‹ Voyage d'exploration en Indo-Chine effectué par une commission française présidée par le capitaine de frégate Doudart de LagréeChapitre 51 sur 197 · CHRONIQUE DU TÂT DE PEU NOM · texte numérisé non relu

CHRONIQUE DU TÂT DE PEU NOM

barres furent mises à l'ouest. Phya Enthapat donna t) 999900/?^^ 1 d'argent elde 33 300 phi d'or; avec cet or on fit une petite barque. Le tout fut placé au sud. Phya Khamden™ plaça au milieu un crachoir, une couronne et une hoile en orpesanl 140 livres, neuf plateaux en or pesant 38 livres; neuf plateaux el un vase en argent pesant 200 livres,

wPhacasop ordonna aux cinq princes de faire trois fois le tour du monument en répandant une eau parfumée. Chacun d'eux, de son côté, dut ensuite élever d'une brasse le monument. Phacasop Téleva ensuite de deux brasses 3, et I on fit brûler tout autour pendant trois jours et trois nuits des bois odorants pour durcir les briques. On étendit alors des { étoffe» appelées kampata sur les objets d'or et dar gent, et les reliques vinrent s'y placer d'ellesmêmes. Les cinq princes envoyèrent chercher une pierre au pays de Ivousin n ra ( K o u s i n a ra gaï o û

Àlêvy, interprète laotien de la Commission. Di ssiii d'Kmile llryard, d'iipr».^ mu* photographie.

mourut Sammonocodon), destinée au côté nord du un inen! ; nue autre

1. l'élite monnaie avant ees^e depuis longtemps d'èlre usitée au CûinIhhL-. .-t [.i J » otnent équivalente 6 celle dn même, nom en Birmanie, donl le poids est d'environ un gramme,

{Note de routeur*)

2. Voyez, sur ees élévation-; snr<v**jve? des da^obas lu mddliisles, Yule, Mission tu thr court uf Aia, p. ôL 11 est intéressant de comparer celle chronique avec celle de Chou t.- M a doue. J. A. IflG", partie 11, p. too rt suîr. {Note de l'auteur.)

àPurean Nosey (Bénarès), destinée au côté sud; une autre à Lanka, destinée au côté sud-ouest; une dernière à Takasila, destinée au côté nord-ouest.

« Phacasop et les cinq cents saints firent ensuite trois fois le tour du monument; les cinq princes répétèrent après eux la même cérémonie. Ils prièrent pour que leurs présents fussent agréés et restassent cinq mille ans à la même place. Phya Souvana et Phya Khamdeng demandèrent en outre de devenir après leur mort deux bonzes unis comme deux frères; et, comme Phya Enthapat et Phya Ghounrakni s'étonnaient de cette prière, ils leur répondirent que chacun était libre de les imiter. Phacasop et les saints bénirent les princes et partirent pour le pays de Reacheacru.

« Les cinq princes préposèrent cinq cents hommes à la garde du monument. »

11 est difficile de déterminer quels sont les royaumes dont il est parlé dans « la Chronique ». On sait qu'En thapat est le Cambodge; la tradition veut que Chounrakni Phoumatatsoit un pays annamite. « La Chronique »se continue par la liste des princes qui ont contribué à l'entretien ou à l'embellissement du monument ou qui ont régné sur le pays de Peu Nom

La Commission quitta Peu Nom le 24 février et continua sa route vers Lakôn, important chef-lieu de province situé, comme tous ceux que nous devions rencontrer dans le Laos siamois, sur la rive gauche du fleuve. Le Muong, ou résidence du gouverneur, se trouvait autrefois sur la rive opposée un peu en' aval de l'emplacement actuel, et Ton y retrouve encore quelques vestiges intéressants. Vis-à-vis de Lakôn s'élève un ensemble de montagnes calcaires dont les crêtes, bizarrement découpées, tranchent vivement sur l'azur du ciel. Ce massif n'est annoncé au milieu de la plaine par aucune ondulation de terrain. Sous la puissante impulsion de quelque force souterraine, les rochers de marbre qui le composent ont traversé le sol sans l'infléchir, et se sont entassés les uns sur les autres en formant un groupe de l'aspect le plus étrange.

