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de la Commission se rendit par terre à ce dernier point. Elle quitta Oubôn le 20 janvier avec six éléphants, quinze chars à buffles, et une cinquantaine de
Laotiens. Au nord d'Oubôn, le pays est plat et couvert de rizières et de clairières alternées. De larges routes de chars se croisent en tous sens sur un terrain sablonneux où elles n'ont été frayées que par les véhicules euxmêmes. La longue caravane de la Commission française cheminait fort lentement ; elle mit quatre jours pour atteindre le Muong Amnat, situé à une cinquantaine de kilomètres dans le nord-nord-ouest d'Oubôn. Là cessaient les routes de chars.
Il fallut adjoindre neuf éléphants à ceux dont disposait déjà la Commission et, pour remplacer ceux qui l'avaient accompagnée jusque-là, recruter dans le village cent nouveaux porteurs. On fit à ceux que nous quittions une distribution de fil de laiton qui parut leur causer un plaisir d'autant plus vif que ce cadeau était plus inattendu. Les mandarins chargés par le roi d'Oubôn de pourvoir en route aux besoins de la Commission française semblèrent regretter vivement que cette rémunération, si en dehors des habitudes des grands personnages indigènes, fût répartie immédiatement et individuellement. Ils y perdaient la part du lion qu'ils se seraient sans doute réservée, si la distribution de ces largesses eut été commise à leurs soins.
La Commission séjourna deux jours à Amnat. Dans les environs de ce point, la pierre ferrugineuse connue en Cochinchine sous le nom de pierre de Bien Hoa vient affleurer le sol sur de vastes étendues, et a provoqué quelques essais d'exploitation de fer. Ces essais, d'ailleurs peu productifs, sont aujourd'hui à peu près abandonnés. Les habitants se livrent également à l'élevage du ver à soie et de l'insecte qui produit la laque.
A Amnat. M. du Lagrée rencontra une caravane de cinquante-neuf
D'AMNÀT A KÉMARAT. 201
bœufs porteurs et quelques colporteurs chinois arrivant de Korat. Ils vendaient des ustensiles de cuivre en échange de cornes et de peaux d'animaux sauvages, de plumes de paon et d'autres objets de même nature.
La Commission repartit d'Amnatle 27 janvier et fit route vers Tcst-nordest pour rejoindre le fleuve et la ville de Kémarat. La contrée, qui avait été jusque-là très peuplée et très cultivée, reprit un- aspect sauvage. Le terrain était plat et sablonneux; à chaque pas, la pierre de Bien lloa apparaissait en plaques rougeàtres. Cette roche ne tarda pas à être remplacée par le grès qui forme au-dessous une couche profonde. Une foret de Careya arborca assez claire règne uniformément entre Amnat et le bord du grand fleuve. Quelques mares croupissantes, quelques ruisseaux à lits de grès et aux eaux stagnantes, comme le sont en cette saison presque tous les affluents du Sé Moun, accidentent seuls ce monotone paysage. Le pays est presque désert.
Après trois jours de marche, le sol s'ondulà légèrement, les habitations et les rizières reparurent annonçant le voisinage du Cambodge. Le 30 janvier, l'expédition entrait à Kémarat : elle fut reçue par M. Delaporte, arrivé dans cette ville depuis quatre jours, et par le premier fonctionnaire de la province, qui remplaçait le gouverneur, mort depuis quelque temps. Ce fonctionnaire témoigna à la Commission française la plus grande déférence. 11 partait le lendemain même pour Ban Kok et se chargea de remettre au consul de France le courrier de M. de Lagrée. Le gouverneur de Siam convoquait pour les funérailles du second roi les principaux mandarins du Laos, et, à partir de ce moment, la Commission allait partout trouver absentes les premières autorités du pays.
Kémarat est situé sur la rive droite du Cambodge, vis-à-vis de l'embouchure du Sé Banghien, affluent de la rive opposée. Le logement du gouverneur, les pagodes, le sala où Ton délibère des affaires politiques, ont plus grand air que les constructions du même genre que nous avions déjà rencontrées ; mais ces différents édifices, ayant cessé d'être entretenus depuis la mort du gouverneur, présentaient un aspect fort délabré. Des tamariniers, des manguiers et un grand nombre d'arbres à fruits bordent la rive du fleuve et ombragent les maisons du village. Comme partout ailleurs, ce ne fut qu'au bout d'un certain temps que la population s'apprivoisa et que l'on put acheter directement les vivres et les objets de consommation dont l'expédition avait besoin ; mais, dès le début, les autorités locales témoignèrent la meilleure volonté et fournirent sans répugnance tous les renseignements qu'on leur demanda.
