‹ Voyage d'Italie, 1714-1715 par le comte de Caylus. 1. éd. du code autographe annotée et précédée d'un essai sur le comte de CaylusChapitre 148 sur 197 · Telles que : Aspromonte, Montalto · texte numérisé non relu

Telles que : Aspromonte, Montalto

faites et encore plus mal peintes ne me satisfirent pas et m'empêchèrent d'aller voir le bout de colonne que l'on garde dans une autre église, sur laquelle brûloit la chandelle de saint François de Paule pendant ses sermons. Au moins c'est ainsi qu'on me l'a conté. L'air est pur à Reggio; les vents qui régnent dans le détroit, amenés par le courant, raréfient l'air et la rafraîchissent d'une façon agréable pour cette ville. Nous remontâmes en barque sur le midi pour regagner Messine. Comme le vent estoit contraire, nous suivîmes la (terre onze milles avec des bœufs et fîmes le trajet du canal, long de quatre, et nous arrivâmes à Messine.

MESSINE. — Cette ville est grande, longue, fameuse par son beau port où l'art n'a travaillé que pour en défendre les approches et en embellir le coup d'œil par le bel effet que forment l'uniformité des beaux bâtimens qui, du côté de terre, suivent un des bras du port en faisant une large distance pour le quai'. De l'autre côté de son entrée >qui est fort large, il est défendu par un ouvrage formé de quatre bastions et d'une espèce de langue déterre [qui] séparant le détroit d'avec le port, conduit à la citadelle belle, neuve, grande, bien llanquée, percée de tous côtés d^embrasures en grand nombre, surtout du côté de la ville qui a besoin d'estre tenue en respect. Les Piémontois y estoient; ce que j'en ai vu estoit superbe! La justice s'observe de leur côté sur ces insulaires avec grande rigueur, ne pardonnant rien aux habitans qui me parurent surchargés de leur joug^. J'arrivai à Messine le 13. Le 14 estoit la

1. « La Palazzata >» reconstruite après le tremblement de terre de 1783, ■et détruite par le tremblement et le raz-de-marée de 1908.

2. Le duc de Savoie, ayant par le traité d'Utrecht (1713) obtenu la Sicile et le titre de roi, occupa l'île qu'il tint fort peu d'années, puisque en 1720, il fut forcé d'échanger avec l'Autriche la Sicile, contre la Sardaigne. La brièveté de l'occupation picmontaise empêche de formuler un jugement sur le mode de gouvernement de la maison de Savoie en Sicile. D'ailleurs, toute nouvelle domination pèse sur les peuples puisqu'elle est obligée de lever des impôts. Il est inutile de faire remarquer qu'à cette époque les sentiments d'unité nationale étaient ignorés des populations, et

feste du roi de Sicile et dans ses pays la coutume a toujours esté de célébrer ce jour par les danses et les divertissemens du peuple. Les Piémontois eurent beau [les] ordonner, le canon, la mousqueterie tirèrent; personne ne dansa. Quelques gens des plus apparens, par politique, firent des festins chez eux, mais tout cela ne battit que d'une aile (89).

Les fortifications du côté de terre sont peu de chose, une assez vieille enceinte en est le fondement. Cependant, sur la hauteur du côté de terre, le fort de Metag-rifone <;arré, assez à l'antique, bon, escarpé, défendu encore par son pied du côté de la montagne dont (sic) il y a une élévation qui le commande. Je crois qu'il seroit difficile d'y mettre du canon pour l'attaquer. La ville de Messine est assez bien bâtie, et quoyque dans une situation inégale, les principales rues suivant l'alignement du port sont droites^ et il ne se trouve que des traverses qui les joignent où l'on ait la fatigue de monter. Je vis plusieurs églises.

Le couvent de S. Maria à Scala, sans extérieur; cependant le dedans ne m'en déplut pas. Les fresques du plafond modernes, ornées de dorures et de marbre de rapport me firent plaisir à voir.

Les religieuses du Monte Vermine ont une petite vilaine -église et une belle maison.

Les Révérends Pères Jésuites à l'église de Y Annunziata ont une belle maison et une très belle façade. Le temple est beau, proportionné, assez grand, uni, à l'exception des peintures du plafond qui ne sont pas laides. Ces bons messieurs en ont une autre nommée Saint-Nicolas, qui n'a point de façade, mais leur maison a un bel extérieur. Le dedans de l'église est encore imparfait; si elle se finit comme ^Ue a esté commencée, elle sera magnifique, plusieurs •chapelles estant déjà en entier ornées de marbre rapporté

partant la maison de Savoie ne représentait qu'un nouveau jôug, rendu plus pénible encore par l'interdit ou la menace de l'interdit du pape Clément XI.

avec beaucoup de dorures. Mais après tout, cela est en bonne main ; la nef est soutenue de colonnes de marbre assez belles, mais la double croix sans proportion ne me plaît pas.

Sur la hauteur, par un deg-ré assez élevé fait en fer de cheval, j'arrivai au couvent de filles nommé dans la ville S. Gorio. Cette petite église est un bijou! Le lieu est en entier travaillé de marbre de rapport : Touvrag-e ne va cependant encore qu'à la corniche. Un paysage et un tableau d'un pape m'y plurent aussi. La vue de ce lieu est belle.

»S. Basilio\ petit couvent de filles assez bien troussé. Une « adoration des mages » de l'école antique me fît grand plaisir à voir. Je m'essoufïlai inutilement pour aller voir le petit couvent du Monte Alto.

L'Eg-lise de Saint- Augustin ne satisfît ma curiosité qu'en deux tableaux de Técole antique, dont un grand et un 23etit.

Messine est un archevêché. Les chanoines, quand le prélat officie pontifîcalement. ont le droit d'aller au chœur la mitre en teste et les chaussures de soie. Quand l'évêque marche dans la ville, allant au service ou dans l'église même, on porte devant lui une grande et menue baguette noire.

Le Dôme, autrement dit la mère église-, a une façade gothique assez vilaine. La nef est soutenue par des colonnes vilaines, les unes de marbre, les autres revêtues, en tout c'est un assez grand vaisseau mais uni. Pour l'orner on a commencé à le revêtir de pilastres et de saints dans des niches. Quand ce sera fini, cela sera beau. Le chœur des chanoines est à l'ancienne mode, c'est-à-dire une calotte de mosayque antique sous laquelle on voit aussi un maîtreautel de pièces de marbre de rapport orné de tous cotés

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