CHAPITRE PREMIER
VOYAGE DE BIO DE JAKEIHO A UBA', PAE FOETO DA ESTEELLA ET LA GEANDE EOUTE DE MINAS GEEAES.
L'uitenr s'eonbarqae sur la btie de Rio de laneiro.— Lt riyière d7fiiltimirHn, —• Le village de Porto da Eslrella. — Détails sur la route de Minas. --LVglise de Nos9a Senhora da Piedade <Plnhumirim.^Vhêr InUtion de Mandioea.—hà S^rra da E$irêlla.-~ TamanUi,-- Padre Correa. — Sécheresse. — Eéflexioos sur Fagnealtore brésilienne. •— Béflexions sur Tesclayage. — L^auteor revoit Thabitation dVhu. — Poftrait d^nn muletier.
J'ai dit , dans la rdation de mon voyage sar le Httoral du Brésil, qu'après m'ètre embarqué à Villa da Victoria j'étais arrivé à Rio de Janeiro au bout de quatre jours. Bientôt je m'occupai à faire de nouveaux préparatib pour
2 VOYAGE AUX SOCRGES
aller visiter les provinces de Goyaz, Saint-Paul, Sainte- Catherine et Rio Grande do Sul. Avant de parcourir la côte, j* avais demandé au ministère portugais un passe-port quî me permit d'étendre mes voyages jusqu'à Matogrosso ; mais rentrée de cette province m'avait été interdite, sans doute par un reste de cette défiance qui avait porté , pendant si longtemps, ie gouvernement du Portugal à éloigner les étrangers de sa riche colonie. Au reste, quoiqu'il me fût défendu de franchir les frontières de Goyaz, on laissait encore à mes recherches un champ assez vaste.
Les préparatifs de mon voyage me prirent un temps considérable (1). Il faut avoir habité Rio de Janeiro à cette époque pour se faire une idée de la lenteur avec laquelle y travaillaient les ouvriers; la moindre bagatelle y devenait une affaire interminable. Je surmontai enfin tous les obstacles, et, le 26 janvier 1819, je m'embarquai sur la baie de Rio de Janeiro, pour Porto da Estrella (Port de l'Étoile), petit village où vient aboutir la route de Minas Geraes, province dont je devais parcourir la partie occidentale avant d'arriver à Goyaz.
On a vu, par mes deux premières relations (2), qu'à l'endroit appelé Encruzilhada , cette route , venant de la capitale de Minas (Ouro Preto) , se divise en deux embranchements, l'un , que Ton nonune le chemin de terre ( caminho da terra) , qui conduit directement à Rio de Janeiro,
(1) J^embaUai ayec le pins grand soin les nombrenses coUections que j'avais formées jnsqn'alors et les laissai entre les mains de M. Maller, eonsol général de Pranee, qui, pendant m«n séjour au Brésil, m'a comblé de mvqaes d'amitié et m'a rendu tons les services qni qnt dépendu de lui. Qu'il reçoive ici l'expression de ma reconnaissance.
(2) Voyage dans la province de Rio de Janeiro, etc., vol. I, p. 60. — voyage dam le district des marnants , vol. ! , p. 281.
IKJ aïO DE s. FRANCISCO. 3
et Tautre^qui ne s'étend pas plus loin que Porto da Estrella, où il faut s'embarquer pour se rendre à la capitale du Brésil. Je ne connaissais pas encore ce dernier embranchement; c'est celui que Je me proposais de suivre pour entrer dans la province des Mines.
Après une courte navigation, j'arrivai à l'embouchure du Rio d^Inhumirim ou da Estrella, une des petites rivières, si nombreuses, qui se jettent dans la baie de Rio de Janeiro (1). On sait qu'une chaîne de montagnes s'étend, parallèlement à la mer, dans une grande partie du Brésil , et laisse, entre elle et le rivage, un espace plus ou moins considérable : ici l'intervalle n'est pas même de 5 lieues portugaises. Je commençai à le parcourir en remontant le Rio da Estrelia , qui serpente, au milieu des Hangliers (2),
(1) CeUe rivière, où poUalent d'innombrables moustiques et d'autres diptères malfaisants, prend sa source dans la chaîne maritime, et elle a , à son embouchure , 50 à 60 pas de largeur; dans son cours , qui est de peu d'étendue , elle reçoit les eaux du Aio da Crm% ou de Sanla Crux , du Cafuaba et du SaracuT^na ; enfin un canal établit une communication entre eUe et le Rio do Pilar ( Eschw., Joum,, U , 66.~Ca- ZAL, Corog., U, 14. — Pu., Mem. kisL, m, 265). Le nom de Aio da Eiêrella est le seul , à ce qu'il m'a paru, par lequel on la désigne aujourd'hui dans le pays ; cependant je dois dire que celui de Rio (flnhumirim a été admis par Caxal et son traducteur, Henderson ; par Eschwege, Haddi , Pohl , Frejdnet, Spii et Martius. Quant à Pizarro, il dit que le mot inhumirim est une corruption d'Anhwn^mirim, et il adopte ce dernier mot , qui , selon lui , voudrait dire , dans la langue des Indiens , champ petit. Escbwege a déjà fait remarquer que Mawe avait, à tort, appelé Moremim la rivière dont il s'agit : ainsi U serait inutile de s'appesantir sur cette erreur.