La province de Kcmaral est une des plus polîtes du Laos central. La ville paraît ancienne, et son nom, qui est le même que Kémarala, nom pâli de XiengTong, lui a peut-être été donne en souvenir de la première origine de ses habitants. C'est probablement la localité désignée dans la relation du voyage de Wusthof sous le nom de Sampbana.
De Pâk Moud à Kémarat, le fleuve avait ofl'erl à AL Delaporte l'aspect d'un immense torrent desséché, laissant à nu de vastes bancs de grès sur tout son parcours. Un chenal irrégulicr serpente au milieu du lit rocheux : sa largeur se réduit parfois à moins de 60 mètres, et sa profondeur dépasse 100 mètres dans quelques points OÙ le courant est peu rapide. Chaque
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rétrécissement de ce chenal produil un rapide ou keng. Ce sont là les seuls accidents de cette pénible navigation et ils ont reçu chacun un nom spécial des indigènes; les difficultés qu'ils présentent et la roule que suivent les barques varient avec la saison. Le marnage moyen du lleuve dans celte région parait être de 15 mètres; les eaux étaient bien près de leur niveau le plus bas au moment du passage de M. Delaporte,
On a vu que M. Delaporte s'était embarqué a Oubon, le 15 janvier, pour redescendre le Sé Motif] jusqu'à khi embouchure. Le 19, a midi, il était arrivé h Pâk Moun, d'où il était reparti le lendemain matin pour commencer l'ascension du fleuve.
A I mille 12 en amout de Pùk Moun, le lil du fleuve, à l'époque des
Au-dessus do ce point, le fleuve change brusquement de direction : du nord 56° ouest, il revient au nord. Son lit, au moment des hautes eaux, mesure environ 500 mètres de large. Mais au mois de janvier il n'y a d'eau que dans un chenal situé à une soixantaine de mètres de la rive gauche, et qui, au point le plus étroit, n'a pas plus de 100 mètres de large. Sur la rive droite s'amoncellent de gros blocs de grès. Le fleuve s'incline ensuite graduellement jusqu'à l'est-nord-est ; il devient moins profond et moins large.
Au delà du village de Koun, il s'élargit de nouveau : sur chaque rive s'élèvent de petites collines de 250 à 300 mètres de hauteur, dont la crête est taillée à pic; de magnifiques forets en recouvrent les pentes et s'étagent de leurs sommets jusqu'aux bords du fleuve.
En amont de Ban Koum, une grosse roche, placée au milieu du lit, le divise en deux bras de 60 à 80 mètres de large chacun. Le courant s'accélère ;et atteint 3 ou 4 milles à l'heure. Au-dessus, les deux bras se rejoignent en un chenal unique d'une largeur de 150 à 250 mètres. Des roches à découvert en forment les rives. Le chenal gagne ensuite la rive gauche, se rétrécit et il devient difficile de le reconnaître au milieu des rochers; le courant est très rapide.
A partir de Ban Talang, la direction du fleuve revient au nord-nord-est. Il présente toujours le même aspect : montagnes de grès de chaque côté, roches encombrant les trois quarts du lit, chenal profond au milieu, courant rapide dans le chenal. 11 y a un îlot sur la rive gauche. A peu de distance de Ban Talang, on rencontre encore un rapide.
Le chenal, large jusque-là de 350 à 400 mètres, se resserre tout d'un coup de façon à ne plus mesurer que 55 mètres, et le courant se brise avec violence sur les roches escarpées qui endiguent l'eau profonde. Sa vitesse est d'environ 6 milles à l'heure au milieu du passage. 11 fallut haler la barque de M. Delaporte le long de la rive.
Au delà de ce premier obstacle, la direction du fleuve revient au nord. Son lit s'élargit peu à peu jusqu'à atteindre 800 mètres; mais le chenal n'a que 100 à 200 mètres, et le courant conserve une vitesse de 4 à 5 milles à l'heure.
A 2 milles au-dessus est un second rapide. La largeur totale du fleuve est de 700 mètres. Des roches et un îlot de sable divisent le courant en trois bras, qui viennent se réunir dans un chenal de moins de 80 mètres de large et former à leur point de rencontre de grands remous et des tourbillons. Ln montant et en descendant, on haie les barques le long de la rive droite. Les radeaux seuls se laissent aller au milieu du courant. Sur la rive gauche s'élève le massif montagneux appelé Phou Lan.