‹ Voyage d'Italie, 1714-1715 par le comte de Caylus. 1. éd. du code autographe annotée et précédée d'un essai sur le comte de CaylusChapitre 196 sur 197 · La Brunette · texte numérisé non relu

La Brunette

2. « Au Mont-Genis. une chaise se \'oiture sur le dos de trois mulets. On la défait; un porte le corps; l'autre, les roues; l'autre, les brancards. » Montesquieu, p. 119.

Croix qui fait la séparation du Piedmont et de la Savoy e, et c'est là que de ce côté on prend la ramasse ^ Sur cette petite plaine est un lac poissonneux qui peut avoir trois milles de tour ; sur ses bords et sur le grand chemin on voit les ruines d'une maison que, dans le pays, on dit estre celles d'un palais des ducs de Savoie. Ce n'est autre chose qu'une maison que Charles-Emmanuel fit fairepour un dîner, allant de Turin àChambéry (139).

La descente de Tautre côté est plus courte et m'a paru plus roide; les porteurs sont fort commodes et à bon marché. On va coucher à Lanslebourg ^ au pied du mont du côté de France. C'est un trou à la savoyarde oii le gîte est très mauvais. Il est situé sur l'Arc qui prend sa source dans une glacière auprès du mont Cenis. Pour aller à Modane il y a quatre lieues, on descend plus que l'on ne monte. Le chemin est beau et bien réparé ; on suit toujours l'Arc qui passe dans ce village, où « Les trois rois » ne sont pas des meilleurs. Le passage du roi et son retour auquel on s'attendoit, faisoit que je trouvai les chemins magnifiques. Je vins coucher à Saint -And ré ^ après quatre lieues de chemin. Je passai par Saint-Michel, village qui me parut également distant des deux endroits. Le cabaret du « Petit Turin » est grand, beau et bon. La situation de ce petit village est charmante; l'Arc arrose une vallée fertile et agréable; les montagnes mêmes contribuent à son ornement.

Le chemin de cet après-midi est plein de haut et de bas.

De Saint-Michel à La Chambre^ on compte quatre lieues.

Le chemin est uni, beau et sans le moindre précipice. On trouve à moitié chemin la petite ville et évêché de Saint-Jean^ capitale de Alaurienne. Le chemin le long de l'Arc qui conduit à La Chambre est parfaitement uni. Ce village est situé dans une vallée fertile dont les montagnes s'élargissent.

1. Traîneau sur lequel on descend les montagnes couvertes de neige.

Saint-Estienne de Cuiner, où j'ai cam23é si long-temps^ est de l'autre côté. « L'Ecu de France » est bon.

De ce village à Aiguebelle il y a encore quatre lieues. Pour s V rendre on ne monte ni ne descend pour ainsi dire point. On trouve des endroits agréables. Le village d'Ai- Cfuebelle est situé sur l'Arc dans une situation agréable que les plaines ne fournissent jamais. Le vallon cultivé, les prairies et la verdure des montagnes, feroient à ma fantaisie de ce lieu une charmante retraite. « Le Soleil » est un cabaret où j'ai fait bonne chère et ai esté bien couché.

Tout le chemin de cette journée est généralement beau mais surtout jusques à Montmélian, petite ville qui n'estoit recommandable que par son château dont on ne voit plus sur la hauteur que les ruines et les débris des mines que le Roi y employa lorsqu'il la prit en dernier lieu. Cette ville est sur l'Isère; à une lieue d'Aiguebelle, FArc se jette dans cette rivière. Dans cette vallée, le ciel s'ouvre et les montagnes s'élarg-issant, on voit de là le fort Bareau, première frontière de France. Le chemin est plus inégal de Montmélian à Ghambéry qui est dans un fond [de vallée]. De cette capitale de Savoye à Bareau, il y a trois lieues et cinq à Grenoble, douze allant à cheval à Genève, trois en chaise. Ghambéry n'est pas beau et n'a nulle forteresse : la course est son seul agrément. Tout y est à la françoise. Le château, demeure du Roi qui y estoit alors, est fort vilain. Son séjour me fît trouver les chemins plus beaux. La Reine estoit à Annecy. Gette matinée est de six lieues. « A la pomme d'or » on n'est pas mal, les servantes y estant fort jolies. L'ambassadeur, mais plus que lui le minois de sa femme^, m'y retinrent l'après-midi à musiquer.

J'en repartis donc Je lendemain et fis six lieues pour arriver au pont de Beauvoisin. En sortant de Ghambéry, on monte une montagne qui n'a nul précipice mais dont le chemin n'est pas tenu. Elle dure trois lieues et l'on

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