(2) Avec les colons de Saint-Domingue et même plusieurs naturalistes, Antoine-Laurent de Jussieu et Achille Richard, j^emploie ici le nom de Mangliers comme un terme générique applicable à plusieurs végétaux ligneui des plages de l'Amérique équinoiiale. Ce sont des Rhixophora Mançle, des Avicennia, des ConocarpiM , que MM. Spîx
dans un terrain marécageux. De distance en distance, cette rivière côtoie de petites collines sur lesquelles on aperçoit ordinairement une modeste habitation entourée de Bananiers. Dans le lointain, je voyais s'élever une portion de la chaîne maritime, dont Taspect varie à mesure qu'on remonte la rivière. Le ciel , parfaitement serein , était de l'azur le plus éclatant; la verdure des Mangliers et des autres arbrisseaux qui bordent le petit fleuve avait cette fraîcheur qu'on ne saurait s'empêcher d'admirer dans tous les environs de Rio de Janeiro , et la vivacité de ces couleurs brillantes formait un agréable contraste avec les teintes vaporeuses des montagnes.
J'étais parti à midi de Rio de Janeiro ; j'arrivai à six heures à Porto da Estrella , où déjà la rivière a fort peu de largeur. Ce petit village appartient à la paroisse d'Inhumirim et ne possède qu'une chapelle bâtie sur une hauteur et dédiée à Notre-Dame (1). Depuis que je voyageais dans le Brésil , aucun lieu ne m'avait ofTert autant de vie et de mouvement que Porto da Estrella. On a peine à se recon-
et Martius indiquent comme croissant à l'embouchure du Rio da Estrella {Reige in Br<uilien, 1, 153). — 11 paraîtrait, d'après ce que dit Pizarro {Memoritu his(or., VU, 19), que la destruction des mangues (le Rhizophora Mangle , et peut-être d'autres espèces de Mangliers) , dont Técorce est fort utile dans le tannage , donna lieu autrefois à de vives discussions entre les autorités civiles et ecclésiastiques du Brésil. — Très-probablement, dans un but de conservation, les jésuites et Térèque de Rio de Janeiro s'opposaient à ce qu'on abattit ces arbres ; mais un décret ( car ta regia)dn 4 décembre 1678 permit qu'on les coupât, sans avoir égard aui censures de l'évèque et des pères de la compagnie de Jésus. Plus tard, cependant, l'administration civile modifia un peu ses idées destructrices; car un alvarâ du 9 juillet 1769 défendit de couper les mangues , à moins qu'ils n'eussent été auparavant dépouillés de leur écorce au profit des tanneries.
(1) Piz., Mem. At«l., 111,261.
DU RIO DE S. FRANaSCO. 5
natere au milieu des mulets qui partent ou qui arrivent , des ballots» des muletiers, des marchandises de toute espèce qui encombrent ce village. Des boutiques assez bien garnies fournissent aux nombreux voyageurs ce dont ils ont besoin (1). -D'ailleurs il n'existe, autour de Porto da Estrella, aucune habitation considérable (1819); mais on cultive un peu de café dans ses alentours. La première maison qui se présente est le rancho , destiné à abriter les caravanes ; c'est un bâtiment très-long , divisé en espèces de cellules par des cloisons en terre, et au devant duquel le toit prolongé forme une vaste galerie dont les piliers sont en briques (1819). Chaque caravane s'établit dans une des chambretteâ du rancho , y arrange son bagage et y fait sa cuisine : là aucune espèce de commodité , pas même une table, pas même un banc, et, lors de mon passage, on voyait le jour à travers les cloisons mal entretenues (2).
Je trouvai à Porto da Estrelia mes mulets , que j'y avais fait conduire par terre. Les serviteurs qui devaient m' accompagner étaient le muletier, qui m'avait déjà suivi jusqu'an Rio Doce; l'Indien Firmiano, que j'ai fait connaître
(1) Seloo M. Pohl {Reise, 1, 176), une venda serait attachée à chaque ■Mîson ; HM . Spix et Martias , plas eiacts , se bonient à dire, en parlant de Porto da EstreHa, qii*U s*y trooye quelques vendcu {Beise, I, 156).
it) M. J. F. voo Weech , qui a passé , quelques années après moi , h Porto da Estrelia, confirme ce que je rapporte ici du mouvement qui y règne, et ajoute que continuellement on y construit de nouvelles maisons {Reis€, U, 138). On m*a même assuré que ce village avait reçu du gooTememeat actuel le nom de ville, et c'est effectivement celui que lui donne, dans son livre, le comte de Suiannet (Souv., 259). Je n'ai pas besoin de dire que Porto da Estrelia ne porte point le nom d'aldea, que lui attribue M, Walsh ; c'est seulement aux villages des Indiens que Ich Brésiliens appliquent ce mot.
dans mes Relations précédentes; mon domestique Prégent, dont la santé s'altérait chaque jour davantage, et un autre jeune homme, également Français , Antoine Laruotte, qui devait aider Prégent dans son travail.
