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De tout temps, la postérité a su rendre un tribut de reconnaissance à ces hommes courageux qui, pour servir la société, renoncent à ses douceurs et vont chercher les trésors inconnus de Ja nature dans les plages désertes et sauvages, C’est ainsi que lPadministration du Muséum d'Histoire naturelle, (Paris), voulut honorer Audré Michaux, en plaçant son buste sur la façade de la serre tempérée. Mais, si cet homme a droit d’être compté au nombre des bienfaiteurs de Phumanité tout entière, il a droit surtout à la reconnaissance des Canadiens en particulier, puise qu'on doit le regarder à juste titre comme Île premier fondateur de la Botanique en Canada. Avant lui, nous avions bien une courte histoire des plantesde notre pays publite en 1635 par Cornuti sous ce titre Planturum Cunadensium Ilisloria ; mais cet ouvrage ne contient que la description de quelques plantes peu nombreuses et disposées sans ordre méthodique. Charlevoix, dans son Iistoire du Canada, a reproduit cet ouvrage en français, et y a ajouté de nou-
velles plantes découvertes depuis, Kalm, célèbre disciple
ce Linnée el professeur d'Ilistoire naturelle à Abo, avait, en 1719—51, visité Amérique aux frais du roi de Suède, et avait méme étendu ses recherches jusque dans le Canada ; mais le fruit de ses paisibles conquêtes ne servit qu’à enrichir le Species Plantarum de sou grand maître (1). Quoiqu'il en soit, nous aimons à mentionner cette circonstance, puisque nous voyons par laque notre Botanique canadienne remonte à un temps assez reculé, et qu'elle touche pour ain: si dire à l’origine de la science, la Botanique en eflet doit à Linnée sa noincnclatureet saclassiieation rationelles, deux éléments qui coustituent vraimentune science, Nous pourrions attssi moutioancr Michel Sarrazin, médecin du Roi à Québec et membre correspondant de PAcadémie des Seicnces, Cet homme est le premier botaniste canadien dont le nom soit devenu célèbre par la découverte de la plante curicuse qui porte son nom, la Sarracenia purpurea. (2) A ces noms nous pourrions ajouter encore ceux du marquis de la Galissonnière, du docteur Gaultier (3), de P. Boucher, gouverneur des Trois-Rivières, et de plusieurs autres ; mais, comme notre intention n’est pas de faire l’histoire de notre Botanique, nous passerons rapidement sur ces noms ; notre
(1) On voit encore aujourd’hui dans le grand herbier de Linnée, les plantes cueillies par Kalm en Canada, Ces échantillons sc distinguent des autres par la lettre K, qu'ils portent,
(2) Nos gens de la campagne ont donné à cette plante le nom tont à fait vulgaire dePetits Cochons : en effet, ses feuilles creuses et contournées en cornet simulent la tête de cet animal. Cette plante qui fleurit en juin, se trouve abondamment dans les savanes qui avoisinent Québec.
(3) Le nom de ce médecin a été donné par Kalm à une petite plante très-commune dans nos bois, Gaultheria procumbens. On en extraitune huile essentielle qui porte le nom d'huile de gaultheria employée en médecine. Cahours dans son t aité de Chimie donne la composition tout à fait remarquable de cettehuile. Voyez Cahours Lesons de Chimie Vol 11,
Quelques botanistes se sont permis de changer le nom de cette plante et Ini ont substitué le nom de Guutieru, prétendant faussement que l’on devrait écrire Dr (autier. La véritable orthographe de ce nom est Gaultier comme il appert par les régistres de Notre-Dame de Québec, dans lesquels ’on'trouve la signature de ce médecin. (Voyez Régistre de 1751, août 26.) Au reste, il serait vraiment regrettable de changer un nom maintenant consacré par un long usage.
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but, c’est de présenter au lecteur un travail qui pourra être de quelque utilité aux botanistes, e.à.d, le récit d'un voyage que Michaux fit en Canada pour y étudier n5 plantes, Cet auteur, dans un ouvrage qu’il a laissé sur les plantes de l'Amérique septentrionale, ne mentionne pas toujours d’une manière bien précise le lieu où il les a rencontrées: de là il arrive qu'il y en a un grand nombre qui n'out pas été retrouvées depuis ; d’autres sont excessivement rares et encore peu connues, Le récit de ses pérégrinations dans le nouveau monde ne sera donc pas inutile ; d’ailleurs Michaux lui-même avoit senti Putilité d’un semblable travail, Dans son Histoire des Chènes d'Amérique, il dit : “{lest un autre ouvrage que j'aurais bien désiré mettre sous les yeux du publie : e’est l’histoire détaillée de mes voyages ; mais des circonstances ne mont pas permis de Pentreprendre.”? Eflectivement il mourut sans avoir eu le temps de réaliser ce dessein, et ne laissa, en mourant, que des notes que l’on retrouve éparses dans les ouvrages de son fils, et de plus un journal manuscrit que ce dernier a présenté à la Société philosophique de Philadelphie. Cette histoire de ses voyages manquant, pour y suppléer, nous avons entrepris cette courte notice exécutée d’ailleurs d’après les meilleurs renseignenicnts, que ous avons pris dans des ouvrages devenus malheureusement très-rares,
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André Michaux, que Ie nature avoit doué d’une extrème activité, se livra d’abord aux paisibles travaux de Pagriculture, [l'avait pour ce genre de vie le goût le plus vif : il observaitles productions de la terre,allait examiner les jardins, et, pour Joindre la th£orie à la pratique, il consacrait à Pétude tous ses moments de loisir. Quelques anuces s’étaient
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écoulées, lorsqu'il sentit renaître en lui le désir de voyager, désir qu’il avait eu dans son enfance. Ce n’était pas un désir vague de voir de nouveaux pays: Michaux voulait se rendre utile à sa patrie ; il voulait visiter des contrées peu connues et en rapporter des productions qui pouvaient s’acclimater en France. Mais ses connaissances n'étaient pas encore assez étendues pour voyager avec 1ruit, et voilà qu’il se livre pendant deux ans à létude de la Botanique, sous Bernard de Jussieu ; et, en 1779, il vint se loger à Paris, près du Jardin des Plantes, pour y prendre des notions sur les diverses parties de l’histoire naturelle.
