INTRODUCTION
De Marly, ce 8 juillet*.
« Revenez, mon chei- fils, Je vous en conjure, et vous le demande par cette amitié que vous avez pour moi, et je vous l'ordonne par tout le pouvoir que j'ai sur vous. Si après que vous aurez été ici quelque temps vous voulez recommencer vos voyages et parcourir V Allemagne comme vous avez fait V Italie, je consentirai, mais il est juste que vous me donniez la satisfaction de vous revoir et que vous veniez mettre quelque ordre à vos affaires, en prendre connaissance et voir aussi votre régiment dont on dit que vous ne touchez pas un sol. Il me revient mille biens de vous, j'en suis charmée; il ne faut pas gâter cette satisfaction, la seule que je puisse recevoir, par un travers qui me mettrait le poignard dans le cœur.... J'ai fait des efforts pour votre voyage d'Italie que je ne suis pas en état de recommencer. Peut-être que quand vous aurez été quelque temps en France, il me reviendra quelque secours que je serai ravie d'employer à votre satisfaction. Est-ce l'amour qui vous tourmente? Mais y a-t-il une femme au monde qui mérite qu'on abandonne son pays, sa famille et ses amis? Est-ce Vinfidélité d'un ami? Votre jeunesse vous rend excusable d'un mauvais choix et votre expérience vous aura acquis plus de discernement. Vous savez que vous en avez laissé trois^ qui ne vous
1. 1715. Madame de Gaylus. Souvenirs et correspondance, par Emile ilaumé. Paris, Charpentier, 1889, p. 298-301.
2. Probablement la marquise fait allusion au duc de Villeroi, son ami; au maréchal d'Harcourt et à Maurepas, leurs parents et intimes.
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manquent pas et une mère que vous devez regarder comme la meilleure amie que vous avez au monde.... Enfin, mon cher /ils, vous êtes trop honnête homme pour manquer au plus esseîitiel de vos devoirs, en refusant de me venir voir, quand je vous le demande par tout ce quil y a de plus pressant. Vous navez donc rien de mieux à faire que de satisfaire votre curiosité à Rome par tout ce qui vous ij reste à voir et de revenir ensuite recevoir toutes les marques d'amitié que ma tendresse désire ardemment de vous donner. Soyez sage, je vous en prie, sur toutes les affaires présentes de VEglise, la politique le veut et la raison aussi, puisqu'on raisonne fort mal sur tous les faits quon na pas vus par soi-même. J'attendrai avec une extrême impatience la réponse à cette lettre quoique j'aie trop bonne opinion de vous pour croire quelle soit autre que je la doive attendre d'un honnête homme et d'un bon fils. Vous m'êtes aussi très nécessaire par rapport à votre frère'; il y a du bon et du mauvais en lui. Je crois que votre régiment ira en Catalogne, ce qui vous faciliteroit un voyage en Espagne, où votre oncle^ serait ravi de vous voir....
Songez à ménager ma mauvaise santé qui commence à revenir d\ine nouvelle attaque; celle du roi' est. Dieu merci, très bonne; ma tante' est languissante, ce qui m'afflige sensiblement— »
Cette lettre de la marquise de Gavlus, la plus séduisante créature qui fut jamais, écrite de la résidence de Marly, où linépuisable attachement de Mme de Maintenon la faisait être des particuliers du roi, est adressée à son fils
1. Le cadet, le chevalier de Gaylus qui servit dans la marine du roi
2 A la suite d'un duel avec le comte d'Auvergne, M. de Gaylus était
passe au service de l'Espagne. Il devint successivement maréchal de camip.
dans les troupes espagnoles, capitaine général, grand d Espagne et vicc-roi
du Pérou,
4'. Madame de Maintenon qui l'éleva, la maria et l'entoura jusqu'au boul
d une sollicitude toute maternelle.