‹ Voyage aux sources du Rio de S. Francisco et dans la province de GoyazChapitre 20 sur 43 · TABLEAU GÉNÉRAL DE LA PROVINCE DE GOTAZ · texte numérisé non relu

TABLEAU GÉNÉRAL DE LA PROVINCE DE GOTAZ

§ I. Histoire.

Idée générale de Tbistoire de Goyaz. — Manoel Corria décooTre ce pays. — 11 est découvert one seconde fois par Bartholohbo Bdino DA SiLVA. Stratagème employé par cet ayenturier.— Le second Bdeno, son Gis, tAcbe de retrouver le pays des Indiens Goyâs; son eipéditioo réussit mal ; il retourne h S. Paul. — Il part une seconde fois et reconnaît le lieu où s'était arrêté son père.— Les Indiens GoyAs entièremeot détruits. — Une foule d'aventuriers fondent sur le pays de Goyai. — Cherté des denrées. — La nouvelle colonie livrée A tous les crimes. — Le pays de Goyaz érigé en capitainerie. — L'ordre rétabli par reiécation des règlements rigoureux du marquis de Pombal. — Décadence. Comparaison du revenu des mines d'or pendant plusieurs années. — État actuel.

Des mines d*or découvertes par quelques hommes audacieux et entreprenants ; un essaim d'aventuriers se précipitant sur des richesses annoncées avec l'exagération de l'espérance et de la cupidité ; une société qui se forme au milieu de tous les crimes, qui s'accoutume à un peu d'ordre sous les rigueurs du despotisme militaire et dont les mœurs ne tardent pas à être adoucies par un climat brûlant et une

(1) Comme ce cbapitre est fort étendu, je crois devoir le diviser en plusieurs paragraphes.

molle oisiveté ; quelques instants de splendeur et de prodigalité; une triste décadence et des ruines : telle est, en deux mots, r histoire de la province de Goyaz; telle est à peu près celle de tous les pays aurifères.

Les anciens Paulistes se répandaient dans l'intérieur du Brésil pour faire la chasse aux indigènes. Ceux-ci, réduits en esclavage , formaient une des richesses des habitants de S. Paul, et plus d'une maison puissante possédait, dans eette ville, jusqu'à six cents Indiens (1). Un Pauliste qui s'était ainsi enfoncé dans les déserts pour y faire des esclaves, Manobl Cobrea, pénétra, avant l'ann^ 4670, jusqu'à une rivière appelée Rio dos Àraes (2) , dans le pays qui forme aujourd'hui la province de Goyaz, et il revint dans sa patrie avec de l'or et des Indiens enchaînés. Gorrea, en mourant, irissa l'itinéraire des contrées qu'il avait parcourues; mais son ignorance était telle qu'il fut impossible de profiter de ses manuscrits.

Vers Tannée 4680, un autre Pauliste, Baetholomeu BuENO DA SiLVA, arriva au lieu où est actuellement situé Villa Boa, et qui, alors, était occupé par les pacifiques Indiens de la nation gotI. Les parcelles d'or dont s'ornaient les femmes de ces sauvages trahirent la richesse du pays. Pouren soumettre les habitants, Bueno eut recours au stratagème, en apparence, le plus puéril ; il alluma un vase plein d'eau-de-vie devant les Indiens étonnés, et les me-, naça de brûler de la même façon eux et leurs rivières s'ils osaient lui résister. Les Indiens se soumirent, et Bueno, après avoir laissé quelques plantations dans leur pays, re-

(t) La loi ne permettait de rendre esclaves que les indigènes faits prisonniers dans nne guerre légitime; mais cette loi était sans cesse éludée. it) Les Ara€$ ou Araeis étaient une peuplade indienne.

vint à s. Paul avec de Tor et un si grand nombre de cq>tib que Ton aurait pu en peupler une ville. Les coupables ruses auxquelles cet homme aventureux dut de tels succès lui firent donner par les Goyés le nom d'ÀNHAN^UERA qui signifie vieux diable (1), nom que ses descendants ont conservé jusqu' à nos jours.

L'ardeur avec laquelle les Paulistes se précipitèrent dans la province de Minas Geraes leur fit oublier pendant longtemps les parties plus occidentales du désert. Cependant la découverte des mines de Cuyabâ rappela celles de Goyaz, et Rodrigo Cesar de Menezes, gouverneur de S. Paul» excita ses administrés à retourner dans ce pays, exaltant leur imagination et leur oflrant TappAt lointain des plus belles récompenses.

Lorsqu'il avait pénétré chez les Indiens Goyàs, Bueaa était accompagné d'un fils, âgé de 12 ans, du même non que lui. Cet enfant avait vieilli , mais il n'avait point perdu le souvenir du voyage de son père, et il alla offrir ses services à Menezes : celui-ci les accepta; il fournit des secours à Bueno et lui promit que, si son entreprise réussissait, il aurait pour récompense le péage de plusieurs rivières.

(1) C'est là du moins ce que disent les historiens du nom d'Anhan- §uera ; mais il n'est nuUement vraisemblable que les Go^fàs parlassent le guarani, et le mot Anhanguera appartient bien certainement k cette langue. Le sobriquet qui est resté aui descendants de Bueno lui arait sans doute été donné par des Indiens de la côte ou par les Paulistes euxmêmes, qui, comme on sait, parlaient la lingoa gérai, dialecte du guarani. Anhang, en guarani, signifie àme, démon (Roiz db Montota, Tes, Ung, guar,) ; j'ai entendu un Indien du Paraguay se senir du mtt anhangue , en parlant du cauchemar ou d'un étouflfement ; enfin ra est une expression qui indiipie la ressemblance ( 1. c). Anhanguera, au lien ilo vieux diable, signifierait donc V homme semblable om mamxiis esprii qui produit le cauchemar.

DU RIO Pt S. raAHCISCO. 311

A la fin de TaiiDée 1721, le second Baeno part de S. Paul avec son geûdre, JoÂo Leite da Silvà Hortiz» emneiiant deux religieux et une suite nombreuse. Après OTOtr longtemps erré, ces hommes aventureux dépassèrent le but qa'Hs voulaient atteindre et rencontrèrent une rivière assez large qui reçut d'eux le nom de Rio doê Pilôei qu'elle porte encore au{ourd^huî (1). Comme cette rivière coule sur un sable aurifère, Leite témoigna le désir de se fixer sur ses bords ; inais Bueno s'y opposa, assurant que ce n'était point lA le véritable pays de la nation goyé, et l'on en serait veau au^ mains sans tetr efforts des deux ecclésiastiques qui accompagnaient la troupe.

S^étant remis en route, on passa, sans le savoir, au Keu que l'on cberchait, et l'on arriva sur le bord d'uHe autre rivière qu'on nomma Mio da Perdiçcto (rivière de la perte), pour rappeler sans doute le malheur qu'on avait eu de s'être égaré au milieu des déserts. Cependant l'or que nos aventuriers découvrirent bientôt dans un bras de rivière qu'ils iMMiimèrent Rio Rico fit n^dtre parmi eux de nouvelles ià^paies. On n'a pu retrouver, avec une entière certitude, ce Rio Rico; mais il est indiqué dans de vieux itinéraires comme renfermant les plus grandes richesses. Bueno voulut s'arrêter en cet endroit, mais Leite s'y opposa à son tour, piqué d'avoir été forcé de céder à son beau-père sur les bords du Rio dos Pilôes. On prit les armes, et le sang aurait coulé si les deux prêtres ne fussent intervenus pour la seconde fois.

Obligé de renoncer à son projet d'établissement, Bueno se remit en marche, cherchant toujours les plantations que

\t) Je dois dire que (;azal pense que ce soat deux rivières diflëreules.

son père avait faites dans le pays des Goyés. Enfln^ après avoir surmonté des difficultés sans nombre , la troupe arriva sur le bord du Rio Parannan (1) et alla même jusqu'à l'endroit où est aujoiu-d'hui le village de S. Felis ; mais les forces et le courage de ces aventuriers étaient épuisés. Dans leur désespoir, ils refusèrent d'entendre la voix de leurs chefs et ils se séparèrent. Les uns, ayant construit des radeaux, s'embarquèrent sur le Rio do Tocantins, et étant arrivés au Para, ils furent mis en prison; d'autres tombèrent entre les mains des Indiens, et Bueno, presque seul , rentra à S. Paul au bout de trois années, honteux et fuyant les regards du gouverneur.

Mais celui-ci savait ce qu'on pouvait attendre de la constance et de l'intrépidité de Bueno; il le décida à entreprendre un second voyage et lui accorda les secours nécessaires. Notre Pauliste se mit en marche l'année 1726, âgé alors de 55 ans, et traversa encore une fois des déserts où il n'y avait point de chemins et où de nombreux torrents s'opposaient sans cesse à ses progrès. Enfin, après plusieurs mois de courses et de fatigues incroyables, il trouva dans un défilé les restes d'un mors de cheval et d'autres débris que des Européens pouvaient seuls y avoir laissés. Il prit la résolution de s'arrêter en cet endroit et envoya à la découverte quelques hommes qui , ayant rencontré deux vieillards de la nation goyà, les conduisirent à leur chef. Celui-ci demanda à ces Indiens s'ils connaissaient le lieu où

(1) Par une de ces confusions malheureusement si commîmes dans son précieui ouvrage, Pizarro a pris {Mem., IX, 148) cette rivière, Tun des affluents du Tocantins, pour le Parannâ, rivière formée de la réunion du Paranahyba et du Rio Grande , et dont les eaux , unies à celles du Paraguay, aboutissent au Rio de la Pla

des bianos ayaient séjourné autrefois ; les deux sauvages répondirent à Bueno qu'il en était tout près ; ils lui firent faire environ 3 legoas^ et l'heureux Pauliste reconnut enfin Tendroit oà, dans son enfance, il s'était arrêté avec son père. Cest là que Ton voit aujourd'hui le village de Ferreiro, sitné à llieue de Villa Boa.

Bueno retourna dans sa patrie avec 8,000 oitavas d'or (75,000 fir.), et annonça qu'il avait enfin retrouvé le riche territoire habité par la nation goyé. Le gouverneur de S. Paul le chargea d'administrer ce pays en qualité de capit^o m6r régente; il lui confia le soin de distribuer des sesmarias (1) aux nouveaux colons, et renouvela ses anciennes promesses. En même temps on envoya des troupes à Goyaz pour assurer les droits dus sur l'or au trésor royal et établir des péages sur les rivières.

Le nouveau cajntào m6r, de retour dans cette contrée , chercha, par de bons traitements, à se concilier les Indiens et à les empêcher de porter le trouble du milieu de la colonie naissante. Mais ceux-ci sentant bien que tôt ou tard on les rédmrait en esclavage, ou qu'on les chasserait de leur pays, firent tous leurs eflbrts pour éloigner les nouveaux venus. La guerre , ayant commencé , fut fatale aux indigènes. Les malheureux Goyàs finirent par être obligés d'abandonner entièrement le pays dont ils étaient les maîtres légitimes ; ils disparurent peu à peu , et aujourd'hui il ne reste plus d'eux que leur nom.

Cependant la renommée des richesses de Goyaz y attira bientôt un nombre prodigieux d'aventuriers, et l'on fonda les villages de Barra, Santa Cruz, Meiaponte, Crixé, Nativi-

(1) Coocessions de Icrraios aurifères.

dade, etc. Alors on tirait sans peine des quantités d'or considérables des rivières et des ruisseaux, mais on ne songeait point à cultiver la terre. Il fallait que les vivres vinssent de S. Paul è travers le désert, et il n'en arrivait point assez pour la population qui déjà couvrait le pays. Les denrées les plus communes se vendaient à des prix exoititants. Pour 1 alqueire de maïs, on obtenait 6 ou 7 oitavoê d'or (54 fr. 22 c. ou 65 fr. 59 c.) ; pour 1 alqueire de farine de rannioc, iO oilavtu, 2 de 1 livre de sucre, et l'on alla jusqu'à donner 80 oiiavas pour un cochon, et pour une vache 2 livres d'or (1).

En même temps qu'une population nombreuse s'était, comme par magie, répandue dans le pays de Goyaz, les vices les plus affreux s'y étaient précipités avec elle. Des nuées de criminels avaient trouvé dans ces déserts des richesses avec l'impunité, et, au milieu d'une société naissante, où aucune police n'existait encore, ils pouvaient sans crainte continuer de se livrer à tous les débordements. En vain les magistrats eussent élevé la voix pour réprimer de tels désordres ; aussi corrompus que ceux qu'ils auraient dû punir, ils en étaient méprisés. Des rixes se renouvelaient sans cesse; aucun homme n'osait rencontrer un autre homme sans porter des armes, et on ne les quittait même pas pour se présenter dans les églises.

Alors Goyaz faisait partie de la province de S. Paul. Le gouvernement sentit enfin que l'autorité des capitaines généraux de cette province se trouvait paralysée par l' éloigneil) ValqueiVe de Rio de Jaueiro équivaut , selon Freycioet , à 40 litres; la livre à 4 hectogrammes 6 décagrammes. — Aujourd'hui ïalqueire de Goyaz esl plus fort que celui de Minas , qui lui-même l'est plus que celui de la capitale.

n^ent où ils étaient de leurs administrés, et Goyas devint une capitainerie. Son premier gouvemrar, D. Maecos ds NoRONHAy GOMn DOS ÀRCos, 8*y installa le 8 de noyembre 1749, et il en fixa les limites.'^Q fit quelque bien» sans doute, mais Texécution des ordres rigoureax du marquis de Pombal put saile tirer la province de Goyax de Tétat affreux d'anarcbie où elle était plongée, et la crainte des châtiments, il est affligeant de le dire, opéra un changement que ni les lois de la morale ni l'intérêt bien entendu de tous n'avaient pu produire depuis tant d'années (1).

Cependant F époque de la décadence et de la misère allait bientôt suivre celte de la richesse et de la prodigalité. . D. Marcos de Noronha avait fondé deux hAtels destinés k la fonte de For {casas de fundi^) ; l'un, pour 1» partie méridionale de la province, à Villa Boa la capitale, et l'autre, pour la partie septentrionale, dans le village de S. Felis.

Le produit de l'impôt du quint pergu dans ces deux été- Ulssements ne saurait nousdonner tme idée exacte desquantitésd'orqu'a successivement fournies la province de Goyaz ; car, dans un pays aussi désert et aussi vaste , une grande partie du revenu des minières échappait facilement aux droits.. Mais, en comparant les résultats de l'impôt à difiérentes époques, nous pourrons du moins savoir, à peu près, combien, dans un temps fort court, l'extraction de l'or a diminué d'importance. En 1753, le quint rendit, à Villa Boa, 169,080 ot(at?(w (1 ,268,100 fr.) (2), et, en 1755, il

(1) Lmz Antonio da Silta b Sousa , Memoria sobre 0 deicobrimentOy etc., da Capitania de Goyaz,— Caz., Corog. Braz,, 1.— South., m$L, m, 305, etc. — Piz., Mem, hi$L, EX, 144. — Mart., ReUe , U, 586. — Luiz d'Alincourt, Mem., 94. — Pohl, Keisc, 1, 325.

i2) Ici je calcule la valeur de VoUava sur le pied de 1,200 reis, parce

rendit 59,569 ottovcu (446,767 fr.) à S. Felis; en 1805, il n'en produisit plus que 3,300 (24,730 fr.) à S. Felis, et, en 1807, 12,308 (92,310 fr.) à Villa Boa (1); enfin, en 1819, on ne tira en tout guère plus de 36 maits d*or.

Lors de mon voyage, les minières étaient épuisées ou ne pouvaient être exploitées qu'avec un grand nombre de bras, et réioignement de la côte, qui rend les exportations trèscoûteuses et presque impossibles, ne permettait pas aux habitants de Goyaz de trouver aussi facilement que les Mineiros une autre source de richesse dans la culture des terres. Ne pouvant payer l'impôt > ils abandonnaient leurs habitations, se retiraient dans les déserts, et ils y perdaient jusqu'aux éléments de la civilisation ; les idées religieuses, l'habitude de*forn)er des liens légitimes, la connaissance de la monnaie et l'usage du sel. Un pays plus grand que la France s'épuisait en faveur de quelques employés indolents, et les environs mêmes de Villa Boa, cette capitale naguère si riche et si florissante, n'offraient plus que des ruines sans souvenirs (2).

que, à Fépoqae dont il s*agit , elle arait été fixée k ce Uni par D. Harcos de Noroobt, comte dos Arcos (Piz., Mem., IX, 161).

