‹ Voyage aux Iles-Madeleine [microforme]Chapitre 4 sur 7 · PERRET · texte numérisé non relu

PERRET

Il y a, en plus, près du Cap-aux-Meules, où nous avons débarqué, une trentaine ide famiiles anglaises.

Le meilleur esprit de fraternité existe, par toute (l’île, entre Français et Anglais, comme, d’ailleurs, dans toutes les Provinces Maritimes, et continuera d'exister, si de trop zélées influences étrangères ne viennent y semer la discordre et la haine.

Les noms ‘le familes acadiennes sont ceux de l’île Aubert, à peu de différence près. On trouve, en outre, ides LeBlanc, des Mius, des Aucoin, des Bouffard, des Solomon etc, Plusieurs viennent ile Cheticamp.

M. Solomon, natif de la ‘ocalité, y exerce la professio:: de médecin.

Le village de l’Etang-du-Nord est situé tout à fait à l’ouest, sur le bord de la mer. C’est le principal centre ile pêche de toutes les îles. Toute une f'ottiïe de bateaux, dont un grand nombre à la gazoline, vient s’y blottir, soir, dans un petit étang, l’Etang-du-Nord, qui les met à l’abri des terribles coups de vents qui s’abattent du Labrador.

Comme partout ailleurs, il règne ici un air de saine prospérité; chacun de ces pêcheurs est propriétaire, et ile lui-même et de sa barge et de ce qu’il apporte de poissons, chez lui, le soir.

M. Blaquière, curé de la paroisse, l’un des ecclésiastiques les plus distingués des cinq ‘diocèses des Provinces Maritimes, se trouvait absent, lors de mon passage, et je regrettai vivement de ne pouvoir lui présenter mes hommages. Ce fut M. l’abbé Galland, son vicaire, qui, très aimablement, me reçut.

Un goulet, qu’il faut passer en bac, et par lequel les eaux de la baie de Plaisance et toutes celles du Golfe entrent dans le long canal de trente milles, que nous avons vu des hauteurs du (Cap-aux-Meules, sépare l’île de l’Etang-du-Nord ide celle du Hâvre-aux-Maisons, appelée Alright sur les cartes.

Hâvre-aux-Maisons, c’est cent soixante et dix famil'e; disséminées, comme à l’Etang-du-Nord, et peut-être plus pittoresquement encore, par grappes blanches et g:ises, aux pieds, aux flancs, sur es épaules ‘l’une multitude 1e Demoiseles protectrices et sages.

Je ne conçois pas qu’on puisse être pus cat! 1olique qu’on l’est au Hâvre-aux-Maisons. On l’est plus qu’à Rome, en tout cas, où hier encore, à côté du Quirinal excommunié, régnait municipalement ‘e Juif Nathan.

Ici, vous chercheriez en vain un protestant, un schisatique, un israëlite—tout le mon'e, y ccmpris et principalement M. le curé, est catholique, apostolique et romain.

Rassurés au spirituel, examinons le temporel.

Tout le monde est francais aussi. A preuve, c’est qu’il y a quarante. famil'es portant le nom de Turbide, quarante-deux, celui d’Arsenault; les autres sont :des Thériault, des Richard, des Chiasson, dis Cyr, de; Vixn:at, des Lafrance, des Jomphe, des Chevarie. Les Chevarie (Etchevarie) et les Turbide venaient originairement de la Gascogne, étaient des Basques. ù

Comme partout ailleurs, en Acadie aussi bien que dans la province de Québec, l’église paroissiale est incomparablement l'édifice le plus magnifique de toute la paroisse. Les Canadiens et les Acadiens aiment à bien loger le bon Dieu. En même temps qu'il en est la cons:'ation, son temple fait l’orgueil de nos paroisses. En Acadie, le presbytère passe en second tieu, mais c’est tout de même la

lus jolie parmi les résidences particulières. Cet arrange-

ment me semble logique et d’exceller: entendement rehgieux.

J'’assistai aux offices du dimanche, au Havre-aux-Maisons, messe et vêpres.- I: y avait autant de monde à vépres qu’à la messe: cela est la bonne vielle coutume acadienne, religieusement conservée aux Iles-Madeleine. Comme il se fit quelques discours, je die à l:isir woir de près et étudier la foule.

