INTRODUCTION XLV
Il est temps de définir la méthode de Gaylus dans l'étude des antiques et déjuger ensuite sur la valeur de son apport à l'archéologie. Avant lui, il n'est pas question de méthode : amateurs, collectionneurs, antiquaires — leur nombre est légion, puisque l'antiquité a été la vogue du xviu® siècle — entassent sans triage au préalable. Ils pillent l'ancien, l'antiquaille et l'antique, à l'aveugle, et s'évertuent à atteindre un chiffre considérable par simple gageure. Les érudits, à leur tour, saccagent les auteurs, tournent et retournent les textes, pour commenter les auteurs à l'aide des monuments. Une dissertation quelconque leur est un prétexte pour des développements à outrance, écrasés par la masse imposante des citations qui, le plus souvent, n'ont rien à voir avec le sujet. Ils étalent leur érudition inintelligente dans un style incolore, diffus, filandreux. La rhétorique est leur marotte. Leur ambition est dans la longueur ; ils ont honte de conclure. Ils ne démontrent pas, occupés comme ils sont à se montrer eux-mêmes; aussi Gaylus ne calomnie-t-il pas lorsqu'il écrit à Du Tillot :
(( L'ancienne érudition qui ne s'est que trop pei'pétuée en Euj^ope charge^ répète^ veut briller par des inutilités sans nonfibre^. »
L'enquête est menée à la diable : pas le plus petit renseignement sur la provenance, l'âge probable, la manière de l'artiste, la valeur du morceau. Aucun fil d'Ariane ne nous conduit au travers du fouillis d'objets jetés pêle-mêle devant nos yeux. Nul groupement, fût-il rudimenlaire, ne préside à cette bigarrure. L'absence de critique caractérise le manuel de Beger- quoiqu'il soit postérieur aux Miscellanées de Spon% lequel à la suite d'un voyage en Italie et au
1. Dans Gh. Nisard, op. cit. tome I" après la lettre LUI à Paciaudi.
2. Thésaurus Branclenburgicus seiectus, etc. Cologne, Ul. Liebperf,
3. Spon. Miscellanea eruditae antiquitatis. Lugd. Batav. 1685.