M. Labbé fut terrassé , garotté et brutalement poussé jusqu'à la prison où , épuisé de fatigue, il tomba sur le sol, vomissant le sang à pleine bouche. Je vous indiquerai sa maison, vous y trouverez encore le mutoï qu'on y plaça pour garder les scellés apposés sur les marchandises. Il y demeure depuis ce temps aux frais de H. Labbé.

— Cette affaire , dis-je au capitaine , est connue de tout le monde. Ayant fait le sujet d'une enquête officielle, elle appartient à l'histoire de ce pays.

Accusé d'avoir enfrein le sixième commandement de l'Église, M. Labbé se vit dépouillé de son lit , qu'on alla solennellement brûler sur la place publique, ainsi que ses

matelas et ses draps. Sa case fût aus^tôt tprte, porifife selon le rite.

M. J. Labbé, capitaine au long'-cours venu de Bordeaux au Chili, resta à Valparaiso employé dans la maison Fauché» Frères. Un jour on renvoya aux lies Gambier, muni de marchandises d'échanges, pour y faire le commerce de la nacre et des perles fiues. C'est en 1854, que M. J. liabbé a subi , à Gambier, les mauvais traitemeïils corporels qm précèdent.

Chacun se rappelle encore M. Labbé, riant tout son âoûl^ des airs ébahis que. prenaient en l'apercevant iïbre et biisii vétn, les ouvriers mangarèviens venus à Taïti, au mois de Juillet 1856, sur le brick-goëlette de guerre le Tmô'Manu, pour travailler à la construction de l'église cathoii<^e4e Papeete.

C'est qu'on avait persuadé à ces pauvres gens , iqiie H. Labbé subissait dans les fers la punition de son forbst. Qu'une fois arrivé à Taïti, il avait été condamné au bagne ^ et qu'on le rencontrait la chaîne aux pieds, sur les routes ou dans les rues, balayant les immondices.

Au lieu d'être au galère , le capitaine Labbé jouissiût à Papeete de l'estime publique. À la tête d'une maison de commerce, il remplissait, à cette époque, en sa qualité de notable, les fonctions de Juge au Tribunal de commerce i ainsi qu'au Tribunal de première instance de la colonie (1).

— Nous sommes au village , me dit le capitaine , je vous laisse; marchez toujours droit devant vous, une roche vous barrera le chemin à l'extrémité de la baie ; vous reviendrez alors et nous nous retrouverons chez M. Pignon.

(1) M. Labbé figure sur la liste des Membres du Conseil d'Appel de Taïti , dans VAnnuaire 4es ÉtaMUsementt françtOs de VOeéànie, ei du Protectorat deêiles delà Société et dépendÊUca; page 124 • impH* merle du Gouvernement, 1863,

- soif. Pignon était un colon français qui faisait le eommeroe de la nacre et des perles fines ; il vendait aussi des paco<tilles. Près de sa demeure , située sur un terrain appelé Taramanana > était une jetée de 62 mètres de longueur qu'il avait fait construire à ses frais, et à l*abri des bourrasques; c'est là que notre baleinière se trouvait (1).

Resté seul, je visitai plusieurs maisons abritées des vents et à Tombre de bosquets; ces habitations constituent au N.-E. du Mont-Duff, le village principal de Mangarèva. Ce sont des cases en roseaux, ou de petites maisons en pierres, blanchies à la chaux , qui se détachent vigoureusement du fond vert des arbres qui les environnent. Les murailles en sont épaisses , les fenêtres basses et étroites. Le couchage, à Tintérieur, se compose d'une claie en roseaux sur laquelle est un peu de paille de maïs. Une malle contient les vêtements de la famille, et, dans la mauvaise saison, la cuisson des aliments se fait dans Tun des angles de l'appartement. Le mode d'éclairage consiste à brûler des brochettes d'amandes d'Aleurites, qu'on façonne en enfilant une quinzaine de ces noix avec la nervure d'une foliole de cocotier. Cette amande donne de la flamme , mais aussi beaucoup de fumée. Quelques maisons étaient inachevées, les indigènes ne pouvant s'occuper de travaux de construction qu'après la saison de la pêche de la nacre.

