‹ Voyage d'Italie, 1714-1715 par le comte de Caylus. 1. éd. du code autographe annotée et précédée d'un essai sur le comte de CaylusChapitre 145 sur 197 · De Jupiter, auj. Saint-Procule · texte numérisé non relu

De Jupiter, auj. Saint-Procule

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quelles est une fontaine assez commune. L'une est la statue de saint Janvier de marbre, pas laide, il estoit Napolitain et évêque de Benevento, aujourd'hui des terres du pape, et fut martyrisé sous Dioclétien, L'autre est une statue antique restaurée du Consulat de Q. Flavius Mavortius. Au bout de la place est un piédestal antique de marbre orné de 14 fig-ures de marbre au pied desquelles on lit les noms d'autant de villes de Grèce. L'inscription apprend que cela a esté fait sous Tibère*. Pouzzoles est un évoché. La ville est petite, assez pauvre, mal bâtie et inégale. Elle est située sur une espèce de g-olfe larg-e et beau. L'on voit auprès de la ville treize piliers de brique, dont les voûtes ne subsistent plus, au bout desquelles Titus Galigula fît un pont de bateaux* qui conduisoit à Bayes quoyqu'il en soit distant de trois milles^. Nous nous embarquâmes à Pouzzoles, traversâmes le golphe et fîmes quatre milles pour arriver à Misène où il y a une espèce de promontoire et un port magnifique naturel qui avoit esté rendu sûr et ferme du côté de la mer par un môle bâtie par M. Agrippai Des passages de voûtes coupés dans le rocher pour accourcir le chemin aux barques, d'autres voûtes naturelles des ruines font juger que cette ville estoit belle. Le promontoire dont j'ai parlé est formé par une petite montagne fertile et agréable sous laquelle il y a une grotte nommée aujourd'hui du <( Dragon » à cause, dit-on, d'un animal extraordinaire trouvé dans ce lieu, qui n'est autre chose qu'une grande piscine faite par Néron pour conserver des eaux pour les armées navales. De ce lieu la vue^ soit du côté de Pouzzoles, soit de celui des isles de Procida et dTschia, [est superbe] (83).

J. Le buste colossal de Tibère, sur le piédestal de Pouzzoles, décoré des figures en relief de quatorze villes de l'Asie-Mincure que Tibère reconstruisit après un tremblement de terre, se voit auj. au Musée de Naples.

2. Cet ouvrafie. faussement attribué pendant longtemps à Caligula, d'après une citation erronnée de Suélone, est d'Antonin le Pieux.

3. Ni Caylus ni aucun des voyageurs de cette époque ne parlent du Temple de Sénipis parce que, quoique son existence fût connue dès 1538^ celle intéressante ruine ne fut exhumée (pi'en 1750.

4. Le port de Misène fut établi par Auguste, d'après les plans d'Agrippa.

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La mer morte, nommée par les Anciens le fleuve Lethé^ ■est une espèce de petit lac qui communique au port. Ce lieu est environné de coteaux fertiles qui portaient le nom, ■et à juste titre de Champs-Elysées^ . On voit auprès grand nombre de tombeaux anciens dont la structure est assez uniforme. Les ornemens que Ton ne voit plus les distinguoient apparemment. J'ai vu dans deux ou trois quelques restes de peintures. C'est dans cet endroit que l'on tenoit le marché qui répondoit à notre samedi et où l'on achetoit les larmes pour les enterremens. Joignant cet endroit on va voir le fameux réservoir dit en latin piscina mirabilis et bâti par Agrippa. Ce bâtiment est en entier conservé, clairet superbe, soitpour son architecture, soit [par ce| qui le construit. 11 a quatre-vingt mètres de long et vingt-six de large ; chaque jonction de Tun à l'autre [pilier] est carrée. Sur des couches ■de grande pierre pour les piliers, est posé un lit de ciment épais et très fort sur lequel est un autre aussi dur et aussi fin que le marbre. Non seulement la dépense, mais le temps qu'il a fallu employer rendent cet ouvrage recommandable. On le voit dans son entier. Les eaux y venoient de la rivière de Sarno : il y a une ville du même nom qui est à vingt milles par delà Naples. Les conduits s'en trouvent dans •différens endroits de la montagne: ils abreuveoientPouzzoles, Bayes et Misène, villes dans ce temps remarquables et habitées par ce qu'il y avoit de plus recommandable dans l'Empire romain.

L'on voit au-dessus de cette Piscine des masures enterrées : leur forme fait imaginer que c'est un reste de cirque. En suivant les ruines, Ton arrive à des portiques sur le bord de la mer, en dedans du golphe qui couvrent un degré par lequel on descend dans ce que l'on appelle dans le pays les Cento camerelle. Ce n'est autre chose que les prisons de Néron^.