Deux membres de la Commission, M. Joubcrt et M. Thorel, allèrent visiter ces singulières montagnes au milieu desquelles on trouve des grottes profondes; des cirques naturels, formés par des murailles de marbre ayant des centaines de mètres de hauteur verticale, des aiguilles calcaires, surgissant comme des colonnes au milieu de la plaine et ressemblant de loin aux ruines gigantesques de quelque temple pélasgique.

Un immense banc de sable s'étend devant le village de Lakôn. Le lit du fleuve a en ce point 836 mètres de large, mais les eaux n'occupent, à la fin

1 . L'Essai historique sur le Cambodge, intercalé par Francis Garnier daiis la Publication offi cielle, renferme un certain nombre d'emprunts au document dont il est ci-dessus question.

ROUTE GOMMKRC1ALË DE LAKÛN KN ANNAM. 223 de la saison sèche, que la moitiû environ de cet espace (480 mètres). La plus grande profondeur se trouve le long de la rive gauche, elle est de 10 mètres; la profondeur moyenne est de 5a,68. Le courant parcourt a la surface 0*%6G par seconde*

La Commission trouva a Lakon une colonie annamite assez nombreuse, qui avait émigré de la province de Nghê An, à la suite des guerres qui ont désolé le Tong Kinget l'Annam. La route que ers rniigrnnts avaient suivie pour venir de NgUé An traverse une région assez montagneuse qu'il serait intéressant d'explorer afin de reconnaître si elle n'offre aucun obstacle insur-

Huches de marbre nuir des moulagEie.* <\> Lukôn. — bessin Je L. UuruunU, d'jpres un croquis

de M. le Dr Harmand.

mon table à rétablissement de relations commerciales directes entre les côtes de la Cochinchiûû et la vallée du Cambodge, Lakon n'est qu'à 35 lieues marines de la côte de la province annamite de Quang Binht le long de laquelle se trouvent de bons mouillages, et les difficultés de navigation que présente la partie inférieure du fleuve doivent faire songer â substituera la route fluviale le cabotage actif qui relie le port de Saïgon aux différents points de la côte coc lu nebi noise l.

!♦ C'est la première nmle emutm -n-iale signalée par in>- explorateur» comme pouvant nous donner entrée au Laos. La seconde route commerciale, découverte par la Commission et dont il sera question plua loin, est celle du Ueuve du Toug King\ qui doit sans doute, dans un avenir prochain, nous ouvrir les marchés de la Chine méridionale.

L'exploration, dont ce passage de la relation de Frauda (jarnier conseille I entreprise, a èlê

La formation calcaire qui a fait éruption d'une façon si pittoresque sur la rive gauche du Cambodge vis-à-vis Lakôn donne lieu à une

effectuée, du 16 avril au 15 août 1877, par M. le Dp Harmand, et, si ce savant voyageur n'a pas découvert la route directe qui de Lakôn aboutit au Tong King méridional, il a du moins retrouvé celle qui prend son point de départ a Kéinarat pour aller à Quang Tri et à Hué.

On sait en effet qu'après avoir fait partie de la première expédition du Tong King et y avoir joué un rôle important et glorieux sous les ordres de Francis Garnier, M. le Dr Harmand avait obtenu d'être chargé à son tour d'une mission scientifique en Indo-Chine. Deux premières explorations effectuées en 1875 ont été succinctement racontées par lui dans le Bulletin de la SoctW de géographie de Paris. La troisième, celle de 1877, publiée dans les livraisons 965, 966, 967, 1006, 1007, 1008, 1009 et 1010 du Tour du Monde, mérite une mention particulière. Elle peut se diviser en deux parties : l'une qui a eu pour objet l'élude du massif d'Attopeu, complétant ainsi sur ce point les travaux de la Commission du Mékong (voy. p. 158) ; l'autre qui démontrait la possibilité d'établir des relations commerciales directes entre les côtes de la Cochinchine et la vallée du grand fleuve.