(1) South., HisL Bras,, m, 837.

(2) Voyez V IrUroduclion qui précède V Histoire des plantes les plui remarquables du Brésil et du Paraguay ^ p. iiny.

§ II. Étendue; limites; surface.

Étendue de la provioce de Goyaz.— Limites de cette province.— La figure qu'elle représente. — Son élévalion. -— La Serra do Corumb» et do Tocantins. — Surface du, pays qui s'étend au nord de cette chaîne. La Serra do S. Francisco e do Tocantins.

La province de Goyaz est Tune des plus considérables de f empire brésilien; elle en forme le centre et est éloignée de 2 et 300 legoas des ports de mer (1). PohI dit (2) qu'elle s'étend de S" 22' lat. sud jusqu'à 22% et de 40* 5' longît. jusqu'à 51'', et qu'elle a 4,260 milles allemands de circonférence ; mais, comme le voisinage des Indiens ennemis D'à pu permettre de fixer partout des limites certaines, je me garderai bien d'indiquer ces chiffres conune parfaitement exacts (3).

Au nord , la province de Goyaz est séparée du Paré par une ligne imaginaire qui s'étendrait depuis le confluent du Tocantins et de VÀraguaya jusqu'à la Serra do S. Francisco e do Tocantins ; elle a pour limite orientale cette même Serra et celle do S. Francisco e da Paranahyba qui la sépare, celle-ci de Minas Geraes, celle-là de la même pro-

(1) Piz., Biem,,lX, 153.

(t) Pou., ReUe, 316.

(3) Ce qui prouve combien il fant 6*en défier, c*est que Cazal, qui est ^ peu près d*accord avec Pobl sur Tétendae eu latitude de la province de 6eyaz , ne lui donne pourtant (Corog., 1 , 319) qu*environ 200 tegoM de longueur, taudis que Piaarro dit qu'elle a 331 legoat du nord au midi, et 226 de Test à l'ouest. Scbœfler lui attribue 12,932 milles carrés SA)graphiques ( Brat., 225) ; da Cnnha Mattos, probablement beaucoup ndeui instruit, évalue sa surface de 22 è 25,000 lieues carrées portugaises.

318 VOYAGE AUX SOUItCES

vînce et, en outre, de Pernambouc, de Piauhy et de Maranhâo; au midi, elle est bornée par le Paranahyba et le Rio Grande, au delà desquels on trouve une petite partie de la province de Minas et celle de S. Paul ; enfin, dti côté de l'ouest , elle est séparée de la province de Matogrosso par TAraguaya, qui , à Fendroit où le traverse le chemin de Villa Boa à Cuyabâ, porte aussi le nom de Rio Grande.

Beaucoup moins large de Test à Vouest qu'elle n'est longue du nord au sud, fort irrégulière, rétrécie à ses deut extrémités, changeant brusquement de direction et s' avançant vers l'occident un peu au-dessous de ses limites méridionales, la province de Goyaz présente à peu près la forme d'une botte à l'écuyère.

Ce pays doit nécessairement être fort élevé, du moins dans une partie de son étendue, puisqu'il donne naissance, d'un côté, à î'Araguaya et au Tocantins, et, d'un autre côté, aux affluents les plus septentrionaux du Paranahyba; or l'on sait que les deux premiers de ces fleuves parcourent un espace inmiense en coulant vers le nord , etqne le Paranahyba, qui, au contraire, se dirige vers le sud, contribue à former le Rio de la Plata.

Conformément à la nomenclature que j 'ai établie (chap. XI, p. 212), la chaîne qui divise ces eaux s'appellera Serra do Corumbâ e do Tocantins; elle se rattache à l'extrémité de la Serra do S. Francisco e da Paranahyba, vers le lieu appelé Os Arrependidos, où la route de Mina^ pénètre dans la province de Goyaz ; elle forme un angle avec c^te Serra, se dirige vers l'ouest, s'abaisse en inclinant vers le sud, et forme la limite méridionale du bassin de I'Araguaya et du Tocantins, comme aussi la limite septentrionale de celui du Corumbé. Il ne faut pas croire que cette chaîne pré-

sente une suite de pics gigantesques comme la Serra da Caraça, ritacolnmi, la Serra do Papagayo, dans la province de Minas; elle forme plutAt, avec ses dépendances et ses contre-forts , une sorte de large réseau de petites montagnes et de vastes plateaux séparés par des vallées où coulent des ruisseaux et des rivières. Les Montes Pyreneos et la Serra Dourada , que Ton cite comme les deux sommets les plus élevés, sont bien loin d'être de hautes montagnes. On peut dire» cependant , que la partie méridionale de la province de Goyaz, celle où j*ai voyagé et qui se trouve au sud de la Serra do Corumbâ e do Tôcantins, est généralement montueuse.

Je n'ai point parcouru le territoire qui s'étend au nord de la même chaîne, et est double à peu près de la partie méridionale; mais on sait que, quoique la Serra do Corumbà e do Tocantins y jette des contre-forts (1 ), il est généralement assez égal, et que le diviseur des eaux du Tocantins et de r Araguaya, fleuves qui finissent par se réunir, n'est guère qu'une croupe, peu sensible. Sur la grande chaîne qui , après avoir séparé la province de Goyaz de Minas Geraes, se prolonge, au nord, pour séparer cette province de Maranhâo, de Piauhy, de Femambouc, je ne me suis pas avancé au delà de l'extrémité septentrionale de la Serra do S. Francisco e da Paranahyba; s'il faut en croire Cazal (2), la Serra do S, Francisco e do Tocantins qui continue cette dernière est plus élevée qu'elle, pierreuse et dépourvue de verdure.

(t) Luiz Antonio da Sir.vA e Sousa, Memoria etlatUHea da pravineia de Gvyaz.

§ III. Végétation.

La partie septentrionale de la provins de Goyaz plus aride et plas découverte que la partie méridionale. — Cette dernière bien arrosée. — Elle présente une alternatiye de bois et de campos. — Les campas semblables h ceux du désert oriental du S. FrluiciscD. — Un Velloêia remarquable dans les plus éleyés. — Description des bois..— Marais; le borily.

D*après ce que j'ai dit plus haut , il est facile de concevoir que la portion de la province de Goyaz qui s'étend au nord de la Serra do Corumbâ e do Tocantins doit être moins arrosée, plus aride, plus découverte que la partie méridionale.

Celle-ci , qui a l'avantage de posséder des eaux aussi abondantes et aussi bonnes que le centre de la province de Minas, présente une alternative de bouquets de bois et de campos, les uns uniquement couverts de plantes herbacées [taboleiros descobertos) , les autres parsemés d'arbres tortueux et rabougris, à écorce subéreuse, aux feuilles souvent dures et cassantes [taboleiros cobertos). L'aspect de ces derniers campos est celui des pâturages de même nature que j'avais traversés, en i817, dans le désert oriental du S. Francisco (1), et qui se retrouvent dans la comarca dé Paracatû ; les plantes ligneuses éparses au milieu des herbes appartiennent aux mêmes espèces, à Goyaz et à Minas. Quelques-uns des campos les plus élevés de la première de

(1) Voyez mon Tableau géographique de la végétation primUioe dans la province de Minas Geraes {Nouvelles annales des voyages, lU).

DV RIO DE S. FRANCISCO. aSt

ces denx provinces diffèrent cependant beaucoup de ceux de Minas par la présence d'une Monocotylédone ligneuse, boute de plusieurs pieds, extrêmement pittoresque, qui tantôt se montre seule au milieu des Graminées et des autres berbes ^ et tantôt se mêle aux arbres tortueux et rabougris. C'est un Velloêia qui , entièrement couvert d* écailles , se bifurque plusieurs fois ; dont la tige , excessivement roide, est partout d'une égale grosseur; dont les rameaux, aussi rddes que la tige, se terminent par une touffe lâche de feuillet linéaires et pendantes; dont les fleurs d'un bleu pAle, aussi grandes que nos lis , sortent du milieu des touffes de feuilles qui semblent les protéger.

Les bois ne sont point également répartis entre les divers cantons que j'ai parcourus. Dans la partie la plus orien* taie, celle qui avoisine Santa Luzia, S. Antonio dos Montes Claros, etc., et est très-élevée, ils sont bien moins communs que dans le pays de Minas; la partie occidentale et beaucoup plus basse, que Ton traverse avant d'arriver au Rio Claro, en se rapprochant de la frontière de la province de Matogrosso, est au contraire fort boisée. C'est surtout dans les fonds, sur le bord des rivières, la pente des morn^, dans les terrains meubles que l'on trouve des bois. Chaque bouquet [capho) (1) a généralement peu d'étendue; mais il existe, entre Meiaponte et Villa Boa, une forêt appelée Maio Grosso (le grand bois), qui a 9 legoas de l'est à l'ouest et dont les limites, du côté du nord et du côté du sud, ne sont pas encore bien connues (2).

(1) Le mot capào , coaune je Tai dit aiUeafc^ , a pour étymologie an mot incbeu qui signifie ile,

(2) Selon Gual, le Mato Grosso s*éteodrait, dans sa plos grande longuear, du Rio das Alniafl juoqa^ao centre dn pays des Coyapds (Corog.,

Les bois que j'ai Iraversés dans la province de Goyaz, sans perdre entièrement leurs feuilles pendant la sécheresse, comme les catingas de M inas Novas (1 ) , ne ressemblent point aui forêts vierges de Rio de Janeiro ni même à celles de Minas Geraes , et n'en ont nullement la majesté ; cependant on peut aussi y admirer de très-beaux arbres. Ceux-ci , il est vrai, sont écartés les uns des autres, mais les intervalles qu'ils laissent entre eux sont remplis par de grands arbrisseaux qui se pressent, confondent leurs branches et sous lesquels on trouve de la fraîcheur et un ombrage délicieux. Ici de petits bambous aux tiges grêles et légères, ailleurs diverses sortes de Palmiers jettent de la variété dans les masses de verdure qui les entourent; souvent de grandes lianes enlacent toutes ces plantes, et sans cesse le voyageur est récréé par des accidents de végétation , des différences de forme et de feuillage auxquels l'Européen n'est point accoutumé (2).

I, 319). Pizarro dit d'une maQière générale Oient, hUt.f K, 215) que cette forêt est extrêmement étendue du cAté du nord , et qu'on ne loi connaît pas de fin du côté du midi. Je crois avoir ouï dire qu'elle se rattache à celles de T Amérique espagnole. Si ces diverses assertions ont quelque chose de vrai , je n'aurais pas dû donner, comme je Tai fiait {Aperçu d'un voyage dans Vintérieur du Brésil , dans les Mémoires du Muséum dhisloire naturelle, vol. IX), 9 lieues au Mato Grosso, dans sa plus grande longueur.

(1) Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro et de Minas Geraes, 11,98.

(2) On voit, d'après tout ce qui précède, qu'on a trompé l'abbé Gazai lorsqu'on lui a assuré que presque toute la surface de Goyaz était couverte de catingas ( Corog,, 1 , 319). Je dois d'autant plus relever cette erreur qu'elle a été répétée par les écrivains qui sont venus après l'eslim/ible auteur de la Corografia Brazilica. Je suis bieo loin de dire qu'il n'y a ni véritables catingas, ni carrasqueinos dans la vaste province de Goyaz ; mais il n'en existe pas dans la partie que j'ai visita.

Lors même que F herbe des campos est entièrement desséchée par l'ardeur du soleil , on trouve toujours, dans les fonds marécageux, la plus belle verdure et souvent quelques fleurs. Là, aussi bien que dans les marais du Sertào de Minas , s'élève majestueusement Télégant bority [Mauritia vimferay Mart.) dont l'imposante immobilité est si bien en harmonie avec le calme du désert (i).

S IV. Climat; salubrité.

L^année partagée en denx saisons. -^ État de Tatmosphère dn 27 mai au 5 septembre. — Les maladies les plus communes.

Comme dans l'intérieur de la province des Mines, l'année se partage à Goyaz en deux saisons parfaitement distinctes; celle des pluies qui commence en septembre, celle de la sécheresse qui commence en avril.

J'ai passé un peu plus de trois mois à parcourir le midi de cette province, depuis le 27 de mai jusqu'au 5 de septembre ; dans tout cet intervalle, il ne tomba pas une seule goutte d'eau; le thermomètre marquait, généralement, à 3 heures du soir, de 20 à 26 degrés R., et, au lever du soleil, il variait de 3 degrés à H degrés et demi. A peu près jusqu'au 22 du mois d'août , le ciel resta sans nuages et du plus bel azur; la sécheresse était extrême, l'herbe des champs était brûlée ; dans le cours de la journée, une chaleur excessive se faisait sentir, mais, sur le soir, une brise délicieuse venait rafraîchir l'atmosphère. Vers le 10 du

(1) J*ai déerit ce beau Palmier dans ma première relation, vol. II,

mois d'août, lorsque j* étais encore près du village de Meîaponte (par i^"* 30'), la brise commença à se faire sentir pendant toute la durée du jour, et Ton m'assura, dans le pays, que le même vent soufflait, chaque année, à peu près depuis la fin de juillet jusqu'à la saison des pluies. Le 23 du mois d'août, tandis que je parcourais les environs du village de Santa Cruz, situé par 4 7** 54', le ciel perdit le brillant éclat que j'avais admiré tant de fois; alors il offrait à peu près ces teintes qu'il a en France au commencement d'une belle matinée d'automne; à la vérité, on ne voyait point de nuages, mais l'atmosphère était chargée de vapeurs qui dérobaient la vue des objets éloignés : si , vers midi , le temps s'éclaircîssait un peu, bientôt se formait un nouveau brouillard, et, depuis quatre heures jusqu'à la fin du jour, le disque du soleil , d'un rouge foncé, pouvait être regardé fixement. Suivant les habitants du pays, ce changement atmosphérique devait être considéré comme le précurseur des pluies ; cependant elles ne commencèrent qu'un mois plus tard, lorsque je n'étais plus dans la province de Goyaz.

Les maladies les plus communes dans la partie méridionale de cette province sont la syphilis , l'hydropisie et l'espèce d'éléphantiasis que les Brésiliens appellent morfea (4). Cependant, malgré les longues et excessives sécheresses dont j'ai parlé et les interminables pluies qui leur succèdent pour faire place à d'autres sécheresses , ce pays ne saurait être considéré comme insalubre, et il le deviendra moins encore lorsque par des travaux on aura assaini les lieux marécageux.

(1) Voyez mon Voyage dans ks provinces de Rio de Janeir; etc., vol. 1,185, et n, 370.

DU RIO »E s. FRANCISCO. 325

§ V. Population.

Difficultés d'avoir des renseignements exacts sur la population de Goyaz. ~ Chiflbrs indignés par divers écrivains ; celui qui a été communiqué à rauteor. — Résultats de ces chiflGres. — Causes qui s'opposèrent , pendant ua certain temps, à un accroissement, de population. — Les choses reprennent leur cours naturel. — Comparaison du chiffre de la population de Goyaz avec celui de la population de Bfinas , d'Espirito Santo, et ensuite de la France. — Moins d'augmentaâon dans le nombre des blancs que dans celui des noirs et des mulâtres libres. —- Du nombre des escUves. — Rapport numérique des deui sexes. — Nombre des Indiens. — Renouvellement de la chasse aux indigènes.

On n'est point d'accord sur la population qui s'est répandue sur le territoire de cette yaste province ^ et Ton sent, en effet, combien un receqsement exact serait difficile à faire dans un pays aussi désert et aussi peu civilisé. Quelques écrivains ont compris les Indiens dans le chiffire qu' ils ont publié ; mais c'est seulement au hasard qu'on a pu indiquer le nombre des indigènes, car une partie d'entre eux n'est point soumise à l'autorité brésilienne.

