En forme de temples
278 VOYAGK d'italie
blique lorsque les arts ne faisoient que commencer à s'introduire; Tautre qui n'est pas de mauvais goût et par lequel l'on apprend plusieurs cérémonies du mariage [chez] les Romains. La femme y avoit eu sept maris et Hyménée y fait un bon usage de son flambeau. Sous la chaire de goût gothique, ornée de porphyre vert, il y a deux belles frises d'un ancien temple de Neptune. Le chœur est soutenu par quatorze belles colonnes d'une pièce bien élevée d'un ancien temple de Mars : ce pape-ci ^ a fait creuser pour voir leur élévation et on les a trouvées d'une pièce. Il y a aussi des frises de différens bâtimens antiques.
C'est à Saint-Laurent qu'on va plus ordinairement visiter les catacombes; nous y descendîmes. La fraîcheur excessive en est dangereuse. Ce qu'il y a de plus curieux ce sont les chapelles qu'avoient les premiers chrétiens. Il y avoit trop loin [sic) pour y pouvoir aller ; du reste elles sont fort étroites. Le terrain dans lequel elles sont taillées n'est ni pierre ni sable, et elles n'approchent en rien de celles de Siracuse. On ne connoît les martyrs qu'à la petite fiole de leur sang. Ce sont des chanoines réguliers qui sont maistres de cette église. Des six tableaux que Ton y voit, il y en a cinq indubitablement de M. A. Caravage. Dans cette église se trouve, selon une inscription qui se lit, la messe pour les morts la plus célèbre du monde. Elle se paye un écu romain ; c'est sa meilleure qualité sur les autres.
Saint-Laurent est dehors la ville en sortant par la porte Tihurtine aujourd'hui Tivoli, restaurée par l'empereur Vespasien. Auprès se voit l'aqueduc de Sixte V et l'on passe sous une espèce d'arc fait par ce même pape.
Sur la place des Santi-Apostoli, il y a une église qui porte ce nom. Elle est fort ancienne et a esté depuis [peu] renouvelée, elle n'est pas même encore finie. L'architecture du dedans est belle, elle est du Fontana — la façade est comme celle d'une maison. —
i. Clément X/(J.-F. Albani), pape de 1700 à 1721.
En face de cette ég-lise est la maison Odescalchi, celle où l'on voit le fameux cabinet de dom Livio. Il faudroit un petit livre entier pour nommer tous ses beaux tableaux ! II y a de magaiifîques Rubens : dix P. Verônèses des plus frais; trois Corrèg-es ; un très grand nombre de beaux Titiens et un grand nombre d'autres qui ailleurs seroient admirés*; grand nombre de bustes et statues antiques toutes bonnes et des morceaux rares; entr'autres les huit Muses; les deux Decii ; celle qui estoit amoureuse du Soleil, Glytie; un Faune [ayant] sur le col une biche, et trente autres ; un autel avec de beaux bas-reliefs ; des médailles ; de très belles colonnes en grand nombre et des pierres gravées. C'est là |ce que] Grozat a fait la folie de refuser pour cent trente mille écus avec trente-cinq pièces de tapisserie, dessins de Raphaël et de Jules le Romain î G'estoit le cabinet de la reine de Pologne' que ce dom Livio, neveu d'Innocent XIP, dernier mort, avoit acheté.
Au palais de la duchesse Piombino on voit le fameux « gladiateur ou mirmilone mourant*. » Je suis un des premiers qui Fait revu ; dom Livio l'avoit tenu enterré pendant sept ans auprès de la porta del Popolo ayant prêté mille écus sur gage, et on le croyoit perdu. Dans ce même palais j'y ai vu une petite statue de marbre qui représente un « Ghrist au pilier » qui est de Michel-Ange. G'est un morceau magnifique! J'ai vu aussi deux autres bas-reliefs modernes mais très beaux, dans le goût antique. Il y a aussi quelques tableaux (113).
Le palais Altieri, bâti par Glément X % est un des grands de Rome. L'architecture du dedans de la cour me plaît
1. Le Régent acheta la plupart de ces tableaux que les Odescalchi et les Chigi avaient acquis de la reine Christine. En 1789, le duc d'Orléans vendit cette inestimable collection qui passa à l'étranger.