CHAPITRE IX
Séjour à buaug Prabaug. — Réception du roi. — Environs de Luan^ Prabaug!. — Le pelil chien Tine-Tine. — Construction d'un tombeau à Mouhot. — Quelle rotite suivi. i la commission? — Les Laotiens du Nord. — Préparatifs de dépari . — Diminution îles bagages.
Le* pourparlers nip^s pour notre réception à Luang Prabang durèrent tout un grand jour. Le sentiment qui paraissait dominer chez les autorités était une extrême froideur, marque d'une défiance et d'une inquiétude réelles. J'ai déjà eu (occasion de rapporler le bruit, qui courait dans le pays, de différends survenus entre la principaulé de Xieng Mai et les Anglais. Les tentatives de ces derniers pour s'assurer l'exploitation exclusive de la vallée supérieure du Menam avaient porté ombrage aux pays voisins el excité les populations contre les Européens. Notre nationalité était inconnue : peut-être élions-nouâ «les Anglais. Notre mission, dont le but scieulili<|ue échappait aux indigènes, avait une apparence mystérieuse qui donnait prise aux soupçons. Enfin, te gouvernement de Luang Prabang tenait sans doute à témoigner une certaine indépendance à l'égard de Siam, eu affectant une sorte de dédain pour les lettres de Ban Kok dont nous étions porteurs, Le ton digne et élevé que savait si bien prendre le coiliman-
dantde Lagrée, l'intérêt évident qu'avaient les indigènes à ménager des inconnus qui se présentaient avec tous les dehors de l'amitié el de la paix, que leur petit nombre rendait inoffensifs, et qui représentaient peut-être une nation puissante, ne permirent cependant pas au roi de décliner nos demandes, et le cérémonial de notre visite fut réglé ù la satisfaction du chef de l'expédition. 11 fut convenu que le roi se lèverait à notre arrivée, que notre escorte armée entrerait dans l'intérieur du palais, et que, pendant l'audience, les membres de la Commission resteraient assis sur des sièges.
Ce programme fut accompli de point en point; mais le roi se retrancha dans la réserve la plus absolue. A tous les compliments du commandant de Lagrée, aux questions qu'il adressa sur notre compatriote Mouhot, qui, six ans auparavant, avait été reçu dans la même salle par Sa Majesté, celle-ci ne répondit que par des monosyllabes, qu'un mandarin traduisait ensuite par de longues phrases à peu près vides de sens. La séance fut bientôt levée ; il fallait compter sur le temps pour établir des rapports moins cérémonieux.
Le lendemain, 2 mai, nous choisîmes,' sur le versant sud de la colline qui dominait la ville, un terrain entouré de plusieurs pagodes et planté de quelques beaux arbres, pour y faire construire notre logement. En quarante-huit heures, les gens du roi y eurent élevé trois cases: une pour le chef de l'expédition, l'autre pour les officiers, la troisième pour l'escorte. Une cuisine, une salle à manger sous une tonnelle, complétèrent cette installation, Tune des plus confortables dont nous eussions encore joui. Chacun de nous s'occupa d'organiser de son mieux ses travaux et ses courses, afin d'utiliser un séjour dont la durée était encore incertaine, mais qui, en aucun cas, ne pouvait être inférieur à plusieurs semaines.
lin arrière de notre campement s'étendait une grande plaine, où se trouvaient disséminées de nombreuses pagodes; quelques-unes délaissées et devenues l'objet d une frayeur superstitieuse. Des tombeaux, des pyramides, achevaient de peupler ce \aste espace, sorte de champ sacré, couvert de hautes herbes, et où paissaient ça et là des troupeaux de bœufs et de buffles. De la plate-forme de l une des plus hautes pyramides, on découvrait un magnifique horizon de montagnes, et je fis de ce point le centre d'une station d'observation, pendant que M. Delaporle accomplissait aux pagodes voisines des pèlerinages qui enrichissaient son album. La plupart d'entre elles sont richement décorées, et nous rappelaient les temples ruinés que nous avions \isitésà Vieil Chan. L'une d'elles attirait surtout les regards par son extérieur singulier : elle est construite dans cette forme évasée que les Orientaux donnent au\ cercueils, et les bois qui en composent les murailles
M liUBLKS KT l;STKNSILKS 1H i ) t LT \\ U < >1 D I) 11 [ y U K. :m:î sonl sculptés avec une délicatesse que nous avions eu souvcol l'occasion d'admirer depuis que nous riions dans le Laos. À l'intérieur sont placés des ex-voto d'une très grande valeur : parasols, bannières brodées, statuettes i n bronze ; les plus curieux et les plus riches de ces objets sont den\ défenses d'éléphant d'une grandeur extrannlinain\ couvertes de haut en bas de sculptures originales, et dorées avec une habileté remarquable. Elles mesurent, la plus grande, \mfHo, la plus petite, \mM'6 «le longueur recliligne; en d'autres termes, ces dimensions sont celles de la corde de leur courbe naturelle.
M. Delaporle put ainsi compléter, en visitant Imites ces pagodes, et achever la reproduction par le crayon, l'étude des différents meubles ou ustensiles nlîectéfl chez les Laotiens au culte bouddhique, tels que chaires, bancs des prêtres, porte-cierges, hrule-parfums, bibliothèques. Tout cela constilue un ensemble décoratif qui s'inspire souvent des tîiotifs les [dus gracieux et qui est comparable aux merveilles de sculpture sur bois que Ton trouve dans nos vieilles églises gothiques. L'analogie d'usage et de destination religieuse de tous ces objets est vraiment frappante, et peut même faire illusion à un catholique !-
Le docteur Thorcl avait repris W bolle de naturaliste et son bâton des grandes c\cursions : les montagnes voisines allaient lui
ojïrir une riche moisson déplantes nouvelles. tjuantau docteur Joubert, le 90Q?enlf du moreeau d anthracite conservé dans la pagode de Ban Coksay le poursuivait jusque dans son sommeil, et il sVllbrçail d'obtenir, surins gisements et les industries métallurgiques de la contrée, des renseigne* inenls qui trop souvent, hélas! étaient négatifs. Un jour cependant on vint lui signaler, sur I autre rive du tleuve, un gisement de pierres précieuses. H se hâta de s\ rendre; mais, une fois sur les lieux, fidèles à leurs hahi-
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