Suivant Luiz Antonio da Silva e Sousa, la population de la province de Goyax s'élevait, en 4804, è 50,135 individus, dont 7,275 blancs, 11,447 nègtes esclaves et 7,868 négresses également privées de la liberté. Le journal brésilien 0 patriota admet, pour les années 1808 et 1809, 50,365 individus sur lesquels il compte 6,950 blancs et â0,027 esclaves (1). A peine quelques années plus tard,

(1) Poil, Ktiêe, 1374. — L^auteur attemand, à quelques ligues de Tendroit où il cité le chiffre de 50^365, indique 54,560 ; mais il est évin dent que ce dernier nombre est erroné , car ce n'est pas celui, qui résulte

Fizarro, s' appuyant sur des documents officiels, faisait monter la population de Goyaz k 53,422 âmes (1 ). En 1819, lorsque j'étais dans le pays, on la portait à 80,000 individus sur lesquels il y avait, disait-on, environ 8,000 blancs et 27,000 esclaves. Enfln, d'après le projet de constitution proposé le 50 août 1825, le majorSchœffer l'indique comme s' élevant à 150,000 âmes (2).

Si tous ces chiffres étaient également exacts, la population de Goyflte, qui n'aurait augmenté que de 250 individus de 1804 à 1809, se serait accrue à peu près des 4 septièmes de 1809 à 1819, et ensuite de près de moitié, de 1819 à 1825 : de tels accroissements sont évidemment impossibles ; donc on peut soupçonner, d'un côté, que, en 1804 et 1809, la crainte du rétablissement de la capitation aura fait faire aux propriétaires recensés des déclarations inférieures à la vérité ; d'un autre côté, il faut nécessairement croire que le nombre indiqué par Schœffer a été singulièrement grossi, soit par des motifs politiques, soit par une vanité puérile ; enfin il est vraisemblable que, dans l'évaluation qui m'a été communiquée, lors de mon

de Faddilion des sommes partielles dont on le forme : d'ailleurs c*est sur 50,365 et non sur 54,560 que le même écrinin établit la comparaison qu'il fait des chiffres du Palriola avec ceui des états de L. A. da Silva e Sousa pour 1804. U y a encore plus de négligence dans Tindication du nombre de feux emprunté aui deux auteurs ; ainsi il n'est personne qui ne sente que, pour 50,135 individus, il ne pouvait f avoir 21,870 maisons. Les détails des états empruntés par PoU à ).. A. da Silva e Sousa et au Pair iota sont aussi trop peu précis pour que j'aia pu en faire usage.

(1) Mem. hi$L, IX. 182. On voit, par cette ciution exacte, qu'on a induit H. Blartios en erreur, quand on lui a dit que Pizarro faisait monter à 37,250 Ames la population de Goyaz. ^

(2) Bras., 235.

voyage, on a porté beaucoup trop haut le nombre des esclaves, peut^tre pour ne pas tomber dans le défaut des évaluations plus anciennes qui , sans doute, étaient trop faibles.

Un état de population dont je n'ai pas encore parlé et qui semble mériter plus de confiance que tous les autres, parce qu'il est p)us conforme à la nature des choses, est celui qu'a publié, pour l'année i824, M. da Gunha Mattos, ancien gouverneur militaire de la pro\ \nce{governador dos armas); je le traduis ici d'autant plus volontiers qu'il se rapporte à une époque extrêmement rapprochée de celle de mon voyage , et que , de 1819 à 1824 , il est impossible qu'il y ait eu aucun changement notable.

TOTAfiC AUX SOOICBS

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i si iS i

(1) Le texte original , qui porte partout hamen$ et mulheret (hommes, femmes), m'avait fait croire an instant que les enfants n'étaient pas compris dans cet étal de population ; mais j'ai été détrompé par son titre ainsi conçu : Em 0 anno de 1824 exisliào oi Fogos e Aimas que $e $eguem. Il est évident, ce me semble, que le mot Aimas (Ames) comprend tous les individus de notre espèce, quels que soient leur seie et leur âge.

Le nombre total indiqué ici n*offre pas une augmentation de beaucoup plus de i cinquième sur le chiffre de Fanoée 1804; mais Pohl était si loin de croire à un accroissement dans la population de Goyaz, qu'il cite le dernier chiffre comme s'étant encore reproduit en 1819 (1). Il est incontestable qu'il y eut un moment où la population de la province qui nous occupe dut nécessairement subir une diminution sensible, celui où les minières commencèrent à s'épuiser. Une foule de blancs, des Européens surtout, étaient venus dans le pays pour s'y enrichir ; ils se retirèrent aussitôt qu'ils ne purent remplir ce but, et ne furent point remplacés ; d'autres furent surpris par la mort avant d'avoir pu retourner dans leur patrie, mais, conservant toujours l'espérance de la revoir, ils n'avaient point formé d'établissement fixe, ne s'étaient pas mariés et ne laissèrent personne après eux. La diminution fut plus sensible encore parmi les noirs. Vers le milieu du siècle dernier, il y eut à Goyaz jusqu'à 34,500 esclaves employés à l'extraction de l'or (2) ; mais on ne faisait point venir de négresses dans la même proportion , parce que le service des mines ne convient pas aux femmes; les hommes mouraient donc , pour la plupart , sans postérité, et souvent après avoir hâté la fin et leur existence par un libertinage énervant. Lorsque en-

(1) Aeiw, 1,317, S72.

(2) On connaît ce chiffre par le montant de l'impôt appelé capitation ( capUaçào) dont j'ai parlé ailleurs, et qui a été supprimé il y a déjà longtemps (Toyet Hart., Reise, U , 587). Snirant M. da Gunha Mattos, il y annit eu jadis pins de cent mille esclaves employés h l'exploitation des minières ée Ooyaz (/Kn., U, 312) ; nais ce nombre est tellement consid(^able qu'U est difficile de le considérer autrement que comme une sorte de figure destinée à faire ressortir t<mte l'importance des anciens travaux des mineurs goyanais.

suite arriva F époque de la décadence et de la misère, on ne Gt presque plus d'achats» et les états de Luiz Antonio da Silva e Sousa, cités plus haut, montrent que, dans l'espace d'un demi-siècle, le nombre des esclaves du sexe masculin avait diminué des deux tiers.

Cependant il s'était formé une population permanente composée de blancs que diverses circonstances avaient attachés au pays, et d'un nombre bien plus considérable de métis qui n'avaient jamais pu songer à en sortir; les émigrations eurent un terme et les choses prirent à peu près leur cours naturel. Si l'habitude du concubinage, que les premiers colons avaient fait passer dan^ les mœurs, nuU aux progrès de la population, ils sont , d'un autre cdté, favorisés par un climat généralement salubre et par la fécondité des femmes, qui ne peut pas être, à Goyaz, moins grande que dans les Mines. Sur la vaste paroisse de Santa Luzia , on ne comptait annuellement \ à l'époque de mon voyage, que quarante décès sur cent et tant de naissances (1). Toutes les parties de la province de Goyaz ne participent pas, sans doute, aux avantages dont jouissait la paroisse de Santa Luzia, celui d'une incontestable salubrité, celui plus grand encore d'être dirigée par un pasteur vertueux dont les discours et les exemples excitaient les colons au travail et qui faisait tous ses efforts pour les amener à ne contracter que des unions légitimes ; cependant il serait

(1)' Je crois que les chiffres iadiqués ici méritent toute la confiaDce qae Ton peut accorder aux états de popolatiou faits au Brésil , et j>eut- Àtre eo mériteot-ils plus que la plupart d'entre eui; mais je dois ajouter que M. d'Eschwege donne de très-bonnes raisons pour faire penser que, dans ces états, le nombre des décès reste généralement au-dessous de la vérité.

absolument impossible d'admettre que, à l'époque même où S. Lu2ia éprouvait dans sa population un accroissement aussi notable, il y eût diminution dans celle de toutes les autres.

Quoi qu'il en soit, malgré Textrème incertitude où nous sommes relativement au nombre exact des habitants de la province de Goyàz, il est clair que, proportion gardée, cette province est infiniment moins peuplée que les provinces de Minas Geraes et d'Espirito Santo, qui pourtant le sont si peu par rapport à l'Europe (1) ; il est clair encore que, sur une surface qui n'est certainement pas moindre que celle de la France, il n'y avait pas, en 4819, la quatre cent vingtcinquième partie de la population de notre pays,, où bien, si l'on aime mieux, dans une étendue où, terme moyen, il y a, en France, ^5 individus, il y en aurait à peine eu un seul à Goyaz. Je base cette comparaison sur le chiffre certainement très-exagéré de 80,000 qui m'a été communiqué, conune je l'ai dit, dans le cours de mon voyage; que serait-ce si je rétablissais sur celui de 62,51B, indiqué par dà Cunha Mattos!

Les détails de l'état de population publié par cet auteur, quoiqu'ils ne soient point parfaitement complets, pourront cependant nous fournir quelques résultats assez importants.

l** Le nombre des blancs ne formait, en 1824, que le sixième environ de la population totale de la province de Goyaz , tandis que, dans celle des Mines, il y avait, vers la même époque, presque un quart de blancs, différence qui

vl) Voyez, pour la population de Minas Geraes et d'Espirito Santo, ce que j'ai écrit dans le Voyage dans le$ provinces de Rio de Janeiro, etc., vol. 1 , 80, et dans le Voyage dans le district des Diamants, vol. 1 , 183.

s'explique par la facilité de communications de Minas avec la côte et l'éloignement beaucoup moindre de ce dernier pays.

2" La comparaison des chiffres admis parMattos avec ceux des années 1804 et 4809 montrerait que les progrès de la population se sont fait beaucoup moins sentir parmi les blancs que chez les noirs et les mulâtres libres , ce qui tendrait à prouver , comme tout me porte à le croire , que le climat de l'Amérique tropicale convient mieux aux hommes de couleur qu'à la race caucasique.

5"" Le chiffre des esclaves pour 1824, comparé avec celui de 1 809, indiquerait une diminution qui n'irait pas à moins de la moitié ; mais cette diminution n'a rien qui doive surprendre. Il V avait déjà longtemps, à l'époque de mon voyage , qu'on n'amenait plus , comme autrefois , des convois de nègres africains dans la province de Goyax ; il ne pouvait même plus en venir, car il aurait fallu que, après avoir payé ces hommes au comptant, à Bahia ou à Rio de Janeiro, les négociants les revendissent à des termes trèséloignés et s'exposassent à ne jamais rentrer dans leurs fonds. Si , par hasard , il arrivait à Goyaz quelques nègres de la côte d'Afrique, citaient des individus isolés, acb^és par des personnes que leurs affaires avaient attirées à Rio de Janeiro. Il n'y avait plus guère, dans le pays, que des esclaves créoles, noirs ou mulâtres, nés pour la plupart d'unions passagères et illégitimes. Jusqu'alors, les Brésiliens, en général , avaient malheureusement peu songé è marier leurs esclaves, et comment y auraient pensé les Goyanais qui, eux-mêmes , vivaient dans le concubinage 1

Si les chiffres publiés par da Cunha Mattos, pour 1824, nous ont fourni quelques données utiles , ils m'en laissent

défiîrerd'aBtrtteiicore : ainslilsne nous apprennent riensur le r«|^)orl numérique des deux sexes aux itifférenis Ages de la vie. Je sais cependant cpie, à l'époque de mon voyage, le nombre des jeunes gens était infiniment moindre sur la pa-> roisse de Santa Luzia, à Villa Boa et dans tous les villages du midi de la province, que celui des jeunes filles, ce que confirme, au reste, le tableau spécial que PohI a donné pour Tannée 4842 de la population de Santa Luzia (Reise^ 1,880).

La province de Goyâz était une de celles où, à l'époque de mon voyage, il y avait encore le plus dlndiens ; la population portugaise qui s'était jetée sur cette province n'avait jamais été assez forte pour les faire disparaître tous. A grands flnais, on en avait réuni un certain nombre dans de^s aldeas; les autres vivaient entièrement sauvages dans les bois et tes lieux les plus déserts. D'après les lois portugaises, tous devaient être libres comme les blancs eux-mêmes ; mais, depuis peu d'iinnées, un décret barbare, rendu sous le mî«* nistère du comte de Linhares, avait hit renouveler à Goyaz les anciennes chasses aux Indiens. Ce décret permettait de réduire en esclavage, pour dix ans, ceux de ces infortuné» qni seraient pris les armes à la main. On prétendit alors que tous ceux qu'on saisissait étaient armés, et réellement ces homm^ le sont prévue toujours» parce que leurs armes seules assurent leur subsistance. De ce qu'on pouvait les rendre esclaves, on avait conclu que Ton pouvait les vendre, et il a' était établi un conmierce d'Indiens entre la province deGoyaz et celle du Para. Fbricàndo Delgado Freirb BE Castilho, qui gouvernait Goyaz à l'époque de mon voyage, s'était entendu avec le gouverneur du Para, afin d'arrêter, autant qu'il était popsible, ce commerce égale-

ment odieux et illégal. l\ avait aussi écrit au ministère pour rengager à rapporter le décret du comte de Linhares; mais le gouvernement central s'inquiétait peu des Indiens de (^yaz et n'avait fait aucune réponse (1).

§ VI. Administration générale.

La proyince de Goyaz divisée en deux comareas.-— Capitaines géoéraai; kar aatorité. ~ Le goaYeroement central étranger à ce qoi se passait dans les prorinces. Un exemple de son ignorance.

Pendant longtemps, la province de Goyaz n'eut tout entière qu'un ouvidar^ et, par conséquent, ne'forma qu'une comarca qui comprenait plusieurs justices (jtdgados) (2).

(1) Je n'ai pas cm devoir citer dans ce paragraphe les chiffres beaucoup trop vagues indiqués par Antonio Rodriguez Veloso de Oliveira, dans les Annae$ Fluminemeê, pour la population de Goyai, et , par une raison semblable , je n*ai fait non plus aucune mention de ceux qui ont été admis par notre savant marin, M. de Freycinel (Voycige de VVranie), Dans un livre imprimé en 1845 (Sketchei of résidence in Braxilfl, 350), M. Kidder porte h 97,592 individus la population de Goyai. Si ce chiflEre était exact pour 1845, et que celui que j'ai indiqué pour 1S19 le filkt également , il en résulterait qu*il y a eu, pendant un quart de siècle, une augmentation de près d'un quart dans la population de cette province ; mais M. Kidder ne dit pas k quelle année se rapporte son indication ; il ^oute même, et sans doute avec beaucoup de raison, que les rapports ministériels et provinciaux n'ont d'autres fondements que des conjectures et les états vagues de certaines paroisses. '

(2) Avant la révolution qui a changé le gouvernement du Brésil, cet empire était partagé en provinces de premier rang ou capitaineries {ca^ pilania$)ei en provinces de second ordre ( provincioi). Les premières se divisaient, pour la plupart, en comarcas, où résidait un ouvidor, magistrat qui était à la fois juge et administrateur. Les lermoê étaient les divisions des comarcas. Les j%ilgado$ représentaient ces divisions dans

On sentit enfin qu'un homme seul était incapable de maintenir le bon ordre dans un pays aussi ?aste, de rendre à tous les habitants la justice en seconde instance, et de surveiller les juges ordinaires qui, choisis parmi les colons eux-mêmes et participant à leurs vices, étaient souvent les premiers à violer les lois. Le gouvernement rendit donc , en 1809, un décret par lequel la province fut divisée en deux comarcas : celle du sud (eomarca dosul)^ qui comprend (4849) les six jusiices de Villa Boa^ Crixây Pilar^ MeiaporUe, Santa Luzia et Santa Cruz ; celle du nord (comarca do norte) , formée des huit justices de Porto Real, Nalividade, Concetçao, ArraxaSy S. Felis, Cavalcante, Flores et Trahiras (4). Le chef-lieu de la première est Villa Boa, capitale de toute la province : celui de la seconde était originairement 5. Joào das Auas Barras, situé au confluent de l'Araguaya et du Tocantins; mais, comme les barques arrivaient difficilement jusqu'à cet endroit, il fut décrété , en 4844, qu'une ville nouvelle serait fondée au lieu appelé 5. Joào da Palma, et qu'elle deviendrait la résidence de Youvidor de la comarca.

La principale autorité de la province ou, pour parler d'une manière plus eiacte, la capitainerie de Goyaz était, comme à Minas, à S. Paul et ailleurs-, le gouverneur ou capitaine général (capitao gênerai).

