‹ Voyage d'exploration en Indo-Chine effectué par une commission française présidée par le capitaine de frégate Doudart de LagréeChapitre 45 sur 197 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Séjour de la Commission à Oubon. — Salines. — Trajet par terre d'OubAn à Kémaral. — Reconnaissance du fleuve par M, Oelaporle cuire Pak Moun et Kemaral. — De Kémarat ii Houlén. — Ban Mouk. — monument d»- pp-u Nom. — Lakun. — lie* colonie annamite el une nouvelle roule commerciale. — Houlén. — Mines de plomb.

Je vais maintenant raconter l'histoire de l'existence de la Commission à partir du jour où je m'étais séparé d'elle, au mois de janvier 1867, a Oubon, jusqu'au motneutoù je l'avais rejointe, à Houlén, au mois de mars de la même année

Au moment de l'arrivée de la Commission française a Oubon, ou faisait les préparatifs de la cérémonie du couronnement du roi de cette ville. Celuici ne négligea rien pour donner à cette fête un éclat qu'allait rehausser encore la présence de ses hôtes européens. M. de Lagréc retrouva à Oubôn le prince île la famille royale de Vieil Chau qu'il avait déjà rencontré à Kham Tong Niaï. C était Tonde du roi.

t. Pendant que Francis Garni e faisait le voyage qu'il vient de raconter, la CoflBOlUiioil s'était dirigée \t,u' terre d'OubAn à Kemaral, el M. Drlap^rte. apn's uvi.tir desivudu le S'* Moun, iivuit remonté le Mékong à partir de l'embouchure de son affluent jusqu'à Kèmorut. Noua résumons ici cette partie «lu voyiii^' d ;iprè- h< iv< il mie Krariei* <i:mmr eu u iLumé lui-tn.'-m*' dau^ les chapitre» x et xr d« la Publication officielle.

En attendant les fêtes du couronnement, M. de Lagrée alla visiter les salines qui se trouvent aux environs de la ville. Sur une étendue de plus de 60 kilomètres on recueille, pendant la saison sèche, le sel qui se dépose à la surface du sol. Cette récolte occupe de nombreux villages et n'empêche pas, comme je l'ai déjà dit1, l'établissement de rizières sur le même terrain ; les deux productions sont successives et ne semblent pas se nuire. Les premières pluies dissolvent le sel déposé à la surface pendant la saison précédente, et permettent la culture du riz. Après la moisson, les eaux qui se sont infiltrées dans la terre, à l'intérieur de laquelle paraissent exister des couches considérables de sel, et qui s'y sont saturées, remontent sous l'influence de la chaleur solaire et viennent déposer le sel à la surface, sous forme de poussière blanche. Les habitants balayent le sol quand il est suffisamment chargé d'efflorescences salines, lavent la terre ainsi recueillie et font évaporer dans des chaudières les eaux de lavage. La saison favorable à cette industrie dure deux ou trois mois, et un travailleur peut produire environ 15 livres de sel par jour. Le prix de vente, au marché d'Oubôn, varie de 3 fr. 50 à 5 francs le picul. Cette production spéciale, qui alimente toute une vaste contrée, a été l'une des causes du prompt développement de la province d'Oubôn; cette province, de création récente, compte déjà plus de 80000 habitants.

Le 13 janvier eut lieu le couronnement du roi d'Oubôn. On avait convoqué à la cérémonie toutes les notabilités de la province. Le roi avait choisi ce jour solennel pour prendre possession d'un nouveau palais qu'il faisait construire. Une musique assourdissante précédait le cortège royal. Le roi, velu d une tunique en velours vert, était monté sur un éléphant de haute taille et accompagné des dignitaires du royaume et des dames de sa cour. On portait au-dessus de sa tète un parasol en filigrane d'argent. Derrière les vingt-deux éléphants qui suivaient celui du roi, venait une escorte de cavaliers et de fantassins avec des lances ou des bannières. Des bonzes étaient réunis dans la grande salle du palais. Après s'être reposé quelque temps dans l'un des appartements, le roi, suivi des prêtres qui psalmodiaient des prières, s'avança sur la plate-forme élevée en avant de la façade. Il se dépouilla de ses vêtements, que l'on remplaça par une étoffe blanche, et il alla se placer au-dessous d'un dragon en bois sculpté, rempli d'une eau consacrée, qu'on lui fit couler sur le corps; à ce moment on mit en liberté deux colombes captives. Le roi se rhabilla et vint présider un banquet auquel étaient conviés les membres de la Commission française.

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