Il est difficile de voir une route plus fréquentée que celle de Porto da Estrella à Minas, et, si elle Tétait moins lors* que j*y passai en décembre 1816 (1), c'est qu'au temps de Noël, qui est, pour les Brésiliens , l'époque de la réunion des familles, peu de muletiers se mettent en voyage. Cette route, ouverte, il y a environ un siècle et demi , par le guarda môr Garcia Rodrigues Paes (2) , a surtout acquis de l'importance depuis que l'on cultive le coton à Minas Novas (3) , et que l'on a commencé à exporter le café du midi de la province des Mines; ce qui, lors de mon séjour au Brésil, ne datait encore que d'un petit nombre d'années. Le jour où je fis halte au rancho de Boa Vista da Pampulha, dont je parlerai bientôt, cent trente mulets s'y étaient arrêtés, et ce rancho n'est pas un des plus considérables du canton : par là on peut se faire une idée de la quantité prodigieuse de bètes de somme qui devaient se trouver en marche sur la route tout entière.
Jusqu'à Encruzilhada, lieu où je quittai le grand chemin, se succèdent, à de faibles intervalles, les fazefidas , les ranchoSy les vendas, les ateliers de maréchaux ferrants. La multiplicité de ces établissements ne surprendra pas : les cultivateurs doivent naturellement se rapprocher d'une
(1) Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro et de Minas GeraeSy vol. I.
(2) Piz., Mem. hist.y IV, 102, et VII, seconda part., 2.
(3^ Voyage dans les provinces de Bio de Janeiro et de Mina4 Cernes, vol. H.
route très-fréciBeiitéey près de laquelle ils peuvent trouver facUem^t le débit du produit de leurs terres ; les hommes qui tiennent les vendus ont l'occasion de se défaire de leur lard , de leur cachaça y de leur farine , et , en général , des comestibles qui font T objet de leur commerce; enfin les maréchaux ferrants peuvent être souvent appelés à exercer leur industrie. Le maïs est la denrée qui se vend le plus généralement , parce qu'elle fait la nourriture des mulets et que les caravanes n'en portent point avec elles (1).
Quelque fréquentée que soit cette route , il ne faudrait pas que le voyageur anglais, français ou allemand s'attendit à y trouver les ressources que lui offrent, dans sa patrie , les hôtelleries les plus médiocres. Un établissement du genre de nos grandes auberges n'aurait probablement ici aucun succès ; les hommes qui parcourent ce pays sont accoutumés à la frugalité et à des privations continuelles. Les provisions qui leur sont indispensables, ils les chargent sur leurs mulets, et, si les propriétaires des vendas les garnissaient moins mesquinement, peut-être auraient-ils le chagrin de voir une partie de leurs marchandises se perdre dans leurs boutiques.
Ce n'est qu'à Mandioca (manioc], éloigné de 5 lieues portugaises de Porto da Estrella , que l'on trouve la chaîne
(1) On troQTeradans moQ Voyage à Minas Geraes, etc. (vol. l , 208, 64, 65, 66), Teiplicatioa détaillée des mots fazendas, ranchos, vendai, eaehaça, Iropa on caravane. Je me bornerai à redire ici qu^une fasenda est une liabitation rurale de quelque importance , que les ranchoê sootdes hangars destinés h serrir d^abri aux voyageurs, que le carhaça est le tafia du pays , qu'on appelle vendat des cabarets où Ton ▼end DOD'^iilemeDl de Teau-de-vie de sucre , mais encore des comestibles : enfin que les caravanes de mulets ( tropas ) sont divisées en lots { lotes ) de sept bêles , conduite chacun par un touchcur ( locador).
maritime. Jusque-là le pays est parfaitement plat.
Le chemin que Ton suit en sortant de Porto da Estrella , tortueux , mais assez large , est bordé des deux côtés par de grands taillis [cœpoeiras) qui, sur la droite, laissent, de temps en temps, entrevoir les montagnes, et au milieu desquels croit un nombre infini de ces belles Mélastomées à fleurs violettes qu'on appelle flor de quaresma (i). Malgré la poussière qui, lors de mon voyage, s'élevait sans cesse sous les pieds des mulets et des voyageurs , la verdure conservait encore une fraîcheur extrême.
 environ i lieue et demie de Porto da Estrella, le chemin aboutit à une place très-grande sur laquelle s'étend un magnifique gazon. C'est là qu'à gauche, au pied d'une colline couverte de taillis, a été bâtie l'église paroissiale de Nossa Sefûiora da Piedade d'inhumirm (2). Sur la droite sont quelques maisons, et, du môme côté, on a devant soi la chaîne maritime. Ce paysage si simple offre qudque chose de riant et de majestueux, et, à l'époque de mon voyage, il empruntait encore des beautés à l'azur brillant
(1) Soas ce nom Fou comprend » comme j'ai eu occasion de le dire aiUeors , plusieurs espèces qui se ressemblent par rélévatiôn de leur tige et la gn^ndeur de leurs fleurs.
