Lettre LXXXI
INTBODUCTIOIS XXX1\:
Deux jésuites ont été envoyés à la Bastille; ainsi va le monde : ils y envoyaient autrefois^ on les y envoie aujourd'hui.
Uabbé Garnier, un de nos confrères, a fait un livre intitulé : L'Homme de lettres, dont je suis en mon particulier très content. Le tableau quil fait des lettres en Grèce, à Home et en France m'a fait plaisir. D ailleurs^ l'ouvrage est écrit d'un style à lui et nourri par les lettres mêmes. Il jiy a point de ce coupé.^ de ces fleurs glaciales et de cette métaphysique encyclopédique.
L'édition de Corneille donnée par Voltaire^ parait. Il voulait faire honneur à son maître, faire honte aux parents
de l'auteur, faire rougir la nation L'ordre chronologique
des pièces est culbuté : des douze volumes il y en a plus de six de critique au bas de chaque page ., et quelle critique ! ... ■Ne me citez pas, car je ne veux rien avoir à démêler avec ces drôles-là. Il ny aurait pour un galant homme que des coups de bâton à donner, et la façon en est toujours désagréable et embarrassante.
Algarotti, dont vous me parlez, est un de ces gens qui ont vécu et qui ne laissent j^ien après eux^.
On vient de brûler à Genève un nouvel ouvrage de Voltaire intitulé « Dictionnaire philosophique . » C'est un recueil où il a ra.'isemblé les impiétés éparses dans ses autres ouvrages^.
Nous avons pour spectacle à Paris la vente des meubles de Mme de Pompadour qui est étonnante par le nombre et la valeur des effets''.
Il nous pleut des traductions d'Homère de tout côté. Il
1. Au sujet de rédition de Corneille par Voltaire, V. Bachaumont, t. II, p. 41-57.
2. Lettre XGIV. Il survit dans la correspondance de Voltaire et du roi de Prusse.