VOYAGE AUX SEPT HEI
« de la pyramide et de la « sar, roi de Babylone, a « le palais, le siège de ma « bylone, dans la terre de « les fondations à une gn « sous du niveau du fleuve « tion sur des cylindres :
« de briques... Avec ton « dach, le sublime, j'ai 1 « tible. Que ma race trôi * élève sa demeure, qu'el « des naissances. Puisse- « régner sur le peuple de « jours reculés! »
Un palais indestructible, Nabuchodonosor, tu ne pou la place de ceux qui furent reste que ton orgueil !
S'il faut en croire Béros qui semble, mieux qu'auc choses de la Chaldée et d nosor fut aussi le créateur Follement épris d'une certa de Perse Astyage* il voulu chérie retrouvât dans Baby doyantes, les ombrages pi lui fit présent comme d'ur Perse.
Vingt-deux siècles plus l aussi fut un grand conquér;
rie de Nabuchodonosor. Napoléon faisait établir à Compiègne une tonnelle longue de plusieurs kilomètres, imitation fidèle d'un berceau de Schœnbrunn où Marie-Louise s'était plu à promener ses rêveries de jeune fille.
Quinle-Curcc, Diodore de Sicile, Philon deByzance, nous décrivent longuement les jardins suspendus. Ils s'accordent assez bien dans leurs descriptions, mais non sur le site exact qu'occupaient ces jardins. Étaient-ils attenants au principal palais? en étaient* ils indépendants, mais voisins? C'est ce que nous ne saurions dire en toute assurance, en présence de ces affirmations contradictoires.
Les jardins suspendus présentaient quatre étages et s'élevaient à une grande hauteur (dans tous les monuments de Babylone, on signale cette disposition essentielle des terrasses superposées).
« Les terrasses sur lesquelles on montait », nous dit Diodore, « étaient soutenues par des colonnes « qui, s'élevant graduellement, de distance en dis- « tance, supportaient tout le poids des plantations ; « la colonne la plus élevée, de cinquante coudées « de haut (environ vingt-cinq mètres), supportait le « sommet du jardin et était de niveau avec les. « balustrades de l'enceinte. Les murs, solidement « construits à grands frais, avaient vingt-deux pieds « d'épaisseur et chaque issue dix pieds de largeur. « Les plates-formes des terrasses étaient composées « de blocs de pierre dont la longueur était de seize « pieds sur quatre de largeur. Ces blocs étaient
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« recouverts d'une couche de roseaux mêlée de « beaucoup d'asphalte; sur cette couche reposait « une double rangée de briques cuites, cimentées « avec du plâtre.
« Celles-ci étaient, à leur tour, recouvertes de « lames de plomb, afin d'empêcher l'eau de filtrer « à travers les attcrrissements artificiels et de péné- « trer dans les fondations. Sur cette couverture se « trouvait répandue une masse de terre suffisante « pour nourrir les racines des plus grands arbres. « Ce sol factice était rempli d'arbres de toute es- « pèce, capables de charmer la vue par leur dimen- « sion et leur beauté. Les colonnes s'élevant gra- « duellement laissaient, par leurs interstices, « pénétrer la lumière et donnaient accès aux appar- « tements royaux, nombreux et diversement ornés. « Une seule de ces colonnes était creuse depuis le « sommet jusqu'à la base; elle contenait des mate chines hydrauliques qui faisaient monter du « fleuve une grande quantité d'eau, sans que perte sonne pût rien voir à l'extérieur. »
Alexandre, déjà frappé à mort, se fit transporter, nous dit Arrien, dans les salles qui s'étendaient audessous des jardins. Il espérait y trouver, dans la fraîcheur de l'air, quelque soulagement à la fièvre qui le dévorait. Vaine attente, c'en était fait d'Alexandre et, quelques jours après, il mourait au palais de Nabuchodonosor.
On peut signaler dans les créations de nos âges modernes des jardins qui, en de beaucoup plus
modestes proportions, donnent quelque idée des fameux jardins de Babylone.
