INTRODUCTION III
aîné', mestre de camp d'un régiment de dragons de son nom, lequel parcourait l'Italie, depuis dix mois. La pauvre mère trahit sa perplexité. Quelle peut être la résolution à laquelle son fils fait allusion dans ses courtes missives et qui l'enchaîne loin d'elle? Elle l'attribue aune cause intime; l'amour, une déception : tour à tour elle enjôle, prie, flatte, conjure et réprimande. Prières et amorces demeurent stériles : le voyageur résiste.
Enfin, il se déclare. Plus qu'un aveu, c'est une résolution définitive qu'il communique à sa mère. Il quitte le service. De Gènes il lui mande : « Je quitterois ma patrie, je porterois la tête sur un échafaud, plutôt que de continuer à servir. »
Et pourtant, adolescent encore, il avait glorieusement porté les armes. A Malplaquet il s'était battu avec une si belle intrépidité que Louis XIV, l'ayant attiré sur ses genoux, s'écria : « Voyez mon petit Gaylus, il a déjà tué un de mes ennemis-. » Au siège de Fribourg, il briguait le péril avant tous : il était si fort épris de son métier de soldat/ qu'au cours d'un voyage, ayant appris que les
1. Anne-Claude-Philippe de Thubières, de Grimoard, de Pestels, de Lévis, comte de Gaylus, lils de Jean-Anne, comte de Gaylus, menin de. Monseigneur, et de Marthe-Marguerite Le Valois, marquise de Villette, naquit le 31 octobre lfi92. Il avait douze ans lorsqu'il perdit son père. Saiint-Simon lit à de Gaylus la suivante oraison funèbre, d'ailleurs fort, méritée :« Au commencement de novembre (1704) mourut sur la frontière de Flandre un homme qui fit plaisir à tous les siens ; ce fut Gaylus, frère de celui d'Espagne et de l'évéque d'Auxerre.... Blasé, hébété, depuis plusieurs années, de vin et d'eau-de-vie, il était tenu à servir hiver comme été sur la frontière, pour qu il n'approchât ni de sa femme, ni de la cour. Lui aussi ne demandait pas mieux, pourvu qu'il fût toujours ivre. Sa mort fut donc une délivrance dont sa femme et ses proches ne se contraignirent pas de la trouver telle » {Mémoires, Hachette, t. III, p. 133). La mère du jeune voyageur était la fille de Philippe Le Valois, marquis de Villette- Murçay et de Marie-Anne de Ghâteauneuf, laquelle mourut en 1684 ; en 1695 le marquis épousa Mlle de Marsilly — élève de Saint-Gyr et amie de sa propre fille — qui devint ensuite Mme Bolingbroke. Gette belle-mère de Marie de Gaylus était plus jeune qu'elle ; ses filles étaient aussi plus jeunes que le comte de Gaylus, aussi ce dernier donnait-il le nom de « petites sœurs » à ses jeunes tantes.
2. Mariette. « Abecedariù » publ. et annoté par MM. Ph. de Ghennevières et A. de Montaiglon. Tome I", p. 340, dans « Archives de l'Art français », tome II, Paris, Dumoulin, 1853.