(2) MM. Spix et Martius indiquent cette église comme une simple chapelle {Reise, l, 158); mais Cazal, Eschvege et Pizarro disent expressément qu'elle est paroissiale , et le dernier ajoute que ce fut en 1G96 qu*elle fut érigée en paroisse. Pendant longtemps , le territoire qui en dépendait s'est étendu , du côté du nord , sur la route de Minas» jusqu'à la faxenda de Governo » qui est éloignée du fleuve Parahyba de 2 lieues environ (Eschw.), et où commence la paroisse dite da Parahyba Velha, Quoiqu'un assez grand nombre de chapelle^ se fussent élevées sur ce territoire , ou Gnit par reconnaître qu'il était trop vaste pour une seule paroisse, et, en 1815, on en détacha tout ce qui se trouvait au delà de la chatue maritime , pour en former une portion de la paroisse nouvelle
da cid , i h feniiire alors sî firatche des gazons et des taillis y au calme profond qui régnait dans toute la nature.
Le jour où je quittai Porto da Estrella, je fis halte à la fazenda de Mandioca, située tout à frit au pied des montagnes. Cette fazenda^ qui appartenait au consul de Russie , M. Langsdorff (i ) , voyageur instruit et infatigable , ne peut manquer d'être célèbre dans Thistoire naturelle du Brésil ; car la plupart des savants qui étaient venus pour visiter cette partie de rAmérique, à Tépoque du premier mariage de don Pedro V\ passèrent quelques jours à Mandioca, et y recueillirent beaucoupd' objets intéressants (2). Il est impossible » en effet , de rencontrer une localité où le naturalbte paisse faire de plus belles récoltes. À peine s'est-on avancé de quelques pas vers le nord» que l'on trouve les montagnes, qui présentent tantôt des rochers et taritAt des terres excellentes ; on est entouré de bois» les uns encore vierges» les
de s. José do Sumitkmro, Avint cette ditisioa, la paroiste de Nosea Senbora da Piedade d'Iobamirim comprenait plas de 480 feox et plos de 3,800 adultes (Jfem. ki$l., m, 255 et soiv.). 11 serait carieox de eenoattre d*iine manière précise les augmentations que ce canton , si voisin de la capitale et de la mer, a dû éproorer pendant les dernières années, et de les comparer arec les changements qui ont pn SToir lien dans rintérieor, à des distances de la cdte graduées aotant que possible, et sous des influences diverses et bien déterminées.
(1) M. Langsdorff avait accompagné Tamiral Krusenstem dans son Toyage autour du monde : on a vu , par ma première reUUion , que nous sommes allés ensemble jusqu*à Itajurû, dans la province des Mines, et, depuis, il a encore parcouru, sous la protection de Tempereur de Bnsçie, uœ partie de Tintérieur du Brésil.
(2) On trouve des détails sur Mandioca dans les écrits de PohI et de Spii. Raddi a donné le nom de M^ndiocana k un Oxalis que j'ai di^crit , avec détail, dans le Flora BroMiliœmeridionalis, 1 , p. 118.— Mandioca a été acheté par le gouvernement actuel , qui y a établi une fabrique de poudre (Garm., TraveU, 52f ).
autres en taillis, et de tous côtés coulent des ruisseaux qui contribuent à rendre la végétation aussi variée que vigoureuse.
J'ai dit ailleurs (1)^ qu'une cfaatne de montagnes se prolonge le long de la mer dans une partie du Brésil (Serra do Mar), et qu'elle est couverte de bois vierges ; j'ai ajouté qu'une autre chaîne plus élevée (Serra do Espinbàço) , s'avançant à peu près du nord-est de la province Saint-Paul , s'étend presque parallèlement à la première et ne laisse qu'une distance de 30 à 60 lieues entre elle et la Cordilièré maritime ; j'ai encore ajouté que la chaîne intérieure sépare toute la province des Mines en deux parties fort inégales, qu'elle divise les eaux du Rio Doce de celles du S. Francisco, qu'elle va se perdre dans le nord du Brésil ; enfin que l'espace compris entre les deux chaînes est coupé par d'autres montagnes, et que le pays qui s'étend d'une chaîne à l'autre est généralement couvert de bois comme la chaîne maritime (2); C'est ce réseau de montagnes boisées que j'allais d'abord parcourir. Je devais, me dirigeant vers le septentrion, monter la Serra do Mar, et la descendre ensuite, afin d'entrer dans le bassin du Parahyba ; je devais passer cette rivière, quitter la direction du nord pour suivre celle de l'ouest, traverser la chaîne intérieure, sortir alors de la région des forêts y trouver ^ à l'occident de la d^nière
(1) Voyez mon Voyage dans les provinceê de Rio de Janeiro y etc., vol. I, p. 68.
(2) On Terra , par la suite » qa*il y a one exception pour la partie la plus méridionale de l'espace compris entre les dent chaînes , et qae , depuis le yiUage appelé Forlo da Cachoeira jusqu'à la ville de Saint- Paul , on trouve un pays généralement plat ou ondulé , coupé de bouquets de bois , de marécages et de pâturages naturels entiëremeat dérouverUi.
chatne» la région des campas ou pays découvert , et m'y enfoncer pour me rendre dans la province de Goyaz , après avoir parcouru la partie la phis d^erte de celle de Minas Geraes.
A peinea-t-on commencé à monter la Serra do Mar, qu'on , voit le pays changer d'aspect. La nature ne perd rien de sa majesté 9 mais elle emprunte un caractère èpre et sauvage de l'élévation des montagnes , de leurs anfractuosités , des rochers nus qui s'y montrent au milieu des forêts, enfin de Ta verdure foncée du feuillage des arbres ; elle paraîtrait ossianique sans l'éclat brillant de l'azur des cieux.
