‹ Voyage aux Iles-Madeleine [microforme]Chapitre 2 sur 7 · K X XX X · texte numérisé non relu

K X XX X

J'étais parti pour les Iles-Madeleine et ne suis encore rendu qu’à Tignish. De ce train-là je n’arriverai jamais.

Allons vite nous embarquer sur le Sybil, qui nous attend idans la rade de Souris.

Sept ou huit heures ide navigation ‘‘dans la pâle clarté qui tombe des étoiles”?.

On parle anglais à bord. L'on parle aussi français, français surtout.

Un groupe s’est formé. Je m’en approche et m'y mêle, et bientôt, attentif, j'écoute avec les autres de toutes mes creilles. Nonchalamment appuyé à quelque chose, un homme puissant, de plus de six pieds, figure carrée et énergique qui me rappelle celle de sir Louis-Hippolyte La Fontaine, tient tout le monde en haleine.

C’est M. Marcellin Poirier, de Cheticamp, qui tout en fumant sa pipe, raconte à son ami, M. LeGrad, dans un langage clair, viril, ponctué, ce qu’il vient de voir en France, dans les Flandres, en Hollande, ses expériences en Europe, où il fut envoyé, muni d’une commission spéciale, avec le premier contingent canadien, et d’où il est revenu l’homme le plus populaire, aujourd’hui, de tous nos Acadiens du Cap-Breton.

Deux, trois hurllements rauques du borgo; tout le monde sursaute dans Son lit: nous arrivons à Hâvre-Aubert. pour les Anglais. Amherst. Il est six heures et la journée s'annonce tiède et magnifique.

En piles Mer à

Arrêtons--nous ici, et n'’allons pas trop vite; nous risquerions de nous jeter sur queque cap, ou de nous échouer sur quelques-uns des bancs de sable dont l’île est entourée. Examinons bien la topographie d’abord.

Sur la carte, en y mettant un peu d’imagination, l'es Iles-Madeleine, par leur configuration, prennent la forme d’un hameçon, avec la courbe au sud, le dard et la pointe tournées à l’est et la tige courant nord-nord-est.

Cet aim est comme noué à cinq ou six endroits différents. Ces noeuds, ce sont les îles Aubert et Amherst, l’Ile-aux-Meules, du Hâvre-aux-Maisons, la Grcsse-Isle, et l’Ile-Coffin.

La tige est faite de dunes de sable, couleur bleuâtre, bassss, dures, sans végétation, et qui rattachent, comme avec de longs bras allongés, les îles les unes aux autres. Deux de ces bras, la double chaine qui relie l’Etang-du- Nord avec la Grosse-Isle, ont vingt-cinq milles de long.

L'île de l’Entrée est l'a première que l’on rencontre en venant de Pictou et de Souris, et constitue ce que j’appellerai la pointe et le dard de l’hameçon; l’île Aubert, ou Ambherst, en est la courbe, au sud; l’autre extrémité, c’est la Pointe-de-l’Est, tout à fait au nord, avec le Granii- Etang, pour y passer et amarrer sa ligne.

De la Cormorandière, sur l’île de l’Entrée, à la Pointede-l’Ouest, la distance, en suivant la courbe, est d’environ vingt milles, et de la Pointe-de-l'Ouest à la Pointe-de- (l'Est, au nord, de cinquante milles à peu près, soit en tout soixante et dix milles, la moitié de la longueur de l’î'e du Prince-Edouard.

Onze milles au nord des Iles-Madeleine proprement dites, se trouve l’île Brion, et, au nord-est de. celle-ci, le Rocher-aux-Oiseaux.

L'île Brion est un plateau très élevé, de cinq milles de longueur sur un de largeur. Un certaiñ nombre ide familles écossoises l’habitent, toutes à l’ais?, la terre étant d’une merveilleuse fertilité, Cartier, dans le Discours de

ossi vmmessenessovmmrmmm mme)

son voyage, en parle comme d’un pays de cocagne. ‘‘Ces

l'es, dit-il, sont de meilleure terre que nous eussions oncest ques vues, en sorte qu’un champ d'icelle vaut plus que | | toute la terre Neuve. Nous la trouvâmes pleine de grands

arbres, de prairies, de campagnes, pleine de froment saune | vage et de pois qui étaient fleuris aussi épaix et beaux te À comme l’on eût pu voir en Bretagne et qui semblaient avoir : été semés par des Laboureurs’’.

fé. | Les ‘‘grands arbres’’ ont disparu, mais la richesse du st, 1 sol est resté.