Sous le système colonial , les capitaines généraux jouisles pays les moins peuplés et n'avaient jamais, ponr magistrats, que des juges ordinaires (juizes ordinarios), élus par le peuple, tandis qu'il pouTait y avoir à la tète d'un lermo ou un juiz de fora, nommé et payé par le roi , on deui Juixef ordinarios (voyez Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro, etc., I, 359 et suiv.; H, 408).

(1) En 1832, les choses n'avaient pas encore changé ; plus tard , la province de Goyaz a été divisée en 4 conwrcas.

saient de T autorité la plus absolue ; mais, lorsque Jean VI eut fixé sa cour à Rio de Janeiro, leur despotisme connut enfin des bornes L'opprimé pouvait aller se jeter aux pieds de son souverain, et les gouverneurs n'auraient plus osé entreprendre rien de très-important sans en référer aux ministres. Mais il arrivait trop souvent, ou qu'on ne leur répondait pas, soit par ignorance, soit par une nonchalance coupable, ou qu'on leur donnait des ordres qui n'étaient point en harmonie avec les besoins du pays et ses ressources.

Un des plus grands malheurs qu'éprouvèrent les Brésiliens, après l'arrivée de leur roi au milieu d'eux, fut d'être gouvernés par des hommes qui ne connaissaient nullement l'Amérique. Parmi les ministres qu'eut Jean YI, à Rio de Janeiro, il se trouva des hommes éclairés, mais c'était en Portugal qu'ils s'étaient formés aux afiaires ; ils n'avaient vu du Brésil que la capitale, et ils voulurent appliquer des idées qui ne convenaient qu'à l'Europe à un pays qui diffère entièrement de l'Europe. Ils se trompèrent égalanent sur les personnes et sur les choses : ils crurent le pays riche et il est pauvre ; ils crurent ses habitants stupides, et ils sont intelligents et susceptibles de tout apprendre.

Pendant mon séjour à Villa Boa, le capitaine général de Goyaz me cita un exemple très-récent de Tignorance des ministres. Les offices publics, tels que ceux de greffiers des ouvidores, de tabellions, etc., se mettaient, à Goyaz comme à Minas (1), tous les trois ans, à l'enchère, et, en cas de voyage ou de maladie, les titulaires étaient remplacés par des adjudants (adjudarUes) qui, pendant longtemps, n'eu-

(1) Voyage dans les provinces de Rio de Janeirc, etc., 1 , 303.

rent besoin que de la confirmation du capitaine général pour exercer leur emploi. Tout nouvellement, le ministère avait prétendu changer cet état de choses, et il avait fait rendre un décret portant qu'à l'avenir le choix des adjudants serait directement confirmé par le roi. Ce décret avait, sans doute, pour but de centraliser davantage le pouvoir et de diminuer F autorité des capitaines généraux; mais on n'avait nullement songé à la distance qu'il y a de la capitale à Goyaz ou à Matogrosso. Il est évident que la confirmation royale sera souvent arrivée dans ces provinces, longtemps après que l'office pour lequel on l'avait demandée sera retourné à son titulaire» et que, dans l'intervalle, une foule de gens auront pu mourir, privées des moyens de faire leur testament.

S VIL Finances.

CommeDt est composée radmioistration des finances. — Des diverses sortes d'impôts. — Chiffres qni montrent avec quelle rapidité la province de Goyaz a perdo sa première splendeur.— Recettes et dépenses également arriérées. — Goyaz obligé d'abandonner h Matogrosso une partie de ses revenus. — Différence entre la comparaison des produits du quint pendant plusieurs années et celle des revenus des droits d'entrée. Les droits d'entrée indiquent à peu près la valeur des importations ; le quint n'indique point le yéritable résultat du produit des minières. HAtels pour la fonte de l'or. Contrebande. Erreur dans laquelle était tombé le gouverneur Fernando Delgado.

Les finances de la province de Goyaz sont (1819), comme celles de Minas, de S. Paul, etc., administrées par une junte du trésor royal (junta dafazendareal) dont la com-

position a été souvent modiGée (1) et dont le gouverneur est le président. On ne compte pas moins de onze à douxe employés chargés, sous son inspection, de mettre les écritures en règle; et cependant, à Tépoque de mon voyage, la tenue des livres était fort arriérée.

Je vais indiquer les divers impôts que les habitants avaient à payer en 4819 (2). C'étaient

l"" Un droit sur les marchandises qui entrent dans la province (entradas) ;

^ La dtme des productions du sol {dizxmos)^ qui , par un arrangement conclu jadis entre le clergé et le gouvernement, avait passé entre les mains de ce dernier (3);

S"" Le passage des rivières affermé par F administration (passagens dos rios) ;

4° La ferme des oflBces [arremataçao dos officias) ;

5** Un droit sur là vente de la viande fraîche (cameê ver des);

6° Droits de vente sur les immeubles [decimaSy sellas e sizas) ;

T" Le quint [quinta) , c'est-à-dire le cinquième que l'on prélève sur Tor en poudre avant de le mettre en lingot (4);

8** Un droit destiné au payement des instituteurs [callectas) ;

(1) Il oe faut pas s'étonner, par conséquent , que Cazal porte le nombre des membres de cette junte k cinq , et que Pohl en compte »%>— M. da Cunha Mattos dit que, la junto da faxenda ayant été supprimée, on créa, de 1826 k 1836, un inspecteur de la trésorerie {inspector da Ih^souraria) (/(tn., U, 339).

(2) Pohl, Reise, I.

(3) Voyez mon Voyage dam les provinces de Rio de Janeiro ^ etc., I, 169; n, 256.

(4) Voyage dam let provineei de Rio de Janeiro, etc., I, 388.

9^ Un droit qois sur les boutiques au profit de la banque de Rio de Janeiro.

Quelques chifires empruntés au docteur PohI (1) montreront avec quelle promptitude ce pays, si riche pendant quelques aunées , a perdu sa splendeur première, à mesure que For est devenu moins commun ou plus difficile à extraire. Avant 1738, les entrées produisaient, tous les trojs ans , 8 arrobes d'or ; de 1 763 à 1 765 , elles rendirent 40,400,000 reis (282,500 f.) ; de 1765 à 1 774, 96,760,762 reîs (604,754 f. 70 c); de 1774 à 1782, 26,529,000 reis (165,806 f. 25 c); de 1782 à 1788, 22,624,000 reis (144,400 f.) ; enfin, dans ces derniers temps, elles n'ont plus produit que 14,000,000 de^reis (87,300 f.).

Je tiens du greffier de la junte du trésor royal (escrivâo dajunta da fazenda rea/) que les dépenses de la province s'^evàient, annuellement, à plus de 50 ctmtos de reis (312,500 f.) Ce magistrat convenait que le trésor était fort endetté, et il ajoutait qu'un grand nombre de créances ne seraient jamais payées. U disait aussi que la recette n'était pas moins arriérée que la^ dépense, ce qui prouve combien il y avait peu d'argent dans le pays; et cependant cette province, si pauvre, était obligée d'abandonner une partie de ses revenus à celle de Matogrosso, qui la limite, et était encore plus pauvre qu'elle (2).

Conuneonradéjàvu(p. 315), la comparaison desproduits

l2) Ce foi en 1756 qae Ton cpaameoça k obliger la provioce de Goyaz de payer k celle de Matogrosso une subvention, qui fût d*abord de 512 mar^ d'or pris sur Timpôt du quint. En 1779, on réduisit cette subvention à 300 marcs ; pois , en 1781 ^ on y ajouta 20 contos de reis* En 1786, Taugmentation fut supprimée , et on en reyintaiix 300 marcs;

du quint, de 1 740 à i 820, nous fournît, aussi bien que celle des revenus des droits d'entrée pendant le même temps, une preuve frappante de la rapidité avec laquelle la province de Goyaz est tombée en décadence. Mais ici se présente une différence sensible. Le chiffre du produit des entrées indique réellement la quantité de marchandises que le pays a reçue à telle ou telle époque, parce que ces marchandises, qui , ayant un volume plus ou moins considérable, ne peuvent arriver qu'à dos de mulets et par caravanes, ne supporteraient pas les frais qu'il faudrait faire pour les introduire en contrebande ; mais, comme on va le voir, it n'en est pas de même de la poudre d*or.

Lorsque sous le gouvernement de D. Marcos de Noronnha, comte dos Ârcos, la capitation fut abolie et remplacée par le quint, on fonda, en 1750 (i), deux hôtels pour la fonte de Tor [casas de fundiçao), l'un, dit du sud [do sul),k Villa Boa, l'autre, du nord [do norte), à 8. Felis. Ce dernier, après avoir été d'abord transporté à Cavalcante, fut supprimé en 4807, à cause des dépenses qu'il nécessitait, et, depuis cette époque, il n'y en eut plus qu'un, celui de Villa Boa (2). Comme la province de Goyaz est immense et ne saurait être gardée que sur un très-petit nombre de points, il est évidemment très-facile d'y faire la contrebande de For en poudre, et il n'y a qu'un scrupule de conscience qui puisse

mais, comme le quint avait fini par ne plus produire cette quantité d*or» on prit le parti , après Tarrivée du roi au Brésil , d*appliquer aux dépenses de Matogrosso le montant des droits perçus, k Goyai, sur les biens immeubles (décimas, sellos e sixcts) (Pis., Jfem. hi$t., IX, 136).

(1) Pir., Mem. hist,, IX, 226.

(2) J*ai donné ailleurs de très-longs détails sur la manière dont oo fond Tor dans les casas de fundiçao (voyez mon Voyage datis les provinces de Rio de Janeiro, etc., I).

encore engager quelques personnes à se soumettre à r impôt. Depuis la suppression de l'établissement qu'il avait formé pour la fonte à S. Felis, le gouyemçment a été presque entièrement frustré du quint de Tor fourni par les minières de la Comarca do Norte. Les mineurs de cette comarca sont, en effet» excités à faire la contrebande, non^seulement par les bénéfices qu'elle leur procure, mais encore par la crainte des frais et des lenteurs qu'entraînerait le long Toyage de chez eux à Villa Boa.

En 1818 ou 1819, le fisc reçut de la Comarca do Norte de l'argent monnayé, et non de l'or en poudre, en payement de ladtme et des autres impôts : le gouverneur Fernando Delgado en conclut que cette province feisait un commerce considérable avec le Para, province limitrophe et maritime où, jusqu'alors, les Goyanais avaient pénétré difBcilement ; mais des personnes bien instruites assuraient que cet argent était tout simplement le résultat des échanges frauduleux que les habitants du nord faisaient de leur or en poudre avec les négociants de Bahia (1).

(1) Je ne sais en quel état sont aujoard'fmi les finances de Goyaz; mais, pendant les premières années qui soîTirent celle où je Toyageais dans ce pays, elles se détériorèrent encore. En 1823, les revenus ne s'élevèrent qa'à 21,000,500 reis, tandis que les dépenses montèrent à 53,060,325. Pour couvrir le déficit , on imagina de frapper une quantité énorme de monnaie de cuivre , k laqueUe on donna une valeur imaginaire fort exagérée. « L*honmie le plus ignorant, dit da Cunha Mattos, aurait compris qu'il était d'une mauvaise administration de répandra toute cette monnaie ; mais on n'avait pas d'autre moyen de faire face aui dépenses ( llin,, II , 317) » C'est une bien triste nécessité que celle de recourir à un remède qui , en définitive, augmente encore le mal. Le gouvernement de Goyaz a toujours sacrifié l'avenir au prmnt ; mais, en agissant ainsi , ou finit par n'avoir plus rieo h sacrifier.

:m VOYAGE AUX SOURCES

§ VIII. Résultats de la dîme.

Les produits du quint et les revenus de la dtme ont diminué dans ta même proportion. — La dîme , impôt très-onéreux. — On la perçoit en valeurs métalliques. — Les décimateurs minent les colons. — Ceux-ci, expropriés, fuient dans les déserta et perdent jusqu'aux éléments de la civilisation. — Ce que fait le fisc dans les cantons où personne ne veut affermer la dtme.— La culture restreinte par cet impdt.

Si Ton ne savait quelle est la position géographique de Goyaz et combien les transports sont difGciles dans Tintérieur de l'Amérique, on pourrait s'imaginer que les Goyanais, ne tirant plus rien de leurs minières, ont dirigé tou8 leurs efforts vers Tagriculture, et que les revenus de la din\e ont augmenté à mesure que ceux du quint allaient en diminuant. Mais il n'en a pas été ainsi ; les produits de l'un et de l'autre impôt se sont amoindris à peu près dans la même proportion. La dime, qui a fait tant de mal à la province de Minas (4), a été bien plus funeste encore à celle de Goyaz. Dans un pays où les produits de la terre trouvent un débit facile, le dixième du revenu serait un impôt léger ; mais cette province n'a, pour ainsi dire, aucun commerce, ses exportations sont insignifiantes, et en beaucoup d'endroits il serait impossible de rien vendre.

Si le gouvernement percevait les dimes en nature, cet impôt n'aurait aucun inconvénient; mais, comme il ne pourrait rien faire du maïs ou du manioc qu'on lui livrerait, il exige des valeurs métalliques; et comment en fourni ) Voyez mou V(tyage dans t les provinces de Rio de Janeiro, etc., 1,201; H, 149.

Diraient des hommes qui ne peuvent se défaire de leurs denrées?

La dîme, levée en argent, serait déjà, pour la plupart des Goyanais, une charge exorbitante; elle devient tout à fait ruineuse par le mode de perception qui , comme on va le voir, permet à celui qui reçoit V impôt de l'élever à peu près à sa guise.

Comme dans les Mines, la dîme s'afferme ici tous les trois ans. Le décimateur (dizimeiro), au commencement de ces trois années, se présente (1819), avec un expert, chez le colon ; il estime le revenu de la terre beaucoup au-dessus de sa valeur véritable, et il exige du cultivateur qu'il signe l'engagement de payer, pendant trois ans, le dixième de la somme évaluée. A la vérité, la loi donne au propriétaire le droit de choisir un homme qui fasse l'évaluation des produits du sol conjointement avec celui qui a la con6ance du décimateur ; mais celui-ci est presque toujours un homme riche, soutenu par de nombreux amis ; il se présente chez le cultivateur qui vit dans l'isolement et la pauvreté, loin de la ville ou des villages, qui n'a aucune connaissance des affaires, aucun protecteur, aucun appui. La seule vue du décimateur répand l'épouvante dans la famille, et, dans la crainte de plus grands maux , on se soumet à toutes ses exigences; on gagne ainsi un peu de temps. Cependant la triste époque des payements arrive ; le propriétaire, n'ayant rien vendu, ne saurait satisfaire son créancier; on saisit le peu qu'il possède, et il quitte sa maison, qui bientôt tombe en ruines (i).

(1) José de Almeida de Vasconceilos de Soveral e Carvalho, qui prit le gouvernemcDt de Goyaz en 1772, sYtait dt'jâ vu forci^, dit Pizarro, de n'priraer les violences inouïes des dizimeiros , qui uc tendaient à rien

Les habitants de cette contrée n'ont même pas la ressource qui s'offre toujours aux Mineiros mécontents de leur sort, c^lle de changer de place, avec l'espoir d'un avenir meilleur. Ces derniers, moins pauvres, sont en état de supporter les frais d'un déplacement , et, en allant plus loin , ils trouvent des terres neuves dont ils peuvent vendre les produits. Ceux qui se sont retirés à Minas Novas s'enrichissent par la culture du coton. Les colons d'Araxà et de Desemboque (v. plus haut, p. 245) vendent leurs bestiaux à des marchands qui viennent les chercher jusque chez eux; enfin les planteurs de Pomba transportent facilement leurs denrées jusqu'à Rio de Janeiro. Il n'en est pas de même des cultivateurs goyanais; en revenant sur leurs pas, ils trouveraient les meilleurs points déjà occupés; en allant plus loin , Hs empireraient leur sort, puisqu'ils auraient encore plus de peine à placer leurs denrées. Ne communia quant point les uns avec les- autres, éloignés des chefs-lieux de paroisse où ils pourraient s'entretenir encore dans quelques idées de morale et de religion, s' abandonnant de plus en plus à cette apathie à laquelle les invite la chaleur du climat, vivant de leur chasse, d'un peu de laitage, à peine vêtus, se livrant à l'inceste faute de trouver d'autres fenunes que celles qui les entourent, les malheureux campagnards goyanais finiront par apprendre à se passer même de ce strict nécessaire dont la recherche rattache encore les hommes à la vie civilisée, et, si l'état de choses actuel ne

moins qu'à ruiner la province. Dans un mémoire soumis k la sécrétairerie d'État, le dcsembargador Antonio Luiz de Souza Leal montra, ajoute le même auteur, que la décadence de Goyaz était due aux excès et à la cupidité des décimateurs et des autres fermiers de rimpôt qui, dans c^ pays comme dans les autres provinces , s'enrichissent rapidement aux dépens du peuple et excitent les plus justes plaintes.

s'améliore pas (1819), cette population, issuedes Portugais, tombera nécessairement dans une barbarie à peu près semblable à celle des Indiens eux-mêmes.

