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voit de plus dans lég-lise tous les hommes et toutes les femmes, mises depuis peu à la françoise par les ordres de leur nouveau roi, ce qui fait un spectacle comique. Le sang du bas peuple est très joli dans cette ville (97).
J'eus le temps d'y trouver aux (( Crociferi, » un tableau du Caravage qui est une piscine qui a du beau.
A Sainte-Thérèse, qui appartient aux Carmes et qui est auprès de la citadelle à Terre neuve, j'ai vu un assez beau morceau du Trevisani : « Sainte Lucie ».
Chez un nommé M. de Concher, jadis capitaine et ingénieur du roi d'Espagne, j ai vu un grand amas de beaux dessins, de belles estampes et de ses ouvrages à hii-même. représentant toutes sortes d'oiseaux surtout de ceux de Sicile, dans laquelle il y en a nombre d'extraordinaires. Il a rassemblé aussi des animaux et va travailler aux fleurs. Cet homme est de Tournay. J'y ai trouvé aussi un peintre Irlandois qui avoit de très beaux morceaux, surtout une tète du Corrège et une de Van Dyk.
Devant la mère église, au terrain qu'occupe aujourd'hui la statue de Charles IL estoit l'hôtel de ville ancien que les Espagnols ont abattu la dernière fois que les François les abandonnèrent en leur ostant aussi leur monnoie que l'on transporta à Palerme. Cette ville a ses chanoines mitres ainsi que ceux de Reggio^
Le roi de Sicile navoit dans tout ce royaume que cinq à six cent mille hommes, y compris un régiment de dragons, et c'estoit bien peu pour contenir une nation comme cellelà, déjà mécontente du gouvernement par la sévérité avec laquelle ils estoient contenus, ce qui estoit une action de prudence du duc de Savoie, capable d'en avoir beaucoup de semblables, et sachant tirer son profit de ce pays ainsi que ses officiers. Cependant tout cela ne peut subsister et n'auroit pas duré jusques à présent sans l'espérance qu'ont les Siciliens dans les événemens dont leur imagination les
1. Le ni'is. donne Messine, ce qui est évidemment une distraction du voyaf^eur.
peut flatter. Malgré les précautions prises par les Piémontois, je ne sais ce qui en pourroit arriver si j'en crois les discours de quelques gens qui mont parlé bien franchement, surtout dans la conjoncture de l'interdit du Pape qui ne sest encore estendu, à cause de la monarchie, que dans les évêchés de Catania et de Marsala. Les autres endroits n^ont point esté excommuniés, mais la crainte de l'estre a contribué à aliéner les esprits et à leur faire tenir des discours qui ne sont point avantageux ni au prince ni à la nation qui les gouvernent. Pour moi, m'en embarrassant fort peu, j'en augure très mal et dans peu, de façon ou d'autre^ il est nécessaire et même je crois impossible qu'il n'arrive des changemens dans ce pays fertile et ayant bien des agrémens et des commodités.
Enfin nous partîmes au sortir de table de chez M. de TEspinard, le consul, le 3 de juin, sans nous soucier de voir la procession ni les feux d'artifice. Ayant un peu de vent et le courant favorable, nous vînmes en une heure et demie à la plage de la Tour du Phare dans laquelle j'entrai. C'est une tour carrée de simple construction, ayant des deux côtés de la mer une plate-forme sur laquelle il y a cinq pièces de canon. On y tient dix-huit hommes relevés de la ville et auprès l'on tient une grande garde de cinquante dragons à cheval. La tour est située à la pointe de la terre, dans une petite plaine assez fertile. Elle est distante de douze milles de la ville, et à deux cents pas avant d'y arriver, nous passâmes le fameux Carybde qui n'est qu'un grand et très fort courant d'eau, autrefois si fameux et si redouté. Nous partîmes de cet endroit le lendemain matin, et toujours par un calme [platj, obligés de ramer pour venir à la Rocchetta passer la nuit dans le même endroit où en venant nous avions pris du pain et du biscuit et qui est le terrain de la terre ferme d'Italie le plus estroit. Les montagnes de la Calabre et de cette côte d'Italie sont fort hautes et empêchent les vents de passer. Il y règne des calmes fort incommodes qui se joignent à un soleil qui darde à
son aise et brûle la côte au point que le sable et les pierres de la plage brûlent les pieds (98).
