Musa troglodytarum textoria, P. 131., Palm
M. Guerra, la vicinallté, Tagricullure * et le commerce oDt pris un grand développement dans ces dernières années ; la province est paisible et la sécurité est à peine troublée sur la limite des pueblos du nord-ouest par quelques rares incursions des Atas, sauvages idolâtres réfugiés dans les gorges presque inaccessibles qui découpent le massif du mont Isarog.
La population de la province d'Âlbay (220 000 habitants) est peu homogène; le fond de la race est malais, mais on rencontre de nombreux types chez lesquels le sang chinois et le sang européen, isolés ou réunis, se montrent à tous les degrés. La coloration de la peau, la taille, les traits du visage varient dans une proportion considérable.
Dans la première jeunesse, presque tous les Bicols, hommes et femmes, se font limer transversalement la face antérieure des dents incisives supérieures. Celte mutilation, qui n'est complète qu'après plusieurs séances, ne produit qu'une douleur sourde, aisément supportable; pendant deux mois environ, le sujet ne peut se servir pour manger des dents qui viennent d'être limées; à celte légère incommodité se bornent toutes les complications immédiates de l'opération.
Parmi les affections habituelles dans le pays, la migraine, la plus fréquente de toutes, donne lieu à une
1. Le conservateur des forêts (ayudante de montes) de la province est en ce moment accablé de travail, tant les demandes de concessions sont nombreuses. Quelle que soit retendue des terres à concéder, et elle est immense, Tadministration a dû intervenir et défendre tout défrichement qui n'est pas précédé d'une concession en règle, car les insouciants Bicols dévastaient les plus belles forêts, celles qui renferment les meilleures essences, pour y semer un peu de riz et pendant une seule année. L'État est propriétaire de la plus grande partie du sol des Philippines; dans la province d'Alhay, il vend les terrains situés sur les montagnes au prix de une à deux piastres le demi-quiîion, soit 3 fr. 60 à 7 fr. 20 Thectare.
déformation provoquée assez curieuse. Quand un mouchoir fortement serré autour de la tête ne parvient pas à les soulager, quelques femmes et presque tous les hommes d'un certain âge étirent la peau de leur nuque entre les trois doigts médians de la main, de maiùère à former un double pli séparé par un sillon qui loge le doigt médius. Cette pratique souvent répétée iSnit par déterminer la production d'un kyste dont la fréquence parmi les habitants d'Albay, de Legaspi, de Tabago, de Malinao, surprend le voyageur qui en ignore la cause artificielle.
La capitale de la province est Albay, mais le pueblo le plus considérable est Cag Saua (plus habituellement désigné sous le nom de Daraga), situé à une faible dislance. Daraga est la ville où résident les négociants espagnols, c'est là que se tient le grand marché de Tabaca.
Daraga, détruit par une grande éruption du Mayon en 1814, a été rebâti un peu plus à l'est, au pied d'une falaise isolée sur laquelle se dressent l'église et le couvent. De ce point, la vue est féerique. Sur la gauche, le Mayon, d'un seul jet, porte à travers les nuages son cratère fumant ; à ses pieds s'étend la vaste plaine couverte de rizières et de cases enfouies au milieu des bananiers ; les eaux bleues du golfe, contenues dans un croissant, de forêts profondes, ferment l'horizon.
Au pied de la falaise se trouve la place du marché de Daraga. entourée de magasins et de boutiques. Le marché se tient le soir, en plein vent, à la lueur des torches ; c'est aussi l'heure où les Européens se réunissent dans des tertulias, où nous sommes toujours accueillis avec la plus grande cordialité; le plus souvent nous rencontrons ces messieurs chez don Miquel Riù, pharmacien. M. Riii parle couramment le bieol et possède les connaissances les plus variées sur la région. Il leg met à notre disposi-
(PhoLograpiiio de UM. J
lion avec une ubligeanee extrême. Nous y avons recours presque quotidiennement; en outre nous trouvons de nombreuses ressources dans sa pharmacie, dont les appareils et les réactifs nous épargnent beaucoup de peine.
Parmi tous les produits qui figurent sur le marché, Yabaca tient la première place. De lourds chariots traînés par des buffles roulent péniblement vers les grands magasins des négociants européens ; les petits cultivateurs portent leur récolte sur la tête, la déposent sur des bancs au milieu du marché et s'accroupissent sur leurs talons en attendant Tacheteur. Vendeurs et acheteurs appartiennent presque exclusivement au sexe faible, qui est le sexe fort dans la province d'Albay ; toutes les transactions, toutes les décisions importantes sont réglées par les femmes ; les maris sont réduits au rôle de prince consort. Ils ne songent pas à s'en plaindre et se déchargent sur leur èabay * de soins dont elles s'acquittent à merveille. Les jeunes Bicols qui fréquentent le marché y viennent dans un tout autre but que celui du trafic. Ce n'est pas sur Tabaca que se portent leurs regards, mais vers les jeunes marchandes, dont la magnifique chevelure noire flottante est encore humide de l'infusion parfumée du gogo '; les œillades s'échangent à la clarté vacillante des torches; le marché de Daraga est le paradis de la flirtation.
Au crépuscule, heure à laquelle commence le marché, les enterrements traversent la place pour se rendre à l'église; mais la population insouciante n'en est guère affectée. Dans ce ^eau pays, au milieu de cette végétation exubérante, sous les rayons de ce soleil qui fait éclore avec une abondance et un éclat inexprimables toutes les