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Gaylus a parcouru du chemin ; V amateur s'est changé en artiste^ l'artiste est devenu c/^V/gf/e, le critique, par une progression logique, finit en archéologue. L'archéologue sexagénaire enrichi du goût de Tamateur, du savoir du critique et de la technique de l'artiste. La double tendance de ses contemporains qui les partage en deux camps, s'incarne chez lui; l'art et l'archéologie se fusionnent et se confondent. A l'Académie royale, il soulève des discussions érudites ; à l'Académie des inscriptions, il rajeunit la science par des débats variés. Dans les deux, il s'efforce de bannir les déclamations oiseuses, les inutiles parades, mieux que cela il tâche d'expulser la routine. Il réussit.
Une telle puissance ne s'exerce pas à la longue sans soulever des murmures, sans trouver des détracteurs. Gaylus n'échappe pas à la destinée commune. D'abord, en réveillant l'école, il y réveille le sentiment d'indépendance qui se soulève contre lui. D'ailleurs les natures illuminées et énergiques exercent à leur insu une espèce de tyrannie dans les assemblées dont elles sont Tâme, tyrannie dont ne souffrent pas les fidèles. Mais quand de nouveaux éléments se juxtaposent ou les remplacent, tout de suite, l'humeur perce et l'opposition s'organise. Cochin^ est nommé en 175o à la place de Lépicié; à M. Tournehem succède le frérot de la favorite, le marquis de Marigny, qui peuple l'Académie de ses créatures. Gaylus sent que son règne esta son déclin. Il supporte impassible les coups d'épingle et occupe fidèlement sa place. Il continue à paraître aux séances, y parle fort peu,
des Estampes. 4 vol. petit in-folio, 663 pages. Séries spéciales : a) Monnaies impériales d'or, h) Recueil des trois cents têtes, c) Caricatures de Léonard. Gaylus évalue à 3.000 le nombre des morceaux qu'il a gravés. « La manière de Gaylus graveur est celle d'un dessinateur qui esquisse. » RocHEBLAVE, op. Cit., p. '160 ct idem « L'œuvre gravé de Gaylus. » LArl. 1890, vol. XLviu, p. 131 et s. 1891, vol. lx, p. 09 et s.
1. Les accusations formulées par Gocliin {op. cit.), contre Gaylus sont criantes de fausseté. Ne s'avise-t-il pas de le peindre comme un ladre, ennemi des arts, exploiteur des artistes, collectionneur rapacc, envieux, médiocre, insensible, flatteur des gens en place'.... Il eut la prudence de rédiger ces mémoires après la mort de Gaylus. Ges flétrissures posthumes, pour être lâches, sont aussi dénuées de valeur.
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garde une réserve hautaine envers la gens nova. Celle-ci, frustrée dans son espoir, gênée malgré tout par sa présence, compte avec lui, respecte son passé d'académicien et attend sa mort pour le renverser et faire régner sur l'antique le rococo.
A l'Académie des]inscriptions, l'autorité de Gaylus ne fut jamais discutée. Il y prit vite rang parmi les plus zélés, les plus chercheurs, et s'y fit une place éminente. L'archéologie, la dernière forme de son activité, en est aussi la plus achevée. Nul autant que lui n'a retourné, creusé, fouillé le champ de l'antiquité^ personne ne s'est tenu, avec sa persévérance, pendant vingt-cinq ans au courant des découvertes, en haleine avec les voyageurs, les érudits, les savants. Tout ce que l'Italie avait en fait de brocanteurs et d'antiquaires, est l'objet de son attention. Il suit pas à pas l'abbé Barthélémy, refaisant avec lui, en esprit, son voyage d'Italie ^ Il encourage Le Roy dans son entreprise de rapporter de la Grèce l'exacte description de ses plus beaux monuments-. Il admire le plan colossal de Piranèse. Il applaudit à H. Robert qui se transporte à Paestum pour en dessiner les ruines. II fait pensionner Anquetil-Duperron et lui procure le passage gratuit pour aller aux Indes, et pendant que ses yeux avides dominent le champ illimité de l'archéologie de l'Asie à Rome, le hasard, qu'il nomme le dieu des antiquaires, lui fait découvrir à Paris les dessins originaux de Pietro Santi Bartoli d'après l'antique, et il en donne une édition à trente exemplaires qui n'a point été surpassée en magnificence ^ Il fait les honneurs de son cabinet à l'Académie qui décide, dans la séance du 16 août 1752, sur le rapport de Boze et Sallier, de céder son droit
1 . « SÉRiEYS. Le voyage en Italie de Barthélémy, ou suite de lettres adressées au Comte de Gaylus. » Paris, 1802.
2. Le Roy. o Ruines des plus beaux monuments de la Grèce. 1758, in-folio. »
3. Le Gabinet des estampes contient l'original et un exemplaire. On ne put rééditer cet ouvrage puisque G... en avait fait briser les planches sous ses yeux. Il en lit de même pour l'édition de la fameuse mosaïque de Palestrina.
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de privilège à M. le comte de Gaylus pour la publication du Recueil d'Antiquités. Ce recueil, mis sous le patronage illustre de l'Académie, deviendra désormais sa préoccupation constante, sa manie.
Le Recueil d'antiquités égyptiennes^ étrusques, grecques^ romaines et gauloises, comprend sept tomes: les six premiers parurent successivement en 1752, 1756, 1759, 1762,
1764, le dernier parut l'année même de sa mort, en
1765. C'est là son œuvre maîtresse qui représente le labeur de trente ans, enté sur une vie entière d'études passionnées. Gaylus lui consacra les énergies de son esprit avisé, les ressources de ses talents divers, la vigueur de son imagination d'artiste, la noblesse d'un but désintéressé.
Quel est ce but? Il est nécessaire de le bien déterminer. Gaylus laisse à tous les archéologues présents et à venir la mission de révéler la beauté antique dans ses grands monuments ; il leur abandonne le rôle distingué et délicat. Lui se retranche dans un terrain modeste où personne ne lui fera concurrence. Il s'y campe à ses risques et périls. Il fait « l'iconographie des mœurs des anciens retrouvée pièce à pièces » D'autres feront la galerie des antiques, lui, le musée : là seront rangés les Vénus, les Apollon, les Mer- <îure, etc. Ici, pêle-mêle, caducées, crotales, boucles, ex-voto, ■coupes, javelots, massues, gaines, scarabées, poids, anses, consoles, pendants d'oreille, sceaux, pierres gravées en creux et en relief : les objets du culte, de la toilette, les ustensiles de cuisine, les outils agricoles, les armes, les jeux, les ornements, les chaussures ; ce qui sert dans la maison, au temple, aux champs, à la vie intime, à la vie publique, à la vie d'outre-tombe, l'indispensable et le superflu, le fragile et le solide, le verre et l'or. Tous ces fragments, toutes ces rognures antiques, qui échouèrent à l'Orangerie pendant trente ans, provenaient du Gaire, de Naples, de Rome, de Marseille, de Nîmes et de partout, car partout Gaylus avait
1. E. et J. de GoNcounT. Portraits intimes du xviii* siècle « Gaylus, » p. 161.