Avertissement au t. P"" du Recueil
2. Tableaux tirés d'Homère et de Virgile. Paris, 1757, 396 pages.
3. Du moins, cette voie bizarre l'éloigna-t-elle de l'allégorie pour laquelle ses contemporains nourrirent une tendresse puérile. Dans son Traité de l'allégorie, Paris, Jansen, an VII, chap. XI, Winkelmann propose de nouveaux sujets allégoriques. Un grand clou attaché à un temple exprime
LIV ITS'JTIODUCTION
tous les ans à celui qui a le mieux discuté Un point d'antiquité proposé par TAcadémie. Voilà qui est généreux et utile. Mais que dire du prix d'expression institué à l'école de peinture? Gomment admettre un concours de passion? La pitié, la colère, l'extase, le désespoir, sont rendus par l'âme de Tartiste, non pas d'après des formules. Gaylus a pourtant si bien saisi que la sensation de la couleur est incommunicable; comment peut-il se laisser entraîner par sa méthode au point de fournir à l'artiste des recettes pour exprimer les passions multiples de l'âme? Lui qui a toute sa vie lutté contre ia convention, y tombe par deux fois, faute d'à-propos dans l'usage de sa discipline intellectuelle. Il fallait signaler les erreurs de Gaylus pour être impartial et complet. Hâtons-nous, néanmoins, de dire que si ces erreurs ne sont pas légères, elles sont, par contre,. rares et que dans un domaine où presque tout était à faire et où les forces étaient isolées et rivales, l'œuvre de Gaylus est considérable. N"eût-il fait que fusionner les forces, rapprocher le savant de l'artiste et donner à l'archéologie le secours d'une méthode rationnelle, il aurait bien mérité de la postérité.
Nous avons essayé de démontrer qu'il a fait davantage . 11 a mis au point les procédés de la manipulation des métaux, des enduits, des colles, des dorures ; il a pénétré les secrets du travail sur le bois, la pierre, le marbre, le porphyre, la gravure en creux et en relief, les pâtes de verre . Il a eu des idées et des intuitions géniales. Il a donné une critique et une philosophie de l'art ancien. Il a battu en brèche le préjugé traditionnel et l'érudition exclusiviste. Il a évité à ses successeurs quantité de méprises et de faux-pas. Il a ouvert à l'archéologie et à l'art une voie large, aux horizons nets, que l'on a parcourue victorieusement. Il a semé à pleines mains des graines viables : d'autres ont fait la belle moisson.
rait la nouvelle année, le lion et le lièvre, Vantipathie, une figue, le dédain, etc.
IINTRODUCTION LV
Le comte de Caylus atteignait ses soixante-dix ans et ime célébrité européenne lorsque l'on commença à épeler le nom de Winkelmann. L'astre se levait au moment même où les ombres de la mort s^étendirent lentement sur celui auquel il décerna le titre « d'immortel. » Pendant dix-huit mois Ton vit le vieillard assujettir son corps, un squelette, à la tâche quotidienne ; Paris s'émut au spectacle de cette endurance surhumaine. Pas un mot sur sa santé dans ses dernières lettres à Paciaudi% y compris celle qu'il dicta 1 avant-veille de sa mort. Jusqu'au bout, ses yeux larges ouverts sur l'Italie, contemj^lèrent son immuable beauté. Ce stoïcien mourut le 4 septembre 1763^. Ses collections enrichirent le cabinet du roi, la Bibliothèque Royale et le Cabinet des estampes. Sa fortune, accrue de celle de son oncle ainsi que le titre de duc, passèrent à un neveu qu'il ne connaissait pas. A la vente de ses effets curieux, dont la recette était léguée à ses fidèles domestiques, le tout Paris opulent prodigua son argent. Le Beau, secrétaire perpétuel de l'Académie et son commensal du vendredi, prononça son éloge. Ses amis — il en eut d'aveuglément dévoués — se flattèrent d'avoir vécu dans l'intimité d'un homme qui « pouvoit se passer de sa naissance pour être mis au rang des hommes illustres, et qui chercha à faire oublier aux gens de lettres, dont il favorisa les travaux, ce qu'il était et ce qu'on lui devait. » Ses ennemis — il en
\. « Il s'est vil mourir en détail. Ses véritables amis ont le chagrin de lui avoir vu porter jusqu'à la fin une cruelle indifférence sur un avenir terrible. » Lettre VIII (8 sept. 1765) de Mariette à Paciaudi. Le vœu confiant de la marquise de Caylus (v. plus haut) ne fut point rempli; son fils mourut athée, se refusant même une âme.
2. On lit dans les Réflexions à la page 37, édit. cit. La mort que tout le monde redoute parce qu'on ne la connaît pas, a un certain air assez paresseux pour engager à la voir venir sans crainte. Si l'on joigiioit à cette idée une vive curiosité sur son chapitre, ce seroit un sûr moyen pour mourir, je ne dis pa.^ saus faiblesse, mais peut-être avec plaisir. Malthe janv. 1717, et dans sa LXXVP lettre à Paciaudi, à propos de la mort de la petite princesse de Parme, il dit : Telle est l'humanité; un peu plus tôt un peu plus tard, il faut s'en aller et retourner d'où l'on est venu et envisager le monde comme Mlle de Lenclos qui disait en mourant à un de ses amis : « Je ne laisse que des mourants. »
LVI INTRODUCIION
eut autant que n'importe qui^ — soulagèrent leur joie dans une méchante épigramme-. Un an après sa mort, Mariette écrivait à Paciaudi : «. Vous ne pouvez croire à quel point il est oublié. » Les morts, de tout temps, vont vite^, mais l'oubli qui couvrit Caylus s'explique aussi par la renommée soudaine et bruyante de Winkelmann. Elle éclata comme une fusée, brilla longtemps, refoulant dans l'ombre les gloires plus modestes. UHistou^e de l'art reçut d'emblée tous les suffrages, l'intérêt universel se porta aux Monumenti inedili. On ne vit que Winkelmann seul, comme s'il s'était formé sans maîtres, en un jour.
Winkelmann se garda de mettre Caylus sur le chandelier; il lui fît l'honneur d'utiliser son Recueil et de grappiller ses Mémoires'' , Il éleva, en partie, avec les moellons rassemblés par son labeur acharné, le grandiose édifice à sa gloire et à celle de l'art; mais il ne jugea point nécessaire de le nommer, si ce n'est pour le prendre en faute sur de légères inexactitudes. Lessing, à son tour, imite ce silence prudent. Caylus pressentit qu'on ne l'utiliserait qu'après sa mort... et il ne s'en plaint pas.
« Je travaille pour V utilité des artistes. Je sais qu ils seront ingrats et quils nemploiront mes démonstrations qu après
1. Lettre dédicatoiie de Barthélémy à Caylus, en tête du « Voyage en Italie. >>