‹ Voyage d'exploration en Indo-Chine effectué par une commission française présidée par le capitaine de frégate Doudart de LagréeChapitre 92 sur 197 · NOUVELLES RASSURANTES · texte numérisé non relu

NOUVELLES RASSURANTES

date fixée pour l'arrivée de sa lettre, se passa sans rien m'apporte r. Notre attente se prolongea ainsi jusqu'au 6 septembre, prenant chaque jour un caractère d'anxiété de plus en plus pénible. M. de Lagrée était-il malade? Dans ce cas, pourquoi le docteur Thorel ne nous donnait-il point de ses nouvelles? Notre perplexité, exaspérée et justifiée par un retard d'une semaine, allait d'une hypothèse à l'autre; dans l'ignorance absolue où nous étions de ce qui s'était passé à Xieng Tong, et de l'accueil qu'y avait rencontré le chef de l'expédition, toutes les suppositions étaient vraisemblables. Le bruit courait dans le pays que vingt-huit hommes envoyés par le roi de Xieng Tong pour vendre de l'opium I Muong Phong et dans les contrées voisines avaient été assassinés. Un seul avait échappé et était revenu porter la nouvelle. Nous tremblions ti chaque instant de recueillir des rumeurs aussi inquiétantes sur la partie de la commission qui s'était éloignée de nous.

Le 6 septembre, nous apprîmes par le bruii public que M* de Lagrée, au lieu de revenir à Muong Yong, devait partir ou était parti déjà de Xieng Tong pour Muong You, Il n'y avait dès lors que deux hypothèses admissibles pour expliquer son silence: le porteur de sa lettre l'avait perdue et n'osait plus reparaître, ou bien il lui était arrivé un accident en route, le me décidai à demander à partir pour Muong You avec toute l'expédition, afin de m'assurer si nous avions réellement recouvré la liberté de nos mouvements. Le Birman ne fit aucune objection ; des ordres furent donnés pour la réunion des porteurs qui nous étaient nécessaires, et notre départ fut fixé au 8. La veille, au milieu de nos préparatifs, arriva enfin la lettre tant désirée du commandant de Lagrée, Elle n'était pas datée; mais le porteur, qui n'était autre que le petit officier de Muong Yong qui avait escorté le chef de l'expédition jusqu'à Xieng Tong, nous dit qu'elle lui avail été remise le 1" septembre. M. de Lagrée me confirmait la bonne nouvelle qui m'avait déjà été communiquée parle Birman, tout en f entourant de certaines restrictions qui pouvaient nous faire craindre encore d'autres difficultés. Il me donnait en même temps quelques détails sur son voyage et ses négocia* lions. 11 était arrivé à Xieng Tong, accompagné de M, Thorel, le 23 aoùl , et les deux officiers français avaient été reçus en audience, le 25, par le mi. Son accueil fit immédiatement deviner au chef de la mission française qu aucun obstacle ne lui viendrait de ce cùU . La visite fuite par Mac Leod, en In;î7( un père de ce prince, visite dont celui-ci avait gardé le meilleur souvenir, était peut-être Tune des causes les plus puissantes de la bienveillance qu'il témoigna aux voyageurs français. Il parla souvent à M, de Lagrée de l'officier anglais, de son costume, de ses instruments, en homme que tous ces détails avaient frappé comme la révélation d'une civilisalion supérieure. En sortant

de chez le roi, M. de Lagrée se rendit à l'assemblée des mandarins. Elle se composait de trente-deux fonctionnaires, représentant les trente-deux Muongs ou provinces du royaume, tous nommés par le roi et présidés par deux mandarins plus élevés en grade, nommés par la cour d'Ava. L'accueil fut presque aussi amical que chez le roi. Le lendemain, ce fut le tour du mandarin birman, qui est désigné sous le titre de Pou Souc. C'était, disaiton, par une faveur et une bienveillance exceptionnelles qu'on permettait au commandant de Lagrée de faire, à des intervalles aussi rapprochés, toutes les visites officielles obligatoires. D'ordinaire il est de règle de laisser s'écouler une semaine entre chacune d'elles, La réception que fit à M. de Lagrée le représentant de la cour d'Ain fut peu bien veillante. Ou avait demandé au commandant de Lagrée de se déchausser en entrant chez le roi et, devant son refus, basé sur la différence des usages européens, on n'avait point insisté, Les soldats birmans qui gardaient 1 entrée de la salle de réception du Pou Souc ne se montrèrent pas aussi accommodants et voulurent avec force menaces contraindre MM. de Lagrée et Thorel à oter leurs souliers* Ces soudards, à moitié ivres, allèrent même jusqu'à tirer leurs sabres H proférèrent beaucoup d'injures, au milieu desquelles le mot Angkrit

venait souvent *. M* de Lagrée et son compagnon tournèr«<

Birman rappela les officiers français» se fit attendre quelque temps dans salle d'audience, prit les airs les plus cassants qu'il lui fût possible et se radoucit pourtant à la vue des cadeaux qui lui étaient offerts. Il récréa ses hôtes du spectacle d'un ballet exécuté par quatre ou cinq jeunes filles birmanes de douze à quinze ans et quelques hommes bien découplés. Après les danses vinrent des exercices de gymnastique. Le Pou Souc jetait aux lutteurs des pièces de monnaie et les encourageait par ses cris. L'impression que retira le commandant de Lagrée de cette première entrevue fut qu'on atermoierait avec lui jusqu'à l'arrivée d'une réponse d'Ava. Il profita des trois ou quatre jours qu'on lui demandait avant de prendre une décision, pour visiter la ville et ses environs.

La ville de Xieng Tong est assise sur quatre ou cinq petites collines; elle a une enceinte en briques de forme irrégulière, mal entretenue et précédée d'un fossé profond. Le développement total de cette enceinte est d'environ 12 kilomètres; un quart seulement de l'espace qu'elle comprend est occupé par les habitations. Les maisons de Xieng Tong présentent tous les genres

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