Les trois grands hauts-reliefs sont dus à G.-B. Foggini
4. « Le vaste temple du Saint-Esprit, excellent ouvrage de Brunelleschi, tout de colonnes corinthiennes de pierre grise.... Les cloîtres de ce couvent sont les plus beaux de la ville! » De Brosses, p. 287.
Quatre fois pendant Testé on fait à Florence la course des barbes (quoyquils ne le soient pas, on leur donne ce iiom). Je me trouvai à celle du 2 août, il en courut sept. Ils sont lâchés, sans personne dessus et l'on fait de gros paris pour celui qui gag-nera. La course est d'un peu plus d'un grand mille et se fait dans une rue de la ville qui n'est pas droite et Ton met des toiles en quelques endroits pour les empêcher de se détourner ; cela est fait en un petit moment. On ne se promène et on ne fait le cours que dans cet endroit toutes les quatre fois où l'on fait cette course. Les chevaux reçoivent la veille de la Saint-Jean, qui est la grande course, une espèce de bénédiction devant l'église et on leur donne tant de fumées (sic). Un homme pendant la course se tient sur le haut du dôme et, comme •chaque cheval a quelque chose de marqué, celui qui est sur la tour donne autant de fumées qu'il lui en a esté donné : le jour de la Saint- Jean, toute la ville sait en un moment lequel a gagné. Le grand duc assiste à cette course; les princesses y viennent aussi ayant un assez grand nombre de chevaliers florentins à cheval avec de grandes perruques carrées et leur chapeau sous le bras; leurs chevaux sont beaux et pleins de rubans, mais cela al air un peu nigaud
Je fus voir le grand duc^ Je trouvai ce bon vieillard, cheveux gris et moustache, qui selon sa coutume de tous les jours, parloit lui-même et rendoit justice à ceux qui vouloient lui parler, aux paysans même. Cela m'édifia. Le prince estoit fort religieux et visitoit quatre églises par jour^. Je reçus les regali ordinaires, mais les manches sont incommodes et ne conviennent guères.
Le 2 août, le soir, on illumine le Dôme et plusieurs
1. Cosme III de Médicis ^ 1653-1723) avait épousé Marguerite-Louise d'Orléans, cousine de Louis"XIV; il en eut deux fils : Ferdinand et Jean- Gaston qui lui succéda. Avec ce dernier s'éteignit la famille des Médicis.
2. Son lils n'hérita pas de cette dévotion. Montesquieu, qui le juge indéterminé et paresseux, le crédite de deux qualités. « Il a fait une chose que les princes font difficilement : il s'est défait des importunités de la prêtraille et de la moinerie et ne veut point en entendre parler (p. 167). Il ne donne guère de lettres de noblesse » (173).
tours ; Ton fait aussi un feu d'artifice tous les ans en mémoire de la prise de Sienne.
Je vis la fameuse Galerie du G. D.^, dans laquelle il y a cent et tant de bustes antiques et rien que la maîtresse de Bernin de moderne, et autour de quatre-vingts statues antiques et de moderne le fameux Bacchus, original de Michel-Ange, morceau du premier ordre. Il y a aussi une belle copie du Laocoon et du fameux sanglier. L'on trouve des statues belles non seulement pour leur forme et leur structure mais aussi pour l'érudition, entr'autres un Apollon ayant un pied sur une tortue et son carquois fermé par en haut. J'ai vu un Amour qui a un [carquois] semblable; cela explique le passage d'FIomère pour lequel on a tant disputé. Entre les bustes : celui d'Alexandre blessé est superbe ; celui de Bérénice est, je crois, unique; une statue étrusque d'un homme qui harangue est honnêtement antique, on ne peut lire les caractères qui sont sur le bas de sa robe-. Je n'aurois jamais fini de décrire les belles choses qui sont dans cette grande galerie dont les plafonds sont peints moitié en grotesque, pendant que dans l'autre moitié on voit, dans des cartouches, les illustres Florentins qui se sont rendus célèbres soit dans la poésie, soit dans les arts, soit dans les armes. On voit ici les portraits des grands hommes ^
Cette galerie est d'un côté de la rivière et le palais de l'autre ; un corridor qui passe par-dessus le ponte Vecchio joint le bâtiment qui est près de la place du Grand-Duc et se trouve au-dessus de la Monnoye et du lieu où Ton rend
1. « Serai-je assez hardi pour mettre le pied dans cet abîme de véritables curiosités? Cependant, il en faut sauter le bâton, ne fût-ce qu'afin que quand Quintin en voudra faire l'emplette, il n'achète pas chat en poche. .> De Brosses, lettre XXIV, p. 298.
2. « Depuis Alexandre jusqu'à Constantin la suite des bustes est continuée, et c'est une chose assez curieuse que de voir la décadence de l'art cheminer d'un pas égal avec la décadence de l'empire, de sorte que le& derniers ne valent quasi plus rien. » Ibid.
3. » Il y a environ cent quarante portraits de peintres faits par euxmêmes. Il manque beaucoup de portraits de peintres fameux qui sont communs ailleurs ; mais l'on n'a voulu y placer que ceux qui ont été peints par la personne même qu'ils représentaient. » Ibid.
la justice. Ces deux bâtimens beaux, bien bâtis en portique, forment ensemble une belle rue terminée sur le bord de l'eau par un beau portique sur lequel est un bâtiment dont le haut joint les deux branches de la galerie ^ Il y a des cabinets ou des chambres qui communiquent dedans, dans lesquels on voit : des tables curieuses par la délicatesse de l'ouvrage et le précieux des pierres, des petits tableaux, des antiques en petit bronze. Dans deux autres sont des Flamands surtout, il y a aussi d'autres tableaux mais rien de fort merveilleux. Dans un autre [cabinet] une grande sphère, de Ptolémée j'estime, beaucoup d'instrumens de mathématiques. Dans un autre encore, le beau tabernacle qui doit estre sur l'autel de la belle chapelle des tombeaux; les colonnes sont de cristal et cet ouvrage tout de rapport est digne du bâtiment (127).
