Giuseppe Mazza, sculp. bol
porté, a son mérite. Du reste c'est une petite ég-lise.
St-Moïse est encore une petite ég-lise pleine^ ainsi que la précédente, de tableaux qui ne m'ont pas paru grand' chose. Le grand autel a sa singularité et la façade trop chargée son désagrément et ses défauts.
Le couvent des Bénédictins est maître d'une église consacrée à saint Zacharie. C'est le plus ancien monastère de Venise. On m'a dit que presque toute la maison estoit du Sansovin. L'église est de ce bon architecte ^ La façade en est belle mais mêlée un peu de goût grec. Plus grande que les deux dernières, l'église a les bas côtés estroits et les colonnes fort élevées dune architecture hasardée qui fait un bel effet. Le maître-autel est à l'ancienne mode, il j a une espèce de colonnade qui en fait le tour derrière. Le tout ensemble ne me déplaît pas, au contraire. Entre plusieurs épitaphes que j'ai lues, j'ai trouvé la suivante :
Alexander Victoria qui vivens vivos duxit e marmore vultus-.
Son tombeau est simple, cependant le plus apparent de l'église; la peinture, la sculpture et l'architecture en font les ornemens. Les tableaux qui remplissent le lieu ne m'ont pas paru bien beaux. Il y en a un qui représente l'histoire suivante : le second jour de Pâques, le doge, suivi du Sénat, vient dans le couvent montrer aux religieuses le « Gorno » précieux, gardé dans le trésor de St-Marc, en mémoire de ce qu'il a esté donné autrefois par une religieuse de ce couvent. La prieure Je voyant lui donne un bouquet de fleurs ^ L'on garde dans ce même lieu un tableau de Paul V, qui représente la Sainte Vierge et quelques saints, que dans le pays l'on fait ses favoris, et que l'on dit estre très beau. Je ne l'ai pas vu car il estoit dans le couvent
1. C. fait erreur, l'église de S. Zaccaria, construite par Ant. Gambello et Moro Goducci, marque la transition du gothique à la Renaissance.
2. C'est l'épitaphe du beau tombeau d'Al Vittoria. (Art. et se. vcn. 1525- 1608), orné du buste de l'artiste par lui-même.
3. Nous omettons deux lignes se rapportant à un petit dessin qui est en marge, parce que le sens en est incomplet.
parce que on l'avait changé de place pour lui en faire une où le jour put en faire valoir les beautés, et le mur n'estoit pâs encore sec. On dit que la République en a voulu donner 15 mille ducats^ (A^)-
Un imprimeur de Venise fort riche, nommé Gussoni, avait une belle maison bien disposée. Il attendoit l'ouverture du <( livre d'or » pour se faire noble. Il y a quelques tableaux dans la maison et quatre du bon Bassan. Il y a « un miracle des cinq pains ), très beau, un du Titien qui est magnifique, ■on y voit aussi un beau tableau de Cavallino, bon peintre de Naples-.
Chez un nommé R. romain, renvoyé du duc de Lorraine, on voit tous les tableaux qui estoient au duc de Mantoue^ Il s'est accommodé avec les créanciers, et les tableaux lui sont demeurés. Il y a des morceaux très rares de presque tous les premiers peintres d'Italie*. Ceux qui m'ont frappé sont une Sainte Famille de Michel-Ange et quelques morceaux de Castiglione, génois^; il y en a de Carrache, de Raphaël, du Tintoret, du peintre génois, enfin c'est un très beau cabinet qui mérite infiniment d^estre vu.
A la partie septentrionale de la ville. Ton trouve une isle qui commence à plus d'un mille de distance de Venise. Elle en a sept de long : au bout, de l'autre côté, est une petite ville nommée Malamocco. Le bout de cette isle, du côté de terre, est retranché peut-être dans l'espace de sept ou huit cents arpens. Les fortifications ne sont élevées que jusques au cordon; il n'y a que deux côtés de fortifiés, celui qui est dans la terre et le côté de l'isle qui, de la gauche, regarde la mer; celui de droite n'est en nulle façon retranché. Un
1. Ce tableau de P. Véronèse se voit aiij. dans la 11^ salle de TAcadémie des Beaux-Arts.