Il y a , en beaucoup d'endroits, si peu d'argent à espérer des colons que personne ne se présente pour affermer la dune et les autres impôts. Dans ce cas, la junte du trésor royal (junta da fazenda real ) les fait recouvrer par des administrateurs qui font ce service sans aucune rétribution. Ainsi il ne serait pas absolument impossible qu'après avoir accablé le cultivateur de vexations, après avoir détruit plus d'habitations que n'eût feit une armée ennemie, le fisc fût entièrement obligé de renoncer à prélever l'impôt.

Outre les maux dont j'ai tout à l'heure esquissé le tableau , la nécessité de payer la dime en valeurs métalliques entraîne encpre avec elle un inconvénient excessivement grave, celui de restreindre la culture, que l'on devrait encourager comme le seul moyen de sauver ce pays. Le colon est certain qu'on exigera la dime de toutes ses récoltes; mais il s'en faut qu'il le soit également de vendre tout ce qu'il peut recueillir : il se. borne donc à cultiver autant qu'il est strictement nécessaire pour sa famille et un débit bien assuré. Il résulte de là que, si, par hasard, un étranger se présente dans le pays, il a souvent de la peine à se procurer, même à des prix élevés, les denrées les plus nécessaires à la vie, et que, dan$ une mauvaise année comme celle où je voyageais, l'agriculteur, qui n'a songé qu'à ses besoins ordinaires et ne possède point d'argent, ^t réduit à endurer la faim ; et cela se passe dans une contrée où partout il y a des terres excellentes et sans maître^ qui nourrirait sans peine 20 millions d'habitants et n'en contient que GO à 80,000!

§ IX. Clergé; instruction ptAliqtie,

Le bien que pourrait faire le clergé goyaoais.— Bon eiemple donné par Joâo Teixeira Alvarez, curé de Santa Luzia.— Les ecclésiastiques goyanais , seuls hommes de la province qui possèdent quelques connaissances, d'ailleurs en dehors de toutes les règles. >- Histoire de TÉgUse de Goyai. — Ëcoles.

En rappelant les colons autour des villages, en les instruisant de leurs devoirs, en ranimant dans leurs âmes des sentiments religieux qui ne sont qu* assoupis, en les engageant à contracter des unions légitimes et à fuir Toisireté, en leur enseignant des procédés de culture moins barbares que ceux qu'ils suivent, en leur montrant que certaines denrées peuvent être exportées de leur pays avecquelque avantage, le clergé goyanais parviendrait à afibiblir la fâcheuse influence d'une administration ignorante et dévastatrice. Telle était la conduite que tenait , lors de mon voyage, le pasteur respectable (1) tfune des paroisses, beaucoup trop étendues, dont se compose la province de Goyaz ; mais, malheureusement, son exemple n'était suivi peutêtre par aucun de ses confrères.

« Je vais signaler, ai-je dit ailleurs , des abus dont le « chrétien aura à gémir; mais il est une idée élevée qui « doit lui servir de consolation. Comment ne serait-jl pas a soutenu par un pouvoir supérieur le vaisseau qui , na- <( viguant sur une mer orageuse, sous la conduite de pi-

(1) M. Joio Teixeira Alvarez, curé de Santa Luzia, dont je parlerai plus tard.

« lotes négligents ou malhabiles, résiste pourtant aux « plus affreuses tempêtes? Les torts des ministres de la « rdigion n'appartiennent point à elle, et il est utile de <c foire connaître ce qui est, parce que la publicité oblige a le coupable à rougir, et qu'elle excite l'homme de bien (K à chercher un remède aux abus. »

Les ecclésiastiques sont, il est vrai, les seuls hommes de cette province qui possèdent quelques connaissances ; d'ailleurs on peut dire qu'ils vivent en dehors de toutes les règles, négligeant l'instruction des fidèles, s' abandonnant à l'oisiveté ou faisant le commerce, pratiquant la simonie, donnant l'exemple du concubinage; enfin ne connaissant guère d'autre devoir que celui de dire uue messe basse tous les dimanches et de confesser les fidèles au temps de PAques, moyennant la rétribution de 300 reis (1 fr. 87 c.) qu'on leur accorde ici comme à Minas (1).

Les prêtres qui , les premiers, vinrent à Goyaz n'avaient sous les yeux que des vices; il était difficile qu'ils ne cédassent pas au torrent du mauvais exemple, éloignés qu'ils étaient de leurs supérieurs et n'ayant sur la terre personne pour les guider et les reprendre. La discipline, déjà si négligée dam tout le reste du Brésil , le fut entièrement à Goyaz, et le clergé finit, en quelque sorte, par oublier qu'il appartenait à la communion chrétienne.

Pendant de longues années, le territoire de la province de Goyaz dépendit des évêchés de Rio de Janeiro et du Paré, c'est-à-dire que les évêques n'auraient pu arriver dans ce pays qu'après plusieurs mois d'un voyage extrê-

(i) Voyez le chapitre YUl , intitulé De la religion et du clergé, dans mon Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro, etc., vol. I.

mement pénible à travers les déserts, on, pour parler d'une manière pljos eiacte, Goyaz était sans év^ue. En 1746, la partie du pays qui dépendait de Tévèché de Rio de Jandro, et, plus tard, la province tout entière, fut érigée en prélature ; mais le premier prélat ne fut nommé qu'en 1 782 (1). Depuis cette époque jusqu'en 1822 , Goyaz n'avait encore vu aucun de ses prélats ; tous, par la fatalité la plus étrange, étaient morts ou avant de partir pour leur résidence ou pendant le voyage, et le dernier nonuné languissait, malade, à Rio de Janeiro (2). A l'époque où la province de Goyaz était encore dans un

(1) Les prélats de Goyaz ne devaient porter qne la soutane noire : il leur était interdit de conférer le sacrement de Tordre; mais , d'ailleurs, ils pouvaient eiercer tontes les autres fonctions épiscopales. On peut voir le teite même de la bulle de création dans les Memori€u hUtoricas de Pizarro, vol. IX , 243.

(2) Voici comment s'exprime, sur le clergé de Goyu, monsegnor Pizarro, qui était revêtu des dignités ecclésiastiques les plus importantes et qui se montre toujours catholique aussi zélé que sincère : « Comme « le territoire qui forme aujourd'hui la prélature de Goyaz était jadis « réparti entre Tévéché de Rio de Janeiro , dont le chef^lieo en est éloi- « gné de 313 legoas, et celui du Para distant de 280, il est aisé de croire « que le clergé de cette prélature observait peu la discipline, qu'il n'étu- « diait point la morale , et que , vivant dans un pays où n'étaient jamais « venus se3 premiers pasteurs et où, par conséquent, il jouissait d'une « liberté entière, il était loin d'avoir conservé des meeurs irréprochables. « Les prêtres de Goyaz sont ignorants , le peuple Test bien davantage a encore ; et de là vient que tontes sortes d'abus se sont introduits dans a ce pays, qu'on y est imbu d'absurdes préjugés, que l^on s'y livre au a sacrilège et à la superstition , enfin que le^ lois de l'Église et celles de a rÉtat y sont violées sans aucune retenue ( Mem, hi$L, IX , 258 ). » — J'ajouterai ici , pour compléter l'histoire de l'Église de Goyaz , qu'une bulle de Léon XU , approuvée par l'assemblée législative du Brésil , le 3 de novembre 1827, a élevé la prélature de Goyaz au rang des évèchi'S (Abreu e Lima, SynnpsiSy ai5\

DU RIO DE S. FRANCISCO. 3f9

état prospère, on n'avait pas négligé l'instruction de la jeunesse : on avait créé à Villa Boa une chaire de philosophie et de morale , une de rhétorique , une troisième de grammaire latine; enfin on y avait placé un maître d'enseignement primaire. Vers le commencement de ce siècle, le comte de Palma , gouverneur de la province, eut l'idée de faire des économies ; il comprit dans sa réforme plusieurs des professeurs, et, à l'époque de mon voyage, il n'y avait plus, pour toute la province, qu'un professeur de grammaire à Meiaponte, un autre h Villa Boa, et un maître d'école dans chacun des principaux villages (1).

§ X. Forces militaires.

Garde oationale. Compagnie de dragons. Pedesêreê. — Solde ded dragons. A quoi on les emploie. Confiance méritée qne Ton a en eux. — A qnoi on emploie les pédestres. Leur solde.

A Goyaz comme dans les autres provinces du Brésil , la garde nationale ou milice (miliciù) a été régulièrement organisée (2) ; d'ailleurs une seule compagnie de dragons de

(1) POHL, Beise, 1 , 357.— M. Kidder, qui était au Brésil en 183», dit» d'après les rapports des présidents de la province de Goyax ( Sketckes , II , 329), que le nombre des écoles primaires s*élève, dans cette province, k 60 pour ks gardons , 2 pour les filles, et qu'U y eiiste 5 à 6 écoles d'un ordre plus élevé. — ^Au moment de livrer ce chapitre à Timpression, je lis , dans le rapport du ministre de Tintérieur de Fempire du Brésil à rassemblée législative de 1840, qu'alors les écoles primaires de la province de Goyax étaient fréquentées par 1,137 garçons et 129 filles, et que les trois professeurs de latin établis dans la province avaient ensemble 67 élèves. (Voyei le chapitre.de ce livre intitulé, La cité de Goyax.)

(2) On trouvera , sur la milice , des détails fort étendus dans mon

70 hommes , non compris les ofDciers, et une de pédestres de 80 hommes, composent toute la force militaire de cetti^ vaste province (i8i9).

C'est l'administration qui fournit aux dragons leurs chevaux et leur équipement : elle les oblige de pourvoir à leur nourriture ; mais elle leur accorde une solde de 6 vùUens d'or par jour (1 fr. 40 c), leur donne de la farine et nourrit leurs chevaux. Pour qu'ils puissent entretenir et renouveler leurs uniformes, on retient, chaque jour, 2 t>wtens (46 centimes) sur leur solde, et tous les deux ans od leur remet le montant des retenues accumulées.

Une partie de ces hommes reste à Villa Boa, la capitale; les autres sont détachés dans les différents postes disséminés sur la frontière de la province. C'est aux soldats du régiment de dragons qu'il appartient de maintenir le bon ordre, d'empêcher la contrebande, de faire payer les droits d'entrée; enfin ce sont eux qui transportent à la capitale les sommes reçues , pour les impositions , dans les diverses parties de la province.

Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro, etc., 1, 375; II, 122, 145. — D'après ce qui a été ait au docteur Pohl, la milice de Goyaz s'élevait, en 1818, à 10,360 hommes, y compris 2,160 ordenanças, milice inférieure composée de mulâtres, et 900 henriques , autre milice composée de nègres libres. U est éTideut que ce chiffre , comme le remarque le même écrivain , n'est point en harmonie avec celm qu'il a adopté pour la population générale ; il le serait dayaûtage avec celui que j'ai admis comme approiimatif (voyez le chapitre précédent). — J'ajouterai que , par une loi du 18 août 1831, le nouveau gouTefoenmii a détruit les milicias et les ordenanças , pour las réorgaaiser aous la nom de guarda nacional ; mais cette loi, dît M. le général José Inacio Abreu e Lima , a été tellement altérée par une inOuité de décrets émanés tant de Fautorité centrale que des administrations proviociales , qu'on ferait un gros volume des modifications qu'elle a subies {Sffnopsis da hisloria do Brazil , 356, imprimé en 1845).

Un dragon chargé de valeurs très-considérables traverse, souvent seul , une grande étendue de pays , et il est sans exemple qu'aucun ait jamais été attaqué par des voleurs ou ait abusé de la confiance qu'on avait mise en lui. Ces soldats , presque tous blancs, appartiennent, en général, à des famiUes qui possèdent quelque chose ; quoique aussi inférieurs à ceux du régiment de Minas (1) que Goyaz Test à cette dernière province, ils sont beaucoup plus considérés que nos soldats européens ou ceux de Rio de Janeiro, et ils méritent efiMivement de Tètre davantage. Et cependant la solde de ces hommes si recommandables et si utiles était, lors de mon voyage , arriérée de plusieurs années , tandis que des employés oisifs s'enrichissaient aux dépens et du trésor royal et des infortunés cultivateurs I

Quant aux pédestres [piétons) qui complètent la force militaire de Goyaz, ce sont des hommes de couleur marchant à pied et formant une troupe d'un ordre inférieur. On les répartit avec les dragons dans les différents postes; ils veillent, avec eux, au maintien de la tranquillité publique et sont chargés de porter les ordres de l'administration. Us reçoivent pour solde 3 i>intens d'or par jour (6d centimes), et, de plus, on leur donne de la farine; mais ils sont tenus de pourvoir à leur entretien et à leur nourriture (2).

(1) Voyez moD Voyage dam les profoinceê de Rio de Janeiro , etc., 1,380. .

(2) Depuis la révolution qui a assuré rindépendancQ do IBrésil , TorgaoisatioQ des forces niilitaires de Goyaz a subi diverses modification^. En 1825 , la troupe de li^pM se composait d'une compagnie de cavalerie de 83 hommes et d'une d'infanterie de 80. Ces troupes et la milice étaient sous les ordres d'un gouverneur militaire {governador dos arm<i$) qui avait deux aides de camp; l'employé qu'on appelait secrétaire militaire { tecreiario mililar ) était , h ce qu'il parait, chargé de la partie admi-

§ XI. Extraction de Tor.

Modes d'extraction autrefois en usage h Ooyaz. — Mode actuel. Journée du mineur. — On ne doit pas renoncer à exploiter les minières. — Il faudrait les concéder à des compagnies. — Obstacles qui s'opposeraient à la formation de celles-ci. — Moyens d'en triompher.

Après avoir parlé des principales branches de Tadministration dans la province de Goyaz , je dirai quelque chose des ressources qui lui restent encore, l'extraction de Tor et la culture des terres.

Il parait que, même à T époque où le sol prodiguait aux mineurs goyanais, peu soucieux de Tavenir, des richesses presque fabuleuses, ils n'exploitèrent presque aucune mine à ciel ouvert (talho aberto), et encore moins par galeries (mineraçao de mina). Ils ne connaissaient guère que l'exploitation du lit des rivières ou de leurs bords (lavrcu de veyo de rio), et celle des terrains en pente qui s'étendent du pied des montagnes vers les cours d'eau (lavras de gupiara) (i) ; mais, si leurs modes d'extraction étaient peu variés, du moins pouvaient-ils, employant des troupes considérables de nègres , combiner les travaux de ces hommes

nistrative. De 1826 h 1836, ces diverses places furent supprimées ; on ne coiiserva pas même celle de chirurgien militaire, et les forces de la province furent réduites k presque rien (d4 Cunrà Mattos, /Wn., U, 817, 339). 163 hoomies ne pouvaient ni défendre la province, ni même y maintenir la police : en les licenciant, on aura retranché une dépense k peu près inutile.

(1) Voyez ce que j*ai dit sur le travail des mines d*or du Brésil , Voyage dans les provinces de liio de Janeiro, etc., 1 , 242.

d'une manière régulière. Actuellement (1819) il n'en saurait être ainsi.

