‹ Voyage d'Italie, 1714-1715 par le comte de Caylus. 1. éd. du code autographe annotée et précédée d'un essai sur le comte de CaylusChapitre 159 sur 197 · Temple de Venu s et Roma · texte numérisé non relu

Temple de Venu s et Roma

2. Ces trois arcades colossales longtemps prises à tort comme appartenant au Temple de la Paix, sont les ruines de la Basilique de Coiislanlin^

voient ceux auquels on avoit décerné les honneurs du triomphe, cela se nommoit la Via Sacra. Les façades de ces temples dévoient faire quelque chose de beau!

En entrant par l'Arc de Tite, le mont Palatin se trouve sur la gauche. Auguste le premier fît son palais en entier [de] ce qui n'estoit que le terrain de la première Rome. Par les voûtes que Ton voit et qui soutenoient les appartemens, Ton juge de la magnificence du bâtiment dont la façade ornoit encore la Via Sacra; depuis l'arc jusques à hauteur de la fontaine, ce palais alloit faire le tour de la montagne. Un mur qui en est détaché et qui est aux environs de l'angle est regardé comme le prerostra, où Ton voit encore une fenestre que l'on croit estre la tribune aux harangues, et l'on place la maison de Gicéron entre la montagne et le mur (105).

Ce mont appartient aujourd'hui au duc de Parme^ et est un jardin bâti sur les voûtes des anciens portiques. Il y a un bosquet destiné pour l'Académie des poètes. Ils tenoient leurs assemblées dans un bosquet assez champêtre, et cela dureroit encore sans des hommes et des femmes qui, échauffés par les idées que leur avoient données les pièces amoureuses des poètes, n'avoient par la brutalité gâté ce que les

construite par Constantin sur le même emplacement où son rival Maxence avait élevé une basilique à l'endroit où se dressait le Temple de la Paix construit par Vespasien.

1. « Presque tout le Palatin où était le palais des Césars est occupé par la vig-ne Farnèse, assez négligée elle-même.... Il n'y a point de doute que ce mont Palatin ne soit le meilleur endroit de Rome pour y fouiller la terre et faire quelques belles découvertes. Les Farnèse le pensaient aussi; mais, de crainte d'essuyer quelque tracasserie de la part du souverain et de ne pouvoir emporter à Parme ce qulls pourraient découvrir, ils vou-" laient attendre pour fouiller, qu'ils eussent un pape de leur maison. Au lieu d'un pape Farnèse, ils ont un roi de la maison de France, ce qui vaut encore mieux.... » De BnossES, lettre XL'VII, p. 290.

Les fouilles commencées sous Pie VII, continuées par ordre de l'empereur Napoléon III auquel François II avait vendu eu J881 \cs Jardins Fa7nèse. ont été reprises avec une persévérance intrépide et une inlassable activité par le gouvernement italien. Le Palatin est une mine précieuse ; tous les ans de nouveaux trésors enfouis dans les entrailles du mont sont exhumés. Le comm. Boni, auquel la direction scientifique des fouilles est confiée, archéologue de premier ordre, voit s'enrichir et se peupler jour pour jour le Forum et le Palatin.

sentiments auroient fait tolérer. Auprès de ce lieu est une tour bâtie en Belveder par un cardinal de la maison Farnèse ; les peintures du degré sont à fresque de Purino del Vag-o; elles sont belles, gracieuses, mais bien obscènes pour un cardinal! Le jardin où cela se voit est agréable ; le bas est rempli de statues antiques, les plus belles sont dans une grotte et celle qui mérite d'estre remarquée c'est la Vénère victrice (Histoire des deux sœurs de l'ancienne Syracuse ^ ) .

Le terrain du mont Palatin n^a jamais esté creusé. Le duc de Parme ne peut obtenir des papes la permission d'emporter ce qu'il trouveroit, il ne veut pas y faire creuser. Cependant tout le mont n'est pas à lui; le Séminaire angloisen possède une partie.

Les colonnes de V Arc de Tite sont de forme antique ainsi que celles de TArc de Constantin, fait des débris de celui de Trajan qui estoit où Lon voit aujourd'hui la colonne. Les colonnes et les beaux bas-reliefs, les statues, tout vient de cet autre monument. L'on peut juger de quelle façon l'ignorance commençoit à régner dans le temps où l'on a élevé celui-ci à Constantin.