La partie de la Serra do Mar au pied de laquelle est située Mandioca ^'appelle Serra da Estrella, nom sans doute emprunté à une montagne du Portugal située dans la province de Beira (1). Dans une étendue de 1 lieue et demie, depuis le bas de la Serra da Estrella jusqu'à son sommet, et SUT une partie de ce sommet lui-même, le chemin présente une véritable rareté pour le pays (1819) : il a été pavé, et, qui plus est, il ne l'a point été mal. Cependant, quoique ses sinuosités aient été ménagées avec assez d'art, il ne laisse pas d'être difficile pour les hommes et pour les animaux. Lorsqu'on est arrivé à une certaine hauteur, on découvre une grande partie de la plaine allongée que l'on a parcourue en venant de Porto da Estrella , et qui , couverte de gazon, serpente entre des colh'nes boisées comme un ruban ondulé et d'un vert tendre. Parvenu au point culminant, je me trouvais à 3,607 pieds anglais (1,099™, 55) au-dessus du niveau de la mer (2) , entre les eaux qui se jettent dans la baie de Rio de Janeiro et celles qui grossis-
( 1) Voyez EscHWECE , Journ, von Bras., Il , 71 . •2) Mesure erajirunti^e k von Fsohwopp.
sent le Parahyba. Alors je commençai à descendre pour me rendre dans la vallée où coule ce fleuve » et après avoir fait 3 lieues environ , depuis Mandioca» je m'arrêtai au rancho de la fazmda de TamaratI (1) , que je trouvai encombré de muletiers et de marchandises.
Cette fazenda, située à une hauteur encore très-considérable, mais dans un enfoncement, est entourée par des montagnes arrondies à leur sommet et couvertes de bois. L'une d'elles se termine par une croupe taillée à pic où le rocher nu et noirâtre présente à peine, çà et là , quelques plantes grasses; au-dessous du rocher, sur une pente trèsroide, on voit un taillis, et c'est au bas de cette pente qu'ont été bâtis la fazenda et le rancho ; à peu de distance, sur le bord de la route, un autre rancho sert de supplément au premier ; dans une vallée étroite coule un ruisseau dont le murmure s'entend du rancho (S), et quî, ^ns aucun doute, réunit ses eaux à celles du Piabanha [S] , l'un des affluents du Parahyba ; sur une pente, on voit une vaste plantation de maïs. La hauteur des montagnes, les bois sombres qui les
(1) Piiarro a écrit Itamarati {Mém,, vol. m, 264), et Luccock {Notes, 875 ) Itamareté, Peut-être ce dernier mot indiqae-t-il la véritable étymologie de Tatnarati, qui viendrait des mots guaranis ita, pierre, et mbaraeté, fort (Ant. Ruiz de Montoya, Tes.Ung. gtMtr.)» ou d'autres mots analogues empruntés à quelque dialecte voisin du guarani. Si cette étymologie n^est point erronée, comme cela est vraisemblable, il est clair qu'il ne faudrait pas, avec le général Raimundo José da Cunha Mattos , écrire Tamaraty,
(Ti D'après ce qu'ont écrit Pizarro et M. Raimundo José da Cunba Mattos (Mem, hisL, m, 264. — Itin,, 1,0), il est évident que ce ruisseau est» le Rio Tamarali ou llaimaraH -, qui, selon le premier de ces écrivains, vient du levant, pour se jeter, après un cours d'une lieue, dans le Piabanha.
(3) Le nom de PiatHinha est celui d'un poisson d'eau douce. C'est à tort que Bl^awe écrit Piabunha, Luccock Piabuna, et Walsb Piabunda.
couvrent, ce large rocher noirâtre qui domine la fazenda y la vallée ^oite qui se dessine au-dessiAis d'elle donnent à tout ce paysage 1* aspect le plus sévère.
Au delà de Tamarati , le chemin suit, à mi-côte, les sinuosités de la vallée dont je viens de parler et où coule le Piabanha. Toute la contrée présente ce caractère sauvage qu'ont en général les pays de montagnes et de bois. Bientôt on passe près d'une belle fazenda appelée Samnmbaia (i). Un peu plus loin, la vallée, jusque-là assez étroite, s'élar^ git , et l'on voit les bords de la rivière, planteur de cognas^ siers alignés avec soin, qui, à l'époque de mon voyage, étaient chargés de fruits mûrs : on est alors sur les terres d'une fazenda uppelée Padre Correa (2), du nom d'un ecclésiastique, son propriétaire. Après les cognassiers, viennent de nombreux pêchers sur lesquels je vis également des fruits mûrs (39 janvier). Quant à la fazenda elle-même, elle a été bètie dans un grand espace que les montagnes laissent entre elles, et qui est tout à la fois sans inégalités et de niveau avec le chemin (3). L'aspect de cette vallée
(1) Sanumièaia, ou mieox encore Çamambaia, est le nom de là grande Ibngère qui, en Unt de lieai, s'empare des terrains antrefois en culture.