Les habitants les plus aisés de la cat)itale elle-même ne possèdent qu'un petit nombre de nègres ; quand ils les em- ' ploient à l'extraction de For, c'est toujours isolément, et probablement il en est ainsi dans toute la partie méridionale de la province (1). Un particulier de Villa Boa envoie son nègre chercher de l'ordans le lit du Rio Vermelho, qui traverse la ville ; l'esclave est obligé d'apporter à son maître 900 reis (5 fr. 62 c] à là fin de la semaine : tout ce qu'il retire de plus est à lui , et il est obligé de se nourrir. Mais on sent qu'il peut y avoir des temps où l'extraction devient impossible ou moins fructueuse : Pizarro n'estime la semaine du nègre mineur, terme moyen , qu'à 600 reis (3 fr. 75 c], dont il faut encore déduire la nourriture et les autres dépenses indispensables, et il est à ma connaissance que les hommes qui vont chercher de Tor dans le ruisseau de S. Luzia, au village du même nom, ne font pas des journées de plus de 4 virUens (93 13/46 centimes) dans la saison des pluies, et de 1 seul vintem (23 7/16 centimes) dans celle de la sécheresse. Tel est le triste état où se trouve réduit, dans la province de Goyaz, le travail, jadis si productif, de l'extraction de Yor,

On a demandé [si ce ne serait pas un avantage, pour le pays, de renoncer entièrement à ce genre de travail. L'or est une richesse ; par conséquent, il y aurait de l'extrava-

(1) A répoque de mon voyage, il fdlait pourtant excepter les nuoes do TiUage dUnnictint, qui étaient exploitées » depuis plusieurs années , par une compagnie, et qui , après avoir d'abord fourni d'éuôrmes quantités d'or, commençaient h rendre beaucoup moins. Annicuns est situé ë 12 legoas de Villa Boa.

gance k vouloir le laisser à jamais enfoui dans la terre : il faudrait donc seulement remédier aux inconvénients actuels de l'extraction. Ils résultent de F ignorance des mineurs, qui, dans l'opération du lavage, laissent échapper une grande quantité d'or; de leur pauvreté, qui ne leur permet pas d'entreprendre des travaux considérables ; de leur capidité, qui leur fait souvent tout sacrifier à des espérances chimériques ; enfin de la facilité avec laquelle ils dépensent des valeurs qu'ils devraient considérer conmie un fonds et non comme un revenu (i).

Le gouvernement n'est pas assez riche pour ex]d(Ht6r les mines d'or à son propre compte; il doit donc les abandonner aux particuliers. Pour obvier aux inconvénients que j*ai exposés tout à l'heure, il n'y aurait pas d'autre moyen, ce me semble , que d'établir des compagnies sous f inspection d'hommes choisis par le gouvernement, et de défendre entièrement l'extraction de l'or aux particuliers isolés. Les compagnies réunissant des capitaux considérables potirraient entreprendre des travaux importants. Il est impossible de forcer une multitude d'hommes isolés à suivre les règles de l'art ; on peut y obliger des compagnies. Un particulier confiera quelques fonds à une société ; mais il ne risquera jamais sa fortune tout entière dans des opérations qu'il ne peut diriger lui-même : ainsi personne ne se ruinerait plus dans l'exploitation des minières. Conmie, enfin, les compagnies ne payent leurs dividendes qu'à des époques éloignées , le piineur serait moins tenté de manger ses fonds en détail. À la vérité, le gouvernement a

(1) Pour de plus grands détails sur cette fAcheuse erreur, v»yez mon Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro, etc., 1 , 190.

DU MO DE S. FRANCISCO. fiii

adopté (i817), pour la province de Minas , un plan d'exploitation par compagnies, et il paraît qu'il s'est présenté peu d'actionnaires ; mais il n'en pouvait être autrement , puisque, d'ailleurs, on laisse, à Minas, chacun libre de travailler comme bon lui semble. Cette liberté ne pourrait être enlevée aux habitants de Minas sans violer le droit sacré de propriété; car plusieurs d'entre eux exf^oitent des terrains aurifères qu'ils ont achetés comme tels, et où ils ont commencé des travaux dont l'interruption causerait leur ruine. Mais il n'en est pas de même de la province de Goyaz : on n'y cherche de l'or que dans le lit des rivières; chacun travaille où bon lui semble, et le gouvernement peut considérer les terrams aurifères comme lui appartenant encore.

Les plus grands obstacles que l'on rencontrerait dans rétablissement et la consolidation des compagnies seraient l'antipathie des Brésiliens pour les associations, le despotique des autorités locales , la difficulté de mettre à la lète des travaux des hommes véritablement éclairés. U est bien évident que l'on ne pourrait tout d'un coup triompher de ces obstades ; il faudrait s'y préparer de loqgue main , et, pour y parvenir, il serait indispensable de créer une école de mineurs. A une certaine époque, le gouvernement du Brésil a fait venir, à grands frais, des artistes européens pour établir Ji Rio de Janeiro une école de peinture, de gravure, etc.; ils n'ont pas eu un seul élève. Plus récemment; il a envoyé en France une nuée de jeunes gens, en leur disant vaguement : Instruisez-vous ; ils se sont amusés. Le Maranhào a payé, à Paris, la pension d'un agriculteur; Minas, de deux arpenteurs, etc. Toutes ces dépenses n'ont abouti à rien ou k bien peu de chose, parce qu'elles

356 VOYAGE ADX SOURCES

étaient mal combinées ou n'avaient qu'un but ridicule : en formant, à l'aide de professeurs européens, une école de mineurs , soit dans une des provinces aurifères , soit à Paris ou en Allemagne, en mettant les places au concours et casemant les jeunes mineurs comme le sont les élèves de notre école polytechnique, on serait bientôt amplement dédommagé des frais que l'on aurait été forcé de faire. Bientôt on aurait des hommes capables d'exploiter régulièrement les minières les plus difficiles ; leur savoir et leur intelligence imposeraient aux autorités locales; inspirant de la confiance aux capitalistes, ils rendraient plus facile l'établissement des compagnies qu'ils seraient chargés de diriger ou de surveiller, et de nouvelles sources de richesses s'ouvriraient pour la province de Goyaz, aujourd'hui si pauvre et si malheureuse.

Cette province ne restera pas toujours inconnue comme elle l'est aujourd'hui, et, si le gouvernement ne prend quelques mesures pour assurer aux nationaux la possession de leurs richesses, des étrangers viendront les exploiter ; ils amèneront avec eux des machines et des esclaves, et les Goyanais, tristes témoins des succès d'autrui , verront leur or sortir de chez eux pour aller, à Londres, augmenter la fortune de quelques capitalistes (1).

(1) On sait ce qui est arrivé à Minas Geraes pour plusieurs des principales mines du pays.

S XII. Culture des terres.

Le système d*agricultare adopté à Goyai et celai qoi Ta été à Minas, elc ^ Fertilité do terrain. — Les plantes qu'on y cultive. Bétail , che- Taux, moutons, pourceaux. — Denrées qui ne peuvent être exportées et trouvent à peine quelque débit dans le pays même. — Celles que Ton peut exporter. Le sucre , le. tabac , le blé , le coton. — Plantes dont les produits représentent , sous un petit volume, des valeurs considérables et qui seraient cultivées avec avantage. Le tbé, Tindigotier, le mûrier, la vigne. — Augmentation facile du nombre des bétes h cornes , des chevaux , des pourceaux , des brebis. — Moyens que le gou-

> vemement devrait prendre pour encourager Tagriculture, favoriser la multiplication des troupeaux et décider les colons à renoncer à leurs habitudes destructrices. — Nécessité de conserver les bois. — Encouragements qu'il faudrait accorder h Fexploîtation des mines de fer.

Recherchons à présent quel partr les habitants de Goyaz ou y pour mieux dire, ceux de la comarca du sud^ la seule que faîe parcourue , peuvent tirer de la culture de leurs terres.

Le système d'agriculture en usage à Goyaz est celui qui , malheureusement, a été adopté dans presque tout le Brésil. On i)rùle les bois et on sème dans leurs cendres ; après quelques récoltes, on laisse repousser de nouveaux bois, que Ton coupe à leur tour; on continue ainsi jusqu'à ce que la terre ne produise plus que des herbes , et alors on Fabandonne (1). Ici, comme dans les environs de Villa do Principe (2), le capim gardura (Melinis mtnuHflora) finit

U) Voyez, sur ragricufture des Brésiliens, mon Vo\fage dam tes provinces de Rio de Janeiro, etc., I, 191. (2) L. c, 1, 194.

3M V0TA6B AUX SOQBCES

par s'emparer des terrains qui ont été longtemps en cultare» et il en chasse entièrement les autres végétaux.

Il est bien évident que toutes les terres d'une province aussi grande que Goyaz ne sauraient être d'une égale fécondité ; mais , sans parler de la comarca du nord » ou je n'ai point voyagé , il est incontestable que, dans celle du midi , il existe des terrains d'une qualité exodlente : je puis citer pour exemple ceux du Mato Grosso , oà le maï^ rapporte 200 pour 1 , «t les haricots de 40 à 5Q. Suivant les localités, cette même comarca produit, avçc plus ou moins d'abondance, le maïs, le manioc, le rii, le sucre, le coton, le café (1), le tabac, les haricots et d'autres légumes. Le froment réussit très-bien dans les endroits élevés, tels que Santa lustia. La vigne, comme à Sabarà et ailleurs (2), produit deux fois Tannée, lorsqu'on a soin de la couper après la première cueillette qui se fait en février. Enfin les pâturages naturels, qui couvrent une immense partie de la province, peuvent nourrir d'innombrables troupeaux de bètes à cornes, de moutons, de chevaux, et certains cantons montagneux sont très-favorables à l'éducation des pourceaux.

Mais, pour qu'un pays soit véritablement riche, il ne lui suffit pas d'être fertile; il faut encore qu'il puisse offrir des objets d'échange pour obtenir ce qu'il ne possède pas. La distance énorme de Goyaz aux grandes villes et aux ports de mer ne permet point aux colons d'exporter des

(1) La culture du caféier, dans la province de Goyaz, est très-nouveUe (1819) : il y réussit à merveille et produit des graios d^uo très-boo goût.

(2) Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro , etc. — Voff^^ dans le district des Diamants, etc.

BC 1110 DB S. F1A!ICI9C0. Si»

produits qui, sous un v<dume coutidéraMe, ont une bible valeur; il y a pluë, le maïs ou le manioc, le ris, les haricots, le café ne sauraient trouver de débit dans le pays même , car ils croissent à peu près partout; les Goyanais, étant généralementdes agrioiltairs, peuvent tous les recueillirég^lement, «t il n'existe chez eui d'autre ville que la capitale, dont la population ne s'élève pas au delà de 9 à 40,000 Ames : il est donc lévident que , à part mâme les considérations qui naissent du mode actuel de percevoir la dlme, chacun ne doit guère cultiver les diverses plantes que je viens d'énumérer, plus qu'il n'est nécessaire aux^besoios de sa famille. La culture de la canne à sucre promet plus d'avantages, cm* des hommes encore un peu aisés peuvent seuls s'y Hvrer; par conséquent, ils trouvent, dans le pays même, le débit de leur sbcro et de leur tafia (cachaça), et, d'aillairs, ces produits sortent aussi de la province, car les habitants de Santa Luzia les échangent à S. Rumâo, dans la province de BKnas (i) , contre le sel de Pilâo Àrcado, nécessaire pour le bétail . Le tabac, qui ne réussit bien que dans certaines localités, Meiaponte, par exemple, peut aussi être cultivé avec quelque profit. A Santa Luzia et à Meiaponte, lieux fort élevés dont le climat n'est pas extrêmement chaud, on recueille du blé avec lequel on fait, A Villa Boa, du pain excellent; jusqu'ici cette culture ne parait pas avoir eu beaucoup d'im-

(1) Comme je Tai dit ailleurs {Voyage dans les provinces de Rio, etc., U , 428) , le village de S. Rumâo est situé sur la rive gauche du S. Fraociseo. Des barques et des pirogues chargées de sel remoatent le fleuve depuis les salines de fiahia et de Fernambouc josqu^à S. Rumâo, et des caravanes y prennent cette denrée pour la répandre dans les provinces de Minas et de Goyaz. â. Luzia est le viUage de cette dernière province le plus voisin de celui de S. Rumâo, et, par cooscqucnt, le mieux place pour faire quelque commerce avec ses habitants.

portance^ mais il est vraisemblable que, si les habitants s'y livraient davantage, ils trouveraient facilement des débouchés à Paracatù et sur les bords du Rio S. Francisco, où rextrème chaleur ne permet guère de semer le froment.

Jusque vers 1811 , on cultiva à peine assez de coton pour subvenir aux besoins du pays ; mais, à cette époque, on commença à faire quelques exportations : les muletiers chargés par les négociants de Goyaz d'aller prendre des marchandises à Rio de Janeiro furent d'abord les seuls qui, pour ne pas voyager à vide, emportaient de la province, pour leur propre compte, de la toile de coton et du coton en laine. Cependant les cotons de F intérieur du Brésil ne tardèrent pas à être recherchés par les Européens ; on reconnut que celui de Meiaponte, de Corumbé, et probablement d'autres cantons, était d'une qualité excellente; le commandant de Meiaponte, Joaquim Alves de Oliveira, en fit avec succès des envois à Bahia et à Rio de Janeiro; son exemple fut suivi par d'autres personnes, et , si les exportations ont pu continuer, quelque aisance n'aura pas tardé à se répandre dans cette partie de la comarca du sud.

Le peu que je viens de dire montre que l'habitant de Goyaz ne doit pas désespérer de sa position , quand même il se bornerait à ses cultures accoutumées. Et pourquoi ne chercherait-il pas à sortir de sa routine? pourquoi ne demanderait-il pas à la terre des produits qui, nouveaux pour le pays, représentent, sous un petit volume, des valeurs plus importantes encore que le tabac, le sucre et le coton? Le thé a réussi à Rio de Janeiro; il se plairait sans doute dans les cantons élevés de la province de Goyaz, et, si la manière de cultiver cette plante n'était pas susceptible d'être modifiée et mise en rapport avec la faible popula-

Uon de la province , ota trouverait dans l'indigo une ressource du même genre, bien plus certaine encore. U indigotier crott naturellement à Goyaz et pourrait être avantageusement cultivé, comme il l'a été jadis, dans d'autres parties du Brésil (1). Il est vraisemblable que, dans les cantons montagneux, tels que Santa Luzta, Cùrumbâ, S, Antonio dos Montes Claros et tout le voisinage des monts appelés Pyreneos, on parviendrait à cultiver le mûrier et qu'on y élèverait des vers à soie. Rio de Janeiro expédie à Villa Boa des vins d'Europe, et probablement la province de Goyaz pourrait en recueillir sur son propre sol et les expédier à la capitale (3) : quelques personnes ont essayé de faire du vin avec le raisin délicieux du temps de la sécheresse et du vinaigre avec celui des pluies; elles ont obtenu d'assez heureux succès, et il est à croire que Ton réussira mieux encore lorsqu'on aura acquis plus d'expérience dans cette fabrication, et que, plantant davantage, on travaillera en grand. La vigne, il est vrai, trouve un ennemi redoutable dans la grande fourmi, qui, fort commune, dé-

(1) Vers le nrilieo du siècle dernier, la fabrication de Tindigo , favorisée par le vice-roi , marquis de Lavradio , eut un grand succès dans la province de Rio de Janeiro , principalement le voisinage du cap Friô ; mais il parait que les falsifications des planteurs dégoûtèrent de Tindigo du DrésU les négociants étrangers {Voyage dans le district des Diamanu , 1 , 355 ) , et Ton hit obligé de renoncer k la culture de Tindigotier.

(2) Une forte chaleur ne nuit point à la vigne ; mais , dans les lieui oà , comme k Rio de Janeiro, une température très-élevée est accompagnée d'une grande humidité, lé raisin n'atteint point une parfaite maturité. Telle est la cause de la supériorité remarquable du raisin de la séchereise ( uva da seca), dans les provinces de Tintérieur, sur relui qu'on recueille à IVpoque des pluies.

pouille en peu d'instants les treilles de leurs feuilles (1) : mais chaque genre de culture a ses ennemis ; il Taut que l'agriculteiu' ait assez de courage pour lutter contre eux et qu'il tâche d'en triompher.