Déjà André Michaux avait visité PAnglterre, parcouru les Pyrénées et passé eu Espagne ; dejà il avait visité la Perse, er en avait rapporté un herbier magnifique et une nombreuse collection de graines ; lorsque le gouvernement français, désirant enrichir la France de plusieurs arbres qui croissent dans Amérique septentrionale, le choisit pour cette commission. Il'avaitordre de parcourir les Etats. Unis, d’y recueillir des graines et des plants d’arbres, et de les faire passer en France.
Michaux arriva à New-York en novembre 1785. Pendant deux ans, il y fit sa principale résidence, parcourant
le New-Jersey, la Pensylvanie et le Maryland. Dès la \ | première année, il envoya à Paris douze caisses de Ê graines, plusieurs mille pieds d’arbre et des perdrix du Canada, lesquelles se multiplièrent à Versailles. Il établit | aussi un jardin près de Charleston, dans la Caroline, re- | gardant ce lieu comme un point central, d’où il pouvait voyager dans les autres contrées. { Les Notes Manuscrites ne nous apprennent rien des
excursions qu'il 1 jusqu'au mois d'avril de 1737, époque
où ilentreprit son voyage dans les monts Alléganys. Il re- # monta alors la rivière Savannah jusqu’à sa source ; ce fut là qu'il découvrit grand nombre ce jolies plantes et plusieurs
espèces de chênes. Encouragé par ces succès, il voulut
parvenir jusqu’à la cime des monts Alléganys, se lia d’anitié avec les sauvages, et, remontant avec eux les rivières qui se jettent dans la Savannah, il arriva aux sources de la rivière Tennessée, de l’autre côté des monts ; ce fut 1à le terme de son voyage. Il revint alors à Charleston le premier de juillet, après avoir parcouru 300 lieues à travers la Caroline et la Géorgie. Les Notes Manuscrites renferment souvent des remarques sur les plantes les plus intéressantes qu’il renconira ; il indique même d’une manière si précise les lieux où il les découvrit qu’il serait encore facile de les retrouver. Les années 1788 et 1789 furent employées à visiter successivement la Floride Espagnole, les îles Lucayes et la Virginie. Il entra dans ce dernier état au premier de juillet à Washington Court House # première ville dans la Virginie, que l’on trouve, sur la côte occidentale des montagnes, en sortant de la Caroline septentrionale. ” Les Notes ajoutent : Première ville, si Pon peut nommer ville une bourgade composée de douze maisons de bois. Dans cette ville, on ne mange que du pain de maïs. Il n’y a viande fraîche ni cidre, mais seulement du mauvais rhum.” (1)
Michaux fut de retour à Charleston au mois de septembre 1789. Pendant l'hiver, il parcourut de nouveau les monta. gnes qu'il avait visitées l’été précédent. Ce voyage, que Michaux fit en compagnie de son fils, dura moins qw’il ne l’avait projeté, et, au printemps de 1790, nous le retrouvons à Charleston, après une absence de cinq mois et demi. (2)
(1) American Journal of Science, vol: 42, p. &,
(2) leise trouve malheureusement une lacune dans le Journal de Michaux. Tout ce que nons savons c’est qu’il séjourna dans le voisinage de Charleston jusqu’au mois Pavril de 1791, C’est dans cet intervalle qu'il ensciyna aux Américains l’époque où Pon doit cucillir Ginseng et la manière de Le préparer, Les notes manquent pour le reste de l’année,
Il y avait près de sept à huit ans que Michaux était en Amérique; ses ressources pécuniaires s’épuisaient : il craignit d’être obligé de retourner en France, et cependant le butqu’il s'était proposé en visitant notre continent n’était pas parfaitement atteint. Ce n’était pas seulement le dessein de faire une Flore américaine qui Pavait déterminé à entreprendre de si longs et périlleux voyages ; mais depuis longtemps il s’occupait d’un projet infiniment utile pour la science : c'était d'étudier la topographie des arbres et des plantes de l'Amérique septentrionale, c’est-à-dire de déterminer leur lieu natai ; c'était d'examiner attentivement la latitude où ils commencent à croît tre, celle où ils deviennent rares et chétifs, celle enfin où ils disparaissent entièrement. Ilregardait comme la patrie d’un arbre le Jieu où il atteint son plus grand degré de force végétative, c’est-àdire sa plus grand hauteur et son plus grand diamètre (1). Prenons pour exemple le Falipier, Lyriodendrum tulipifer a, que l’on trouve dans le Haut-Canada. Cet arbre v atteint à peine trois pieds de diamètre et soixante-dix d’élévation, Dans un voyage que nous fimes l'été dernier dans le Haut- Canada, nous le rencontrâmes pour la première fois près de Hamilton, sur la route qui conduit à la station du chemin de fer; il pouvait avoir à peu près les proportions que nous venons de mentionner. Cependant cet arbre a communément dans les Etats de l'ouest et surtout dans le Kentucky, jusqu'a sept à huit mieds de diamètre et parvient jusqu'à cent quarante pieds d'élévation ; de plus il y forme à lui seui de vastes forêts. Pius au nord, ces arbres deviennent
(1) Annales du Museum d'Histoire naturelle,