et | Cartier ajoute qu’à ‘‘l’entour ide cette île, il y a plu- 1 sieurs grandes bêtes, comme grands boeufs, qui ont des à 4 ients à la bouche comme d’un ééphant, et qui vivent mê- + | we en la mer’. | | Ue sont les ‘‘vaches marines’’ des Acadiens, les morses u- | des savants, si abondantes autrefois, sur nos côtes, et au- : A-urd’hui totalen.ent disparues. De ménic.re d’homx ot: ” i en trouvait encor: à l’île Saint-Jean, où «:'°s ont laissé leur l- À deux localités: l’Etang-de-la-vache-marine, Sea Ju \ Cow Pond, près de Tignish et la ‘‘Pointe-à-la-vache-maai i rine””, Sea Cow Head, un peu à l’est de Sumuerside. La Le Rocher-aux-Oiseaux est un monolithe s’élevant : verticalement à plus de cent pieds au-dessus de la mer. Lu 4 C’est lle paradis, le panitemonium plutôt, des oiseaux aqua- : ; tiques du golfe: margaux, pingouins, macareux, alques à rx bec en rasoir, gods, estorlets, et combien d’autres encore ? at F On les voit par millions s'élever de la cime de leur inacceslu sible retraite et virouner tout à l’entour dans un concert + ide cris assourdissants. C’est un ouarouarri à déchirer les H- oreilles humaines. Cartier nous dit que ce rocher ‘“‘était " plus rempli d’oiseaux que ne serait un pré d’herbes’’, et Champlain, grand chasseur s’il en fut oncques, et qu’il faut le croire sur parole, par conséquent, note ceci dans le rapl- port qu’il nous a laissé de son voyage: ‘‘Nous descendi- . mes au plus bas de la plus petite île, (il y en avait deux, de

son temps et trois, ide celui de Jacques Cartier, des rochers

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à pic, que la mer ronge incessamment) et tuâmes plus de milles Godets et Apponats, et en mîmes tant que nous voulûmes dans nos barques, et en eussions pu, en moins d’une heure, remp'ir trente semblables barques’’.

Les touristes, ceux des Etats-Unis surtout, qui visitent le golfe, :’été, ne manquent jamais de s’arrêter au Rocher-aux-Oiseaux.

Le groupe des Iles-Madeleine (nous disons aussi les Îles à Madeleine, mais jamais les Iles de la Madeleine) est situé entre Terreneuve, l’ile d’Anticosti, la pointe ide Gaspé et le Cap-Breton. Il coupe dangereusement la route des vaisseanx qui vont de Québec en Europe. Aussi Jacques Cartier les trouva-t-il sur son passage, à son premier voyage dans le Golfo Quadrato, en 1534. Il nomma Is'es-aux-Margaux, le Rocher-aux-Oiseaux, la première île qu’il rencontra, et Brion, en l’honneur du premier amirai de France, Philippe Chabot, Sieur de Brion, l’î:e qui porte encore aujourd’hui le même nom. Les longues dunes de sable sont pour lui les Araynes, de arena, sable, et Allezay est le Dead Man’s Island, l’île du Corps-Mor\, aujourd’hui.

Champlain, le fondateur de Québec, donne à l’archipel miniscule des Iles-Madeleine, le joïi nom caractéristique de Ramées, Ramées-Brion. C’est, paraiït-il, de Madeleine Doublet, veuve de François Doublet, quelles tirent leur nom.

Je me figurais une succession de rochers, et pensais trouver des fragments erratiques du Labrador, échappés par le Créateur au milieu du ‘‘Golfe Carré’’ des premières navigations. Ce n’est pas cela du tout.

Par le sol, ‘‘le grain de terre’, comme nous (disons,

c’est l’île du Prince-Edouard. Mais l’île du Prince- Edouard est peu accidentée et devient monotone, à la longue,

Les Iles-Madeleine sont faites pour la joie des yeux;

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aussi le nom de femme qu’elles portent leur était de toute

us de Hoi: éternité destiné.

Aie : Imaginez une ronde fantastique, dansée par une théorie de jeunes filles tenant idans leurs mains de longs ns rubans qui se dérou'cnt ha“mor'eureriont à leurs pieds. Ro- Ces jeunes filles, ce sozt les îles, grar des et petites—je n’ai nommé que les plus gran£e:—"u con:tituent le groupe HAETRR de la Madeleine, et les rua:s capricieusement déployés, ce e) est sont les dunes de sak'e fir cui borcent le bas de leurs ro- Has bes de verdure, \ongues et FIOVRRINSS, et qui les retient les touté unes aux autres.

hruat L’un de ces rubans, celui qu’on apercoit en arrivant, a n pre- neuf milles de longueur et s’étend de l’île Aubert jusqu’à One tout près de l’Entrée, ne laissant qu’un étroit passage ré ile pour les vaisseaux.

amiral ‘Cette île de l’Entrée, la première que l’cn rencontre en i por- venant de Pictou, est exclusivement peuplée d’Ecossois et dde d’Irlandais, le tout au nombre de trente familles environ. le, et Les voyageurs ang'ai; qui visitent Ts Les-Madeleine ne ri, au- voient et ne visitent à peu près que | ile de l’Entrée. Pour eux c’est une des îles de la mer ionienne; c’est l’Eden; chipel un pan du paradis oub'ié " terre. Ne troublons pas leur istique cxtase et passons outre. D'ailleurs, le bateau non plus ne jeleine :’y arrête pas.

