‹ Voyage d'Italie, 1714-1715 par le comte de Caylus. 1. éd. du code autographe annotée et précédée d'un essai sur le comte de CaylusChapitre 197 sur 197 · La marquise de Pries, v. note, 1" partie, p · texte numérisé non relu

La marquise de Pries, v. note, 1" partie, p

n'en sort que par la montagne de Grotte, rochers coupés pendant un grand demi-mille. Je trouve que l'inscription suivante ne loue pas assez un chef-d'œuvre de l'art et de patience :

Carolus Emanuelli Sabaudiae duxPedem. princeps, Gipri rex, Publica felicitate parta singulorum commodis, intentus breviorem securi Amq. viam regiam a natura occlusam Romanis intentam Gaesaris desperatam, dejectis scopulorum repagulis aequata montium iniquitate quae cervicibus imminebant praecipitia pedibus substernens, Aeternis populorum commerciis pâte fecit anno MDGLXX (140).

G'est une chose qui mérite d'estre vue. On entre pour lors dans un joli vallon au milieu duquel est le village des Echelles^ poste important à occuper pour couvrir le Dauphiné. On sort de ce vallon par une montagne sur laquelle est un chemin bon et bien pratiqué. 11 ne faut pas moins pour passer des précipices semblables ; c'est aussi la dernière. Pour lors, après avoir suivi la petite rivière de Quiers, on arrive au pont de Beauvoisin qui en est séparé. Le pont sur lequel on la passe est à la France; la plus grande partie du bourg est à nous. 11 est situé dans les pays que j'aime qui ne sont ni plaines ni montagnes. Le sang m'y a paru beau. Mme des Ursins ^ y estoit dans la partie de la Savoye ; je la fus voir. Elle estoit embarrassée de sa personne, le roi de Sicile ne voulant pas lui donner passage. Je causai trois heures avec elle ; son esprit me fit grand plaisir. L'am-

1. Marie-Anne de la Trémoille, princesse des Ursins (1642-1722), épousa d'abord le prince de Talleyrand-Glialais, et en secondes noces à Rome, en 1675, le duc de Bracciano-Orsini, qui la laissa bientôt veuve et immensément riche. Nommée camarera-major de la 1" femme de Philippe V. elle gouverna par elle, le roi et l'Espagne, seft'orçant de soustraire ce pays à la tutelle de la France, ce qui la mit en désaccord avec Louis XIV. A la mort de la reine d'Espagne (1714), la princesse des Ursins donna pour 2' femme à Philippe V, Elisabeth Farnèse, croyant aisé delà gouverner; mais à peine celle-ci était-elle entrée en Espagne qu'elle fit conduire la princesse des Ursins hors de la frontière. Elle alla se fixer à Gênes, puis à Rome, où elle tint la maison du prétendant J. Stuart. En 1825 parut sa Correspondance avec Mme de Maintenon, 4 vol. in-8.

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bition qu'à son âge je découvris encore en elle, servit à me ■confirmer dans mes sentimens.

Du pont de Beauvoisin à la Tour du Pin, trois lieues, vallons, terrains fertiles, chemin souvent étroit jusques à Lyon : In puris naturalibus. Le cabaret de la poste est bon; -ce bourg est de l'archevêché de Vienne, à sept lieues de cette ville. De là au Val Lapière, quatre lieues ; bon pays, gras de pâturages. Le chemin doit estre fort mauvais Fhiver. De ce village, où les filles du cabaret sont très jolies, on compte cinq lieues jusques à Lyon. Le chemin en est bon mais le pays que Ton traverse est inculte ; on passe des bois.

LYON, seconde ville de France et très riche par son commerce, est au confluent du Rhône et de la Saône. On passe cette première rivière sur un pont de pierre qui n'a de beau que sa longueur. Je trouvai cette ville ornée de la statue équestre du Roi en [place] Bellecour, régulière, et des quais que le maréchaD avoit fait faire dans son dernier voyage. Il y a trois ponts sur la Saône; un de pierre au milieu de deux de bois. La place des Terreaux me plaît assez; le bâtiment de l'Hôtel de ville est de mon goût ainsi que sa façade. Toutes les églises m'ont déplu. Il n'y a généralement, ainsi que dans toute la France hors Paris, encore ni églises ni tableaux. Il y a des colonnes antiques à Bellecour ; il y a encore quelques fragmens d'antiques chez des particuliers; il y a des lanternes. Je fus à l'Académie de musique que de bons bourgeois ont establie entre eux ; elle €st bonne. Il y a un Opéra, qui n'est pas de même, [dans] une jolie salle du gouvernement.

Je partis le 28 par la diligence. On va jusques à Châlons, et à deux lieues de la ville, on trouve Neufville^, maison

1. Villeroi (Fr. de Neufville, duc de), 1643-1730, l'ami et le protégé de Louis XIV, fut créé maréchal après la victoire de Nervinde (1093) et malgré ses fautes grossières dans les batailles successives, accablé de faveurs par le roi qui le nomma, en 1781, gouverneur de Louis XV. Tombé en disgrâce, le Régent lui donna l'ordre de quitter la cour. Il se retira à Neuville.

2. Neiiville-sur-SRÔne, ch.-l. de cant. (Rhône), à 13 kil. n. de Lyon, 4.480 hab.

de campagne de MM. de Villeroy où j'avois esté voir Tarchevêque. Elle est agréable et belle pour les jardins. Deux lieues par delà on trouve Dole, retraite à banqueroutiers. On fait le chemin par la Bourgogne en cinq jours; on est bien traité.

J'arrivai donc à Paris le 2 octobre 1715, où je trouvai tout en un bel estât* (141).

]. \ . Inlroduction, de page v à viii.

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