‹ Voyage aux Philippines et en MalaisieChapitre 59 sur 86 · Corypha mùior (Palmiers · texte numérisé non relu

Corypha mùior (Palmiers

GOLFE DE DAVAO 23d

posés, sur lesquels sont placés un rouet, de Tabaca prêt à être filé, une corbeille renfermant tous les ingrédients du buyo, et deux coupes de porcelaine chinoise qui contenaient du riz, depuis longtemps dévoré par les oiseaux.

Les cercueils ont la forme des pirogues du pays; comme les bancas, ils sont creusés dans un tronc de bois dur; ils sont fermés par un couvercle exactement adapté, maintenu par de forts liens de bejuco. Les cadavres sont enveloppés et serrés comme des momies dans plusieurs dagmay^ que recouvrent encore plusieurs nattes. Après avoir replacé les couvercles et remis tout en ordre, les squelettes sont aisément transportés dans ma banca.

Il est impossible de savoir si les Samals ont quelque idée de vie future, s'ils croient que quelque partie invisible survit à la mort. Chaque année, après la récolte du riz, ils visitent cette sépulture et y déposent des offrandes, mais cet hommage aux défunts n'implique pas nécessairement la croyance à une existence immatérielle.

Je mets le cap sur Davao en rangeant à la toucher la côte ouest de Tile Samal; la mer est calme et permet d'observer distinctement le rivage élevé de quelques mètres, formé par des masses de polypiers récemment soulevées, à peine rongées par les vagues.

Parvenu en face du village moro de Lanan, je quitte l'abri de Samal pour franchir le détroit qui me sépare de Davao. A ce moment le ciel se couvre, l'atmosphère, devient étouffante, et je suis surpris par une bourrasque du N.-O. qui retarde singulièrement la marche de ma banca. Au milieu du détroit je me trouve tout à coup au milieu d'un troupeau de cétacés ^ qui paraissent s'ébattre avec volupté dans ce milieu chargé d'électricité ; leur dos

1. Sans doute des baleines australes, qui remonleat parfois jusque dans les mers du Japon.

luisant s'élève et s'abaisse lentement au milieu des vagues, comme d'autres vagues plus calmes et plus puissantes; leurs évents rejettent, en dépit de certains traités de zoologie, des colonnes d'eau qui retombent en pluie à quelques brasses de moi; ils paraissent ne prêter aucune attention à ma frêle banca, et plusieurs coups de carabine les laissent indifférents. Cette escorte forcée m'accompagne jusqu'au rivage, où je suis fort aise d'en être débarrassé.

Des excursions analogues remplissent les jours suivants. Tantôt par eau, tantôt par terre, je m'efforce d'exploiter de mon mieux des richesses naturelles de cette admirable contrée. Quelques-uns des disciplinaires libérés de Davao sont pour moi une précieuse ressource. Ces mauvais sujets, ultra-fainéants, auxquels la tuba et \epanguingui créent des besoins toujours pressants, préfèrent à un travail régulier des courses aventureuses chez les Infieles; ils jouent leur tête, mais cet accident mis à part, le trafic auquel ils se livrent avec ces populations primitives leur assure un gain énorme. Ce sont de bons guides et, sûr leurs indications, je viens de trouver encore plusieurs squelettes de Moros et de Bagobos. La dernière expédition a failli mal tourner. En traversant une large prairie encadrée de forêts, je tire une charmante aigrette * sur le bord d'une mare cachée par un rideau de graminées. L'oiseau tombe, et aussitôt apparaît derrière les herbes un troupeau de Karabaoy troublés par la détonation dans la sieste dont ils jouissaient paresseusement au milieu de la vase. Ils s'étirent lentement, hument l'air, et se dirigent en escadron serré sur nos traces, précédés d'un des leurs qui prend le petit trot. Je me hâte à tout hasard de glisser dans ma carabine une balle cylindro-conique à pointe

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