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Je creis pouvoir affirmer que nuïe part en Acadie, au Nouveau-Brunswick en tout cas, le type acadien, l’ancien, celui qui faisait dire à un gouverneur britannique qu’un milicien d’Acadie valait deux soldats anglais, n’est mieux, ni peut-être aussi bien conservé qu'aux Iles-Madeleine.

La stature a diminué chez nous, résultat d’un siècle de privations matérielles, d’assujettissement cruel, souvent barbare, de désespérance. Vous ne voyez plus guère, au Nouveau-Brunswick, comme autrefois, le dimanche, à l’église, des gaillards de six pieds, musclés en athlètes, aux épaules larges, le tronc solide et idroits comme un chêne. La force physique n’est plus glorifiée, comme autrefois, où le garcon ‘e plus rapide à ‘a course, le plus capable à la lutte, le plus puissant à lever un poids lourd, était le coq du village, la coqueluche des belles jeunes files à marier,

Dans la foule qui écoutait, la moitié des hommes et plus, me paraissait mesurer cinq pieds dix pouces et davantage : visages sérieux et intelligents, regards voïés de mélancolie, fierté de race, pli moqueur ‘des lèvres souriantes, larmes prêtes à couler au souvenir évoqué des tragiques journées de l’Acadie et des gloires de la France immorte’le. J'avais devant moi des âmes viriles, dont je sentais le souffle.

Je demandai à M. le curé s'il y avait des écoles idans sa paroisse et combien. Venez avec moi, me dit-il, et vous verrez pour vous-même,

Je fis avec lui,—les chevaux des îles sont petits, mais d’excellent arage,—le tour de sa paroisse, neuf milles environ, et je comptai—une, deux, trois, quatre, cind écoles, la plupart peintes en blanc, toutes élégantes, et assises, dans une tenue parfaite, sur le bas des robes frangées de verdure, et quelques-unes sur les genoux de einq De: moiselles savantes.

me paraissait mesurer cinq pieds dix pouces, et davantage ;

Vous ne trouverez pas, me dit-il, depuis l’âge de dix

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jusqu’à celui de quarante-cinq ans, deux illettrés, home cu femme, garçon ou fille, dans toute ma paroisse,

Moi qui étais parti sous l'impression qu’il n'existait que peu ou même pas d'écoles aux îles-Madeleine !

Mais c’est un record que l’on détient ici. Trouvez-moi mieux, trouvez aussi bien, depuis Hæifax jusqu’à Victoria!

Et ce n’est pas seulement au Hâvre-aux-Maisons que l’on apprend à lire et à écrire; Hâvre-Aubert et le Bassin possèdent sept écoles, !!’Etang-du-Nord, fix, avec une Acudémie en voie de construction; et il y a d’autres écoles françaises et anglaises à l’extrémité nord du groupe.

Par illettrés il faut comprendre ici ceux qui, ayant appris, à l’école, à lire les prières de la messe et à écrire teur nom, ne savent plus écrire, après cinq ans, ni lire après dix.

Voici comment les autorités du Hâvre-aux-Maisons, sont orrivés à ce résultat. Afin que ceux qui ont suivi Îles classes primaires n’oublient pas, ensuite, ce qu’ils y ont appris, il existe, dans la paroisse, une maison d’éducation intermédiaire, où les adultes de quinze ans et plus, qui sont obligés de fréquenter les bancs de pêche, l’été, viennent ici fréquenter les bancs de l’école, l’automne et L’hiver, Un Canadien, M. Paquet, dirige cette école, où M. le curé vient souvent lui-même faire la casse aux plus avancés et leur donner l’avantage de se perfectionner ilans de plus hautes études.

Soyons juste pour tout le monde. Le département de l’Instruction publique de Québec subventionne cette ‘école; c’est lui également qui défraie la construction: de l’Académie de l’Etang-du-Nord.

En plus de ces écoles, il existe, depuis 1875, au Hâvreaux-Maisons, un couvent, dirigé par les Soeurs ide la Congrégation de Notre-Dame. De toutes les îles, nos Acadiennes viennent recevoir ici une éducation dont les effets et le: fruits se manifestent visiblement de toutes parts—correction dans le parler, manière exquise de tenir les maison-

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