(2) Ce n'est ni Padre Correo , comme ont écrit Mawe , Luccock et Suzamiet, ni Piidre Corré, comme écrit Henderson. — Un des voyageurs que je viens de citer dit (Sc2., Sow),, 266) que Padre Correa est aujourd'hui du village; il aura été trompé, sans doute, par la vaste etôidue des bâtiments qu'il y a vus ; car M. Oardner, qui mérite toute confiance et a passé par le même lieu en 1S40, ne lui donne encore que le nom de fasenda (TraveU , 522 ).
(3) Da Cunlia Mattos dit ( Ilin., 1 , 10) qu'il existe dans là coUr ( terrefro ) de la fazenda de Padre Correa un arbre tellement touiln , que, an milieu du jour, il pourrait couvrir de son ombre un bataillon tout entier. Cet arbre aurait presque rivalisé avec celui qui abrita la petite armée de Cortex.
si bien cultivée, au milieu des montagnes âpres et sauvages qui la bornent, a quelque chose qui surprend et qui charme; là, on peut voir ce que l'homme ferait dans ce pays avec plus d'industrie et plus d'efiforts. Uabbé Correa , qui faisait valoir l'habitation dont je viens de donner une description succincte, jouissait, à Rio de Janeiro, d'une grande réputation pour ses connaissances en agriculture , et il paraît qu'elle était justement méritée. Il avait profité de la température modérée de la Serra pour cultiver un grand nombre de plantes d'origine caucasique ou européenne , et l'on m'a assuré qu'il retirait beaucoup d'argent seulement des œillets qu'il envoyait vendre à la ville. Dans la saison où nous étions alors, il faisait partir, m'a-t-on dit, chaque semaine, pour Porto da Estrella , une troupe de mulets chargés de poches, et l'on ajoutait qu'il en vendait pour environ iO,000 cruzades. Ce fait, soit dit en passant, prouve combien la température de la Serra diffère de celle de Rio de Janeiro, car les pêchers ne donnent point de fruits dans les jardins de cette ville. A six heures du matin, dans la plaine, le thermomètre deRéaumur m'avait indiqué 23° 1/2, et, à midi , il indiquait, à Tamarati , dans la montagne, 22"" 1 /2 seulement.
Après avoir passé la fazenda de Padre Correa , je côtoyai une immense plantation de maïs. Plus loin , sur le bord de la rivière, des nègres étaient occupés à préparer la terre pour y mettre des haricots qui devaient être récoltés en juin. Ceux que l'on plante ainsi, de manière à pouvoir faire la cueillette dans l'hiver des tropiques, prennent le nom de feijoes da seea, c'est-à-dire haricots de la sécheresse.
Pendant longtemps le chemin avait suivi la rive droite du Piabanha ; on passe cette rivière sur un pont pittores-
DU AlO DE S. FRANCISCO. 15
que, et Ton côtoie sa rive gauche jusqu'au rnndio assez insigui^nt qu'on appelle Sumidouro (gouffre). Cest là que je fis haite le jour ou j'avais quitté Taniarati.
L'habitation la plus importante de celles que je vk entre Sumidouro et Boa Vista da Pampulba , où je m'arrêtai le jour suivant, est Secretario (secrétaire). Depuis cet endroit jusqu'à Boa Vista, dans l'espace de 1 lieue, je comptai encore quatre fazevèdas , mais elles sont peu considérables. Avant celle de Fagtmdes (i) » le chemin commence à monter; là on voit un ruisseau qui coule en sens contraire du Piabanfaa, que j'avais, comme je l'ai dit, côtoyé la veille , ^ , à la fazeuda de Fagundes, la montée devient très-roide. Les terres de ce canton sont bonnes et rendent , en maïs, 150 à âOO pour 1 ; mais l'extrême sécheresse qu'on éprouvait alors faisait beaucoup de tort à cette plante. Dans l'été de 1816 à 1817, les pluies avaient été peu abondantes, dies le furent excessivement dans celui de 1817 à 1818 ; la aécberesse se Gsôsait de nouveau sentir de 1818 à 1819, et, lorsque de 1819 à 1820, je traversais la province de Saint-Paul, je fus extrèmemrat coBtmrié par l'abondance des pluies. Il serait bon d'observer si cette alternance singulière se renouvelle souvent; mais ce que je puis dire, c'est qu'elle n'avait point été offerte par les étés immédiatement antérieurs à celui de 1816 à 1817 ; car , lorsque fêtais à Itabira de Mato dentro (2) , je sus par mon hôte, M. le capitaine Pires, que ce même été était le troisième
(1) Fagundes est un nom d'homme. U ne faut pas , comme Eschwege, écrire Ftçundes , ni Fagunda» comme le doclear Pohl, on Fagwnda coaime M. Walsh.
(9) Voyez mon Voyage éan$ kê provineu d€ Rio de Janeiro, etc., Tol. I, 269 et SUIT.
16 VOYAOE AUX SOURCES
OU Ton eût à se plaindre de la sécheresse, et il n'est nullement à croire qu'elle ait été limitée au canton d'Itabira.
