Auj. au Musée du Vatican
184 VOYAGE DITALIE
Les Romains, mag-nifiques dans tous leurs ouvrages publics, ne Festoient guère dans la structure et la forme de leurs temples. Tous ceux dont on voit les restes sont petits et de forme circulaire, et nos églises sont fort au-dessus de cette espèce de bâtiment. Cependant s'ils estoient tous comme la Rotonde ou le Panthéon^ je ne déciderais pas si hardiment. Je n'en décrirai ni la grandeur ni la hauteur : je les trouverai en tant d'endroits que cela n'en vaut pas la peine. Le vestibule [est] soutenu par quinze colonnes de granit d'une seule pièce et d'une grosseur magnifique, qui font, en entrant, grand plaisir à la vue. Le dedans est de forme circulaire. Les colonnes qui soutiennent la voûte sont aussi d^une pièce et de marbre jaune. Le pape les faisoit repolir. C'est, en vérité, une belle chose; ce bâtiment est tout entier et renferme sept autels. Le tout est consacré aux saints martyrs.
En passant sous l'arc de Constantin, à quatre ou cinq cents pas, j'ai esté voir les Thermes ou bains de Caracalla. La grandeur et l'élévation des ruines prouvent aisément l'estendue de ce bâtiment. Ce qui reste est de brique. L'on voit que cela estoit autrefois mieux revêtu et l'on en juge par les colonnes magnifiques et les marbres dont MM. les Jésuites se sont servis, qu'ils ont enlevés ou déterrés de ce bâtiment qui leur sert à jouer au ballon. Ce que Ton en voit n'est pas grand'chose; j'ai monté au plus haut.
Pas loin du temple de Janus et toujours en prenant sur la droite, on trouve une petite église ancienne ^ de vilaine structure mais dont le pavé de mosaïque est joli. Dans une espèce de parvis de cette église est un mufïïe de marbre rond qui a les yeux et la bouche ouverts ; ce qui portoit le nom de bouche de Vérité et servoit aux Romains quand ils faif^oient faire serment à quelqu'un. On conte aussi que l'on
i. S. Maria, in Cosmedin ou Bocca délia Vevilk, ainsi nommée d'une •bouche de fontaine qui se trouve dans son vestibule à gauche et dans l'ouverture de laquelle les Romains auraient placé la main lorsqu'ils prêtaient un serment.
LES ÉTATS DE l'ÉGLISE 185
s'en servoit pour les pucelages. Si cela estoit vrai, que de filles en France seroient mordues î
Vis-à-vis cette église qui porte le nom de cette tête, est un g-renier à foin qui estoit jadis le Temple du soleiV . Il n'estoit pas grand, il n'est resté que les colonnes arrangées en rond.
Auprès de Importe, aujourd'hui Saint-Paul, on voit une 'hauteur sous laquelle sont les caves les plus fraîches de Rome. Elle se nomme Testaccio et est, dit-on, composée de tous les vieux pots cassés des Romains. Il y a apparence que cela est vrai par la quantité de débris que l'on voit.
Joignant cette même porte, l'on voit une pyramide de marbre blanc laissée même un peu en dehors de la ville par les murs qui sont appuyés dessus. Ce bâtiment peut avoir soixante-dix ou quatre-vingts pieds de haut et environ trente de base. Il y a une porte qui communique dedans, il y a même une fenêtre. Depuis quelques années Ton nV entre plus et le Sénat en a la clef. Ceux qui ont vu la chambre prétendent que l'on y voit des grotesques peints qui sont beaux. L'on appelle communément ce lieu le tombeau de Marcus-Cestius. Il y a des deux côtés des inscriptions dessus bien conservées, mais de maudites pierres m'ont empêché de les lire^. Aux deux angles de la pyramide, du côté qui est en dedans de la ville, il y a sur deux piédestaux deux colonnes cannelées de marbre sans inscriptions ni statues.
Aux environs d'un mille, se trouve la basilique de Saint- Paul. L'église n'a nulle beauté ; elle est grande et ancienne; après Saint-Pierre c'est la plus estendue de Rome. Sa structure est vilaine et sans aucun ornement. Une vilaine couverture de bois, vingt grosses colonnes de marbre blanc cannelées soutiennent de chaque côté la nef; vingt
1. Aujourd'hui S. Maria del Sole, autrefois appelé Temple de Vesta.
2. L'inscription qui se trouve sur les faces Est et Ouest du monument •est la suivante : « C. Cestius L. F. Pob. Epulo. Pr. Tr. PI. VII vir Epulonum. » L'autre rapporte que ce monument fut érigé en 330 jours sous la surveillance de L. Pontius Mêla et de l'affranchi Pothus,
autres unies soutiennent les bas-côtés qui sont au nombre de quatre. L'on m'a dit que ces colonnes estoient autrefois autour de la Tour qui subsiste aujourd'hui et qui forme en partie le château Saint-Ange qui, jadis, estoit le tombeau d'Adrien. Un crucifix qui a parlé à sainte Brigitte est l'ornement de cette église. Elle est liabitée par des Bénédictins dont la maison n'a rien de trop beau. Des tableaux du Lanfranco qui se voyent dans le réfectoire, sont tout ce que j'ai vu.
Un mille par delà cette église, au milieu de deux collines^ est une très vilaine église ancienne dans laquelle une espèce de Bernardins traitant très mal, [desservent^ trois églises ou chapelles. Cette première, une autre moderne, dans laquelle l'on voit trois autels posés chacun sur une des sources nées aux endroits où la tête de saint Paul sauta, après la séparation de son corps. Plusieurs gens trouvent de la différence dans le goût de ces eaux ; pour moi je n'en ai pas trouvé. Le martyre de saint Pierre, peint, par Guido Reni, se voit dans cette chapelle, et est beau. Dans une autre petite église', aussi moderne, j'ai vu un très beau morceau de mosaïque, c'est le plus parfait que j'aie encore trouvé-. Cette chapelle est bâtie en l'honneur de dix mille martyrs enterrés dans les catacombes de cet endroit. C'est aussi dans ce lieu que l'on dit que saint Bernard a eu la vision des anges (75).
En sortant par la Porta Plnciana, à quelques pas de la ville^ l'on trouve la fameuse vigne Borghèse^. Son grand parc rempli de chevreuils, ses volières, ses bosquets agréables, sont de beaucoup au-dessous du bâtiment dont les quatre façades sont ornées, depuis le haut jusques en bas, de bas-reliefs antiques magnifiques. Les jardins sont
1. S. MsLrisi ScaLiCœ/i, parce que saint Bernard, auquel Innocent III avait confié ce couvent, eut un jour la vision d'une échelle céleste sur laquelle des anges conduisaient au ciel des âmes délivrées par ses prières.