Herodias gazetta. Echassiers
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d'acier. « ÂDg ngalan nuestra Senora, me dit mon guide, gardez vous de tirer; allongeons le pas, mais sans cpurir ; à notre premier élan nous serions envestidos.
— Mais si le buffle se décide, faut-il tirer sur lui, ou bien en l'air pour l'effrayer?
— Impossible de le tuer raide; et si vous tirez en l'air il sera plus furieux. Ne tirez pas, et dépêchons-nous sans en avoir l'air. »
En jetant un coup d'œil en arriére, nous voyons le buffle s'arrêter; il lève la tête, puis, inclinant ses cornes vers le sol, fond sur nous au grand galop. Heureusement nous touchons à la forêt. Une clôture à demi ruinée que nous escaladons vivement arrête l'assaillant. Pendant qu'il cherche un passage, nous nous enfonçons dans un fourré où il ne peut nous joindre ; pendant plus de deux heures, nous suivons dans la forêt un sentier parallèle à la prairie; l'animal tenace marche de conserve avec nous, invisible, mais dénotant par ses mugissements l'humeur que lui donne sa poursuite infructueuse.
Les buffles, sauvages ou domestiqués, sont toujours dangereux; ceux qui sont employés à l'agriculture paraissent obéir plus facilement aux enfants, et c'est merveille de voir un troupeau de ces puissantes bêtes dirigé par un bambin de huit à dix ans. Ces animaux, en apparence si dociles, sont aussi redoutables pour les indigènes que pour les Européens, dès qu'ils ne sont plus sous la conduite de leurs maîtres. Us s'acharnent sur leurs victimes et tuent plus de gens aux Philippines que les serpents et les crocodiles.
Il est bien fâcheux que ces animaux utiles soient aussi féroces; énergiques, sobres, infatigables, ils rendent les plus grands services comme bêtes de labour et de bât; leur chair est coriace, sauf les morceaux de choix qui apportent quelque variété à mon ordinaire, car les bœufs
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de ce pays doivent être rangés, au point de vue gastronomique, dans la catégorie des veaux. Quelques disciplinaires libérés capturent parfois des buffes sauvages, chasse bien périlleuse, quoiqu'ils se servent de pièges. J*ai soigné près de Bavao un de ces chasseurs atteint d'un coup de corne dans la cuisse, qui amena un vaste décollement de la région. Le blessé m*a juré à plusieurs reprises qu'il renonçait pour toujours à son métier. Le jeu, dit-il, n'en vaut pas la chandelle.
30 juillet. — Mauvaise journée. Est-ce la pluie, la fatigue, le cyanure de potassium respiré à une haute température dans Tétroit cabinet portatif où je développe les clichés photographiques? Enfin, je perds connaissance pendant quelques heures. Quand je reviens à moi je vois, à mon chevet, M. le commandant Rajal, M. de Bamos, mon confrère de la station navale don Gabriel Lopez, qui s'informent avec empressement de mon état, et de nouveau mettent à ma disposition tous les moyens dont ils disposent. Grâce aux soins véritablement fraternels de don Gabriel Lopez je suis bientôt hors d'affaire. Mais cette secousse me laisse dans un état de faiblesse qui se prolonge longtemps. Il me faut plus d'un mois pour recouvrer mes forces. Pendant ce temps je ne saurais trop me louer des délicates attentions, de Tempressement infatigable, de mon hôte, M. le lieutenant don Juan Junquero, et de la sympathie que me montrent tous les Espagnols qui, à tour de rôle, ont TobligeaDce de me tenir compagnie et, par leur conversation animée, pleine de saillies, m'aident à passer les longues heures de la convalescence. Quand je suis rétabli, je trouve dans le petit arsenal de la station navale une magnifique collection des bois de la région, la plus riche peut-être des Philippines en essences de tout genre. M. de Ramos Ta formée à mon intention, afin que ma maladie ne produise pas d'interruption dans mes envois.
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La richesse forestière des Philippines, de Mindanao surtout, est immense ; presque toutes les montagnes sont couvertes d'essences dont plusieurs présentent des qualités de premier ordre, soit pour ces constructions urbaines ou navales, soit pour rébënisterie et la menuiserie ^
15 septembre. — M. le commandant de Ramos, qui va inspecter la côte occidentale du golfe, que je n'ai- pas encore visitée, m'offre gracieusement une place à bord de sa faloa ; peu après être sortis du rio de Davao, rangeant la côte au sud, nous passons devant l'embouchure des ruisseaux Matina et Tahumu, qui arrosent le territoire des Guiangas et des Bagobos ; au delà s'étend une belle plage d'un sable fin sur laquelle viennent mourir les dernières pentes de l'Âpo. Toutes ces pentes tourmentées sont couvertes de forêts, asile des Bagobos; leur tribu la plus puissante, sous le commandement du célèbre dato Mani, parait s'être constituée la gardienne du volcan, où jamais, disent les Infieles, aucun homme n'a mis le pied. Cette partie du rivage voisine de l'Apo porte le nom de Sibulan.
Un peu plus loin, nous nous arrêtons à Daron, village Moro situé à l'embouchure d'un ruisseau. Le dato Moro donne en ce moment audience à quelques chefs InGeles : il est assis sur une estrade, et les visiteurs sont accroupis sur le plancher de la case.
Ces Moros du golfe de Davao sont tout aussi attachés à l'islamisme que les Soulouans, quoique moins fanatiques et moins audacieux, car ils sont disséminés. Daron, par exemple, compte à peine une vingtaine de cases. Je n*ai jamais vu parmi ces Moros les types fins, à front haut, à nez droit que Ton rencontre à Soulou; le type moyen est ici moins élevé*. Ces Moros empêchent autant qu'ils le peuvent les tribus de l'intérieur de communiquer directe-