… leur EL Hâvre-Aubert (je crois avoir vu quelque part AuBer) à est, par ordre de date, le premier établissement acasonanié | dien aux Iles-Madeleine. On n’en connaît pas très bien happés l’origine. Les premières familles venaient de Saint-Pier- CT re et Miquelon, du Cap-Breton, de l’île Saint-Jean, de Miramichi, des recoins cachés de la terre acadienne, où leurs disons, implacables persécuteurs n’avaient pu les découvrir et les Princes saisir pour les interner dans les villes ang'aises du Masla lon- sachusetts, l'es disperser aux Antilles, les jeter dans les pri-

sons d'Angleterre, les abandonner à mi-traversée entre

yeux ; l’Acaïie et la France, dans des vaisseaux prêts à couler;

les laisser, partout où ils le pouvaient, périr de misère, de froid et de faim.

Le premier missionnaire résident fut M. Allain. La date, au régistre paroissial, du premier acte de baptême, m’a-t-on dit, est de 1793. Nul doute qu’il y eut ‘à, longtemps avant 1793, des réfugiés acadiens.

Si l’on remonte plus haut, l’on trouve, comme nous venons de le voir, que Champlain et Cartier avaient, depuis plus d’un siècle, fait la connaissance de ces îles. Il y a même de fortes raisons historiques de croire que les Ramées étaient connues des Basques et des Bretons avant la découverte officielle de l’Amérique par Christophe Colomb, en 1492.

Après être débarqué à Hâvre-Aubert, ou Amherst, et avoir parcouru l’unique rue, bordée de constru:tions assez chétives, qui traverse la bourgade, laquelle n’est, en somme, qu’une station pour les pêcheurs, vcus débouchez dans ‘a plaine et vous apercevez devant vous, à un demi-mille de distance, l’église, construction élégante, aux proportions rigoureusement symétriques, le presbytère et plusieurs maisons particrfières d'apparence engageante.

A votre droite, dominant l’église et tout le village, deux Demoiselles, l’une de bale venue, aux formes abondantes, dans la maturité de l’âge; l’autre svelte, mais toute jeune, petite en tout cas, et s’effaçant timidement dans les jupes ide son aînée,

On m'avait parlé, sur le bateau, durant la traversée, des Demoisel'es du Hâvre-Aubert, disant comme elles étaient gentilles, et j’en avais été intrigué. Je soupçonne le lecteur de l’être aussi. Allons vite aux explications; autrement, je ne tarderais pas à me compromettre.

Les Demoiselles des Iles-Madeleine sont des cônes volcaniques restés debout, quand, tout à l’entour, la surface du terrain, rongée par les eaux, labourée par les glaces, balayée par les vents, s’est creusée irrégulièrement.

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s Ca été, lorsque la terre était à peine refroidie, et qu’: >, de une légère épaisseur de roches séparaït l’air et les eaux de la masse intérieure en fusion, comme des piqûres d’épin- : La gle, à travers la croûte terrestre par où un peu de lave, Fun poussée par les vapeurs intérieures s’échappait violement. pu Ces jets de matière fondue qui s’amoncelaient autour de l’ouverture volcanique, formaient, en se refroidissant, des 104 pains de sucre pétrifiés, aux contours harmonieusement arke romdis. ; ré Les premiers cartograph es, peut-être sont-ce les pre: ie miers colons,—nos Acadiens sont capaties de teut—ont vu dé- là, à travers leur imagination émoustiïée, des mamelons lomb, terrestres, et ont appelé Demoiselles ces surrections volcan: niques.

st, et Ÿ Les îles en sont recouvertes, ce qui ferait dire à Joseph ch ;| Prudhomme que les pêcheurs madeleiniens naviguent sur ANR : un volcan!

dans sd Je trouvai, à la maison curiale, M. l’abbé Thériault, M. -mille ; le docteur Galland, ide ‘l’île Saint-Jean et son épouse, fille di cri 4 de feu le sénateur Arsenault. C’est une aubaine pour un plu- voyageur de tomber comme en une oasis chez un homme | d'esprit, doublé d’un lettré, et chez de bons vieux amis. deux L'amitié, comme la valeur, n’attend pas ‘‘“e nombre des antes, années”’; on peut être de vicux amis à quarante ans, d’un 0 host côté.

ns les J’obtins de M. le curé de Havre-Aubert tous les renseignements susceptibles d'entrer dans un récit de voyage, e, des pas trop fouil'é. Il est lui-même natif de (ile; et ses talent aïeux, venus par la route de Saint-Pierre et Miquelon, e:1 le lec- furent les premiers colons.

tions ; La paroisse se compose de deux fissions: Havre-Aubert, ecclésiastiquement Notre-Dame-de-la-Visitation, cent 8 vol- vingt-neuf fami'les, et le Bassin, autrement Saint-Frencoi urface Xavier, deux cents et une familles.

es, ba-

Il n’y a que des Français, au Bassin: au Hâvre, cn trouve quelques rares colons anglais.

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