Des eaux azurées du lac Majeur une île émerge, toute petite, toute charmante ; elle a un nom doux comme le ciel qui lui sourit , Isola Bella. La famille Borromée en a fait une résidence renommée par sa bizarrerie plus encore que par sa beauté. Là aussi sont des terrasses superposées et en retraite les unes sur les autres.
Les citronniers, les orangers s'étagent, et les camélias constellés de fleurs, et les magnolias où roucoulent les colombes, et les lauriers au feuillage immortel comme le nom des héros qui en ceignent leur front. Bordés de balustres pansus, des escaliers se déploient d'une terrasse à l'autre; des statues s'y dressent et des lions de marbre en gardent les degrés. Le lac sommeille tout alentour, et l'Ile entière semble un nid de fleurs qui flotte sur les eaux.
Certains critiques moroses insinuent qu'Isola Bella ressemble un peu à ces pièces montées, chefs-d'œuvre de pâtisserie, que Ton voit trôner au milieu d'un somptueux dessert. Toutefois ici la pierre remplace le nougat, le marbre remplace le sucre.
Selon la tradition de Babylone, les jardins reposent sur des salles voûtées, très vastes, fort curieuses; là sont desrocailles pittoresques, des niches où les naïades s'étendent, accoudées à leur urne qui pleure, des perspectives doucement assombries, des arcades rayonnantes où le lac et ses rivages riants viennent s'encadrer.
Que Ton suppose ces jardins décuplés, que les monstres de basalte y remplacent les amours coquets, que les taureaux formidables y remplacent les Vénus pimpantes , que les palmiers, les saules éplorés, les tamaris grêles viennent s'associer aux myrtes, aux lauriers ; au lieu du lac Majeur aux eaux limpides, supposons l'Euphrate aux eaux fangeuses, supposons à l'horizon, au lieu de montagnes verdoyantes , une plaine que des canaux fécondent, et Isola Bella nous donnera un vague mirage des jardins de Babylone, et nous pourrons y évoquer Pombre de Nabuchodonosor soupirant sa tendresse aux pieds de la belle Amytis.
Des monuments si nombreux, si fastueux dont Babylone s'enorgueillissait, qu'est-il resté ? Rien qui soitreconnaissable.
Thèbes garde quelques-uns de ses colosses et les colonnades de ses temples nous écrasent encore de leur immensité. Memphis dresse au-dessus du désert, ses pyramides éternelles. Sardes a quelques marbres debout , Persépolis raeonte encore sur de vastes murailles les triomphes de ses rois ; Babylone n'a rien qui soit digne de son grand nom. Jamais tant de gloires et de magnificences ne trouvèrent anéantissement plus complet.
Sans doute les fureurs vengeresses des rois de Ninive, bien des gacrres, bien des conquêtes ont passé là ; mais quelle cité illustre pourrait-on nommer qui ait échappé à ces fléaux? Il a été, pour
Babylone, une autre cause de destruction, cause originelle, fatale et du reste fort simple, le peu de résislance des matériaux employés. Thèbes, Memphis, sont faites degrés et de granit; Sardes, de marbre; Babylone était faite de briques. La pierre en effet est chose rare en Mésopotamie, l'argile, au contraire, très commune; aussi la pierre n'était-elle employée que par exception, et l'argile devait suffire à tout.
Hérodote, Quinte-Curce , d'autres encore nous exposent avec précision le mode de construction en usage. Les briques, pour la plupart, étaient seulement séchées au soleil, le soleil de Babylone suffisait à les durcir ; on les reliait avec une matière bitumineuse recueillie à Hit ou Is, site distant de huit jours de marche. Parfois on disposait entre les assises des couches de roseaux. Les revêtements étaient faits de briques cuites et vernissées. Là se déroulaient, peints de couleurs éclatantes, les chasses ardentes, les batailles, les défilés des captifs, le long cortège des esclaves apportant au maître les offrandes des peuples vaincus.
