Ces bonnes mosaïques sont de J. Zuccaro
3. « La ville Borghese fourmille de statues antiques et modernes, au dedans et au dehors. » De Brosses, t. I, p. 51.
pleins de figures antiques ; mais le dedans de la maison possède des trésors. Entre le grand nombre, j'ai été enchanté du « Silène, » du « Gladiateur, » d'un « vase, » du « Centaure, » d'une « Junon » de porphyre, du « Sénèque » de marbre noir, qui sont des morceaux achevés. Je marque r « Hermaphrodite^ » plus pour sa réputation que pour le plaisir qu'elle m'a fait. Dans le grand nombre de bustes, il Y en a de superbes^ mais ce qui est indifférent dans cette maison seroit bien beau ailleurs. La « Daphné » et le « David » du cavalier Bernin s'admirent encore, après la vue de ces beaux morceaux dont les copies font l'ornement des jardins d'un roi aussi magnifique que le nôtre.
Du côté de Saint-Pancrace, aux environs d'un demi-mille de Rome, Ton trouve la vigne Pamphili, Quelques moments avant d'y arriver, on passe une espèce de porte sur laquelle est une inscription qui apprend que l'aqueduc qui y est attaché, ayant autrefois esté bâti par César Auguste, fut réparé en 1609 par Paul V. Cette vigne a un bâtiment assez riant, aussi orné en bas-reliefs mais en plus petit nombre. Hors quelques tableaux, surtout une grisaille de Jules le Romain^, un Sénèque, et encore un ou deux autres morceaux, il n'y a rien de curieux à voir dedans. Les ornemens en stuc qui remplissent le plafond d'un appartement d'esté méritent d'être regardés. Le haut de la maison est en terrasse et l'on découvre de là la plus belle vue que l'on puisse imaginer. Les jardins, soit ceux qui sont peignés soit ceux moins remplis d'art, rendent cette maison recommandable et fort agréable. Elle est ornée d'un grand parc où l'on tient de la faune. De grands pins fort droits et fort élevés, plantés sur de beaux tapis, forment des promenades bien agréables, et des échappées de vue que de temps en temps l'on trouve, les diversifient d'une manière bien touchante.
1. Du cav. Bernin, ainsi que la Daphné qui se change en laurier et David frondant Goliath.
t. La Bacchanale.
Dans le Palais Bar berini y Sii vu un salon peint par Pierre ■de Gortone qui est beau. L'appartement du cardinal est orné de tableaux dont il y en a nombre de très beaux. L'on y voit aussi plusieurs statues et bustes antiques. Ce que j'y ai vu de plus rare est une statue haute comme nature en bronze de Septimus Severus.
Les bains de Dioclétien estoient un des g-rands et des beaux bâtimens de Rome. Les chrétiens l'ont bâti. Il n'estoit que de brique mais orné de marbre et de statues. L'élévation du bâtiment qui reste, l'estenduedes ruines, font juger aisément de ce que le tout estoit dans sa magnificence. L'on a donné ce qui reste aux Chartreux qui ont fait une très vaste église dans le salon des bains ^ Son élévation est grande et les voûtes sont soutenues de huit belles colonnes de granit; mais cette église n'est que commencée pour les ornemens. J'ai trouvé dedans les épitaphes suivantes : celle-ci est du cardinal Alciani :
ViRTVTE Vixrr Memoria Vivit Gloria Vivet
L'autre est du cardinal Paul Parvio.
GoRPVs HvMO Tegitvr Fama Pérora Volât Spiritvs ASTRA Tenkt
En voici encore une dont la simplicité m'a plu : Petrvs Servivs Medicvs ViR Probvs
Gela est apparemment rare aux médecins en Italie comme •en France! L'on voit dans cette église un bassin de fontaine -antique de porphyre d'une seule pièce, et que le père qui nous menoit m'a dit avoir mesuré et avoir soixante-dix palmes de circonférence : c'est un beau morceau. Le grand cloître des Chartreux^ est simple, grand, beau et bien tenu.
1. L'église de S. Maria, degli Angeli, construite par ordre de Pie IV, sous la direction de Michel-Ange.
2. La cour du cloître, construite d'après les plans de M -A. est entourée <le 100 colonnes.
Les cérémonies de la Semaine Sainte sont prodigieusement vantées et attirent à Rome les estrang-ers. Cependant ce n'est pas grand'chose. Le jeudi, le Pape sur la tribune de Saint-Pierre, excommunie tous les hérétiques en jetant une bougie allumée. Il lave les pieds à douze pauvres prêtres. Les Miserere ^ chantés aux ténèbres sans instrument, ont leur beauté ; cela m'a paru mériter de l'estime mais au-dessous de leur réputation (76),
L'on va le Vendredi Saint en pèlerinage k Saint-Paul qui,, lui tout seul, nauroit pas le plus galeux des pèlerins, sans l'hospice qu'il a donné au crucifix de Sainte-Brigitte. De là on revient à Saint-Sébastien, autre basilique qui est assez loin hors les murs de la ville. Il n'y a rien de beau dans ce temple qui est petit. L'on prétend y avoir le corps de ce patron : il y a aussi des catacombes. En rentrant par la pof te de Saint-Sébastien d'Appius, l'on trouve et passe dessous un reste d'arc qui n'a plus nulle beauté ni inscriptions.