C'est là que Ton voit ce superbe cabinet octogone (il n'est pas des plus grands) fait en dôme qui est revêtu de nacre, de perles, au milieu est une table d'un ouvrage de rapport admirable, autour sont : les deux fameux lutteurs; ensuite une grande Vénus, belle, la teste et les pieds réparés mais bien — je croirois assez les mains depuis le coude estre de M. Ange; — puis la superbe et fameuse Vénus, avec raison si vantée^; une autre Vénus modeste mais belle; le beau Faune, la teste et les mains refaits par Michel- Ange peutestre mieux qu'elles n'estoient; puis le fameux paysan-^ qui en aiguisant son couteau découvrit la conspiration de Gatilina. Tout autour sont une quantité infinie de petits bronze, d'idoles, d'autres antiquités, de bustes de marbre en petit; l'on y voit celui de Tibère en turquoise, plusieurs autres en
1. « Ces deux lignes de la rue forment deux galeries qui ont, dans leur double contour, quantité de cabinets ou salons remplis de tant de choses diverses, que je prétends ne vous en dire qu'un mot en gros, seulement pour vous en donner une notion. » Ibid., p. 293.
2. Vénus de Médicis, trouvée à Rome au \i' s. et transportée à Florence en J680.
3. Rémouleur, ou esclave Scythe, aiguisant son couteau, trouvé à Rome au xvi» s.
cristal, une infinité de curiosités, jusques dans les plus petits coins des bustes de corniole, dag-ate, de calcédoine, etc., tous curieux. Ordinairement on n'a jamais assez de temps pour examiner le tout.
Dans le même endroit sont de beaux tableaux. Ceux qui m'ont plu davantage c'est {sic) : un petit tableau de Paul Véronèse, une Vénus de Titien et une Vierge du Gorrège^ superbe, plus belle, mieux colorée que les tableaux [du palais] Odescalchi. Dans des coffres de bois qui environnent la salle sont : 1^ de beaux médaillons ; 2*^ la suite des médailles en grand bronze (c'est la plus belle) [car] celle de petit et de moyen bronze est peu de chose : dans celle d'or il y a quelques pièces rares, entr'autres quelques médaillons. Il y a une suite d'argent et un assemblage de tous métaux des rois d'Afrique, de Grèce et d'Egypte-. Quant aux pierres gravées, elles sont dans un cabinet de pièces rapportées qui est vis-à-vis la porte. Il n'y a pas beaucoup de choses en pierre grecque; les morceaux romains sont plus communs surtout de ceux qui peuvent éveiller la dispute des curieux en camées. Lassemblage des modernes est grand, beau pour les effets des pierres; quant aux antiques, la dernière tablette est la seule un peu curieuse. Les trois morceaux du jeune Britannicus, de Vespasien^ de Tibère et de Livie. sont superbes, rares, magnifiques et valent seuls tous les autres, quoy qu'il y ait cependant de beaux morceaux.
Dans un petit cabinet d'estude joignant celui-ci, dans lequel on n'entre point ordinairement, il y a un corps d'hermaphrodite dont les jambes sont restaurées à l'imitation de celui de Rome. L'on y voit : le furieux et gros Priape habillé en lion; de petits tableaux précieux de Pécole florentine; des dessins de Michel-Ange, Lidée et le modèle
1. « Un seul Corrège, la Vierge à genoux devant son fils; mais quel coloris ! quelle expression! que de grâce et de ^gentillesse! » Ihid., p. 300.
2. Le cabinet de Vargenlerie des Médicis se voit actuellement au rez-de- <;haussée du Palais Pitti.
de cet auteur pour réparer le fameux Torse de Belveder et plusieurs autres dessins magnifiques. Le G. D. en possède un nombre considérable [qui sont] reliés, et aussi le fameux manuscrit original de droit romain de Justinien^
Le vieux palais- auquel communique la galerie du palais est fort triste et ancien; dedans se trouve le garde-meuble du grand duc^ Il y a un salon où les victoires des Médiciset leurs couronnemens se trouvent peints à fresque sur les murailles, et à l'huile dans le plafond par George Vasari ; les fresques ne sont pas de la même main. Il y a dans cette salle où se couronnent les ducs, dix grandes statues plus hautes que le naturel presque toutes de deux figures ; quelques-unes sont bonnes, surtout la Victoire ayant à ses pieds un prisonnier, qui est de Michel-Ange, mais elle n'est pas finie. Il y a aussi deux autres statues de papes^ et trois ou quatre de princes ^ On voit dans un tableau comment Cosme P'' fut couronné et créé grand-duc de Toscane, par Pie V6.
Dessus la galerie des antiques, il faut voir les ouvriers qui travaillent les marqueteries les plus fines pour la chapelle de Saint-Laurent.
La ville de Florence est archevêché. Sa situation est délicieuse, dans un vallon fertile, au pied des montagnes
1. '( ... Enfin, le fameux orig-inaldu Digeste, connu sous le nom de Pandectes florentines. C'est un manuscrit en deux volumes in-folio, très bien conservé : on le croit du temps même de .Tustinicn Jadis on ne le montrait ici qu'avec de grandes considérations, en allumant des cierges et se mettant à genoux ; aujourd'hui on le fait voir très familièrement, ce qui prouve combien la robe perd tous les jours de son crédit. » Ibid., p. 293.