Les Babyloniens connaissaient et employaient souvent la voûte. Qu'est-il advenu cependant? H pleut en Babylonie, bien que rarement. L'eau a peu à peu ramolli et désagrégé l'argile ; les terrasses ont iléchi, les voûtes ont croulé et, les siècles aidant, les palais, les temples, les remparts u'ont plus été que des monticules, des ondulations vagues où les yeux complaisants des archéologues peuvent seufe recon-
naître des monuments. Les prophètes auraient pu dire à Babylone : « Babylone, tu fus poussière et poussière tu seras. »
Aujourd'hui il faut entreprendre des fouilles profondes pour retrouver quelques briques intactes; elles portent parfois des inscriptions en caractères cunéiformes.
Le voyageur qui cherche Babylone, trouve au sortir d'Hillah une plaine qucl'Euphrate traverse; quelques cultures, quelques plantations de palmiers se pressent aux rives du fleuve, comme attirées par la fraîcheur bienfaisante des eaux. Plus loin lavé. gétation cesse.
L'incurie musulmane laisse improductives ces terres que les anciens Chaldéens avaient patiemment fécondées. Hérodote nous parle des riches moissons qu'elles prodiguaient. Ici en effet l'Euphrate et le Tigre ne sont éloignés que de huit à dix lieues ; on avait établi, de l'un à l'autre, tout un système d'irrigations ingénieuses : les deux fleuves entrecroisaient leurs eaux et répandaient la vie de toutes parts. Maintenant les canaux, depuis longtemps desséchés, ne sont plus que des sillons indécis que la poussière comble à demi. '
Bientôt quelques buttes allongées indiquent le tracé des remparts. Puis on rencontre une colline dite Amran ; on y a trouvé des tombes. Certains savants veulent y reconnaître une nécropole de l'époque des Parthcp; quelques-uns affirment que cette nécropole , relativement moderne , marque
remplacement des jardins suspendus. Selon d'autres, les jardins auraient été situés au Kasr, colline plus vaste et qui est faite des débris du grand palais.
Cette colline porte un arbre légendaire, le tamaris de Sémiramis. Il compte plusieurs siècles et la sève ne circule plus qu'à peine dans son tronc crevassé, vermoulu. Dieu, disent les Arabes, l'épargna lors de la destruction de Babylone; Ali, disciple et petitfils du prophète, y attacha son cheval lorsqu'il vint combattre et vaincre à Hillah. Mais ce lieu est maudit, les esprits le hantent et dès que vient le soir les plus braves s'empressent de fuir.
A quelques pas plus loin, un lion de basalte est gisant dans un fossé, il n'a plus de tête, on dirait quelque divinité étrange que la foudre aurait renversée de son autel.
Enfin le Birs-Nimroud apparaît, faisant saillie dans la plaine comme une pyramide écroulée. Le mur qui s'y dresse, seul débris qui soit debout, semble un géant soucieux : il contemple tristement cette solitude morne qui fut une splendide cité, ces lieux qui menèrent si grand bruit et qui gardent maintenant un si profond silence.
Parfois passent quelques chameaux. Que portentils? Des tapis éblouissants, des étoffes précieuses, la myrrhe, l'encens, la pourpre de Tyr, l'or du Pactole? — Non, ils portent des cadavres jetés sur leur bosse, jambe deci, jambe delà ; et ces hideuses ruines humaines, que de pauvres haillons cachent à
peine, s'en vont ballottées à travers ta campagne. On les inhumera à Hitlah, sous la protection vénérable du tombeau d'Ali. C'est là un acte suprême de dévotion fort en honneur chez les Persans. Souvent les morts voyagent ainsi plusieurs jours avant de trouver la terre sacrée où leur piété crédule s'est promis un plus doux repos. Les chacals, les hyènes , les vautours chauves suivent de loin ces lugubres caravanes.
Pauvre Babylone, la vie la déserte, et la mort seule daigne y passer !