‹ Voyage d'Italie, 1714-1715 par le comte de Caylus. 1. éd. du code autographe annotée et précédée d'un essai sur le comte de CaylusChapitre 168 sur 197 · Clément X, de 1670 à 1676 (Emile Altieri · texte numérisé non relu

Clément X, de 1670 à 1676 (Emile Altieri

assez et le degré. Dans un grand appartement bas il y a des tableaux: quelques Guerchins ; un Pietro da Cortone ; deux beaux Claude Lorrains, mais tout ce lieu est si obscur qu'à peine on les distingue. J'ai remarqué aussi un .petit vase d'albastre antique orné de petites figures; c'est un bel ouvrage. Dans un cabinet au haut de la maison j'ai vu un beau miroir de grandeur assez raisonnable de cristal de roche', et dans un galetas effroyable une « Cléopâtre » du Guide, belle. Dans une salle auprès de l'appartement du cardinal on voit un plafond imparfait de Carlo Maratta : c'eût esté un de ses beaux ouvrages. Dans le cabinet de ce cardinal il y a de beaux morceaux : un petit Albane ; une grande et belle « Vénus et Mars, » une Vierge de Raphaël. 1 La Vénus est de P. Véronèse. Dans cette même maison il y a une chambre ornée de toile, enfin accommodée en grotte et en désert qui me plaît assez.

Au-dessus du pont Senatorio dont j'ai parlé, se trouve une assez petite isle formée par le Tibre : deux ponts antiques y conduisent, l'un nommé Cestio et l'autre Fabricio. Le premier est le plus beau; tous deux simples et de pierre. A la pointe de l'isle qui regarde le cours du Tibre estoit bâti Lancien temple à'Esculape. Le fondement s'en voit encore et estoit bâti en vaisseau de marbre. Sur ses ruines on a élevé une église à S. Bartolomeo ; elle est petite; le maître-autel est soutenu de quatre belles et assez grandes colonnes de porphyre. L'autel — où est le corps du saint — est sur une urne antique de même matière. Dans une petite chapelle on y voit à fresque les actions de saint Charles peintes par Augustin Carrache.

De l'autre côté du Tibre, vis-à-vis le pont Senatorio, estoit le temple de la Fortune plébéienne : c'est aujourd'hui [Saint- Crisogonol soutenu encore de vingt-deux belles colonnes de granit et de deux de porphyre, mais grandes. Il yen a encore

1. « Un certain précieux miroir de cristal de roche, à bordure d'or garnie de pierreries, que Ton montre aux étrangers comme la pièce à choisir. » De Brosses, lettre XLI, p. 124.

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quatre à la porte. L'on y voit plusieurs restes de pavé. Le maître-autel n'est pas laid, et dans le plafond il y a un beau tableau du Guerchin .

Pas loin de là est le couvent des Franciscains nommé Saint-Francesco à Ripa^ïégWse est petite : la fameuse «beata Ludovica^ » du Bernin s'y voit; elle m'a fait grand plaisir : le matelas, la draperie, tout est d'une pièce. x\u-dessus est une petite Madone du Baciccio; à côté, dans une autre chapelle, est une « Piété » ou « Christ descendu » d'Annibal Carrache qui est beau. Sur le mausolée de la duchesse MafTei on voit son buste ; la légèreté dont (sic) le marbre en est travaillé, demande qu'on le regarde. On revêtoit dans cette église une chapelle de marbre; elle sera belle. Dans le cloître des moines j'ai vu un beau tombeau antique. Dans ce même quartier est un couvent de filles consacré à Sainte Cécile. Il est bâti dans le lieu même ou estoit sa maison et dans laquelle elle fut martyrisée. On voit le lieu même où estoient ses bains, on y distingue encore les étuveset quelque chose des cuves antiques. Son corps est gardé là. Sa statue de marbre est gentille et belle '^ Les environs de son tombeau sont ornés de beaux marbres. Il est éclairé de cent lampes éternelles qu'un cardinal y a fondé. Il y a aussi une petite Madone de Guido Reni. Sur la petite place devant l'église il y a un vase de marbre blanc qui a servi autrefois à mettre des cendres; sa proportion est belle.

Le bâtiment de Saint-Pierre est si amplement et si correctement détaillé que je ne décrirai ni son ensemble ni son détail. Je dirai seulement que j^ai monté dans la boule du Dôme. L'on arrive à l'élévation de la façade par une rampe douce et sans avoir monté une marche. C'est dans ce degré que, par pénitence, on pile le marbre pour les mosaïques auxquelles continuellement on travaille\ De l'élévation de

i. Santa Ludovica Albertoni, statue couchée.

2. Par Stefano Maderno. « Cette statue est une des quatre célèbres modernes. » De Brosses, lettre XLIII, p. 197.

3. « C'est ici que se trouve Tescalier qui monte au dôme et les cellules

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la façade à la boule, il y a trois cent soixante-deux marches de degrés qui vont toujours en diminuant. Le Bernin a fait ceux de la voûte qu'il a même fait éclater; il courut risque de la teste, et auroit mal passé son temps sans la belle fontaine de la place Navone. La vue d'en haut est d'une grande étendue; il peut tenir dix-huit à vingt personnes dans la boule : on ne peut y aller qu'au point du jour, le soleil en esté échauffe si fort le cuivre que l'on n'en pourroit soutenir la chaleur.

Le Vatican est aussi détaillé, aussi je n'entrerai dans aucun détails

Les quatre chambres de Raphaël, les Loges, sont des objets enchantés. Il y a douze mille cinq cent et tant de chambres dans ce palais, et vingt-cinq cours. Le fameux Torse, V Apollon, YAniinoiis et \e Laocoon sont desmorceaux d'autrefois si rares et si vantés, que je n'en parlerai point".

La Bibliothèque est d'une estendue très grande, celui qui la montre m'a dit qu'il y avoit trente cinq mille manuscrits. | J'en ai vu un de Virgile ; il n'est que du temps des chrétiens, ' non des premiers tout à fait, mais des ignorans. Les livres sont dans des armoires et quoyque les vaisseaux soient exhaussés, un homme peut avec la main prendre les plus élevés. Je ne dois pas oublier la fameuse Cléopàtre^ (114).

Les jardins du Vatican sont assez agréables ; il y a beaucoup d'eaux. Ce qui m'en a plu davantage, c'est le bâtiment* fait sur le modèle et des morceaux mêmes d'une

des pénitents, pilant du marbre pour le salut de leur âme et la rémission de leurs péchés. » De Brosses, ibid., p. 180.

1. V. les belles pages de Montesquieu {t. I, p. 231 à 233 et 239} et surtout celles de Brosses (lettre XLIII, p. 182-193) sur les peintures de Raphaël.

2. « Vouloir vous exalter le mérite de ces statues, ce serait vouloir répéter ce qu'en a dit tout l'univers : TAntinoûs et l'Apollon sont les chefs-d'œuvre du g-oût délicat; le Torse avait par-dessus tout autre Tamitié de Michel-Ange... mais il faut, à mon sens, qu'elles viennent toutes se mettre à genoux et rendre leurs hommages très humbles au Laocoon, le monarque et le souverain du peuple statue. » De BnossES, ibid., p. 195.

3. << La Cléopàtre est aussi un ouvrage admirable : elle est couchée, et les draperies et la chair en sont d'un naturel exquis. » Montesquieu, p. 241.

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