‹ Voyage d'Italie, 1714-1715 par le comte de Caylus. 1. éd. du code autographe annotée et précédée d'un essai sur le comte de CaylusChapitre 137 sur 197 · Auj. VAugusiaeum, destiné aux auditions musicales · texte numérisé non relu

Auj. VAugusiaeum, destiné aux auditions musicales

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de preuves. Le tout estoit de pierre petite et coupée en carreaux carrés.

La Vigne Malta est mal tenue; les jardins sont grands^ malgré ce désordre, il y a d'assez beaux endroits. Le tout est orné de statues et autres antiquités. Dans la maison les plus beaux morceaux sont : un cheval de bronze de moyenne stature, antique, et fait pour l'estude des nerfs car il est écorché ; il y a aussi quelques bustes, un petit Satyre, une belle table de vert antique, un Apollon et Marsyas, beau morceau du cav. Bernin. Il y a une autre Vénus que je crois du même. Devant la porte de cette maison il y a un petit vaisseau de marbre blanc antique qui a sa singularité (77),

Pas loin de cet endroit Ton voit aussi un temple, à ce que l'on m'a dit, dédié jadis à Janus ou à l'empereur Glaudius. La disposition des colonnes demeure tout entière et donne une assez belle idée de ce que le bâtiment a pu estre. Il est à deux rangs de colonnes. L'on en a fait l'église de Saint-Estienne qui, en cette qualité, n'a nulle beauté.

Je partis le 23 d'avril pour aller à Naples avec Toureil, Levaillier, Belleville, Privât et Soissons. Nous laissâmes Biart et Thiery à Rome. La première poste jusques à la Torre [di Mezza-via], beau chemin entre des ruines de grands aqueducs, est un pays inculte. De là^ jusques à la petite ville ou bourg de Marino, le chemin est très beau, uni, excepté aux approches de la ville de Marino. A Velleiri autre poste : le chemin est bien différent, il a de grosses pierres, des hauteurs et surtout des descentes. En approchant de Velletri, un grand bois mauvais pour les A^oleurs, dont le postillon nous entretint, nous fît peur. Je versai, ma chaise se rompit, nous n'en avions qu'une : tout cela se réparai Aux environs de la moitié de cette poste, nous trouvâmes un assez petit lac nommé de Castel Gandolfo. Le maître du

1. « ... Nous avons de |;Vraiids bois à traverser pendant l'obscurité. Nous avons imaf,nné de faire monter à cheval quatre domestiques avec de» flambeaux pour courir devant nos chaises. La nuit, 1 épaisseur des forêts, l'air diabolique de nos postillons..., tout cela mis ensemble formait un spectacle très singulier. » De Bhosses, lettre XXVIII, p. 350.

logis de Velletri m'en apprit les choses suivantes : l*' qu'il n'y entre n'y n'en sort aucune eau, du moins que l'on voie, et cela m'a paru vraisemblable par sa situation, estant positivement entouré de montagnes ; 2" que ses eaux ne diminuent ni n'augmentent jamais ; 3** que quelque poids qu'ait une barque elle n'enfonce jamais d'un demi-pied, ce qui fait que les petites dont se servent les pêcheurs sont absolument plates, sans quoi elles se culbutent. Ce seroit une preuve du poids de ses eaux qu'il ne m'a point su dire estre bonnes ou mauvaise à boire, mais Til m'a dit] que l'on ne trouvoit pas de fond au milieu et que l'on y prenoit du poisson, entr'autres des anguilles mortelles à ceux qui en mangeroient, et que de son temps l'on en avoit pris une d'une grandeur et d'une grosseur énormes et un autre poisson fort gros et d'une figure extraordinaire. Je cite mon auteur.

VELLETRI. — Je fis faire à Velletri un essieu plus large pour éviter les culbutes. Cette petite ville est assez grande. L'on y fait des eaux-de-vie et du tabac. Il y a sur la place une très belle statue de bronze du pape Urbain VIII ; je la crois du cav. Bernini. Sur cette même place est une grande maison qui fait l'ornement de ce lieu et qui brilleroit peu dans une autre : elle appartient au marquis Ginetti ' ; les jardins sont ruinés, la maison est assez belle du moins ce que j'en ai vu, c'est-à-dire : un degré dont les marches sont de marbre ainsi que les pilastres qui terminent les coins et les balustres, une espèce de corridor qui est au premier étage assez bien disposé. La vue en est belle ainsi que de la cour. L'on dit qu'il y a un assez beau cabinet d'antiquités ; le degré, la cour et plusieurs endroits du jardin ainsi que la façade sont ornés de statues dont quelques-unes sont antiques, mais je n'ai rien vu de beau. En partant de Velletri le che-

1. « On nous a conduits à la maison du marquis Ginetti : la situation en est fort agréable, et les appartements sont remplis d'un grand nombre d'antiques. » Misson, t. II, p. 4.

min est rude et mauvais : l'on y trouve un bout très court de la via Appia qui s'étend sur la droite et que l'on ne retrouve de longtemps. Le reste du chemin pour arriver à la Cisterna est beau : dans une plaine l'on trouve un bois de [lièges]. La Cisterna est peu de chose, il y a seulement un bel écho. De cet endroit à la petite ville de Sermoneta, le chemin est uni et beau. L'on passe un bois dans lequel on élève des buffles ^ Un mauvais pavé moderne est la seule incommodité du chemin. La plaine est assez bien cultivée, surtout aux approches de la ville où l'on ne va point et qui ne paroît rien. Quelque temps avant d'y arriver, l'on passe un petit ruisseau nommé La « Ninfa » et Ton voit sur la gauche des ruines d'un reste de village. Elles sont assez loin et je ne sais trop si elles sont antiques. De Sermoneta à Casenuove, l'on voit la plaine mais sans en tâter et le chemin est long et fort vilain pour les pierres dont il est plein. Auprès de Casenuove l'on voit des orangers en pleine terre; toujours en avançant dans le pays on les trouve plus communs. C'est aussi en ce lieu que j'ai vu les premières chaussures des paysans qui sont absolument comme celles des Romains. Auprès de ce même endroit, sur la droite, est un grand marais. En en sortant, l'on suit un chemin, en un sens uni mais rude, dans une vallée aride et entre deux montagnes sèches, et on arrive à Piperno"- par une hauteur très mauvaise; cet endroit est petit et vilain. Je n'y ai rien vu qui mérite remarque (88).

De Piperno à Terracina il y a une poste et demie, mais c'est je crois la plus longue d'Italie. Au commencement le chemin est mauvais, ensuite il devient assez bon. L'on suit quelque temps les bords de la rivière nommée Badina, et l'on trouve aux environs de deux milles, la Via Appia qui, sortant d'un marais^ impraticable, conduit jusques à la

1. « Le pays est si déLestable qu'il n'y a pas jusqu'aux sorciers qui ne veulent plus l'habiter. » De Bhosses, ibid., p. 351.

2. Piperno est bâti près de l'ancien Priuernum, capitale des Volsques.

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