A la maison d'un nommé Chiffi, aux Quatre-Fontaines, il y a une espèce de galerie où l'on voit des armes, des raretés naturelles et quelques petits bronzes antiques. J'y ai remarqué une balance entière avec ses poids, une bulle aurea que les Romains portoient au col ; celle-là estoit d'un nommé Gatulus, chevalier romain, elle est belle et bien conservée. J'y ai vu aussi un buste d'Antonin, de jaspe, et une sonnette d'argent moderne.
Le Samedi Saint, le Pape doit baptiser à Saint-Jean-de- Latran [des convertis de] plusieurs sortes de nations. Cette année le vice-gérant ne baptisa qu'un Turc et un Juif. La cérémonie n'eut rien de trop beau et se fit dans le baptistère, qui est voisin mais séparé de l'église, soutenu par de belles colonnes de porphire. La porte, du côté de Téglise, est antique ; l'on y voit deux colonnes aussi de porphire, avec
1 . « Ce qui m'a fait le plus de plaisir, c'est un Miserere si singulier qu'il paroît que les voix des châtrés sont des orgues. » Montesquieu, t. I^ p. 275.
une belle frise, mais les chapiteaux et les bases, quoyqu'antiques, sont ridicules.
L'église de Saint-Jean-de-Latran est une des anciennes de Rome, et est une basilique. La nef est belle, ornée de grandes statues de marbre blanc dans de belles niches : au-dessous de beaux bas-reliefs qui doivent estre surmontés de médaillons de bronze. Le grand autel est gothique, l'on y garde, dit-on, les têtes de saint Pierre et de saint Paul. L'on trouve aussi dans ce lieu plusieurs sortes de marbres antiques, quelques tombeaux de bon goût et un autel fort élevé tout de bronze et très beau, fait par le pape [Clément VIII]. L'on garde dans ce lieu la verge de Moïse qui est un assez gros fil d'archal couvert entièrement d'espèce d'anneaux d'y voire et de corne ; le bâton pastoral d'Aaron, de la même fabrique, court, et ayant au bout une espèce de crosse de bronze. L'on montre une partie du bois de l'arche d'alliance et un bout de la table sur laquelle Notre-Seigneur a fait la Gène. La sacristie a quelques tableaux et deux très belles, mais pas de grande taille, colonnes de granit noir et poli. L'on y voit aussi des lames antiques de bronze, sur lequel est écrit le nom de « Lateran, » trouvées auprès de Léglise. Le nom estoit, m'a dit un prêtre, porté par une famille de Rome qui demeuroit au lieu où est aujourd'hui Téglise qui en a toujours porté le nom.
Le cloître est gothique. L'on y voit deux de ces chaises de marbre d'Egypte qui, estant percées, ont donné lieu à les faire regarder comme ayant esté faites pour visiter, depuis la prétendue papesse Jeanne, les génitoires du vicaire de Jésus-Christ, mais cela n'est pas vrai. Il est plus naturel que c'estoit des chaises percées romaines, ou qu'elles servoient aux bains. L'on voit dans ce même lieu un miracle d'une hostie qui, en tombant sur un autel de marbre, le perça de part en part et s'est attachée à soutien de l'autel où elle a fait son empreinte. [On voit encore] : la juste taille de Notre- Seigneur que l'on prétend que nul homme n'a juste ; une colonne de porphire assez vilaine sur laquelle on prétend que
le coq de saint Pierre a chanté, il y en a un assez beau de bronze antique; deux colonnes du degré de Pilate; une iïutre colonne qui, au moment de la mort du sauveur, s'est fendue en long; une pièce de porphire sur laquelle la robe du même a esté jouée aux dés ; un gros tombeau de porphire dont les ornemens sont tous tronqués, que Ton dit estre -celui de sainte Hélène, mère de Constantin, quojqu'il y aif dessus deux figures de Priape.
La façade de l'Eglise est telle qu'elle estoit il y a cinq cents ans ou environ, c'est-à-dire très vilaine'. Ce pape a joignant un palais qui a une belle façade mais il ne s'en sert pas et il n'y a rien à voir dedans. Il est habité par des pauvres filles que l'on y retire. Sur une espèce de place est l'obélisque de granit orné d'emblèmes égyptiens et fait venir par Constantin sur un bâtiment fait exprès sur lequel il y avoit trois cents rames, et mis au lieu où on le voit et raccommodé par ce pape.
Auprès de cette place, c'est-à-dire à un des bouts, est un petit bâtiment fait par Sixte V où l'on monte les vingt-huit degrés de la maison de Pilate que Notre-Seigneur monta. On ne peut y aller qu'à genoux, en quoi faisant l'on gagne nombre d'indulgences. Les dits degrés sont fort nus, au haut desquels est une petite chapelle grillée où, sur une inscription^ on lit qu'il y a la plus parfaite relique de l'univers; c'est un portrait de Notre-Seigneur peint par les Anges.
Dans la maison du marquis Con'ea, Portugais, est un temple dont on a fait un jardin que l'on dit avoir esté celui de César ^. Sa grandeur est de peu différente de celle du Panthéon. L'épaisseur de ces murs, les galeries qui se suivoient font preuve de sa grandeur passée. Il en reste peu
{. La belle façade actuelle remonte seulement à l'an 1734, elle est l'œuvre de Alessandro Galilei.
2. Clément XI (Jean-François Albani), pape de 1700 à 1721. Il donna la célèbre constitution « Unigenitus. »