La comarca du nord» qui possède d'immenses pâturages et est plus rapprochée de la c6te que celle du sud, fait, chaque année, partir pour Bahia des troupeaux considérables de bètes à cornes. Celle du sud , quoique moins avantageusement située, envoie aussi des bestiaux hors de la provioce, et poiu'rait probablement en fournir davantage, si elle profitait mieux de ses riches herbages. A la vérité, lorsque j'étais au nord de la comarca du sud, sur la paroisse de Santa Luzia, où il existe de vastes pâturages naturels, les habitants se plaignaient de ne pouvoir se défaire de leur bétail qu'en le conduisant à Bambuhy ou à Formiga, éloignés d'environ 130 et 446 legoas (3) et, par conséquent, de ne retirer que des bénéfices insignifiants. Mais, comme je l'ai dit ailleurs, les marchands de S. Joâo d'EI Rei vont, chaque année, à Araxé, acheter les bestiaux des colons; d'un autre côté, pendant que je voyageais entre Bom Fim et Santa Cruz, les villages les plus méridionaux de la province de Goyaz, je Tencontrai des hommes d' Araxé qui parcouraient le pays, en échangeant diverses marchandises contre des bétes à cornes qu'ils devaient emmener chez eux pour les engraisser dans leurs pâ-

{%) Alla cephalotes , Fab., ou peut^re quelques espèces voisines. Voyez mon Voyage dans le dislricl des DiamanU, etc., U , 160.

(2) Ne m'éUnt pis rendu directement de Formiga k S. Luzia, je ne puis indiquer que d'uœ manière très-approiimative la distance d'un de ces villages à Tautre. Da Cunha Mattos , qui a passé par Formiga et par Rambuhy, dit qu*i] y a entre ces deux endroits 16 legoas et demie.

DO RM> Di s. FRANCISCO. 363

turages, jusqu'à ce que leurs voisios vinssent les y chercher. Pourquoi les deux villages que je viens de citer, Bom Fim et Santa Cruz, qui ne peuvent pas être à beaucoup plus de 41 et 96 legooi de Santa Luzia et 1 8 et 26 de Meiaponte, nedevien* draient-ils pas des lieux d'entrepôt pour le bétail du nord de la comarca? Pourquoi le gouvernement ne chercheraitil pas à y établir des espèces de foires ? pourquoi enfin ne se formerait-il pas entre S. Joâo d'El Rei , d'un c6té, Santa Luzia, Meiaponte, etc., de l'autre, une sorte d'échelle dont Araxâ, Bom Fim ou Santa Cruz seraient les échelons, et au moyen de laquelle les cultivateurs s'épargneraient des voyages excessivement longs, tandis que le bétail aurait des points de repos qui l'empêcheraient de maigrir et de perdre de sa valeur?

Les pourceaux, dont le lard est, pour les Brésiliens, ce que sont chez nous le beurre ou l'huile, peuvent être élevés avec succès dans les parties hautes de la comarca du sud. Tout cette comarca serait probablement favorable h l'élève des chevaux ; enfin, dans les cantons les plus montagneux, les brebis multiplient facilement et n'exigent, pour ainsi dire, aucun soin ; leur laine est^ à la vérité, commune, mais elle peut servir à fabriquer des chapeaux et des couvertures dont on obtiendrait facilement le débit, non-seulement dans l'intérieur de la province, mais k Paracatù et sur les bords du Rio de S. Francisco (1).

Mais de simples conseils, des exhortations, peut-être même quelques bons exemples ne suffiront probablement jamais pour arracher les cultivateurs goyanais à la pro-

(1) On verra plus tard que le curé de Saota Luzia n'avait aucune peine à se défaire des chapeaui de laine qni se fabriquaient dans sa maison.

fonde apathie où ils sont plongés. Il faudrait que l'administration , qui a tant contribué à les amener à ce triste état, les aidât à en sortir, en les stimulant par un puissant intérêt; il faudrait qu'elle sût faire quelques sacrifices momentanés, pour en retirer de grands avantages dans l'avenir. Tout cultivateur qui exporterait une certaine quantité de coton, qui élèverait un certain nombre de bêtes à cornes, de cochons, de chevaux, qui cultiverait une étendue de terre déterminée, en indigo, en thé, en froment, qui ferait du vin ou du vinaigre, qui élèverait des vers à soie, etc., devrait être exempt d'une partie ou de la totalité de la dime. et, pour que les pauvres profitassent de ce règlement comme les riches , pour que l'amélioration devînt générale, il faudrait que la portion de terre ensemencée en froment, par exemple, fût proportionnée au nombre de bras qu'aurait à sa disposition chaque père de famille.

Il ne suffirait pas d'encourager les cultures les plus profitables, il serait au moins aussi important d'attaquer le système destructeur qu'ont adopté, pour l'exploitation de leurs terres, les colons goyanais, comme ceux de S. Paul, de Minas, etc., triste système qui ne permet pas de planter ailleurs que dans les bois, et qui amène la prompte destruction des plus belles forêts. Sur la paroisse de Santa Lozia, où jamais les bois n'ont été fort communs, une population excessivement faible suffisait, lors de mon voyage, pour les rendre, chaque jour, plus rares. Le curé de cette paroisse avait déjà montré aux cultivateurs le partf que l'on peut tirer de la charrue : que le gouvernement récompense ceux qui, dans toute la province, suivront cet exemple; alors on utilisera mieux les campos et les terrains dont le capim

gordura s'est emparé, et Ton conservera les bois pour la construction, la menuiserie, les besoins des ménages.

On a encore un motif bien puissant pour ne point les détruire : la province de Goyaz possède des mines de fer; il faut ménager soigneusement le seul combustible à Taide duquel on puisse les exploiter. Actuellement on chercherait en vain une seule forge dans toute la comarca du sud (4849) ; il ne s'y consomme pas un clou, pas un fer de cheval qui ne soit venu, à dos de mulet , de Rio de Janeiro, après plusieurs mois de voyage, à travers les déserts. Mais il est impossible qu'un tel état de choses ne change pas : r homme dissipe souvent sans prévoyance les tré^rs qui lui ont été prodigués ; il n'est pas dans sa nature de les dédaigner toujours. L'expérience a montré que les hauts fourneaux ne conviennent point à l'intérieur du Brésil ; mais, avec les plus faibles capitaux , on pourrait établir à Goyaz des fourneaux à la catalane. C'est ici que l'intervention du gouvernement serait encore d'un grand secours; qu'il promette des avantages pécuniaires ou simplement des décorations à ceux qui, les premiers, feront construire des usines poiu* fondre le fer, si peu importantes qu'elles soient (1), et bientôt la province se verra affranchie d'un tribut que, pauvre comme elle est, elle paye pourtant, chaque année, aux fabricants européens (1819) (2).

(1) PlQsieore planteurs de Minas ont fait construire dan9 lears maisons de petits fonmeani oà ils ne fondent le fer que ponr leur usage {Voyage danâ les provinces de Rio de Janeiro, etc., 1 , 290).

(2) D'après ce qu'a écrit M. da Cnnha Mattos pour Tannée 1823 à 1S26, et ce qu*a tu plus récemment M. Gardner (1840) dans une partie de la eomarca du nord , il est évident que Fagriculture est bien loin d*a?oir fait des progrès dans la province de Goyaz depuis que j*en suis sorti. Les choses n'ont point changé ; Tapathie des cultivateurs est tou-

§ XIII. Valeurs représentatives.

Comme la province de Goyaz n'exporte qu'une très-faible quantité de marchandises, elle ne reçoit point de numéraire, et la seule valeur représentative qui y circule est la poudre d'or (1). Il y a si peu de monnaie dans ce pays que, parmi les gens du commun, personne ne sait coitipter par reis , comme on fait en Portugal et dans le reste du Brésil ; tous comptent par vintens d^ouro, oita/oas^ demi'-ùkams, quarts doitava, cruzada^ d'ouro, patacas d'owro,(fcmt-ptftacas (2), qui sont les poids employés dans le pesage de l'or.

L'emploi de la poudre d'or, comme monnaie, a un inconvénient immense, c'est que tout le monde peut la falsifier en un instant, même les nègres, même les plus petits enfants ; aussi a-t-on dit que, pour faire de l'argent, il suffit, à Goyaz, de gratter la muraille (basta raspar a parede).

Tentée d'abord par la mauvaise foi des acheteurs , la fid-

joors la même , et il ue parait pas que le goaverDemcnt prorincial , occupé d'abord h se constituer et probablement ensuite à déjouer des intrigues toujours renaissantes , ait pu beaucoup songer aui grands intérêts du pays. Les éléments d'une immense prospérité existent , et il ^ bien rare qu'un trésor reste toujours enfoui ; ne désespérons pas de Favenir.

(1) La circulation de Tor en poudre Ait aussi admise autrefois dans la province de Minas ; mais , h l'arrivée du roi Jean VI eu Brésil , oo 1t prohiba entièrement ( voyez mon Voyage dam les provineeê Oe Riode Janeiro, etc., I, 341).

(2) Le vintem d'or équivaut , comme j'ai déjà eu occasion de le dire, à 37 i reis (23 ^ centimes); Voitava à 1,200 reis (7 f^. 50 c), la d^mipataque d'or à 300 reis , la cruzade d'or h 750 reis.

sifieation a été favorisée peu à peu par la rivalité qui existe entre les marchands et la nécessité où ils sont de vendre. L'or qui circule aujourd'hui (1819) dans la capitale de la province est tellement mêlé de sable, de poussière et de ce fèr en poudre au tnili^ duquel on le trouve dans les ruisseaux [esmeril)^ que sa couletti" semble notrAtre et qu'il perd, à la fonte, de 15 à 26 pour 100. L'administration . du fisc {fazenda real) n'a pas peu contribué à encourager l'aHération par son exemple; car, tandis qu'elle n'admet dans ses coffres (1819) que de Tor parfoiteroent pur, il n'en sort que de Tor altéré : il paraît certain que cette in^ digne friponnerie appartenait uniquement à l'un des employés; mais, quel qu'en fût l'auteur, elle devait nécessairement avoir l'influence la plus fftcbeuse sur la prospérité du commerce et la morale publique. Quoi qu'il en soit, à mesure que l'altération augmente» les marchands proportionnent leurs prix à la perte , et . lors de mon voyage, tous accordaient une remise de 12 pour 100 pour le plus petit objet, lorsqu'on le payait en numéraire. Quand les valeurs qui circulent sont arrivées au même degré d'altération, il est bien clair qu'il n'y a plus de bénéfice pour personne ; donc celle-ci fera toujours des progrès, jusqu'à ce qu'enfin la grandeur du mal oblige à y apporter le seul remède conv^able peut-être, qui seifait la défense absolue de recevoir Tor en poudre comme monnaie courante* Il est évident que l'introduction de billets ^ qu'on pciirrait, oomme à Minas (1) , se procurer en échange de très-petites quantités de poudre d'or, aurait beaucoup moins d'inconvénients que la circulation de cette dernière; car il serait im-

(1^ Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro, ete., I, 341.

368 VOYAGK AUX SOURCES

possible de falsifier ces billets avec autant de facilité que For en poudre. L'altération n*a pas été tout à fait aussi sensible dans la campagne ou les villages qu'à Villa Boa, parce que peu de personnes ont à y recevoir quelque chose du fisc, que les marchands y sont moins nombreux, qu'il y a entre eux moins de concurrence et qu'ils peuvent être plus difRciles sur les valeurs qu'on leur apporte.

Mais, pour faire rejeter l'admission de l'or en poudre comme monnaie courante, on trouverait , indépendamment de l'altération, des motifs bien suffisants dans la focilité avec laquelle il se perd , dans la nécessité d'avoir toujours avec soi des balances, la fraude que l'on peut faire sur les poids, le temps que l'on consume dans l'opération du pesage ; enfin le préjudice notable qui résulte, pour le payeur, de la division d'une quantité quelconque de poudre d'or en quantités plus petites (1).

§ XIV. Moyens de communication.

La province de Goyaz traversée par des routes. — Les quatre priodpales. — Navigation intérieure. — CeUe du sud. — Celle du nofd.

La distance énorme de la province de Goyaz aux ports de mer est, sans doute, la principale source de ses misères ; mais , du moins , on a ouvert des routes qui permettent aux habitants de ne pas rester sans communications

(1) A Tépoque de mon voyage, l'altération des valeurs représentatives appartenait à tout le monde : en faisant frapper, comme je Tai dit ( page 341) , une énorme quantité de monnaie de cuivre d*une valeur exagérée , le gouvernement provincial a pris k son compte le monopole de cette altératiou.

avec la çAte et de pénétrer dans les parties les pins reculées de rintérieur. Sans parler d'une fonle de chemins de moindre importance, il part (1819) de Villa Boa quatre routes principales : Fune, que j'ai déjà fiût connaître et qui, se dirigeant vers Tesl, puis vers le sud, conduit è Paracatu, et de là dans toutes les parties de Minas et à Rio de Jaaeiro; la seconde, qui s'étend vers l'ouest et va à la province de Matogrosso; la troisième, par laquelle on se rend à S. Paul, dans la direction du sud-sud-est; la quatrième enfin , qui mène à tous les villages de la comarca du nord. Ces routes, comme la pliq)ârt de celles du Brésil , ont été tracées sans aucun art , et ensuite à peu près abandonnées aux caprices des saisons et aux pieds des mulets ; cependant, telles qu'elles sont, elles paraissent suffire aux besoins actuels de la province.

Mais la nature elle-même semble avoir ménagé à la province de Goyaz des moyens de communication qui n'attendent qu'une population plus nombreuse pour faire fleurir son commerce et pour lui permettre d'envoyer ses produits aux deux extrémités du Brésil, La Serra da Paranahyba e do Tocantins, divisant les eaux du nord de celles du sud, est le pofnt intermédiaire entre deux des navigations intérieures les plus gigantesques qu'il y ait au monde. S' embarquant sur le Rio dos Bois, au village A^Annicuns, situé à 42 legoas environ ouest-sud-ouest de la capitale, se dirigeant vers le sud et passant successivement sur le Rio TurvOf sur le Paranahyba (i) et sur le Parannà, on finira par

(1) M. Rtinondo José da Caoha Mattos, h qai Toq doit, sur cette oa-

▼igatioo , des détails du plus haat intérêt ( Hin., II , 191 ), pense qae le

Coraiii^.'i , apportant, dans sa réunion arec le Paranahyba, un volume

d*êan plus considérable que ce dernier, doit consenrer sop nom jusqu'à

arriver au Rio de la Plata y ou bien , remontant le Tieté» on parviendra jusque vers la capitale de la province de S. Paul. Cette navigation est, sans doute, extrêmement difficile aujourd'hui, à cause des catadupesque Ton rencontre, de la rapidité de certains courants, des hostilités que les Indiens exercent contre les blancs ; mais, vers 1846, des hommes d'un courage remarquable, JoÂo Caetano da Silva et José Pinto da Fonseca, ont déjà su triompher de ces obstacles, et le premier est parvenu, par le Tieté, jusqu'à la paroisse de Persicaba, dans la province de S. Paul (1). Les indigènes disparaîtront de ces contrées, actuellement si

ce qu'il se coofoode avec le Rio Grande. Des questions de ce genre ont déjà été , si je ne me trompe , agitées par les géographes ; il me semble que c'est à Tussge qu'il appartient de les trancher.

(t) Ce que raconte da Gunha Mtttos de cette expédition serrira k éclaircir ce qu'ont écrit sur José Pinto MM. Spix et Martius {Reise, I «'Sld). il ne faut pas croire, au reste , que cet homme et son chef, Joâo Caetano da Silva , soient les premiers qui aient tenté de se rendre k S. Paul par les rivières. Dès l'année 1808, ajoute Mattos, Estanislao da Silveira Guttieres s'embarqua sur le Rio dos Bois , avec le projet de remonter le Tieté. Bientôt il fut abandonné par quatre de ses hommes «{ui ne purent supporter les fatigues du voyage. Entraîné par la violence des courants, il be précipita , pendant la nuit , au milieu de la fameuse catadupe de Guaira, et sa pirogue fut mise eu pièces. Alors il construisit un radeau ; mais celui-ci , emporté par les eaux rapides du Parannâ , aUa se briser contre un rocher, et quatre hommes de l'expédition se noyèrent. Estanislao et les deux compagnons qui lui restaient se réfugièrent dans les forêts désertes qui couvrent la rive gauche du ParanuA , et, n'ayant aucun moyen de pécher ni de chasser, ils se nourrirent pendant l/>ngtempa d'herbe, de racines et de quelques fruits sauvages. La santé d'EstanisIao ne put résister k tant de misères ; se laissant aller au désespoir, il s'assit au pied d'un arbre et fut abandonné presque mourant par ses eompagnons. Après avoir enduré d'incroyables souflfrances et traversé des déserts où aucun homme n'avait pénétré avant eux, ces hommes arrivèrent enfin À Curitiba, vers l'extrémité sud de la province de S. Paul. Un d'eux s'était marié dans la ville de Jundiaby et vivait encore en 1817.