Je reviens à mon itinéraire. Le cours du Piabanha suffirait pour montrer que, pendant longtemps, la route suit un plan qui incline vers le nord; cependant elle ne descend pas toujours, puisqu'il existe à Fagundes„ comme je l'ai dit , une montée rapide , et qu'alors on Toit un ruisseau qui coule en sens contraire du Rio Piabanha. L'habitation de Boa Vista da Pampulha se trouve plus élevée que Sumidouro, qui, pourtant, est plus rapproché de 3 lieues du sommet de la chaîne maritime , et , par conséquent , plus éloigné de la vallée du Parahyba ; mais ensuite , depuis cette même habitation jusqu'au fleuve , on descend d'une manière sensible (1).
La seule fazenda un peu considérable qui se trouve entre Boa Vista da Pampulha et Govemo, où je fis halte , est celle de Cebola (oignon] (2), dont la cour, très-vaste et entourée de nombreux bâtiments , est traversée par le chemin.
En me rendant de Boa Vista à Govemo , je m'amusai k questionner quelques nègres de Benguela , que je trouvai sur mon chemin. Ils me dirent que, dans leur pays, on cultive la terre conune au Brésil ; que l'on y coupe les bois
(1) Voici là note des bioteors qui oot^té prises par M. d'Esdiwege, depuis le sommet de la Serra jusque sur le bord da Parahyba :
Sommet de la Serra 3,607 pieds anglais oo 1,009",55
Corrego Seco 2,405 — 732-,80
Somidoaro 1,S05 — S49»,M
Boa Visu da PampuUia. . . . 1,975 ^ (t01-,7S
Bords do Parahyba 610 — 185*,86
(2) C'est à tort que Mawe a écrit Zakolla , Luecock Cebola^, Walsh. Saboola.
bV RIO DE S. FRANCISCO. 17
et qu'on les brftie, que c'est là l'ouvrage des hommes, et qu'ensuite les femmes et les enfants plantent et font la récolte. La ressemblance des pratiques que l'on suit à Benguela et de celles qui ont été adoptées par les Brésiliens ne doit cependant pas faire penser qu'en agriculture les nègres, barbares et esclaves, aient été nécessairement les maîtres des Portugais plus civilisés. Quand ceui-ci arrivèrent en Amérique, ils y trouvèrent leur méthode actuelle de cultiver en usage parmi les Indiens, et ce serait probablement à ceux-ci plutôt qu'aux Africains qu'il faudrait en faire honneur (1). Mais, lors même que les Portugais n'auraient point eu sous les yeux de modèle pour cette méthode, l'impérieuse nécessité la leur aurait sans doute bientôt enseignée. Qu'auraient-ils pu imaginer, en effet, quand ils auraient voulu planter dans un bois vierge, si ce n'est de couper les arbres et de les brûler? Il serait donc injuste de leur faire un reproche d'avoir commencé de cette manière; mais ce dont on pourrait , avec raison , blâmer aujourd'hui leurs descendants, c'est de continuer à brûler les forêts , lorsque tant de terrains découverts et faciles k labourer sont à leur disposition ; c'est de priver, sans nécessité, ceux qui viendront après eux des ressources si nombreuses que présentent les bois ; c'est de courir le risque de dégarnir leurs montagnes de terre végétale et de rendre leurs eaux moins abondantes; c'est, enfin, de retarder les progr^ de leur propre civilisation , en se disséminant chaque jour davantage dans leurs vastes déserts pour y trouver des arbres à incendier.
Les nègres de Benguela , dont j'ai parlé plus haut , me
(1) Voyez mon Voyage dan9 le district des IHamants» etc., U, 271.
dirent qu'ils avaient été enlevés, étant encore enfants , par une horde voisine de la leur, lorsqu'ils étaient occupés dans la campagne avec leur mère. Si la traite était bien franchement abolie, de pareils enlèvements n'auraient plus lieu chez les Africains, ou du moins ils deviendraient plus rares , et la principale cause de guerre cesserait parmi ces peuples. Mais, dans l'état actuel des choses , il faut , au Brésil , éprouver le dégoût d'être servi par des esclaves, ou se résigner, comme je l'ai dit ailleurs, à être soi-même à la merci des hommes libres que l'on emploie; j'en ai fait trop souvent la triste épreuve. Vers Governo, mon muletier me déclara qu'il était décidé à retourner chez lui, et j'obtins avec beaucoup de peine qu'il ne m'abandonnerait pas dans un lieu où j'étais inconnu, mais qu'il me conduirait jusqu'à Ubé (1) , où j'avais l'espérance de le remplacer. D'un autre côté, à peine étais-je arrivé à Porto da Estrella que le pauvre Prégent avait voulu se rembarquer pour Rio de Janeiro , a6n d'y aller chercher une bagatelle assez inutile, et m'avait fait une scène qui s'était prolongée pendant plusieurs jours. Ainsi je m'étais trouvé entre deux hommes dont l'un prétendait que j'avançasse et l'autre que je retournasse sur mes pas. Je n'entrerai pas dans le détail de ces tracasseries; je me contenterai de dire qu'en continuant ma route avec les gens qui m'accompagnaient alors, je montrai plus de persévérance peut-être que dans aucune autre circonstance de ma vie.
(1) Voyez mou Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro, etc., 1 , 28. — C'est h tort que Luccock a écrit Uva, au lieu d'Ubà. Ob trouve aussi Uva daos une Description de Rio de Janeiro, qui a été imprimée dans les Nouvelles annales des voyages, vol. IV, et où les géographes feront bien de ne point aller chercher des renseignements.
