Voyage aux Indes et en Indo-Chine; simples notes d'un touriste
20 octobre. — On glisse doucement entre deux tives monotones dans une allée d'eau verte tracée au milieu du sable, et si étroite que le grand bateau qui nous porte parait une chose disproportionnée e! qui ne devrait pas être là. Et le silence de tout, terre, eau, machine et passagers est oppressant. Depuis cinq jours, l'hélice battait gaiement et normalement et bruyamment en Méditerranée, et le bateau taisait ses trente kilomètres à l'heure. C'était bienici, pour ne pas effriter les beiges, on marche à la vitesse d'un homme au pas gymnastique. C'est furtivement qu'on se glisse dans le désert par ce chemin liquide dont l'existence est contraire aux lois ii la nature. Et c'est peut-être de là que vient cette gêne qui pèse sur nous. Ceci est anormal, et trop nouveau encore pour que ce soit sans un vague remords, sans une certaine surprise inquiète, que nous nolions ces solitudes.
Le pont, peuplé d'Anglais si gais, avant-hier, est morne et silencieux. Littéralement, on y marche sur la pointe des pieds.
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8 VSRS L INDO-CHINE
...D'où j'écris, je vois passer, comme d'un balcon, une de ces dragues monstrueuses qui repêchent aous forme de boue le sable que le vent du désert rejette sournoisement dans le canal, comme pour le combler, pour rétablir les choses, les remettre en ordre, et effacer cette rigole.
...Et voici, là-bas, des tentes, des chameaux et d'industrielle constructions de bois, toutes noires, avec des toits rouges. A l'horizon un mirage : des arbres qui ne sont pas des arbres se mirent dans de l'eau qui n'est que du sable.
...Le soir, au crépuscule, nous avons vu des chacals qui passaient sur la bei^e, tout près de l'eau, sur le sable mouillé, et qui, tout en ne paraissant pas nous voir, s'en allaient un à un, très vite, ver» un but mystérieux.
24 octobre. — Enfin, voici des nuages I Après ces cinq jours de Mer Rouge, de navigation monotone dans une fournaise bleue, voici des nuages : la lumière est moins crue, moins agressive, moins méchante. On dirait un ciel de chez nous : nous sommes dans l'Océan Indien. Nous avons, cette nuit, franchi le Bab-el-Mandeb. Avec un effort pour avoir peur, nous nous sommes rappelé la traduction : Portes de la Mort.
Mais comme le monde civilisé est vite finil Gnq jours de bateau depuis Marseille, à l'allure, constante il est vrai, mais pas beaucoup plus rapide, d'une bicyclette; un jour au pas dans le canal de Suez, et nous voici dans une mer où la vie et l'activité humaines ne se manifestent que par le sillage des grands steamers. C'est une énorme rue où il n'y a que des passants : elle est bordée par deux déserts