MONASTÈRE DE WAT SI SÀKET
gu la ire s'ouvra ni sur une cour intérieure : ses murailles sont ornées, comme celles du temple lui-même, de nombreuses niches contenant la statue du Bouddha. C était le Vihara (Chonkhont en laotien) ou monastère qui servait de logement aux prêtres desservant Wat Si Saket,
Dans la direction du nord, en continuant notre marche h travers la forêt.
Cboukhou di- Wat Si SakeL —Dessin de E. Thùroud, d'après un croquis de M, Dtdaporte.
nous ne lardâmes pas à rencontrer l'enceinte basliouuée de la ville restée en assez bon étal, et dont les fossés sont encore remplis d'eau. Une porte voûtée, d'une construction solide, permet de déboucher dans la campagne : elle s'ouvre sur une belleavenue plantée d'arbres, qui se dirige à l'ouest-nord-ouesL Nous nous y engageâmes et, au bout de trois quarts d'heure de marche, nous arrivâmes à Tàt Luong, l'un des dagobas les plus célèbres du Laos. La pyramide centrale, qui présente cette forme, rectangulaire à la base, arrondie
au sommet, que nous avons déjà trouvée en usage nu Cambodge, repose sur deu\ terrasses superposées. La terrasse supérieure porté 28 pyramides de moindre dimension, entourant la base de la pyramide centrale; elle communique avec la terrasse inférieure par deu\ escaliers pratiqués sur le milieu des faces nord et sud. Sur la terrasse inférieure se trouve, du coté eslt un élégant pavillon abritant une petite pyramide de 3 à i mètres de hauteur. À l'attitude respectueuse des indigènes, nous vîmes que c'était le véritable sanctuaire : l'or y était prodigué avec une extrême profusion, et le gouverneur actuel de Nong Kay, à qui était due cette re-
'fui l.uùiig .'i Vii'ti Ut un. — Drssiu <k M. Mtpoit6, cJ tipirs uulure.
construction en petit de la pyramide centrale, y avait dépensé plus d'un millier de néns (70 à 80 000 francs). De cette dernière terrasse, quatre escaliers donnent issue au dehors. Les logements des bonzes nombreux qui desservent ce lieu sacré et plusieurs autres pagodes, dont quelques-unes sout à demi ruinées, s élèvent tout autour du Tât. En deçà de l'entrée orientale, une pierre debout porte une inscription relalanl les circonstances de l'érection du temple, qui remonte à la première moitié du seizième siècle. La base du monument mesure 150 mètres sur 160; sou élévation dépasse 30 mètres.
Ce fut dans la plaine qui s'étend autour de Tit Luong qu'eut lieu, en 1641, la réception de Gérard Van Wuslhof et de ses compagnons par
LES RUINES DE VIEN CHAN. 253 le roi de Yien Chan. Les magnificences déployées par les Laotiens dans celte occasion sont longuement racontées par le naïf commis de la Compagnie des Indes, et c'est a peu près la seule partie de son récit qui ait été reproduite par Dubois1, dans le résumé qu'il donne de ce voyage. L'année suivante, le jésuite Jean-Marie Leria arrivait â son tour dans la capitale du Laos, et y recevait un accueil non moins cordial. J'ai déjà dit que son récit se trouve dans les Lettres (de Marini) sur les missions du Japon et du Tom/ King; mais, ici encore, il faut consulter l'édition orierinale de Marini, et non la traduction française, qui est très abrégée, et d'où le nom de Leria a disparu, ce qui a fait croire à M. Léon de Rosny * et à M* de Carné3 que c'était Marini lui-même qui avait recueilli sur les lieux les renseignements qu'il donne sur le Laos.
D'après le récit de Wusthof, la grande pyramide était, de son temps, recouverte de plaques d'or formant un poids total de 1000 livres, c'est-à-dire ayant une valeur de prés de 2 millions de francs, et ce monument était tellement vénéré par les indigènes qu'aucun d'eux ne passait devant sans tenir à la main un cierge allumé en signe d'hommage.
La journée du 3 avril fut entièrement consacrée aux diverses études que provoquait la cité détruite. Pendant que le commandant de Lngrée interrogeait les vieillards et écrivait, sous la dictée d'Alévy, les Çoutras laotiennes relatives aux édifices et aux traditions historiques du royaume de Vien Chan, M. Delaporle en dessinait les principales ruines, et M. Joubert examinait les nombreuses statues de cuiwv accumulées dans les pagodes de la partie orientale de la ville. Comme à NongKay, le fleuve, qui forme là, on se le rappelle, un coude prononcé de Test au sud, ronge la berge et la creuse chaque année davantage par l'action du courant. Les temples bâtis jadis sur le bord de l'eau s'affaissent et s'écroulent, et les statues de bronze qu'ils contiennent disparaissent sous les eaux sans que personne ose, pour les préserver de cette destruction, les enlever aux autels où elles recevaient jadis les hommages des fidèles. Dans la matinée du i, pendant que je levais le plan de Tàt Luong, le
t. Vie des gouverneurs généraux, avec l'abrégé des établissements hollandais aux Indes orientales. La Haye, C'est là qu'a été puisé jusqu'à présent tout eu qui a été dit et cité du voyage de Wusthof. {Soie de l'auteur.)
Le ÏÏullctin de la Société de géographie 1 donné, dans son numéro de septembre-octobre 1871, la traduction française de ce Yoyage {te Voyage inconnu des Néerlandais du royaume du Cambodge au royaume de Louwen, aunutA par M. Francis Garnie r), qui a été ainsi publié pour Ja première fois in extenso dan* um* langui? usurll»?.
2. Tableau de laCochittehine, rédigé, sous les auspices delà Société d'ethnographie, par MM. Léon de Rosny et Eugène Cortambert. {Note de l'auteur.)
3. Voy. les notes des p. 7T S7, 1 74P 3fl7, 312, 380 et les notes.
commandant de Lagrée achevait de relever la partie ouest (Je l'enceinte, dont j'avais, la veille, pris la partie est. Munis de documents suffisants pour reconstituer les principaux traits de l'ancienne capitale du Laos, talonnes d'ailleurs par la saison, qui devenait décidément pluvieuse, nous nous remimes en route le jour même. Pour la première fois depuis notre départ, la partie du (louve que nous allions remonter était, jusqu'à Pak Lay, point où Mouhot avait rejoint le Mékong Absolument vierge de vestiges européens.
Embouchure du Nom KdiiK - Dessin tle Th. \\~v\u r, iJ aprùs M. Uelupurte.
Vue dU Ik'uve el des uioulogn^s qui L'entourent, à PIkhj KJfcttlk, — DesÛO de A. ih r>l. d'après nu croquis do M. Delaporte.