‹ Voyage d'Italie, 1714-1715 par le comte de Caylus. 1. éd. du code autographe annotée et précédée d'un essai sur le comte de CaylusChapitre 182 sur 197 · Loggia dei Lanzi · texte numérisé non relu

Loggia dei Lanzi

4. Le chef-d'œuvre sensationnel de Benveniilo Cellini (1533).

rence, non celle qui se voit aujourd'hui car elle a esté renouvelée.

Elle n'a point de façade, sa nef est soutenue sur de belles colonnes de pierre, d'une pièce. Il y a un ou deux tableaux qui ont des beautés, des fresques derrière le grand autel qui représentent une « résurrection de femmes; » on en voit dans toutes sortes d'attitudes. Dans le lieu où les chanoines chantent aujourd'hui rofïîce, il y a trois tombeaux ornés chacun d'autant de fig-ures qui ne sont pas toutes finies. On y distingue toujours le grand génie de Michel-Ange' ! Ce sont des tombeaux de la famille des Médicis. Il n'y a que sept des neuf statues qui s'y voient qui soient de ce grand homme. Dans la sacristie il y a un beau tombeau de porphyre orné de bronze bien travaillé. Le fond du derrière de l'autel se doit abattre et l'on entrera dans la fameuse chapelle faite pour les tombeaux des grands-ducs : il n'y a place que pour six, celui-ci compté.

La chapelle est octogone, l'autel et l'entrée tiennent chacun une face. Elle est bâtie en dôme fort élevé; le tout est incrusté de marbres de toutes espèces, d'agate, etc., et l'on y voit des incrustages de marbre admirables. Gela doit aller jusque presque au haut du dôme, après quoi se doivent estre des peintures. Les tombeaux sont de granit de différentes espèces, de deux en deux. Ce que j'ai trouvé de plus extraordinaire c'est le poli qu'ils ont donné à cette pierre. Chaque prince aura sa statue de bronze doré dans une niche qui est au-dessus. Il n'y en a qu'une, encore n'est-elle pas bonne. Sur chaque tombeau doit estre une couronne sur un oreiller, le tout orné de pierres précieuses. Il y en a seulement deux qui valent chacun douze milles écus. Ce sera

1. « La sacristie est toute de la main de M. A.; c'est en faire assez l'éloge. D'un côté est le tombeau de Julien de Médicis, sur lequel sont couchées des statues, représentant le Jour et la Nuit; au-dessus dans une niche, est la statue de Julien, assise. L'autre tombeau de Laurent de Médicis est tout à fait pareil au premier; les deux statues sont le Crépuscule et l'Aurore. Tout cela est parfaitement beau et n'a nulle grâce, mais beaucoup de force. » De Bhosses, lettre XXIV, p. 283.

dans son espèce une chose superbe^ ! Il y a plus de cent ans que Ton y travaille ; il en faudra bien encore cinquante pour la finir, encore [ne sais-je] ; il y a quarante hommes qui y travaillent mais faiblement'".

Les murs ont plus de vingt pieds d'épaisseur; l'extérieur de la chapelle est bâti, simplement mais avec propreté, de pierre dure, belle, et un peu plus que grise : les moulures des fenestres se font de marbre blanc. Il y a un souterrain fort clair dans lequel est, auprès d'un crucifix^, une Magdeleine de Michel-Ange qui est belle^.

La maison des chanoines de Saint-Laurent n'a nulle beauté que celle d'un degré bâti dans un lieu carré et non fini; il est magnifique et de Michel- Ange. On monte par le degré dans une belle et grande Bibliothèque de ce même grand homme. Elle est belle et les livres n'empêchent pas de voiries colonnes et les pilastres qui en ornent les côtés, puisque les livres sont sur des pupitres vis-à-vis d'un banc au bout duquel sont écrits les noms des manuscrits qui sont dessus. Cette manière est fort commode mais ne sera pas suivie de ceux qui regardent la reliure ou qui achètent les livres à l'aune ! Tout est manuscrit et de toutes les espèces grecs, latins, italiens, françois, et entr'autres le fameux Virgile^. Tous les livres sont enchaînés. Au fond de la Bibliothèque est une armoire où l'on tient des livres défendus : Machiavel s'y trouve. Cette bibliothèque a été composée par les grands ducs*^ et c'est un beau lieu pour estudier'.

1. << L'autre chapelle est la merveille de la Toscane, du moins pour ses richesses. » Ibid.

2. <( ... Avec les sommes immenses qu'on y emploie depuis un siècle et demi et le faste qu'on y a répandu, cela ne fait qu'un tout assez triste et nullement agréable. » Ihid., p. 284. « On est au désespoir, quand on sort de la chapelle, de voir une dépense si vaine.... » Montesquieu, t. I, p. 190.

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