(1) M. Pignon venait d'appeler prés de lui son neveu Dupuy, Jean. qui récemment débarqué à Taiti avait, on Ta vu , pris passage avec nous sur \eMaputeo I^r. Dés le lendemain de son arrivée à Mangarèva, son oncle le conduisit chez le P. Laval pour y signer une déclaration sans laquelle, aux termes d'un arrêté de M. Bruat, du 12 Décembre 1844, et d'une loi du mois de Septembre 1856, faite par Grégorio Maputeoa, aucun étranger ne pouvait s'établir aux îles Gambier. Cette formalité une fois accomplie, M. Pignon plaça Dupuy à la tète de sa maison de commerce.

Alors seulement, il leur devient possible de se procurer des matériaux, et des omTiers qu'ils paient moyennant une quantité convenue de popoï (nourriture).

La Popoï est une pâte fermentée obtenue avec les fruits de l'arbre à pain. On la prépare en raclant d'abord le fruit cru, pour le priver de son épiderme vert et rugueux ; ensuite on le coupe par morceaux qu'on jette au fur et à mesure dans de grands trous pratiqués dans le sol , et dont on a eu le soin de garnir les parois de feuilles de Tii ou Ki [Cordyline Australis), Quand on y a formé une couche d'environ un mètre , les indigènes y descendent pour bien tasser avec les pieds ces fruits coupés , et ils couvrent ce premier plan d'un lit de feuilles sèches. Ds établissent de môme une seconde couche, puis une troisième, jusqu'à ce que le réservoir soit entièrement comblé. Us. recouvrent alors le tout d'une couche de terre qu'ils tassent , et circonscrivent la place de ces silos avec des piquets. Il est aisé par cette précaution, de trouver ces sortes de greniers souterrains. On abandonne là cet approvisionnement , auquel on n'a recours que le plus tard possible et dans les moments de disette.

Aux Iles Marquises , nous avions déjà observé ces silos qui sont Tabu (sacrés) , c'est-à-dire , qu'il est défendu d'y commettre des dégradations et même de marcher dessus.

Si un ouragan abat les fruits avant leur maturité , ou brise l'arbre lui-même , si la récolte est insufflsante et qu'on se voit menacé d'une disette , les chefs de district assemblés, convoquent les habitants et procèdent, en leur présence, à l'ouverture des silos. Cette cérémonie ne se pratique que pour les trous d'une grande capacité, qui d'ordinaire sont la propriété commune de tous les habitants de la baie.

Ainsi , j*ai vu à Mangarèva de ces silos qui avaient une contenance de vingt-cinq mètres cubes au moins; ils

étaient complètement maçonnés à l'intérieur. Quand on remplit ces réservoirs de fruits , chaque habitant de la baie est obligé d'en fournir une certaine quantité, récoltée sur son terrain.

S'agit-il de faire le partage de la popoï, le chef délivre à chaque famille la quantité qu'il croit lui être nécessaire pour sa consommation d'une semaine. Au fur et à mesure que le vide se produit, il est comblé par des feuilles sèches qu'on recouvre de terre. Pour extraire cette popoï, on procède toujours de la circonférence au centre. Outre ces réservoirs , il en est d'autres plus petits , qui sont la propriété particulière des familles.

Pour faire usage de la popoï, on la pétrit avec de l'eau, on en forme une pâte homogène qu'on divise ensuite en petites masses allongées, semblables à nos petits pains d'Europe. On enveloppe chacune de ces masses dans une feuille de Purau (Hibiscus tiliacem), ou dans une feuille de Huru (Artocarpm); on lie le tout aumoyen d'un filament d'écorce. Ainsi enveloppée, la popoï est mise à cuire sur des cailloux rougis au feu.

On cuit de même les autres aliments dans ces espèces de fours, simples trous, dans lesquels on allume un brasier ardent. Dès que les cailloux qui en constituent la sole sont suffisamment rouges, on retire la braise incandescente et Ton y dépose les provisions, qu'on a eu préalablement le soin d'entourer, pour les garantir, de feuilles fraîches de bananier, et qu'on recouvre ensuite de terre fortement tassée. Ces aliments cuisent ainsi à TétoufTée, pendant un temps qui varie selon la nature des viandes enfouies. Il faut environ deux heures pour cuire à point un petit cochon dans ces fours indigènes.

L'odeur fermentée de la popoï indiquait la place des silos le long du chemin. Je les reconnaissais à leur pieux fichés en terre et à leur proximité des casçs*

Le Taro ou Karo (Arum Esculentum), cultivé à Mangarèva, sert aussi à préparer une pâte fermentée appelée Tioo n suffit de couper par morceaux les volumineuses et féculentes racines de cette plante, et de les enfouir dans les réservoirs souterrains. Cet aliment se prépare en grande quantité aux lies Marquises. On en consomme énormément aux Iles Pomotu, où l'on préfère le tioo à la popoï qui, au dire des indigènes , occasionne de violentes céphalalgies.

