‹ Voyage d'Italie, 1714-1715 par le comte de Caylus. 1. éd. du code autographe annotée et précédée d'un essai sur le comte de CaylusChapitre 126 sur 197 · Ermite Augustin qui y séjourna et y mourut au xiii» s · texte numérisé non relu

Ermite Augustin qui y séjourna et y mourut au xiii» s

là on relaye à « Case nuove^ » autre poste et mauvais gîte. Le chemin en est magnifique, et toujours en descendant avec la plus belle vue du monde* l'on arrive à Foligno,

FOLIGNO, situé à un mille du pied des montagnes, n'est recommandable par rien. Ses bâtimens sont peu de chose ; ses dragées sont renommées. C'est un évêché. Le Dôme n'est pas laid, le grand autel est bâti sur le goût de celui de Saint- Pierre de Rome mais il n'est qu^en bois. Au couvent des filles nommées « les Comtesses » il y a un magnifique tableau de Raphaël ^. A l'église de Saint-François, j'ai vu ce bienheureux habillé en Père Eternel sur le maître- autel. La plaine fertile et agréable qui m'a donné l'idée de la vallée de Tempe fait l'ornement de ce pays, et le contentement des yeux tout à la fois. L'on y trouve des champs semés, des vignes et des bois. On ne peut rien [imaginer] de plus agréable car plusieurs ruisseaux arrosent cette plaine où les arbres, tenus à une certaine hauteur, conservent encore la vue. Un chemin uni comme un jeu de boule vous conduit le long de cette plaine fertile au pied de la montagne jusqu'à Pesignano où la poste se trouve. Quelques moments avant d'y arriver, on trouve à droite du grand chemin un petit temple nommé S. Salvatore. Ses colonnes de marbre blanc, son architecture corinthienne et la façon dont il est bâti m'ont fait voir qu'il a été construit du temps des Romains avant que le monde fut tombé dans l'ignorance, et en même temps du temps du christianisme. Les croix qui sont dans les ornemens et cette inscription qui se lit facilement sur la première façade, me le prouvent assez : « Deus Angelorum qui fecit Resurrectionem. » Ce qui rend ce

i. De Brosses, enjoué et enthousiaste partout ailleurs, se plaint ici de la route, du paysage, de la température, etc., et se montre indifïérent aux beautés variées de cette route à travers les Apennins, conf. t. II, p. 445 à 447.

2. La célèbre Madonna di Foligno, qui est actuellement au Vatican.

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monument recommandable et d'autant plus rare, c'est qu'il est le seul dans ce goût-là ^

Aux environs d'un demi-mille au-dessus de la poste, quatre fontaines d'une eau vive pure sortent d'un rocher et forment une jolie petite rivière^ ou gros ruisseau qui, coulant vers Foligno^ passe auprès du joli petit temple et forme un aimable objet dans la plaine en la rendant fertile. Le chemin de Pesignano à

SPOLETE est aussi magnifique. L'on arrive à cette ville qui se trouve au pied de la montagne qui termine cette aimable plaine. En entrant dans la ville on passe à sec le torrent du Velino'', la ville est assez déserte ayant l'air pauvre, mal bâtie et incommode par sa situation haute et basse, qui par conséquent la fait voir de loin en amphithéâtre. Je la fus cependant parcourir, et peut-estre ayant fait une cinquantaine de pas dans quelques rues, je fus arrêté par la vue d'une porte rebâtie depuis peu, mais dans le goût ancien. Cette porte se nomme encore Porta Fuga*. Une inscription peinte et non gravée sur la pierre, preuve du peu de temps qu'elle est faite, m'en apprit les raisons. Elle estoit telle mot pour mot : Annibal caesis ad Trasimenuin Romanis Urbem Romani infenso agmine petens, Spoleto magna suorumclade repulsus insigni fiigaportae nomen. De là, je fus à l'église des prêtres Philippins, moderne en dedans, et n'ayant rien d'extraordinaire; du reste assez jolie. Spolete est encore un évêché.

Le Dôme est moderne en dedans, le portail ancien, avec

1. Ce petit temple, ordinairement considéré comme celui du Cliinmnns, dont parle Pline (Epîtres 8, 8) mais probablement de l'époque de Gonstantin-le-Grand, est auj. transformé en église.

2. Vallée du Clilumne, célébrée par les anciens auteurs (Virgile « Gcorgiques, » II), et sujet d'une ode superbe du grand poète italien contemporain, G. Carducci.

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