‹ Voyage aux Iles-Madeleine [microforme]Chapitre 5 sur 7 · ER TRE · texte numérisé non relu

ER TRE

; “% ñ ns 4 NL:

s SE # D.

ne

nettes; politesse qu’on remarque chez les enfants, et cet esprit d'initiative que donne à son mari, même lorsqu'il n’est pas instruit, pourvu qu'il soit intelligent, la femm: instruite, à la poursuite d’un idéal.

Grâce au couvent du Hâvre-aux-Maisons, les Iles-Ma: deleine détiennent un autre record: toutes les maîtresses d’école ont un brevet d’enseignement, possèdent un iplome décerné par les autorités ide l'Ecole Normale de Québec.

La congrégation de Notre-Dame a fait beaucoup pour améliorer la condition de la femme acadienne dans les Provinces Maritimes; elle eut fait davantage, si elle n’eût pas été tenue systématiquement en (dehors de certains diocèses... et contrecarrée, dans d’autres Rendons-lui de dignes actions de grâces.

Si vous débarquez, comme je l’ai fait, à la Pointe-Basse, extrémité ouest du Hâvre-aux-Maisons, vous ne manquerez pas, avant d’aller plus loin, de fa're l'ascension de celui des monticules que surmonte une grande croix.

—Comment avez-vous pu transporter jusqu'ici cette lourde croix, demandais-je à M. Alexandre Arsenault, mon hôte et mon guide? Avec des câbles et des poulies, sans doute ?

—$Sur nos épaules, me fut-il répondu. Les hommes les plus vigoureux portaient en deux pièces séparées le bois ide a croix, pendant que les femmes chantaïe:ït des cantique: et que les enfants et les vieillards priaient. Nous étions plus de deux mille. Beaucoup pleuraient,

Et je songeai à Isaac portant sur ses épaules, jusqu’au haut ide {a montagne assignée, le bois qui devait servir à son propre holocauste. La Croix ‘u Calvaire, seule, fut montée en une pièce; mais c’et un Dieu qui la portait.

Vous ne trouverez pas une seule buvette dans tous Îles Ramées, pas un seul débit de boissons enivrantes: autre record pour une population maritime. La tempérancer tempérée, si je puis dire, règne en maîtresse aux Îles-Ma-

deleine, et c’est dû à l'initiative du clergé, et plus particulièrement à celle du prêtre de Hâvre-aux-Maisons, à son travail d’apôtre, si ele est aujourd’hui une habitude universelle parmi le peuple.

Ce prêtre que je n’ai pas encore nommé—prêtre, en Acadie, est le plus souvent synonime de curé,—c’est M. l’abbé Turbide, enfant de la paroisse. L'arbre est jugé par ses fruits, l’homme par ses oeuvres. M. l’abbé Turbide, apôtre de la tempérance, grand éducateur, orateur sacré dans la haute conception du mot, marche dans les premiers rangs de la phalange distinguée d'’ecclésiastiques acadiens que comptent les Iles et les Provinces Maritimes.

Il n’y a pas un seul avocat, aux Iles-Madeleine et pas un seul juge, preuve qu‘on ne s’y chicane guère; point de fonctionnaires publics, sauf quelques percept'urs de douane essentiels, comme M. Delaney, à Hâvre-aux-Maisons, et quelques maîtres de postes indispensables : preuve qu’r: n’y fait guère de politique. Mais il y a deux médecins, ce qui laisse soupconner qu’on y passe de vie à trépas, comme ailleurs, avec ou sans l’aide de la Faculté, comme disait méchamment Molière. :

Ai-je dit que la population entière des Iles-Madeleine est d’un peu moins ide sept miles âmes? Ceux de langue anglaise et de religion protestante ne s’élèvent qu’au nombre d’environ cinq cents. Tout le monde au Hâvre-Aubert, au Bassin, à l’Etang-du-Nord, au Hâvre-aux-Maisons, à la Grande Entrée, parte français. Les plus riches, ceux qui donnent le ton, ne croient pas, comme il arrive aï leurs, en Acadie, se distinguer intelligemment en affectant de ne parer à leurs employés, voire en famille, qu’en anglais. Autre preuve qu'is conservent mieux qu'ailleurs le caractère viril de la race.

La médaïlle des Iles-Madeleine a son revers. Les 100,000 arpents de terre dont elles se composent, y sont assujettis à l'a tenure seigneuriale.

La tenure seigneuriale est la vieille servitude en honneur et en vigueur sous le bon vieux régime des rois arbitraires et tout-puissants de France, et un peu aussi, d’Angieterre. Elle a existé, en Acadie, jusqu'à |: conquête (1713), et, dans la province de Québec, jusqu’en ces derniers temps. On ‘a retrcuve, fl’rissa=te, en Russie, +, dit on, en Polynésie.

Elle consiste en ceci: un propriétaire d’un côté, des censitaires ‘le l’autre; un maître de droit plus ou moins divin, des tenanciers soumis plus ou moins à la servitude; “ir Isaac Coffin détenteur et possesseur de toutes les Iles- Madeleine, les Acadiens, ses fermiers, lui payant rente à perpétuité.