Les anciennes cases, de forme oarrée et seulement composées d*un clayonnage, sont couvertes en feuilles de Pandaous. Les ouvertures de ces demeures consistent en une porte et en une fenêtre de très-petites dimensions. L'air se renouvelle donc difficilement dans ces habitations, souvent établies sur un sol argileux et détrempé pendant la saison de Thivernage. Les pluies torrentielles qui caractérisent cette époque de Tannée , imbibant fortement le terrain, deviennent une cause de maladie pour les indigènes qui, à peine vêtus, couchent dans ces cases étroites, sur la terre seulement recouverte d'un peu d'herbe desséchée. Aussi ces indigènes sont-ils fréquemment atteints de rhumatismes, de fièvre, d'angine, de bronchite, et beaucoup meurent de phthisie. Si, à ces mauvaises conditions hygiéniques, on ajoute l'insuffisance et la mauvaise qualité de l'alimentation, le manque absolu de remèdes, ou la mauvaise application qu'on en peut faire lorsqu'on parvient à s'en procurer, on s'expliquera les causes de la consomption qui tue surtout les femmes aux îles Gambier.

Nous avons vu des cases encore plus défectueuses , à Mangarèva même, constituées par une large claie en roseaux, sorte de cloison inclinée , formant avec le sol un angle de 45 degrés. Ouvert à tous les éléments, cet abri s'oriente selon la direction d'où vient le vent. Dans la belle saison ces abris peuvent être agréables, mais il n'en est plus de même pendant Tbivernage.

Sur la plage s'élevait un long édifice eu magonnerie , .que le feu roi U^puteoa faisait bâtir, et dont il devait faire sa demeure royale. Restée inachevé, cette construction servait de hangar, et Von y remisait les baleinières de la mission.

Dès qu'Us me voyaient passer, les hommes et les enfonts, quittant aussitôt leurs demeures, s'empressaient d'accoui^ir. En peu de temps je fus suivi d'une foule bruyante, parpii laquelle se n^élèrent plusieurs tmUm, agents de la police locale.

Quoi que je pus^e dire, aussitôt que je m'arrêtais, ma ^uite faisait de môme ; elle reprenait sa marche dès que je jne remettais en route. Obsédé de cette pei^istance et peric^itf enj^n la patience, je menaçai de ma canne tous ces ^ef t^tés. Gr^de fut ma suprise alors, d'entendre un enfant ^i, depuis une heure marchait silencieux à mes côtés, me dira en l^on français :

— Ne vous fâchez pas. Monsieur, c'est l'habitude du pays 4jç suivre ain^ les ^tra^gers I

-r Depuis quand çs-tu là , demandairje à CQt érudit gamin; pqur^uçi ne m'as-tu pas ^dressé plus tôt la parole ?

Me.rép^dant avec assurance, cet enfant m'apprit qu'il jétaitélève de M. le cQnfile de la Tour qui, m'ayant vu passer, rivait aussitôt dépôdié pour savoir qui j'étais

La végétation me parut beaucoup moins luxuriante à Mangarèva qu'à Taïti. Les orangers et les citronniers, peu noipbreux encore, y §ont d'importation récente. L'arbre le plus précieux est Vàrtocarpm (arbre à pain). Seule ressource de l'Archipel , on en plante partout où il existe la moindre parcelle de terre susceptible de culture. Mince de tronc, peu élevé, cet arbre ne donne qu'une récolte par sp et meuiit jeune, surtout si l'on ne prend le soin d'élaguer de son pied les herbes qui y poussent. Les indigènes

veillent donc à 3a conservation. A Ta'iti, Tarbre à pain est

excessivement abondant, il constitue de véritables forêts. Très-vigoureux, il donne trois récoltes par an, et vit trèsvieux.