De la Rocchetta, où avant d'arriver nous échouâmes sur des écueils, heureux que la mer fut calme, nous vînmes coucher, après avoir fait quatre-vingt-dix milles, auprès de Fiumefreddo, petite ville à quatre milles au-dessus de Paola. Le lendemain, toujours à la rame, sans une haleine de vent,, nous arrivâmes après soixante-dix-sept milles de chemin à Scalea.
SGALEA, petite ville, dernier lieu de la Calabre, appartient à un prince de ce nom. Il v a dans ce lieu des franchises qui de loin paraissent quelque chose, mais c'est en infamie, en saleté, en tout ce que 1 on peut imaginer de plus vilain, la plus parfaite ville que j'aie vue. La grande porte ne serviroit pas à une autre de guichet. Ses habitants répondent à la structure des bàtimens. Je crois que Ton a feint que Judas Iscariote y estoit venu demeurer dans une masure que l'on m'a montré, comme dans le lieu le plus infâme qu'il y eût. L'on m'a dit cependant que Belvedei^e et Diamante, devant lesquels nous passâmes ce jour-là, estoient aussi vilains en dedans quoyque ayant de l'apparence au dehors. Diamante est renommé pour ses vins.
Le jour suivant nous passâmes le golphe de Policasfro et toujours à rames nous arrivâmes, ayant fait soixante-douze milles, à Palinuro où nous avons couché en arrivant, fameux par son cap et par letymologie de son nom qui vient de Palinurus, pilote d'Enée, qui s'y noya s'estant endormi la nuit. Le rocher qui forme ce cap est absolument escarpé et fort élevé. De Palinuro nous eûmes un peu de calme et puis un bon vent qui nous porta auprès de Salerne. Ce golphe est grand, fertile en poissons : nous en vîmes et en mangeâmes de ceux qui volent. Nous prîmes aussi une tortue. Quand elles ont sous le. cul un petit crabe ou chancre, il les chatouille si fort qu'elles s'endorment, et se laissant aller au gré de l'eau, on les prend facilement. C'est dans le
canal de Malte que l'on en trouve en quantité et de très grosses. Elles ont un bec comme un aigle dont la morsure seroit très forte.
SALERNE est au pied de montagnes fertiles surtout celles du côté de Caprée. Le coup d'œil de cette ville élevée précisément sur le bord de la mer est beau. La vue des maisons bien tenues, environnées de verdures et d'arbres, forme un petit amphithéâtre fort joli. Les mois de juillet et d'août ne sont pas bons à passer dans ce lieu à cause du mauvais air. Dans celui de septembre on y tient une foire fameuse qui dure huit jours. La ville est bien pavée, c'està-dire le quartier d'en bas. Nous fûmes voir un crucifix fameux qui a baissé la teste et que je trouve fort apocryphe. L'on réparoît V église-cathédrale^ qui est un archevêché. La nef et le maître-autel sont ornés de mosaïque de marbre qui a sa beauté mais le goût en est vilain, Le vaisseau est grand : dans une chapelle souterraine, grande, soutenue de pilastres revêtus de marbre, on dit qu'on garde le corps de l'évangéliste saint Matthieu, mais comme celui de saint Marc on n'en voit point le corps. L'autel sous lequel on dit qu'il est, est d'argent et la statue du saint est de bronze. A l'ancienne mode des églises il y a devant l'église un parvis où se tenoient les catéchumènes. Ce bâtiment menace ruine, Til est] soutenu par un assez grand nombre de colonnes de marbre antique. Au milieu de ce parvis est une fontaine qui coule dans une coupe de granit antique qui peut avoir treize à quatorze pieds de diamètre et qui est beau^. L'on y voit aussi dans l'église quelques bas-reliefs qui n'ont jamais esté faits pour des chrétiens^ et dans lesquels j'ai vu de belles choses. Il y a aussi à plusieurs coins de rue plusieurs restes de colonnes, preuves de l'ancienne magnificence de la
J. Cathédrale de Sam^il/aff/u'eiz, construite en 1084 par Robert Guiscard.