Pour explorer le plateau d'Attopeu et de Sara van, M. le Dr Harmand partit de Bassac le 19 février 1877, contourna ce massif par le sud en suivant la vallée du Sé Kong jusqu'à celle du Sé Ké Man, son affluent, remonta cette rivière, puis, forcé par une épidémie de choléra de revenir sur ses pas, suivit de nouveau le cours* du Sé Kong jusqu'à l'embouchure du Sé Noi, dont la vallée, orientée de Test à l'ouest, éventre le massif d'Attopeu et devient le point de départ d'une route qui traverse le plateau et aboutit à Bassac. Cette route, appelée « le sentier des éléphants », monte par une série de cols et de mamelons jusqu'à une hauteur de 6 ou 800 mètres environ. Là se déroulent de splendides panoramas au fond desquels on aperçoit les chutes du Sé Noi. Le sentier traverse ensuite des terrains volcaniques et des forets clairières ; il aboutit enfin à la rive gauche du Mékong, que le Dr Harmand atteignit le 1er avril. Il était temps qu'il arrivât à Bassac. Une fièvre bilieuse d'un caractère très grave se déclara dès le lendemain de son retour et le mit & toute extrémité. La force de so constitution, soutenue par une médication énergique, dompta le mal et, quinze jours après, il pouvait entreprendre l'importante exploration que nous signalions au début de cette note. 11 se proposait, comme nous l'avons dit, de traverser la grande chaîne qui sépare la vallée du Mékong du versant de la mer de Chine, et il arriva en effet à Hué le 15 août, après être parti de Bassac le 16 avril précédent, mais par une route autre que celle qu'il avait en vue au moment de son départ.

Le premier mois du voyage fut employé presque tout entier à remonter le Mékong jusqu'à Lakôn. C'est là que le Dr Harmand rencontra la colonie annamite dont il est question dans le présent ouvrage. Quelques jours auparavaut, en passant à Kémnrat, ou lui avait assuré qu'eu quinze jours il serait possible d'aller de ce Muong dans rAnnam, mais on ne put lui indiquer la route à suivre. Il eu conclut que. si quelques relations ont existé entre les Annamites et les habitants de celte partie de la vallée du Mékong, elles ont dû être très rares, très irrégulières et sont abandonnées depuis longtemps. On a vu que M. de Lagrée n'avait pas rapporté de sa rapide excursion dans le bassin du Sé Bang bien une opinion aussi décisive, et il résulte d'ailleurs de l'itinéraire même du Dr Harmand que, s'd avait pu prendre Kémarat pour point de départ, la durée de son voyage, du grand fleuve à la côte, eût été notablement abrégée.

Quoi qu'il en soit, en arrivant a Lakôn M. Harmand se trouva entouré par cette même colonie annamite qu'avait rencontrée, dix ans auparavant, la Commission du Mékong. Formée à l'origine des réfractaires qui s'exilèrent volontairement de la province île Xghé An à l'époque de notre débarquement à Tourane et de notre conquête de la Cochinchine, cette colonie s'était probablement accrue d'émigrants désireux d'échapper à leurs créanciers ou à l'effet de condamnations criminelles. Elle ne comptait pas du reste plus de 200 habitants. Au grand étonnement de l'explorateur français, ces pauvres gens lui témoignèrent la plus cordiale sympathie. Ce fut même un Annamite de Lakôn qui se chargea de la mission périlleuse de porter à Mgr Gauthier, vicaire apostolique du Tong King méridional, une lettre le prévenant de la prochaine arrivée d'un compatriote et lui demandant l'appui de son influence pour triompher des difficultés qui ne pouvaient manquer de s'élever à la frontière. La réponse du prélat ne parvint jamais à M. Harmand. car l'attitude imprudente du messager à son passage dans un village laotien avait été cause de sa mort violente, au moment où. déjà presque «le retour, il allait atteindre Lakôn. Le voyageur, pensant rencontrer son messager en route, avait abandonné le grand fleuve pour se diriger vers l est à travers les terres. 11 atteignit Phou Wà le 2 juin ; mais le mauvais vouloir du chef de ce Muong obligea M. Harmand à descendre dans le sud est, à Nam Nau. d'où on le dirigea sur

FABRICATION Dïï CHAUX A LAKON. 227 fabrication de chaux qui constitue pour la contrée une industrie assez importante. Toutes les provinces voisines viennent s'approvisionner à

