‹ Voyage d'exploration en Indo-Chine effectué par une commission française présidée par le capitaine de frégate Doudart de LagréeChapitre 93 sur 197 · I. Voy. p. 296 et · texte numérisé non relu

I. Voy. p. 296 et

SÉJOUR DR M- DE LAGRÊE À XïENG TONG. *09

de constructions, en bois, en bambou, en pisé; les unes sont sur pilolis, les autres reposent directement sur le sol. Les demeures du roi et des grands fonctionnaires sont en bois, couvertes en tuiles, supportées par des colonnes très fortes et d*une menuiserie soignée. La ville contient une vingtaine de pagodes, aux toits superposés et aux arêtes curvilignes, dont l'architecture accuse une influence chinoise déjà très prononcée. Elles sont surchargées de dorures et continuellement en réparation. La consommation ému-me de feuilles d'or que nécessite ce genre d'ornementation et, depuis la révolte des mahoniétans, la difficulté des communications avec la Chine, d'où Ton tire le précieux métal, en ont augmenté la valeur dans une proportion considérable. Au moment du passage du commandant de Lagrée, on échangeait l'or contre Vingt et un, vingt-deux, vingt-trois et vingt-quatre fois son poids en argent, suivant le titre de celui-ci. Le change en roupies était de vingt fois le poids. A Voues! de la ville, à 1 kilomètre, se trouve un Tit en grande vénération, nommé Tat de Chom Sri : il était en réparation. On en attribue, suivant l'usage, la fondation à Açoka, qui est connu ici sous le nom de Plia Sou ko.

Les relations entre le roi de Xieng Tong et les deux officiers français devinrent bientôt plus familières et plus cordiales : Sa Majesté invitait presque chaque jour ses hôtes à passer la soirée avec elle, et, mettant toute étiquette de coté, les accablait de demandes sur les usages français, sur Saigon, sur la Cochinchine, sur l'Europe, sur la langue et la science françaises. Les excursions botaniques de notre naturaliste, que Ton voyait rentrer chaque soir avec d'énormes paquets de plantes sous le bras, avaient fort intrigué le roi; il lui fit apporter un jour plus de cinquante espèces de plantes et resta fort étonné de voir qu'il les connaissait toutes. Il le pria «le travailler devant lui, et les bistouris, la loupe, la plume, Técritoire furent tour à tour l'objet de sa curiosité et de ses questions. 11 s'amusait à écrire les noms français de tous les objets et voulut un jour que ses botes lui donnassent la représentation d'un repas européen : on fit venir Mouello, l'ordonnance de M. de Lagrée, avec tous ses ustensiles; on lui fournit [joules, œufs, haricots, viande de cochon , petits vers de bambou. Le tout fut accommodé séance tenante et servi dans les faïences anglaises et les tasses d'argent qui composaient, la vaisselle royale. La femme du roi assistait à ces entrevues intimes et tachait d'obtenir du docteur quelques remèdes contre les tourments du retour d'âge. Son mari et elle étalaient un grand luxe de hijoux ; à chaque visite, ils avaient de nouvelles bagues et de nouvelles boucles d'oreilles d'or, où brillaient des diamants et des émeraudes d'un grand prix. Le roi était décoré de Tordre

(TA va, à quinze chaînettes et à quatre plaques d'or ornées de rubis, qu'il portait en écharpe de gauche à droite.

Après avoir examiné toutes les lettres dont le commandant de Lagrée était porteur et s'être convaincu de sa sincérité, le prince laotien n'hésita plus à lui accorder la permission de quitter Xieng Tong dès qu'il le désirerait, et il fut convenu que, tandis que les deux officiers français partiraient directement pour Muong You, une lettre irait porter, à Muong Yong, au reste de l'expédition l'autorisation de se remettre en route pour le même point.

Mais le Birman n'entendait point lâcher aussi vite la proie qu'il avait réussi à attirer dans ses griffes, et il entassa objections sur objections. La bonne foi du roi finit par s'en irriter profondément. Il envoya trois mandarins déclarer au Pou Souc qu'il avait désiré voir les étrangers à Xieng

Tong; que ceux-ci y étaient venus; que tout le monde avait pu juger de leur honnêteté ; que maintenant ils demandaient a continuer leur route et qu'il n'y avait plus qu'à faire droit à cette demande. Le Birman eut l'air de céder et remit aux envoyés du roi un permis de circulation destiné a AL de Lagrée, que Ton s'empressa d'apporter au chef de la mission française. Vérification faite, le susdit permis était un passeport pour circuler à l'intérieur de la province du Muong Yong, et le nom de Muoug You n'y était même pas prononcé! Il fallut revenir à la charge. Enfin, le 3 septembre, munis d'un permis en règle, nos compagnons de voyage partirent pour Muong You après avoir reçu du roi, entre autres cadeaux, un joli cheval qui fut le premier spécimen de la cavalerie de la Commission. On l'appela « Royal », en raison de sa noble origine.

Les atermoiements du Birman avaient évidemment pour but de gagner du temps et de lui permettre de recevoir une réponse d'Ava, avant que la Commission française eût quitté le territoire birman; cette réponse dut lui arriver presque en même temps, ou deux ou trois jours après le départ de M. de Lagrée de Xieng Tong, d'après les renseignements recueillis par le colonel (aujourd'hui général) Fytche, résident anglais en Birmanie. Voici la lettre que celui-ci écrivait de Rangoon, le 9 août 1867, au gouverneur général de l'Inde :

« La Commission d'exploration française est arrivée aux États Shans, tributaires du Yun-nan, à Test de Bamo. Elle a écrit de Mainglon ou Maingla à la cour d'Ava pour demander l'autorisation de visiter Mandalay *. Une réponse favorable lui a été envoyée. Cette réponse est partie de Mandalay

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