INTRODUCTION LVII
ma mort. Ils ne veulent pas me faire jouir de mon vivant; mon imagination y supplée. »
L'autre ingratitude plus ratïînée et injuste ne l'aurait peut-être pas affecté davantage. Etant de l'espèce rare des hommes qui sacrifient au progrès avec des mains pures, la vérité fut son ambition suprême.
D'ailleurs, n'a-t-il pas remarqué avec bonhomie :
« Les hommes montent sur les épaules les uns des autres? »
Une notice biographique et critique du comte de Caylus devait précéder l'édition d'un ouvrage inédit. Nous nous flattons d'avoir contribué à le faire connaître sous son vrai jour, puisque, inconnu à la plupart des gens cultivés, il ne paraît, chez les esprits affriandés par le xviiie siècle, le siècle français par excellence, que comme un seigneur qui sort de son rang, se galvaude et apporte à la littérature grivoise une large contribution.
Nous tenons à faire remarquer au lecteur que la notice sur Caylus est plus qu'une simple préface ou une manière d'introduction : c'est une étude significative. L'œuvre entière de Caylus jaillit de son voyage d'Italie. Elle en est la filiation fatale. C'est pourquoi, ayant intentionnellement choisi le retour d'Italie comme notre point de départ, nous y revenons après avoir indiqué quelle moisson V amateur^ le Cî^itique eiï antiq uaire Rvenl successivement sur le fond de sensations, d'émotions et d'idées que le jeune voyageur rapporta d'Italie. Lui-même a le soin de formuler le rôle immédiat et absolu que ce voyage de jeunesse a joué dans l'orientation définitive de sa vie.
« J'éprouve tous les jours que le germe qu'on acquiert à Rome et dans quelques autres villes d'Italie Jette des racines si profondes qu elles survivent pour ainsi dii'e à celui qui les porte^. »