VU* Lan, puis enfin, toujours plus au nid, sur Pbong, Muong qui lui avait 6H signalé â sou passage à Kéinarat nt qu'avait visité le commandant de La grée pendant n rapide exploration ♦ li |,i partie inférieure de Se fiang bien. Parvenu â Phoug, après avoir été ainsi ballotté d'un Muong à l'autre et conduit de promesses en mensonges, le Dr Hannand na demandait qu'à

atteindre l**s rivea de l'affluent du Mékong que nou- ven.ms *\< mm t . esp.'raut nue s;j vallée

deviendrait Je p^inl <!■ 1. 41,01 d'une >eeonde route pour gagner L'Aimant, ou du moins loi fournirait l'occasion d'une reconnaissance intéressante. Il se dirigea donc sur Soug Khou, cht f-lieu d'une province voisine* situé sur la rive droite du Se Dan-; hi-n et, de évite ville, remonta celle belle rivière pendant une semaine, relevant soigneusement son cours jusqu'au point où elle n'est plu* navigable qu'a l'époque des grandes crues* A boni -de vivres et de forces, il redescendit a Song Kbûn et revint de là â Pbong, où, malgré les répugnances toujours très vives du chef de eu Muong, il obtint enfin les moyens de transport qui lui permirent de faire sérieusement route à Test et d'atteindre Phiu, chef-lieu do la province de ce nom, habitée par les Pou Thaï, tributaires J>' l'empire d'Annam.

Os Pou Thaï peuplent trois provinces : Vang, Phin et Teliépon, Muongs auxquels les Annanul 'S ont laissé leur organisation laotienne : elles forment une zone intermédiaire entre les possessions de Sium et celles do Hué. En bonnes relations avec les deux partis, leurs habitants servent à maintenir dans cette zone un faible mouvement commercial qu'il serait 1res important de ranimer et qui pourrait amener le rétablissement de communications régulières entre la côte orientale de llndo-Chine et la vallée du Mékong.

M. Hannand ne visita pat* le Muong de Vang, situé hop liant dans le nord-est, mais, après avoir séjourné à Phiu, il se dirigea sur Teliépon, qu'il atteignit après avoir traversé le Sé liang hien, large encore eu ce point de lui) métrés. Cette rivière reçoit, un peu au-dessous du Muong, un affluent, le Se Tchépon, que le voyageur français remonta on pirogue et dont il releva te. cours jusqu'au premier fort de la frontière annamite, cTest-ù- dire jusqu'à Dinh, lieu de déportation des condamnés politiques du Tong Ring, et localité très malsaine. De là il atteignit Lang Toung, premier ftuyen (sous -préfecture) annamite , et, après avoir eu a lutter, peudaut plusieurs jours, contre la mauvaise foi du fonctionnai! e >|m \ résidait, partit seul, â travers forêts, reçut l'hospitalité chez des sauvages Mois et arriva au phu (préfecture) de Cam LÔ. CJ avait enfin traversé, et au prix de quelles fatigues! la grande chaîne qui est l'arête montagneuse de l'Iudo- Chinc et qui sépare l'Anuam proprement dit des territoires de la vallée du Mékong,

Parvenu h (Juang Tri, chef-lieu de la province, ville située à H heures â peine do la capitale, il se croyait sauvé, lorsque les mandarins du lieu lui remirent une lettre de M. Philastre, chargé d'affaires de France à Hué, inspecteur des affaires indigènes en Cockiuchiuc, qui, après la mort de Francis Garnier, avait joué un rôle décisif dans la première expédition du Tong King<

Cette dépèche enjoignait à M. Hannand de remonter au Tong Kiug, c'est-â-dire de traverser tout l'empire d'Annam du sud au nord, et do revenir à Saigon par cette voie détournée, « le voyage entrepris par M. Harmaud, disait M. Pbilastre, l'ayant ■ f k sans l'assentiment du gouvernement annamite ,1 ||m étant une ville où les Européens n'ont pas le droit de résider »♦ Le docteur ne pouvait croire à une pareille interdiction alors que les mandarins annamites euxmêmes, qui n'agissaient évidemment pas sans autorisation officielle, lui offraient de le faire conduire à Hué. Il n'avait dû qu'à son indomptable énergie de n'avoir pas trouvé la mort sur le plateau d'Attopeu ou dans les plaines de Phong, et lorsque aujourd'hui, miné par la fièvre, sans effets, sans souliers, sans provisions d'aucune sorte, il croyait loucher au port, il lui fallait renoncer â franchir la faible distance qui séparait Quang Tri de Hu6î

Le premier moment de surpris.' pa-sé, ,\L Harmaud répondit au chargé d'affaires, en insistant sur les douloureuses nécessités de sa situation.