Pas loin de ce dernier arc l'on trouve l'ancien Monte Celio sur lequel est aujourd'hui l'église de Saint-Georges dont la petite façade est assez jolie. Son pavé de mosaïque de marbre est beau et d'un ancien temple de Bacchus. Il y a un magnifique tableau d'Annibal C arrache qui représente un (( Saint Georges en oraison ; » on garde là aussi Limage de la Vierge que le pape portoit en procession lorsque l'on vit sur le tombeau d'Adrien un ange qui (sic) depuis qu'on en a fait un château a esté nommé « Château Saint-Ange. » Tout change, tout a une période dans le monde, et il faut de la nouveauté jusques dans les choses

1. Deux sœurs s'étant disputé le prix de la beauté furent examinées d'un bout à l'autre; l'aînée se trouva avoir la fesse plate, ce qui décida l'affaire en faveur de l'autre, en l'honneur de laquelle on érigea une statue. Cette statue est maintenant au Musée de Naples.

saintes : cette pauvre image jadis illuminée, portée en procession, ornée d'ex-voto, est à présent dans un coin sans nul hommage, presque point regardée ! Dans une chapelle séparée de l'église il y a une Musique à fresque de Guido Reni et une statue très belle de marbre de la Sainte Mère de Saint Grégoire, commencée par Michel- Ange et finie par Scilla, Milanois. Dans une autre chapelle séparée, on voit la statue de ce pape commencée et finie. De même c'est là que l'on garde la table à laquelle Notre-Seigneur ajDparut. Dans une autre chapelle, j'y ai vu deux fresques magnifiques toutes deux « miracles de Saint André^ » mais traitées par G. Reni et le Domenichino. Les avis sont partagés; pour moi je tiens pour le dernier.

Entre le Palatin et l'Aventin, il y a une vallée aujourd'hui pleine de jardins, qui peut avoir deux petites portées de fusil. C'estoit là qu'estoit le grand Cirque des Romains ^ L'on voit encore quelques vestiges des gradins sur lesquels le peuple s'asseyoit. Gomme ceux qui subsistent sont au pied du palais des empereurs, Messaline ne se lassoit jamais. C'est dans cette même vallée que Romulus institua les jeux. Ce fut aussi dans ce même lieu que les Sabines furent enlevées. Ce cirque pouvoit avoir un demi-mille de long. Les obélisques qui sont à la porta del Popolo et à Saint-Jean de Latran servoient de limites. Il commençoit à la Bouche de la Vérité, jadis le temple de la Pudeur, et alloit jusques aux termes de Caracalla.

Pas loin de ce temple de la Pudeur Ton trouve, en retournant au Gapitole, Y Arc de Janus- bâti de quatre côtés avec autant de portes, qui appartenoit aux marchands comme une loge pour s'assembler. L'architecture de ce bâtiment est tout unie et le tout est bâti de grandes pierres. Auprès l'on trouve le petit portique, de mauvais goût, fait

1. Circns maximus dont il ne subsiste que des restes insignifiants.

2. Janus Qnadrifons, cet arc a tout perdu : combles, corniches, archi- 'traves, colonnes et statues.

du temps de Septime Sévère' où Ton voit les enseignes des légions avec les portraits des Empereurs. Il fut fait après la victoire des Parthes. Garacalla fît depuis effacer les ligures de Geta qui se trouvèrent dans l'Empire. L'on voit sur cet arc qu'elles l'ont esté. Ce monument a esté bâti par les marchands de bœufs et les orfèvres et est attaché à l'église de Saint-Georges qui estoit autrefois la maison de Scipion l'Africain. Ce terrain estoit le plus bas de Rome; quatre ou cinq pas en se rapprochant du mont Palatin, l'on trouve la seule fontaine- qu'eussent les Romains qui sort du pied de cette montagne. G est là que l'on croit que Rémus et Romulus furent trouvés avec la louve, d'autant mieux que Ton y a trouvé celle de bronze que l'on voit au Gapitole. L'on y voit un égout qui conduit les eaux de cette fontaine au Tibre qui en est distant de trente ou quarante pas. Get égout est bâti de grandes et belles pierres ; on le croit fait par Tarquin l'ancien (106).

Sur le bord du Tibre, à vingt pas du temple de la Pudeur, l'on voit celui de Vesta où l'on gardoit le feu sacré. 11 est soutenu sur vingt colonnes cannelées qui laissoient voir de tous cotés le mur de marbre que l'on y voit encore, qui renfermoit le feu sacré et où Ton n'entroit que par une porte. Il n'y manque que la couverture. G'est, aujourd'hui, une chapelle de la Madone del Sole^.

A quelques pas de ce temple est celui de la Fo/^tune Virile qui est assez conservé; il n'est que de pierre, du temps de la République. 11 est bâti en carré long ; aujourd'hui c'est une église arménienne \ Devant est une maison gothique, vilaine, mais dont le mur est assez singulier ; comme les Juifs l'ont autrefois habilée, le peuple l'a nommée « la maison de Pilate. »

1. Arc des orfèvres in Velahro, d'ordre composite à pilastres, dédié à Septime-Sévère, à Julie sa femme, et à ses deux fils Garacalla et Geta.

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