‹ Voyage d'Italie, 1714-1715 par le comte de Caylus. 1. éd. du code autographe annotée et précédée d'un essai sur le comte de CaylusChapitre 146 sur 197 · Temple d'Apollon, ou de Pluton, ou de Mercure, etc · texte numérisé non relu

Temple d'Apollon, ou de Pluton, ou de Mercure, etc

communiquoient à un grand degré sur lequel on ne peut monter que la distance d'une vingtaine de marches. Ce degré estoit large mais il est bouché et Ton ne sait plus où il alloit. Le tout estoit taillé dans le roc (84).

Nous remontâmes sur nos bourriques et revenant en partie sur nos pas, passant même par ce qui estoit jadis le lac Lucrin, nous arrivâmes à une montagne de roc sur le haut de laquelle estoit la maison de Néron ^ Les « bains » de ce lieu subsistent environ au milieu de la hauteur et taillés dans le roc. Par un passage étroit et presque toujours en descendant, l'on arrive avec une chaleur excessive et que peu de gens peuvent soutenir, à une fontaine^ dans laquelle à grand'peine peut-on faire entrer le doigt un instant. L'on peut juger de la chaleur qu'on y éprouve puisque les varioleux du pays ne prennent d'autre remède que la sueur que cette étuve leur cause à plus de cinquante pas de la fontaine. On ne voit rien autre de ce palais. La montagne est pleine du côté de la mer de ruines sans forme, ainsi que le vallon habité autrefois par l'ancienne Bayes, agréable par sa situation. Parmi celles qui sont les plus entières, est un temple de Vénus^ auquel il ne manque que la voûte. Il estoit exhaussé, bâti de brique, rond en dedans, octogone au dehors. Sur le bord de la mer, à quelques pas de là, on va voir une ruine que Lon dit estre une chambre de Vénus. Le première est carrée, longue, ayant le plafond orné de magnifiques bas-reliefs de stuc tous entiers, bien conservés, les corniches et les ornemens de bon goût. Par une très petite porte basse et étroite, l'on entre dans une espèce de cabinet rond, la calotte ornée de quelques ornemens de même goût mais moins entiers. Ce cabinet, autrefois apparemment menaçant ruine, a esté soutenu par une voûte de brique qui en gâte un peu l'économie. L'on voit dans ce lieu un amas de la coulure de

\. Célèhrc villa de Lucullus qui apparlint plus tard à Tibère, qui yl mourut, et puis à Néron.

a.. Therma Neroniana, ou stufe di Nerone, encore auj. fréquentées par] des malades.

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l'eau dans les pierres qui forme elTeclivement la figure d'un arbre, ce que bien des gens ont pris pour un tronc pétrifié. Ces deux chambres ont toujours esté obscures et n'ont jamais esté éclairées que chacune par une très petite fenêtre carrée, aujourd'hui bouchées par les terres qui ont comblé le haut du bâtiment. Le peu de jour que l'on recevoit dans ces endroits convient assez aux aimables mystères de Vénus et de son fils. Ces dieux adorés dans ce lieu avoient leur fidèle compagnon Mercure^, adoré dans un temple qui devoit estre très beau et très grand si tout ce que l'on m'a montré lui appartenoit. Il subsiste une grande voûte et plusieurs très grandes chapelles. On montre assez près de là une autre grande voûte et reste de temple que Ton donne à Diane.

Toutes les ruines qui sont en grand nombre et les bâtimens qui subsistent, sont tous de brique. J'ai oublié de dire, quand j'ai parlé des estuves de Néron, qu'au bas du rocher sur lequel elles sont bâties, en enfonçant le bras environ un pied dans le sable de la mer, nos bateliers nous tirèrent du sable chaud et brûlant. C'est apparemment l'égout de la fontaine dont j'ai parlé.

Nous reprîmes nos bourriques pour aller à Cumes, autre superbe ville dès le temps des Grecs qui ont laissé les principaux bâtimens, surtout cette grotte dont j'ai parlé. Il y a trois milles de Bayes à Gumes : environ à la moitié du chemin nous passâmes sur les bords d'un lac qui communique à la mer, aujourd'hui nommé Fusaro, autrefois Y Ac héron. Il en exhale en tout temps une odeur très forte surtout l'été. Sur les bords de ces eaux corrompues l'on voit des ruines que l'on croit estre celles de temples dédiés aux divinités infernales. Le mauvais air qui sort de ce lac incommode fort le peu d'habitants qu'il yak Bayes, surtout la garnison de deux cents hommes que l'Empereur tient dans un fort que

1. « Le temple de Mercure, que nous avons trouvé plein d'eau, est comme le Panthéon de Rome : une ouverture au sommet; il a vinj^t-cinq pas de diamètre. » Montesquieu, t. II, p. 15.

l'on voit sur une bonne hauteur, bâti par Charles V. Sa situation m'a paru bonne d'en bas. Il y a dans la mer un petit fort bâti en dernier lieu par les François. L'estendue de la ville de Gumes estoit autrefois considérable, aujourd'hui la charrue passe dans tout le terrain qu'elle occupoit. Il subsiste seulement, sur une hauteur qui domine la mer, un reste de murquienvironnoitle fameux temple d'Apollon où estoit le trépied dont on ne voit plus de restes ; le mur estoit bâti par les Grecs (85).

Sur le bord de la mer l'on voit l'entrée de Vautre de la fameuse Sibylle de Gumes ^ Quoyque ces superbes voûtes soient enterrées de beaucoup, on juge par la largeur des ceintres des voûtes, de quelle beauté devoit estre un ouvrage comme celui-là et taillé dans le roc. On juge pendant peu de temps de la beauté de ces lugubres voûtes, la terre en ferme au bout de trente pas les issues. Le général' Veisser, Allemand, dans l'espérance de trouver des antiquités, faisoit travailler dedans. Il y avoit cinquante-deux marches de dégagées du degré qui conduisoit la prêtresse au temple.

Dans cette même montagne, du côté de la terre, nous sommes entrés dans un de ces résorvoirs pour conserver Teau. Gelui-là est beau par l'élévation et la largeur dont sont les voûtes taillées dans le roc. Le ciment ou l'enduit qui recouvre la pierre mérite d'estre remarqué^.

En reprenant le chemin de Pouzzoles nous avons vu au bas de la hauteur un petit temple de brique, encore assez orné, de Jupiter. On voit une statue^ qui a esté trouvée dedans, dans le palais du vice-roi de Naples. Au haut de l'autre montagne, l'on passe sous la principale porte qui fut à Gumes, autrement dite YArco Felice. Elle est de brique, n'a qu'une porte : son élévation est magnifique et joint

1. La Grotte de la Sibylle qui « avait cent entrées et cent sorties d'où s'échappaient autant de voix, réponses de la devineresse » (Enéide VI, 41).

2. G. ne pouvait parler des autres superbes ruines des temples de Sérapis et de Diane, exhumés respectivement en 1839 et en 1852, et les dépouilles desquels ornent le Musée de Naples.

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