En attendant la lettre qui devait lever pour lui les dernières difficultés, notre voyageur alla loger a la mission catholique voisine de Quaug Tri, au village de Bo Liéou, et y. reçut des Pères français qui ta dirigeaient l'accueil le plus hospitalier. Le 12 août, une nouvelle dépêche de M. Pbilastre accordait enfin l'autorisation si impatiemment attendue.

Le lendemain, le D* Hannand arrivait h la légation de France, où il était accueilli à bras ouverts par son collègue le D' Mon li ère. gueiques jours plus lard il prenait passage pour Saïgou, d'où il parlait bientôt pour la France.

Nous ne pouvons analyser ici en détail les résultats scientifiques d'une exploration qui com-

Lakôn de la chaux nécessaire à la construction des pagodes et des tombeaux, et de celle, beaucoup plus fine, qui entre dans la composition de la chique que mâchent sans cesse les Indo-Chinois. Sur les berges du fleuve, aux environs de ce lieu, on rencontre de nombreux fours à chaux en pleine activité. Quelque imparfaits que soient les procédés d'exploitation, la chaux est fort belle et son prix ne dépasse pas 1 fr. 50 le picul *.

La Commission quitta Lakôn le 5 mars. Celte ville est une de celles que Ton reconnaît le mieux dans la relation de Wusthof*, bien qu'elle ait beaucoup perdu de son animation et de son commerce depuis la conquête siamoise.

Le lendemain 6 mars, la Commission fit halte de nouveau à Houtén, autre chef-lieu de province, située vis-à-vis de l'embouchure du Nam Hin Boun, jolie rivière affluent du Cambodge, dont l'embouchure se trouvait sur la rive gauche du fleuve, et dans la vallée de laquelle on avait signalé à M. de Lagrée des mines de plomb exploitées par les indigènes à une vingtaine de milles de Houtén. 11 partit dès le lendemain avec le docteur Joubert pour aller les visiter, désirant se rendre compte par lui-même de la nature et de la valeur de ce gisement. Les deux explorateurs remontèrent le cours du Hin Boun pendant deux jours, et débarquèrent le 8 mars sur la rive gauche de cette rivière, près de son confluent

plète si heureusement, pour cette partie de la vallée du grand fleuve, les désidérata signalés par la Commission du Mékong. Nous nous bornerons à résumer les conclusions de M. le D* Harmand et à faire remarquer qu'elles sont en complet accord avec les appréciations do Francis Garnier. Ainsi, eu 1877 comme en 1867, la nécessité d'étendre la domination française à l'empire d'Annam tout entier apparaissait connue une nécessité inéluctable à l'un des observateurs les mieux placés pour étudier le pays et pour connaître ses besoins. La pratique de l'esclavage, qui a dégradé le moral des indigènes et substitué le mobile de la peur à toute autre considération, lui semble, comme à son prédécesseur, la raison déterminante de l'isolement dans lequel vivent les principales races indo-chinoises et de la haine irraisonnée qui subsiste entre elles toutes. C'est donc à détruire l'esclavage à Pnom Penh et à Ban Kok qu'il faut appliquer tous nos efforts. Un récent traité a résolu la question pour le Cambodge (voy. p. 61); il faut imposer les mêmes obligations aux territoires qui relèvent de Siam et supprimer du même coup cette défiance et celte terreur imaginaires, seuls véritables obstacles au développement des relations commerciales. Dans les riches contrées qui séparent le Mékong de la grande chaîne annamite, les populations végètent sur place de la plus misérable existence. Les races se sont partout mélangées grâce au plus honteux de» trafics; les nationalités ont disparu avec les races, et les grandes tribus se sont pour ainsi dire pulvérisées. 11 n'existe plus d'autres centres ayant une existence propre que les villages eux-mêmes, et l'égoïsme étroit de ces faibles agglomérations entretient les haines locales et les exaspère quand il faudrait travailler à les faire disparaître. On comprend alors à quel minimum, dans un pareil milieu, peut se trouver réduit le mouvement bienfaisant des échanges, mesure certaine des progrès d'un peuple, parce qu'il n'a pas seulement pour objet de faire voyager les marchandises, mais qu'il a pour résultat de faire circuler les idées, et qu'il est ainsi, suivant l'heureuse expression de M. Harmaud, le véritable facteur de la civilisation.

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