A Eficroxilbada (1), je quittai » pour me rendre à Ubé, la grande route de Minas Geraes (S); feutrai dans le chemin de terre {cammho da terra) (3), me rapprochant ainsi un instant de mon point de départ , et , au lieu appelé Socopîra (4) , je pris le chemin de traverse qui devait me cotidnireè ma destination. Je parcourus |es lieux que j* avais déjà visités Tannée précédente, et enfin f arrivai à Ubâ.
Ce fol la dernière fois que je revis cette habitation , où j'avais passé de si heureux moments et où j'avais pu me Kvrer au bonheur d'observer une nature aussi brillante que
<1) Ce doit être ce lieu que Pohl et Esehvege appellent Lucoê : le dernier dit même qae Laeas porte un autre Dom qui lui a échappé. Encruziikada est, au reste, un mot générique qui désigne tout einbranchement.
(2) Da Ganha Ifattos ét^llt comme il suit l'itinéraire de Rio de Janeireà Oeivèmo :
De Rio de Jaoevro à Porto d^ Estrella 5 legoas.
— — Mandioca 2
— — Padre Correa 5
— ~ Rancko do Almeida. ... 31/2
— — Boa Visu da¥ampulba. . 2 1/2 ' — — Govemo 2 1/2
20 1/2 legoas.
Q îêXkX se rappeler que les legoas ou lieues portugaises sont de 18 au degré.
(3) Le chemin de terré est celui que Ton prend lorsqu'on va de Blioas à lîo de Janeiro et qu'on yeut éviter de s'embarquer. (Voyez le Voyage danê tes ptominees de Rio de Janeiro, etc., I, 8, et celui dans le dis» tricl desDiamanU, etc., I, 281.)
(4) rai écrit aiUeurs Sucupira (Voyage dans le dislricl, etc., I> 282) ; mais je crois Torthographe que j'admets ici plus conforme h la pronoociatioD. 11 parait que l'on appeUe aussi sicupira l'arbre ou les arbres auxquels le lieu dont il s'agit ici a emprunté sou nom ; car c'est ailisi qu*0Dt écrit des homoBesqui doivent faire autorité. (Voyez F. Denis, Brésil , eo. — Gardm., Trav., 407.)
iO VOYAGE AUX SOURCES
variée, sans éprouver les privations par lesquelles il fallut, plus tard , acheter si cher les jouissances de mon voyage. M. Joâo Rodrigues Pereira de Àlmeida (1) n'était point à Ubé quand je m'y arrêtai ; mais , avant mon départ, il m'avait donné , pour différentes villes , des lettres de recommandation et de crédit qui me furent de la plus grande utilité. Sans son appui et son amitié, je le répète ici plein de reconnaissance, je n'aurais pas achevé mon voyage.
L'administrateur de sa belle habitation fit des démarches pour me procurer un muletier; il s'en présenta un qui était assez bien recommandé, et je m'arrangeai avec lui à raison de 7,200 reis (45 fr.) par mois. José Marianno, c'était son nom, avait un teint extrêmement foncé; mais, comme en même temps ses cheveux , dur^et noirs , n'étaient nullement crépus et que son nez était aquilin , je ne doute pas qu'un mélange de sang caucasique, nègre et américain ne coulât dans ses veines. Cet homme possédait au plus haut degré les bonnes et les mauvaises qualités qui caractérisent les métis; il avait une très-grande intelligence et une adresse peu commune ; mais il était à la fois imprévoyant , léger, prodigue et vaniteux. Souvent on le voyait gai et jovial ; alors il prenait des manières enfantines , et devenait câlin avec ses supérieurs ; il se plaisait à causer, et racontait avec esprit les histoires de tous les muletiers du Brésil, en se les attribuant à lui-même; il ne s'était probablement guère éloigné de Saint-Paul et de S. Joâo d'El Rei , mais, à l'entendre, il connaissait tout l'empire brésilien; il avait voyagé dans les Campos Parexis, qui sont si peu connus, et il y avait eu mille aventures merveilleuses ; son père, disait-
(1) Postérieurement à mon voyage, Temperenr don Pedro I*' lui conféra le titre de baron d*Ubâ.
il, était an blanc fort riche^ ses frères étaient des blancs, il m* accompagnait pour son seul plaisir, ou bien encore parce que l'infant don Pedro l'en avait prié avec instance. J'aurais été trop heureux, au reste , si l'on n'avait eu à lui reprocher que sa vanité excessive; mais, après quelques jours de bonne humeur^ sa physionomie changeait presque tout k coup d'expression; elle devenait sombre; il ne souriait phis, ne disait plus rien, ou, s'il laissait échapper quelques paroles, elles étaient empreintes de mécontentement et d'aigreur ; alors il devait certainement beaucoup souffrir. Sa mélancolie durait ordinairement nne semaine ou deux ; mais ensuite il reprenait sa gatté et il la perdait de nouveau quelque temps après. On verra plus tard combien de désagréments m'ont causés les bizarreries de cet homme , et combien elles me faisaient payer cher les services fort importants qu'il me rendait.