CHAPITRE XXII
De Siu-trïiéou fou àTrhong-kin fou. — Han-kéotu — Shanghai. — Arrivée Ie29juin 1868 a Saigon, d'où la Commission était partie le î> juin 1866.
Je vais passer rapidement, dans ce dernier chapitre, Wfrto récit de notre voyage de Siu-tchéou fou à Han-kéou. Nous rentrions dans une région déjà visitée par des voyageurs européens et sur laquelle existent des ouvrages spéciaux1. Le fleuve, àpartir de Siu-tchéou fou, attarde en de longs détours ses eaux larges, peu rapides et, en cette saison, peu profondes. Quelques îles et des lianes de sable interrompent son cours. Les villes sont très peuplées ; les villages, les bourgs et les villes se succèdent sans interruption. La navigation est active, et sur les deux rives du fleuve de nombreux bateliers traînent en chantant les jonques qui remontent le courant. Entre Siu-lchéou fou et kiang-ugan, on aperçoit, sur les hauteurs qui dominent le fleuve, de nombreuses grottes calcaires ; elles servaient jadis de sépultures aux populations
1. Une partie de ce trajet (de Tchong-kin fou â Hau-kéou) a été étudiée avec toio, laut au point de vue hydrographique qu'au poinl de vue commercial, par des officier» de lu infirme anglaise et des délégués de la chambre de commerce de Sliang-huï, h près le passage de la Commission française, tf? fauteur.)
Francis Garuier a fait plus tard imoi-aoûl 1 l'hydrographie du fleuve, de Tehmig-km fou à Mchaog fou. Voy* De Paris au Tibet, p. 343.
man-tse, auxquelles cette contrée a appartenu- Le Tché-chotii ho, qui jette dans le Grand-Fleuve1 h Na-ki, amène des montagnes du Kouj-lchémi de grandes quantités de bois qui viennent alimenter les chantiers de construction de Lou-lchéou. Celle dernière ville, où nous arrivâmes le 10 mai, est la résidence dTun tao-taï ou sous-gouverneur de province; elle est située au confluent du Tsong kiaug, grande rivière qui traverse la plaine de Teheu-tou, capitale du Sé-tchouen.
Lmi tchéou donne son nom au fleuve qui s'appelle indifféremment, à partir de ce point. Ta kiang, u te Grand-Fleuve, n ou Lou kiang, « le Fleuve Bien3 ». À partir de Lou tchéou on trouve a chaque pas, sur les rives du fleuve, des filons de charbon, dont un grand nombre sont exploités*
Cette ville est Le contre d'un trafic considérable, qu'alimente surtout le produit des salines de Tsé-liou, localité célèbre dans toute la Chine par les puits d'eau saléo et les puits de feu qu'elle contient Ceux-ci renferment de* sources de pétrole qui fournissent le combustible nécessaire â l 'évapora lion des eaux salines. On a décrit depuis longtemps les procédés d'ex traction des Chinois et les moyens qu'ils emploient pour forer des puits dont la profondeur égale celle de nos puits artésiens; je ne reviendrai pas ici sur ce sujet : je me contenterai d'ajouter que les bandes de Tchang-mao, qui, vers 1862, envahirent le Sé-lchouen, mirent le feu aux sources de pétrole. L'incendie s'étendit h plusieurs lieues à la ronde et dura plusieurs mois. On ne parvint à réteindre et à reprendre l'exploitation interrompue des salines qu'en décidant, à prix d'argent, un grand nombre de malheureux h traverser un sol brûlant et une atmosphère de fumée et de flammes, pour jeter sur les orifices d'où jaillissait le pétrole des couvertures mouillées, à l'aide desquelles on finit par se rendre maître du feu. Plus d'une centaine d'individus périrent dans ces tentatives. Je ne sais si l'on trouverait dans toute l'Europe dix personnes que l'on déciderait ainsi à affronter une mort certaine ; mais aucun peuple ne pousse le mépris de la vie aussi loin que le Chinois. Qu'on assure à un misérable l'avenir de sa femme et de ses enfants, et il s'offrira sans hésitation, sans tristesse même, à la mort la plus épouvantable.
Cependant ce même Chinois, capable d'un véritable héroïsme dans la vie civile, dur à la souffrance, sans effroi devant la mort, a toujours tenu en singulier mépris la profession des armes. Les soldats ne se recrutent que dans la lie de la population, vivent en pays conquis sur le territoire qu'ils
l.On comprend qu'il s'agit toujours du Yang-tsé kiang.
?. C'est le Kin-cha kiang du chapitre précédent, niais c'est toujours le Yang-tsé. L'auteur inm* a déjà avertis de la facilité avec laquelle les fleuves changent de nom en passant d'une province à l'autre.