cavan = 75 litres
3. Tridacna gigas, bivalve qui atteint parfois des dimensions énormes.
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enlrevoyons deux cases. Dans la premÛTe, un Chinois galeux est étendu au milieu de poissons secs qui dégagent une odeur affreuse; nous reculons devant ce réduit infect ; l'autre case est neuve et promet un meilleur gîte. Six Bagobos, accroupis autour d'une torche fumeuse, dînent d'un sanglier qu'ils débitent à grands coups de bolo. Rassurés sur nos intentions, ils nous abandonnent sans difficulté la moitié de la case. Le foyer constitue une zone neutre. Nous passons une nuit fort calme dans un état de paix armée. Les Bagobos ne quittent pas leur bolo; ils s'étendent à côté de leurs lances, et nous à côté de nos carabines.
Le lendemain nous visitons deux ou trois autres cases que nous n'avons pas aperçues la veille. Je propose à un de leurs habilanls de me vendre un de ces petits couteaux recourbés qui servent à couper la noix d'arec pour le buyo. Le Bagobo refuse de le vendre; j'insiste, en lui disant de fixer lui-môme le prix. Il me le donne alors, refusant tout paiement et tout cadeau. Je le force à accepter cependant quelques verroteries; une heure plus lard, le sauvage vient à bord de la faloa et m'apporte un poulet, « car, me dit-il, je t'ai fait un présent, et un présent ne peut être payé ; par conséquent, en acceptant tes colliers, j'ai contracté une dette et je veux la payer. » J'accepte, car cet homme ignore mes intentions, et il croirait qu'en refusant, j'entends conserver ma qualité de créancier et lui réclamer plus tard plusieurs douzaines de poulets.
Celte religion de la dette est un des caractères distinctifs des sauvages de ces contrées. On pille, on massacre sans scrupule son voisin, mais on serait déshonoré si on se déclarait insolvable. Quand un chef meurt dans cet état, et le cas est fréquent, ses enfants vendent tout, jusqu'à leur mère,.pour acquitter les dettes du défunt. Les
trafiquants bisayas et surtout les Moros spéculent outrageusement sur ce point d'honneur; non contents d'acquérir les produits des Infieles pour un dixième de leur valeur, ils profitent de leur imprévoyance pour leur ouvrir des crédits considérables, qui mettent le débiteur dans leurs mains et leur assurent le monopole indéfini de ces transactions frauduleuses.
25 septembre. — La vie du voyageur est faite de contrastes. Je n'ai aujourd'hui ni l'agréable compagnie de M. de Ramos ni la faloa dont le majordome nous servait de si bons dîners; je reprends ma petite banca, et mes muchachos se transforment de nouveau en rameurs. Mon pilote est un jeune Bisaya, qui a accepté avec empressement cet emploi temporaire. A quelques milles de Davao, mettant pied à terre pour déjeuner sur la grève déserte, je vois s'avancer un Bagobo à cheval ; il est suivi d'un page à pied, entièrement nu, qui porle la lance de son maître. Le chevalier infiele accepte sans façon un verre d'eau-devie et me dit qu'il est fort content, car il vient de tuer un dato qu'il guettait en vain depuis longtemps ; il m'engage à le suivre dans sa case, cachée à quelques pas de là dans la forêt. L'arrivée du paladin et la nouvelle de son succès sont accueillis par des cris d'allégresse. Les premiers transports passés, on m'offre le buyo sacramentel, on s'informe du but de mon voyage, de la distance où se trouve mon pays; son éloignement paraît impressionner fortement l'assistance. « mon fils, me dit la mère du jeune Bagobo, comment as-tu pu abandonner tes vieux parents; qui les protégera pendant ton absence? es- tu sûr de revoir jamais ta maison? >
J'arrive au bout de deux jours dans la baie de Malalac (à vingt-six milles sud de Davao), point hydrographique important, car c'est le seul refuge que présente la côte ouest du golfe» La baie de Malalac, entourée de hautes
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moQtagQes, parfaitemeat abritée, a une entrée difficile à cause d'un banc dont rien n'indique les limites ; la plage, basse, couverte de palétuviers, est malsaine; il faudrait donc d'assez grands travaux pour constituer ici un bon mouillage. Pour le moment, la côte parait déserte et on y trouve seulement un misérable Camarin, qui abrite les sauvages du voisinage et les trafiquants bisayas quand, à l'époque de la moisson, les premiers viennent écbanger leurs grains, leur cire et leurs résines contre quelques aunes de cotonnade ou autres produits de la même valeur.
Quelques beures après notre arrivée au Camarin^ apparaissent plusieurs bandes de Tagacaolos, qui, avertis de l'arrivée de mon piloté, leur fournisseur et créancier ordinaire, viennent régler leurs comptes et grossir leurs dettes.
Ces Tagacaolos, inférieurs aux tribus voisines qu'ils redoutent extrêmement, vivent sur les contreforts de l'Apo entre Cauit et Malalac ; pour éviter les surprises, ils n*babitent que les sommets escarpés, entourés de prairies dé cogon, bien que cette situation les oblige à faire cbaque jour des courses de plusieurs beures pour se procurer de l'eau; leur taille est relativement assez élevée ^, mais grêle; l'allongement de la face, la forme du nez à lobule fin et recourbé leur donnent une pbysionomie particulière qui, cbez quelques femmes, ne manque pas de grâce; ils paraissent intelligents et fort craintifs. Us amènent avec eux quelques esclaves de race bilâne, la plus infortunée de la région. Réfugiés sur les cimes les plus élevées de la Cordillère occidentale, entre Loèô et Malalac, sans communication possible avec la mer, les Bilans sont la proie de toutes les tribus voisines. Leur infériorité orga-