W MO m s. FRANCISCO. 371

sauvages, comme ils ont disparu ailleurs (1), et l'art finira par aplanir les difficultés qu'oppose la nature. Au reste, si cette navigation ne peut être encore utilisée, celle du nord est déjà praticable depuis un certain nombre d'années, et, lorsqu'on a de la persévérance, qu'on sait braver les fatigues et le danger, on peut, en s' embarquant à Porto do Rio Grande, situé à 37 legoas de Villa Boa , arriver, dans toutes les saisons, à la cité du Paré, après un voyage d'environ 4S0 lego(u sur TÂraguaya et le Tocantins (2). On pourrait même, dans le temps des pluies, commencer sa navigation sur le Rio Yermelho, à une demi-lieue de la capitale de la province.

(1) Dans sa pèrfllease navigatioD, dit Mattos (I. c), « Joâo Caetano « da Silya traversa , sans tromrer la phis diéCive cabane , nne étendue « de 108 legoaê et demie, snr une terre qae po&sédait autrefois la nom- « brense nation des Coyapds ; tout avait été détruit, au milieu du siècle « dernier, par les ayenturiers Joio de Godoy et Antonio Pires de Campos « Boeno. Qu'aurait dit Las Casas s'il eût, à cette époque, traversé la « partie méridionale de la province de Goyaz? Eu égard à la différence « du nombre d^hommes chez les deux peuples, les massacres par les- « quels se signalèrent les Espagnols dans les tles d'Haïti et de Cuba, au « Meiique et an Pérou , ne Airent rien , si on les compare avec la bou- « oherie générale que firent des Indiens-Coyapds dans les déserts de « Goyaz » les Godoy et les Bueno , cea cruels dévastateurs pautistes. i*

(2) Ce chiffre, emprunt^ à da Cunha Mattos, est bien inférieur à celui qu'on trouve dans Pizarro, et qui ne s'élève pas à moins de 720 legoas. Je crois qu'en ceci on doit accorder plus de confiance au premier de ces auteurs, qui a été dans le pays même et parait avoir mis .tous ses soins k connaître la. vérité. 11 est fort à regretter que mon ami M. Burchell , qui s'est rendu , par les rivières , de la cité de Goyaz au Para, n'ait point publié la relation de son voyage ; ce qu'il a écrit sur le cap de Bonne- Espérance est une garantie de la science et de l'intérêt qu'il aurait su y répandre. Espérons beaucoup de M. de Castelnau , qui a aussi navigué sur les fleuves de Goyaz et dont tout Paris connaît déjà les immenses collections.

§ XV. Mœurs.

Les hommes de riotérieur n<^s avec d*beiirenses dispositions , mais inégalement fayorisës par les circonstances. — Les Goyanais moins polis et moins hospitaliers que les Blineiros. — Leur intelligence. — Lear ignorance en matière de religion. — Ce que sont , chez eui , les enfants , les jeunes gens et les hommes faits. — Le concubinage extrêmement commun ; quelles en sont les causes. — Les bonnes qualités du Goyanais. — Les causes des meurtres. — Le yoI tort rare. — M^ycas de réformer les mœurs des habitants de Goyaz. -* Vœux de Fauteur.

J'ai tAché de donner une idée de la province de Goyaz» de ses misères et de ses ressources; j>i même déjà indiqué quelques-uns des traits du caractère de ses habitants ; j'en ajouterai ici quelques autres encore , afin de rendre ce tableau moins incomplet.

Les hommes de l'intérieur naissent généralement avec des dispositions heureuses ; mais les circonstances ne les ont pas également favorisés.

La province de Minas Geraes est placée à peu près sous les mêmes influences que celle de Goyaz, et elle a commencé comme elle ; mais, si les premiers Mineiros furent des hommes grossiers comme les premiers Goyanais, les richesses qu'ils acquirent et qu'ils coifservèrent ass^z longtemps leur procurèrent les moyens de donner de l'édueation à leurs enfants : peu à peu la politesse s'est communiquée aux hommes les moins riches, et elle est devenue presque générale. La province de Goyaz n'a point passé par les mêmes périodes ; une décadence complète y a succédé brusquement à l'époque de la richesse et de la splendeur ; l'excessive chaleur du climat a fait perdre aui babi-

BU RIO DE S. FRANCISCO. Vt%

tants Jeur rudesse primitive : on ne peut pas dire même qu*ils soient grossiers , mais, à l'exception des fazendeiros aisés, qui sont peu nombreux, ils n'ont acquis aucune politesse. Le dernier Mineiro sait causer, et le fait souvent avec esprit et amabilité : les colons gojanais gardent un silence stupide ; ils ont un air d'indolence, une sorte de niaiserie qui les fait ceconnattre sans aucune peine. A Minas, j'étais accueilli partout avec bospitalité; les hommes les plus pauvres semblaient me voir avec plaisir et m'engageaient a partager leur repas : à Goyaz, on m'indiquait nonchalamment le triste réduit qui devait m' abriter, et, excepté ceux à qui j'étais recommandé, personne ne m'offrait la moindre chose.

Malgré tout ce qui précède, il ne faudrait point s'imaginer que ces hommes sont dépourvus d'intelligence. On trouve à Villa Boa des ouvriers extrêmement habiles qui imitent avec une grande perfection ce qu'on leur montre, et qui pourtant n'ont point eu de maîtres. Mais , comme j'ai déjà eu occasion de le dire, les Goyanais n'ont , m général, aucune occasion de cultiver leurs facultés intellectuelles et leur aptitude pour l'industrie; ils vivent isolés, dans l'indigence, et^ si quelque chose doit étonner, c'est que plusieurs d'entre eux ne soient pas tombés dans un état plus voisin encore de celui des sauvages.

Je crois que les Goyanais, comme les Ninenros, deviendraient facilement religieux, si on les instruisait des vérités du christianisme et qu'on leur f!t goûter ses ineffables consolations; mais ils restent sans guide, on les laisse croupir dans une honteuse ignorance, et ils remplacent la religion par des superstitions absurdes. Comme la plupart des autres Brésiliens de l'intérieur, ils croient aux sorciers, aux reve-

nants, aux loups-garous, aux démons familiers dont ils racontent mille extravagances ; ils portent an cou des amulettes et des préservatifs, et , quand ils sont malades, ils ont recours à des remèdes sympathiques et à des paroles.

Élevés dans cette absence presque totale de sentiments religieux, abandonnés, pour ainsi dire, à leurs instincts ou n'ayant sous les yeux que de mauvais exemples, les enfants se livrent , dès F âge le plus tendre, à des plaisirs énervants; on ne les voit point jouer entre eux , ils sont sans gatté comme sans innocence (i). La jeunesse est plus triste encore et ne connaît que des jouissances impures ; enfin la plupart des hommes faits ont en partage F engourdissement, r ennui, le goût de l'eau-de-vie de sucre.

On verra, par la suite, combien les unions légitimes sont rares dans la capitale de la province : on se marie un peu davantage dans les campagnes ; cependant le concubinage y est aussi très-commun. Il ne faut pas s'en prendre seulement au go&t du libertinage et à F entraînement du mauvais exemple ; beaucoup de gens se trouvent réellement dans l'impossibilité absolue de se marier. En efiet, on ne j)eut contracter d'alliance légitime sans l'approbation du vigario da vara (2), qui ne l'accorde qu'au prix de 10, 13 et même 18 oitavas (7S fr., — 112 fr. 50, — 135 fr.). La plupart des cultivateurs, dont l'indigence est extrême, ne peuvent payer une somme aussi forte et passent leur vie dans le désordre. C'est ainsi que des membres du clergé, qui, s'ils

(1) Ce portrait couvient malheureusement à bico d*autres enfants brésiliens qu'à ceux de Goyaz.

(2) J'ai fait connaître ailleurs les fonctions fort étranges du magistrat ecclésiastique appelé vigario da vara (voyez mon Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro, etc., 1 , 17fi).

étaient vraiment chrétiens, devraient encourager les unions légitimes , y mettent des obstacles par leur cupidité.

Au milieu des défauts qu'il doit à de fâcheuses circonstances et à une administration coupable, le peuple de Goyaz m'a paru bon et montre habituellement des mœurs douces. A la vérité, des passions exaltées, la jalousie, le désir de la vengeance, le portent assez facilement au meurtre ; mais il n'est peut-être jamais arrivé que Ton ait assassiné quelqu'un dans le but de le dépouiller.

Dans ce pays, comme à Minas, on ne paye point ses dettes; il s'en faut qu'une parfaite délicatesse préside toujours aux transactions, et l'habitude de faire la contrebande de l'or ou des diamants, celle de falsifier l'or en poudre doivent nécessairement encore entretenir la mauvaise foi. Mais il est sans exemple qu'on soit jamais entré dans une maison pour la piller, et cependant il y en a qui riestent, pour ainsi dire, toujours ouvertes; on ne dévalise point les voyageurs sur les chemins, et mille fois mes eifets ont été entourés de gens de toutes les classes sans que jamais la moindre chose ait été détournée.

Il en est des Goyanais comme de leur sol : presque partout il ne donne naissance aujourd'hui qu'à des plantes stérilas; la culture et queRiues soins intelligents suffiraient pour lui faire produire d'abondantes récoltes. L'administration a conduit à une véritable dégradation les malheureux colons de la province de Goyaz ; il est temps qu'elle fasse des efforts pour les rendre à la dignité d'hommes et de chrétiens; d'heureux germes existent encore chez eux, il ne faut que les féconder. J'ai montré combien il serait facile de faire fleurir l'agriculture dans ce pays et d'en tirer des ptoduits qui puissent être exportés avec avantage ; que l'on fasse

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quelques efforts pour atteindre ce but, que Ton change entièrement le mode de percevoir TimpAt, enfin que le colon ait un grand intérêt à cultiver, il sortira de Tapathie où Fa plongé l'extrême difficulté, je dirai presque, Tiropossibilité d'améliorer son sort. A mesure que l'agriculture commencera à fleurir et que l'on recueillera des produits susceptibles d'être exportés, la nécessité d'admettre l'or en poudre comme monnaie deviendra moindre, on pourra en restreindre, puis en défendre entièrement la circulation ; alors la falsification des valeurs représentatives ne sera plus une habitude universelle, et peu à peu la bonne foi pourra renaître. Que les unions légitimes soient honorées, que Ton admette seulement des hommes mariés dans les emplois publ ics , qu' on supprime l'impôt aussi immoral qu'exorbitant prélevé sur les mariages par le vigario da vara , le concubinage deviendra moins commun, la population augmentera (!}, et elle ne sera plus embarrassée de cette foule d'enfants qui , dès l'instant de leur naissance, n'ont sous les yeux que de mauvais exemples, qu'un caprice de leur père peut plonger dans la misère, qui ne connaissent ni les liens de la famille ni ceux de la société , et qui , dans un pays où tant de ressources existent, passent leur vie à mendier. Il serait nécessaire encore de diviser les paroisses, de mettre un terme è la simonie, d'exiger des pasteurs qu'ils fissent des instmctions tous les dimanches et qu'ils catéchisassent les enfants; mais, il est triste de le dire, il y a bien peu à espérer du clergé goyanais

(1) La continence publique est naturellement jointe à la propagation de Tespèce Qui pourrait se taire contre le célibat qu'a formé le libertinage, celui où les deui sexes... fuient une union qui doit les rendre meilleurs , pour virre dans celle qui les rend toujours pires ( Moirris- QUiEU , Esprit des Ms , liv. XXIH , chap. ii et xxi) ?

pour la régéoération du peuple qu1I detrait être jaloux de tirer de son abrutissement. J'ai été témoin de l'heureuse influence qu'exerça sur les habitants de Goyaz un prêtre étranger (1) qui, en leur donnant d'utiles conseils sur la manière de cultiver leurs terres, les édifia, quelques instants, par ses sages exhortations et par l'exemple de ses vertus. Qu'on repousse des préjugés absurdes de nationalité et des préjugés philosophiques qui, aujourd'hui méprisés en Europe, mais nouveaux chez les Brésiliens, passent encore parmi eux pour de la force d'esprit (2) ; que l'on fesse venir à Goyaz quelques ecclésiastiques étrangers» afin de rappeler ce peuple à lui-même et de le rendre è la dignité d'hommes ; qu'on renouvelle de temps en temps ces missionnaires, pour qu'ils ne se laissent point amollir par la cha-

(1) Le p. Joseph, dont je parlerai bientôt.

(2) Dans an ouvrage imprimé en 1845» M. Kidder, après avoir dit qu'il se fait souvent, k Rio de Janeiro , des ventes de livres , gémit de ce que les écrits délétères , c*est ainsi qu'il s'exprime , des prétendus philosophes français se trouvent toujours en grand nombre dans ces bibliothèques et ne manquent jamais d'obtenir des acheteurs. On envoie dans les colonies les modes de l'an passé , et elles y sont prises pour celles du jour; c'est ainsi que les écrivains français de l'autre siècle excitent aujourd'hui , dans les villes du Brésil , cet enthousiasme qu'ils inspirèrent, de leur vivant, à une génération licencieuse dont ils caressaient rimmortalité. Les habitants de l'Amérique du Sud ne savent point encore que , chez nous , croyants et incrédules ont réduit à leur véritable valeur les livres des sophistes contemporains de Louis XV ; ils ne savent pas que la science moderne a ftdt justice de toute cette érudition de mauvais aloi , qui fut jadis un moyen facile de succès et dont on se servait comme d'une arme pour attaquer ce qu'il y a de plus respectable. Au reste, de nobles pages, que j'ai lues avec bonheur dans l'excellent recueil intitulé Minerva Brasiliense (Rio de Janeiro, 1843-45), prouvent suffisamment que, parnd les Brésiliens, des esprits élevés connaissent la vérité tout entière et savent dignement lui rendre hommage.

leur da climat et entraîner par les mauvais exemples; qu'on établisse un séminaire pour former les jeunes prêtres k la science et aux bonnes mœurs (1) ; enfin que Ton confie les enfents è ces hommes dévoués qui, depuis qu'un génie puissant les rappela sur le sol de la France, ont rendu tant de services au fils du pauvre, Ton verra le peuple goyanais se relever, acquérir des vertus et prendre place dans la société

civilisée £t moi, si j'apprenab que ma faible voix a pu

être entendue, que quelques-uns des conseils que je donne ici avec timidité ont porté leur fruit, je ne regr^terais plus d'avoir passé dans des déserts, au milieu de privations toujours renaissantes, loin de ma famille et de ma patrie, les plus beaux jours de mon existence ; je ne pleurerais plus la perte de ma santé ; je pourrais me dire : J'ai payé la dette de rhospitalité, et mon passage sur la terre n'a pas été inutile.

(1) Je traiterai ailleurs ce point important , sur lequel a déjà beaucoup insisté Monsenhor Pizarro dans son précieux ouvrage. — An moment de livrer ce qui précède à Timpression, je lis, dans le rapport fait à rassemblée législative générale du Brésil , le 7 mai 1846, par le ministre de la justice, M. José Joaquim Torres, les paroles suivantes, que je suis heureux de pouvoir encore ajouter ici : «... Le manque d'ecclésiastiques « doués des qualités nécessaires pour remplir leur ministère sacré est, « k mes yeux, la principale source du mal ; pour y remédier, il me parait M convenable d'établir des séminaires dotés de fonds suffisants, où puis- « sent être élevés , dès leur jeune âge , ceux qui veulent se consacrer au « sacerdoce. Je ne puis m'empècher d'insister sur ce pomt et de le re- « commander k toute votre attention {Anntiario, 1846, 123). » Je vois avec grand plaisir, dans le même rapport, que le gouvernement brésilien a appelé de Rome 33 missionnaires pour les répandre en diverses provinces. Celle de Goyaz n'est malheureusement pas comprise dans le nombre. .

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