1. « Il serait bon d'y entretenir quelques jardiniers pour en avoir soin, et pour y semer au moins de l'asphodèle.... » De Brosses, lettre XXXII, p. 410.

2. « Les Gento Camere sont une espèce de réservoir d'eau plutôt que les prisons de Néron, » Moistesquieu, ibid., p. 14.

L^obscurité a toujours régné dans ces galeries étroites et où les passages bas et étroits suffisent à peine pour un homme. Le stuc qui recouvroit le bâtiment est dans tout son entier et est très beau. Au sortir de là, en suivant le golphe, versv Bayes, nous avons trouvé un hameau nommé Bacoli. L'on prétend que c'est un reste de Bauli^ où véritablement Agrippine fut assassinée par les ordres cruels de son fils : soit à cause des noms ou de la situation, l'on prétend que ce Bacoli fut le théâtre de la plus affreuse action de Néron et l'on montre dans une vieille masure [le tombeau d'AgrippineJ. On descend dans un trou où il faut se traîner sur le ventre, dans un lieu carré un peu long, assez petit, et où jamais le jour nest venu, à présent enterré et orné de jolis ornemens de stuc bien conservés, et l'on prétend que ce lieu estoit le tombeau de cette mère infortunée.

De cet endroit, nous nous rembarquâmes dans notre barque pour aller à la chose la plus extraordinaire d'Italie, qui est le monte Nuovg. En 1538, à deux heures de nuit, un grand tremblement de terre survint, elle (sic) vomit des pierres, du feu avec un bruit épouvantable-. La terre ouverte engloutit la ville de Tripergora qui possédoit, dit-on, des bains fameux et antiques. A la place de cette pauvre petite ville dont il ne reste aucun vestige, naquit la montagne d'aujourd'hui. Elle a trois milles ou environ de circuit, elle n'est pas fort haute et formée en pain de sucre un peu écrasé pour sa tête. Au haut sur la pointe il y a un petit fond, reste des feux que quelques mois elle a jeté. Elle est à présent couverte de quelque verdure ; il y a même quelques grands arbres et, avec le temps, elle pourra estre-' cultivée.

La pauvreté fut avec raison grande dans le pays [par] un événement pareil à celui-là. La ville de Pouzzoles fut deux

1. L'ancienne Bauli dont on attribuait la fondation à Hercule.

2. « La terre en trembla, la mer s'en recula ; le lac Lucrin en fut presque comblé; des églises et des maisons furent embrasées et englouties; plusieurs hommes périrent et quantité de bestes; il se fît un bouleversemenl effroyable dans tous les environs. » Misson, t. II, p. 86.

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ans sans estre habitée. Le lac Lucrin, autrefois si fameux par ses poissons et ses huîtres, fut en partie comblé par cette production de la terre. Le reste du côté de Bayes s'est comblé. Il ne reste aujourd'hui que la place, quelques roseaux et une très petite mare d'eau'. Nous avions loué des bourriques qui nous attendirent au pied du monte Nuovo, nous nous en servîmes pour aller environ un demimille, et rentrant dans terre, nous nous trouvâmes sur le bord de YAveivio. Il n'a plus nulle mauvaise odeur; son eau m'a paru fade^. Au pied de la montagne et sur le bord du lac, subsiste un reste de temple de je ne sais quel dieu\ mais auquel, par la situation du terrain, je ne crois pas qu'ait jamais communiqué la sortie de ce fameux antre de la Sibylle que l'on prétend avoir communiqué pendant trois milles à l'autre entrée que l'on voit à Gumes. Mais de l'entrée de cette grotte jusques au lac, il y a assez de place pour qu'il y ait eu un temple. Nous entrâmes dedans et nous trouvâmes un passage taillé dans le roc, large de deux toises ou environ, et qui, élevé en voûte, peut en avoir trois de hauteur. Nous fîmes cent pas ou environ dans ce sombre chemin, nous trouvâmes la terre élevée, à ce que l'on nous a dit, par un tremblement de terre et qui ainsi a bouché la communication. Nous retournâmes sur nos pas et après avoir marché environ vingt pas, nous entrâmes par un passage étroit, suffisant pour un homme seul, et toujours en descendant [nous vînmes] à une chambre carrée où Ton voit des caves et d'autres pierres taillées qui ont servi à des bains. Dans une autre chambre à côté, nous vîmes de la mosaïque ; nous vîmes un autre endroit par lequel l'eau venoit dans ces bains. Ces tristes chambres

1. « Combien la misère clans laquelle est tombé le lac Lucrin vous causera de douleur? Ce n'est plus qu'un mauvais étang- bourbeux; ces huîtres précieuses sont métamorphosées en malheureuses anguilles qui sentent la vase. » De Brosses, lettre XXXII, p. 412.

2. « Le lac d'Averne, tout rond, beau, clairet vermeil, au-dessus duquel les oiseaux volent maintenant tant qu'il leur plaît. » Ibid.

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