‹ Voyage d'Iberville [microforme]Chapitre 4 sur 4 · VOYAGE .)'IBERVILLE · texte numérisé non relu

VOYAGE .)'IBERVILLE

nous vimes un petit vaisseau anglais, nous vimes ensuite les Tortues sèches et puis Matana.

Le vendredi 22, nous aperçumes trois vaisseaux, nous attendimes pour les suivre, parceque personne de nous n'avait ençore passé le canal de Bahama, étant proche de nous il arborait le pavillon Anglais et nous le pavillon Français. Leur amiral mit la flamme et vint sur nous, étant proche, il nous demanda d’où nous venions, nous lui répondimes de St Domingue, il nous demanda si le capitaine du roi qui avait péri était sur notre vaisseau, il alla ensuite à l’autre vaisseau, il leur demanda d’où ils venaient, si nous étions ensemble, ils lui répondirent qu'ils venaient de Mississipi autrement Malleautia, voyant que nous répondions ainsi différemment, il nous prit pour des forbans. Le soir s’'approchant, il tira un coup de canon, pour avertir les deux autres vaisseaux de se tenir auprès de lui et d’être pendant la nuit sur leurs gardes.

Le samedi 23. M. d'Iberville voulants’approcher de lui, il fit signe qu’il tirerait du canon, s’il s’approchait d'avantage, en effet les bouts feux étaient allumés et prêts, ils auraient été bien accomodés s'ils avaient commencé, à la fin, ils nous recofnurent et nous firent toutes sortes d'amitiés, s’offrant à nous rendre service en ce que nous aurions de besoin. Depuis ce temps nous les suivimes ayant toujours vent devant et étant obligé de virer de bord tous les horloges.

Le lundi 25, gros vent devant, notre gouvernail cassa à midi précis et nous arborâmes pavillon rouge, en moins d’une heure, il fut raccommodé ; l'amiral anglais envoya aussitôt sa petite frégate pour nous demander ce que nous avions, nous fit offre de tout ce que nous aurions besoin qu'il était prêt de nous rendre ce service en tout, nous lui dîimes que notre gouvernail avait cassé, mais qu’il était raccomodé que nous le remercions, nous apprimes un peu après que M. d’'Iberville avait eu le même malheur, nous n’en fûmes pas quittes pour cela, à cinq heures et demie du soir, comme nous allions souper, nous entendimes tirer trois coups de canon parl’ami. ral des anglais pour nous avertir que nous allions tomber sur des bancs de sable ; eu effet, nous n’eûmes que le temps de virer de bord voyant le banc de sable, nous eûmes à la vérité grande peur et sans gasconnade, nous fûmes trop heureux d’être dans la compagnie des anglais ayant suivi durant le canal la même manœuvre qu'eux.

Le mardi 27, nous vimes que nous étions passés et en remerciâmes Dieu, tous nos gens ayant été extrêmement fatigués, parcequ’ils avaient toujours été debout, le vent devint ensuite favorable nous quittâmes bientôt les anglais, nos frégates allaient beaucoup mieux

que les leurs, nous fimes presque toujours, l’est nord est, beau: temps jusqu'au mercredi dixième jour de juin.

Le mercredi 10 juin, vent de sud-ouest depuis minuit et demi est fort violent, en sorte que le matin ayant cargué toutes les huniers on laissa seulement les deux grandes voiles. Sur le midi, le vent augmenta tellement qu'on serra la grande voile et on prit les ris dans la misaine, et fimes vent arrière ; sur les deux heures, le vent fut si violent que le vaisseau ne gouvernait plus, la mer passait pardessus tout nageant entre deux ponts, les matelots étaient si fatigués qu'ils n’en pouvaient plus, on jetta toute la dunette à la mer, ensuite on vira au cabestan, on aurait jeté les canons, si on avait craint d’enfoncer le vaisseau. Enfin après trois quarts d'heure entre deux eaux sans pouvoir gouverner le vaisseau, il commença à arriver et se relever, nous crûmes tous que c'était notre dernier jour, jamais on a eu plus de peur, deux de nos gens moururent à cause de l’eau qui avait été entre deux ponts. La Badine n'eut pas le même malheur que nous, ce qui a fait que nous nous séparâmes et ne le revimes qu'à Rochefort.

Depuis ce temps là, nous eûmes toujours bun vent, nou uillâmes à la rade de Chefdebois, mardi, dernier jour de juin.

Le mercredi 1er juillet. On transporta nos malades dans nos barques à l'hôpital de Rochefort, il était temps d’arriver, les deux tiers de nos gens étaient hors d'état de travailler.

Le jeudi 2, sur les 10 heures, nous levâmes la mer, et allâmes mouiller à l’Ile d'Aix, ensuite nous entrâmes à Rochefort.

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