Le gouvernement de Québec a récemment fait quelque chose pour alléger la charge qui pèse, ‘lepuis un siècle et demi, sur les épaules de nos compatriotes. Il n’a pas fait assez, soit que la faute lui en soit imputable, soit que la responsabilité en retombe sur les épaules des ‘membres’? qu'ils ont pour les représenter à la Législature. Il se trouve aussi là des ‘‘blessés’” à secourir.

. Politiquement ‘es Iles-Madeleine relèvent de la province de Québec, quoique ecclésiastiquement, du diocèse de Charlottetown. Elles appartiennent au comté de Gaspé, dont elies sont la partie peut-être la plus intéressante. Eh bien! le croirait-on? Pour se rendre de Gaspé aux l'es, distance d'environ 150 milles, il faut passer par Pictou, en la Nouvelle-Ecosse, faire un détour de cinq cents milles. Un détour de einq cents milles également pour la farine venant de l'Ontario et du Manitoba!

Pas un steamer, pas un navire qui fasse le service entre la province-mère et la fille délaissé. Et cela en dépit d’un commerce considérable susceptible de se créer, de l’une à l’autre. Rien que pour la bouette, les Amérieains laissent, tous les printemps, ide $30,000 à $40,000 aux îles,

0 rm obus - =

Ton TP

Une subvention de quelques milliers de dollars, moindre que celle dont bénéficie la Sybil et son propriétaire assu- “erait un service quelconque, ne fut-ce que mensuel. Rien. L'esprit d'entreprise ne dévore évidemment: pas nos amis de la province-soeur.

Ottawa n’est pas non plus à l’abri de tout reproche, quoiqu'il fournisse une subvention qui permet à la Compagnie maîtresse du Sybil de maintenir un service bi-hebdomadaire entre Pictou et les îles, et qu’il maintienne aussi un système de téléphone et une station marconique, distribuant gratuitement les nouvelles du dehors, l’hiver.

Les quais publics laissent à désirer, et en plusieurs endroits où ïil faudrait des brises-lames et des abris pour les bateaux de pêche, on ne trouve rien. rien.

Au lieu ide ponts, faciles à construire, pour relier les îles entre elles, des bacs. Cellui qui fait le servi:e entre le ‘Hâvre-aux-Maisons et l’Etang-du-Nor.l appartient à un particulier, et, comme tous Îles bacs et toutes les anciennes barrières, il est à péage, et ce péage est quasi prohibitif. Pour embarquer cheval et voiture et pour atterrir, il faut s’échouer sur le sable: pas la moindre approche.

Ces îles, jetées au travers de la navigation du golfe, se racontent entre elles, les soirs d'orage, de bien lugubres histoires de navires échoués et perdus sur leurs dunes irritées, de barges s’éventrant sur la pointe de leurs caps invisibles, de pêcheurs engloutis et disparaissant sous les flots, en invoquant le nom de Marie, patronne des mariniers,.

Le récit de l’un de ces drames de la mer me fut fait, au Cap-aux-Meules, par M. le Bordais, aujourd’hui chef du service téléphonique. Il fut flui-même, jeune homme, jeté à la côte, un soir d’hiver, où tous les vents du Labrador s'étaient idéchainés sur les îles. Cette histoire ne

ne neue ae me,

serait pas croyable, si lle témoin principal, mutilé, mais gardant au fond de sa prunelle l’énergie des anciens jours, n’était Üà lui-même pour vous la racconter.

Son vaisseau perdu, ses compagnons noyés ou gelés, 1l resta sur une ilote, où une vague j’avait jeté.

Quand, par hasard—-ie hasard n'existe pas, il y a la Providence—il fut trouvé par des pê’henrs, il y avait cinq jours et cinq nuits qu’il était là, sans nourriture, et sans abri, embrevé d’eau de mer, et exposé à l’un des plus gros froids de décembre. Ses pieds et ses jambes étaient gelés. Un pêcheur dut les lui couper £n haut des genoux.

Je n’ai pas parcouru le chapelet de dunes et d’ilotes qui séparent le Hâvre-aux-Maïisons de la pointe du Nor:. est. Il s’y trouve deux établissements, l’un anglais, à la Grosse-île, et ll’autre français, à l’île C"ffin, Celui-ci est une mission de M. Turbide, peu facile à desservir. du Hâvre-aux-Maisons.

Les Iles-Madeleine sont peu connues, même au Canada, quoique deux écrivains de marque, Faucher de Saint-Maurice, dans ses Promenades dans le Golfe de St-Laurent, (1879), et M. John Mason Clarke, The Heart of Gaspé (1913), en aient laissé une description fidèle.

Les voyageurs anglais, pour ‘la plupart, sinon tous, n’ayant fréquenté que ‘eurs congénères, ne parlent que d’eux, …<n bien, dans leurs récits. Cela, au force aille, peut se comprendre.

Ils ont vu nos j êcheurs arrivant du large, mal débarbouillés, et ont fait, là-dessus, de nos gens et de leurs habitude d’existence, ‘les descriptions fantaisistes, et parfois malhonnêtes. Témoin, celle du Très Révérend Docteur en Divinité, Jehosaphat Mountain, troisième évêque angli. can de Québec.

Ce bon apôtre, en quête d’âmes britanniques à sauver, et voulant imiter saint Paul dans ses périgrinations de la mer Egée, se fit, un soir d’été, d’un brick anglais, débarquer par des pêcheurs acadliens aux Iles-Madeleine,

Page 1