On utilise les marais de Mangarèva en y plantant du Taro (Karo) Arum esculentum. On cultive la patate douce et le bananier ; on multiplie le cocotier et le pandanus. Les autres principales espèces d'arbres sont : Le Calophyllum inophyllum, le Thespesia populnea (Miro), YAleurites triloba (Rama), le Pandanus odoratissimus (Fara), le Gerbera manghas (Rêva), Y Hibiscus tiliaceus (Purau), le Barringtonia speciosa (Hutu), le Broussonetia (Aute), VErianthu^ floridulus (Aheo, Kakao), graminée abondante, le Cor dy Une ausiralis (Tii), le Gossypium religiO' sum , ou Cotonier ; des liserons aux corolles larges et diversement nuancées, attirèrent aussi mon attention. Le Psidium pyriferum (Gouyavier), est rare, chose précieuse pour les cultures qui, à Taïti, sont étouffées par cet arbrisseau.

Revenant sur mes pas, je considérai avec plus d'attention que je n'avais pu le faire jusqu'alors, les indigènes de ma suite. Les hommes étaient généralement grands et robustes^ doués de formes élégantes, d'un air doux et timide. Comme les Taïtiens, ils ont le teint basané, la tète aplatie à la région occipitale, le front fuyant, les pommettes saillantes, le nez épaté, les lèvres grosses, épaisses, les cheveux noirs, lisses et coupés courts , enfin la barbe rare.

De moyenne taille et sans être jolies , les femmes pos^ sèdent une physionomie régulière. Elles vont pieds nus, la chevelure longue et flottante sur leurs épaules. Yétues d'une robe d'indienne serrée à la taille par un mouchoir roulé en corde, leur malpropreté contraste, je l'ai dit, avec l'élégance particulière aux Taïtienues. Mais aux Gam*» hier la mission leur défend de se lisser les cheveux, de les natter, d*en faire des tresses , et surtout de faire usage de

pommade, d'essences^ d'eau de Cologne. Le souvenir de la reine se grattant la tête à pleines mains me revint à la pensée ; on s'imagine ce que pouvait être la malpropreté des sujettes.

Si j'ai parlé de Téléganee des jeunes femmes de Taïti et du soin particulier qu'elles apportent dans l'ornement de leur coiffure , je dois dire un mot des couronnes en paille de Pia ( Tacca-Pinnatifida), dont elles se parent les jours de fête ; voici comment cette paille se prépare.

Après avoir fendu dans leur longueur les hampes florin fères , souvent longues de 60 centimètres à 1 mètre 50, on les plonge dans l'eau pour les ramollir, puis on en racle l'épiderme avec une valve de coquilles. Lorsque toute la partie herbacée en a été séparée, on lave ces tiges devenues très-blanches , on les essuie et on les fait sécher au soleil. Ainsi apprêtées , les hampes de Pia constituent une paille nacrée d'un brillant éclat. La partie inférieure des hampes, plus ligneuse que le sommet, donne un véritable bois. Ce sont alors des rubans ligneux de 2 centimètres de largeur, marqués longitudinalement de lignes saillantes et parallèles, distantes les unes des autres de 5 millimètres environ. Ce bois, très-fragile, sert à former le pourtour de la couronne, et c'est sur ce disque que se fixent les ornements qui doivent composer la parure.

Ces ornements consistent en trois cordons faits de coques imbriquées et cousues. D'autres coques libres et espacées garnissent les bords supérieur et inférieur du disque. Sur le devant, et faites avec des lanières d'un millimètre de largeur, sont plusieurs rosaces groupées.

Seize de ces lanières servent à faire une tresse plate, qu'on emploie pour confectionner des chapeaux. Cette tresse est remarquable par sa régularité parfaite et par sa fraîcheur. On en fait des rouleaux de dix à quinze

brasses, et il en fallait dix-sept mètres, pour confectionner alors un chapeau à nos dames d'Europe.

Une modiste française , de passage à Taïti, eut ridée de faire des fleurs en paille de Pia, qu'elle vendit aux dames de la colonie.

Une seule indigène, Téïna, était renommée pour son habileté à confectionner la tresse ainsi que les couronnes de Pia, qu'elle vendait vingt francs Tune.

Je venais d'approcher de la plage, lorsque je m'entendis soudain interpeller :

— Eh! arrivez donc, me criait le capitaine, que j'aperçus gesticulant et fièrement campé sur la porte de M. Pignon . Votre promenade a été longue, me dit-il ; il est grand temps de partir.

H. Pignon ayant déjà fait déposer dans la baleinière les provisions et les fruits que le capitaine avait pu se procurer, nous regagnâmes la corvette, où le cuisinier s'impatientait de notre absence. Connaissant son art, cet artiste savait qu'un diner réchauffé ne valût jamais rien.

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